Parmi tous les grands destins qui marquèrent l’Histoire de France, celui de Catherine de Médicis fut loin d’être évident





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CATHERINE DE MEDICIS
Parmi tous les grands destins qui marquèrent l’Histoire de France, celui de Catherine de Médicis fut loin d’être évident.
Elle était certes une héritière de la grande famille italienne des Médicis, mais si ces derniers jouèrent un rôle notable dans la péninsule, ils ne représentaient pas grand-chose dans le royaume de France.
De même, elle n’épousa que le second fils de François 1er.

Il n’était donc pas écrit qu’elle devienne reine de France.

Par la suite, elle fit attendre son époux, devenu premier dauphin, une dizaine d’années avant de commencer à procréer, risquant à tout moment la fatale répudiation…
Et puis soudainement, de façon un peu surprenante, elle conçut dix enfants dont quatre garçons viables ayant vocation à prétendre au trône.

Une situation qui, normalement, aurait du la reléguer dans les coulisses de l’Histoire, dans une fonction purement honorifique...
Mais ce n’est pas tout, Catherine rencontra d’autres problèmes.
En tant qu’épouse, elle dut faire face à une terrible rivale, plus belle qu’elle, plus noble, plus en cour,… la flamboyante Diane de Poitiers, une espèce de nounou du roi, devenue sa maîtresse officielle…
Pour finir, elle fut confrontée à l’une des périodes les plus sombres de l’Histoire de France, où les plus grands seigneurs du royaume, pour des motifs confessionnels ou politiques lui imposèrent une terrible pression qui en aurait rebuté plus d’un et à fortiori plus d’une…
Et bien, malgré toutes ces vicissitudes, ou peut être à cause d’elles,

nous allons voir que c’est dans l’adversité la plus extrême que

Catherine de Médicis s’est forgée sa légende, celle qui fait qu’aujourd’hui, tous les historiens lui reconnaissent une stature, si l’on peut dire, d’homme d’Etat.

Avant d’en arriver là, il lui a fallu vivre sa jeunesse italienne, et même pour être précis sa jeunesse florentine.
Car Catherine est née en 1519 à Florence, la capitale de la Toscane, la ville phare de la Renaissance, gorgée de trésors artistiques, alors aux mains de la puissante famille des Médicis,… anciens banquiers mais toujours mécènes…
Elle-même est la fille de Laurent II de Médicis, duc d’Urbino et gouverneur de Florence.
Ce dernier a épousé en 1518, Madeleine de la Tour d’Auvergne, un grand nom de la noblesse française, puisque apparenté à la maison des bourbons.
Catherine est donc loin d’être mal née…
Le problème, c’est qu’elle s’est retrouvée orpheline de ses deux parents… trois semaines seulement après sa naissance.
Dès lors, sa situation s’est compliquée car désormais un certain nombre de personnes vont prendre des décisions à sa place et notamment deux oncles familiaux, les papes Léon X et Clément VII.
Quelques années plus tard, dans une Toscane toