I où l’on verra que messire Duguesclin était non moins bon arithméticien que grand général





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Alexandre Dumas
Le bâtard de Mauléon



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Alexandre Dumas

Le bâtard de Mauléon

roman

Tome deuxième

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 620 : version 1.01

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Les Louves de Machecoul

Les mille et un fantômes

La femme au collier de velours

Le prince des voleurs

Robin Hood, le proscrit

Les compagnons de Jéhu

La San Felice

Othon l’archer

La reine Margot

Les trois mousquetaires

Le comte de Monte-Cristo

Le vicomte de Bragelonne

Le chevalier de Maison-Rouge

Histoire d’un casse noisette et autres contes

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes

Le bâtard de Mauléon

II

Édition de référence :

Paris, Michel Lévy Frères, Éditeurs, 1871.

Présenté en trois volumes.

Image de couverture :

Charles V accueillant Bertrand Du Guesclin.

I



Où l’on verra que messire Duguesclin était non moins bon arithméticien que grand général.


Pendant que le prince Henri de Transtamare et son compagnon Agénor se dirigeaient vers Bordeaux, où les attendaient les événements que nous venons de raconter, Duguesclin, muni des pleins pouvoirs du roi Charles V, avait réuni les principaux chefs des compagnies, et leur expliquait son plan de campagne.

Il y avait plus de tactique et d’art militaire qu’on ne pense dans ces hommes de proie, assujettis comme les oiseaux rapaces, leurs semblables, ou comme les loups leurs frères, à ces pratiques journalières de vigilance, d’industrie et de résolution, qui donnent la supériorité aux gens vulgaires et le génie aux hommes supérieurs.

Ils comprirent donc admirablement les dispositions générales que le héros breton leur soumit, et qui formaient cet ensemble d’opérations qu’on peut toujours arrêter d’avance, et d’où ressortent ces opérations particulières que commandent les circonstances. Mais à tout ce belliqueux projet, ils objectèrent un seul argument auquel il n’y avait point de réplique : De l’argent.

Il est juste de dire qu’il y eut unanimité dans l’objection et que l’argument fut lancé d’une seule voix.

– C’est vrai, répondit Duguesclin, et j’y avais bien pensé.

Les chefs firent un signe de tête qui voulait dire qu’ils lui savaient gré de cette prévision.

– Mais, ajouta Duguesclin, vous en aurez après la première bataille.

– Encore faut-il vivre jusque-là, reprit le Vert-Chevalier, et donner une paie quelconque à nos soldats.

– À moins, dit Caverley, que nous ne continuions à vivre sur le paysan français. Mais ces cris, ces diables de paysans crient toujours ! ces cris écorcheraient les oreilles de notre illustre connétable. D’ailleurs, à quoi bon devenir capitaine honnête, si l’on pille comme lorsque l’on était aventurier ?

– Excessivement juste, dit Duguesclin.

– J’ajouterai, dit Claude l’Écorcheur, autre drôle tout à fait digne de hurler avec de pareils loups, et qui passait pour moins féroce que Caverley, mais pour cent fois plus traître et plus pillard ; j’ajouterai, dis-je, que nous voilà les alliés de monseigneur le roi de France, puisque nous allons venger la mort de sa belle-sœur, et que nous serions indignes de cet honneur, honneur inappréciable pour de simples aventuriers comme nous, si nous ne cessions pas, momentanément du moins, de ruiner le peuple de notre royal allié.

– Judicieux et profond, répondit Duguesclin, mais proposez-moi un moyen d’avoir de l’argent.

– Ce n’est pas notre affaire d’avoir de l’argent, dit Hugues de Caverley, notre affaire est de le recevoir.

– Il n’y a rien à répondre à cela, dit Duguesclin, et le docteur ne serait pas meilleur logicien que vous, sir Hugues ; mais voyons, que demandez-vous ?

Les chefs s’entre-regardèrent et parurent se parler des yeux, puis chacun remit sans doute à Caverley le soin de l’intérêt général, car Caverley reprit :

– Nous serons raisonnables, messire connétable, foi de capitaine !...

À cette promesse et à cette adjuration, Duguesclin sentit un frisson qui lui parcourut tout le corps.

– J’attends, dit-il, parlez.

– Eh bien ! reprit Caverley, que monseigneur Charles V nous paie seulement un écu d’or par homme jusqu’à ce que nous soyons en pays ennemi. Ce n’est pas beaucoup, certainement, mais nous prenons en considération que nous avons l’honneur d’être ses alliés, et nous serons modestes par égard pour ce digne prince. Nous avons comme qui dirait cinquante mille soldats.

– À peu près, dit Duguesclin.

– Un peu plus, un peu moins.

– Un peu moins, je crois.

– N’importe ! dit Caverley, nous nous engageons à faire avec ce que nous avons ce que d’autres feraient avec cinquante. C’est donc exactement comme si nous les avions.

– Alors, c’est cinquante mille écus d’or, dit Bertrand.

– Oui, pour les soldats, reprit Caverley.

– Eh bien ! demanda Duguesclin.

– Eh bien ! restent les officiers.

– C’est juste, dit le connétable, j’oubliais les officiers, moi. Eh bien ! combien leurs donnerez-vous aux officiers ?

– Je pense, dit le Vert-Chevalier, craignant sans doute que Caverley ne fît quelque estimation au-dessous de sa valeur, je pense que ces braves gens, qui sont pour la plupart des hommes exercés et prudents, valent bien cinq écus d’or par tête ; songez qu’ils ont, presque tous, varlets, écuyers et cousteliers, de plus trois chevaux.

– Peste ! dit Bertrand, voilà des officiers mieux servis que ceux du roi mon maître.

– Nous tenons à cela, dit Caverley.

– Et vous dites cinq écus d’or par chaque homme !

– Ce qui est le plus bas prix que l’on puisse, à mon avis, réclamer pour eux. J’allais en demander six, moi, mais puisque le Vert-Chevalier a fait un prix, je ne le démentirai point et je passerai par ce qu’il a dit.

Bertrand les regarda et se crut encore une fois aux prises avec ces hommes juifs chez lesquels son maître l’avait parfois envoyé négocier de petits emprunts.

– Coquins maudits, pensa-t-il en prenant son plus gracieux sourire, comme je vous ferais brancher tous si j’étais le plus fort !

Puis tout haut :

– Messieurs, je viens de réfléchir, comme vous l’avez vu, à votre demande, puisque j’ai tardé un instant à vous répondre, et le prix de cinq écus d’or par officier ne me paraît point exagéré.

– Ah ! ah ! fit le Vert-Chevalier, étonné de la facilité de Duguesclin.

– Et combien avez-vous d’officiers ? demanda messire Bertrand.

Caverley leva le nez en l’air, puis regarda ses amis, et tous se parlèrent de nouveau des yeux.

– Moi, j’en ai mille, dit Caverley.

Il doublait le chiffre.

– Moi, huit cents, dit le Vert-Chevalier.

Il doublait comme son collègue.

– Moi, mille, dit Claude l’Écorcheur.

Celui-là triplait.

Les autres imitèrent ce généreux exemple, et la somme des officiers fut portée à quatre mille.

– Voici un officier pour onze soldats, dit Duguesclin avec admiration. Jarni Dieu ! quelle magnifique armée cela va faire, et quelle discipline il doit y avoir là-dedans.

– Oui, dit modestement Caverley, le fait est que c’est assez bien mené.

– Cela nous fait donc vingt mille écus, dit Bertrand.

– D’or, fit observer le Vert-Chevalier.

– Pardieu ! reprit le connétable, vingt mille écus d’or, disons-nous ; lesquels, joints aux cinquante mille accordés, font juste soixante-dix mille.

– Le fait est que c’est le compte, à un carolus près, dit le Vert-Chevalier, qui admirait la facilité avec laquelle le connétable additionnait.

– Mais... reprit Caverley.

Bertrand ne lui laissa pas le temps d’achever sa phrase.

– Mais, dit-il, je comprends, nous oublions les chefs.

Caverley ouvrit de grands yeux. Non seulement Bertrand faisait droit à ses objections, mais il allait au-devant.

– Vous vous oubliez vous-mêmes, continua-t-il ; noble désintéressement ! mais je ne vous oubliais pas, moi, messieurs. Or çà, comptons. Vous êtes dix chefs, n’est-ce pas ?

Les aventuriers comptèrent après Duguesclin. Ils avaient bonne envie d’en trouver vingt, mais il n’y avait pas moyen.

– Dix chefs, répétèrent-ils.

Caverley, le Vert-Chevalier et Claude l’Écorcheur se remirent à chercher au plafond.

– Ce qui fait, reprit le connétable, à trois mille écus d’or par chef, trente mille écus d’or, n’est-ce pas ?

À ces mots, éblouis, suffoqués, éperdus par tant de munificence, les chefs se levèrent, et aussi heureux de la somme énorme à laquelle ils étaient évalués que de l’évaluation faite de leur mérite, laquelle les faisait trois mille fois supérieurs à leurs soldats, ils levèrent leurs gigantesques épées, firent voler les casques en l’air, et hurlèrent plutôt qu’ils ne crièrent :

– Noël ! Noël ! Montjoie et liesse au bon connétable !

– Ah ! brigands ! murmura celui-ci en baissant hypocritement les yeux, comme si les acclamations des aventuriers lui allaient au cœur, je vous mènerai avec l’aide du Seigneur et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, en un lieu d’où pas un de vous ne reviendra.

Puis tout haut :

– Total, cent mille écus d’or, au moyen desquels nous arriverons au solde de tous nos comptes.

– Noël ! Noël ! répétèrent les aventuriers au comble de l’enthousiasme.

– Maintenant, messieurs, dit Duguesclin, vous avez ma parole de chevalier que la somme vous sera comptée avant d’entrer en campagne. Seulement, vous comprenez, vous ne l’aurez pas tout de suite ; je ne porte pas avec moi le trésor royal.

– C’est juste, dirent les chefs encore trop joyeux pour être déjà bien exigeants.

– Vous faites donc crédit au roi de France, messieurs, sur la parole de son connétable, c’est convenu ; et, dit-il, relevant la tête avec son grand air qui faisait trembler les plus braves, la parole est bonne ; mais en loyaux soldats, nous allons partir, et si, au moment d’entrer en Espagne, l’argent n’est point arrivé, eh bien messieurs, vous aurez deux garanties : votre liberté d’abord que je vous rends, et un prisonnier qui vaut bien cent mille écus d’or.

– Lequel ? demanda Caverley.

– Moi donc, jarni Dieu ! répondit Duguesclin, tout pauvre que je suis. Car, lorsque les femmes de mon pays devraient filer nuit et jour pour me faire cent mille écus de rançon, je vous promets, moi, que la rançon serait faite.

– C’est dit, répliquèrent d’une voix commune les aventuriers ; et ils touchèrent tous la main du connétable en signe d’alliance.

– Quand partons-nous ? demanda le Vert-Chevalier.

– Tout de suite si vous voulez, messieurs.

– Tout de suite, répéta Hugues. En effet, messieurs, puisqu’il n’y a plus à tondre ici, j’aime mieux que nous soyons promptement ailleurs.

Chacun courut aussitôt à son poste et fit élever sa bannière au-dessus de sa tente ; les tambours battirent, et un immense mouvement se fit par tout le camp, et l’on vit affluer de nouveau vers les tentes principales ces soldats qui étaient accourus à l’arrivée de Duguesclin, puis, semblables aux flots de la marée, s’en étaient retournés au large.

Deux heures après les tentes étaient abattues et les bêtes de somme ployaient sous le fardeau ; les chevaux hennissaient, et les lances se groupaient aux rayons du soleil qui en faisaient jaillir de larges éclairs.

Cependant, on voyait fuir sur les deux bords de la rivière les paysans longtemps en esclavage, et qui, rendus un peu tardivement à la liberté, ramenaient à leurs chaumières désertes leurs femmes et leurs meubles un peu endommagés.

Vers midi, l’armée se mit en marche, descendant la Saône, et formant deux colonnes dont chacune suivait une rive. On eût dit une de ces migrations de barbares qui allaient accomplir une de ces missions terribles auxquelles le Seigneur les avaient destinés sur les pas d’un de ces fléaux de Dieu que l’on nommait Alaric, Genseric ou Attila.

Et cependant, celui sur les pas duquel ils marchaient était le bon connétable Bertrand Duguesclin, qui, derrière sa bannière, pensif, la tête baissée entre ses larges épaules, se disait en cheminant au pas de son robuste cheval :

– Cela va bien, pourvu que cela dure. Mais l’argent, où l’aurai-je, et si je ne l’ai pas, comment le roi assemblera-t-il une armée assez forte pour fermer le retour à ces brigands qui redescendront des Pyrénées plus affamés que jamais ?

Abîmé dans ces pensées lugubres, le bon chevalier allait toujours, se retournant de temps en temps pour voir rouler autour de lui les flots bigarrés et bruyants de cette multitude, et sa cervelle ingénieuse travaillait à elle seule plus que les cinquante mille cerveaux des aventuriers.

Et Dieu sait cependant ce que chacun d’eux rêvait, se croyant déjà pour son compte maître et seigneur de l’Inde ; rêves d’autant plus exagérés que la contrée était encore à peu près inconnue.

Tout à coup, au moment où le soleil glissait sous la dernière lame orange des nuages de l’horizon, les chefs, qui marchaient derrière le bon chevalier et qui commençaient à s’étonner de sa taciturnité, le virent relever la tête, secouer ses épaules comme un vainqueur, et on l’entendit crier à ses valets :

– Holà Jacelard ! holà Berniquet ! un coup de vin, et du meilleur que vous ayez dans vos équipages.

Puis il murmura dans sa visière :

– Par Notre-Dame d’Auray ! je crois que je tiens les cent mille écus, et cela, sans faire tort en aucune chose au bon roi Charles.

Puis, se retournant vers les chefs des aventuriers, qui n’avaient pas été sans inquiétude en voyant depuis le milieu de la journée le connétable si soucieux :

– Jarni Dieu ! messieurs, dit-il de sa voix sonore, si nous trinquions un petit coup ?

C’était un appel auquel les aventuriers n’avaient garde de manquer ; aussi accoururent-ils, et vida-t-on de ce coup un joli broc de vin de Châlon à la santé du roi de France.

II



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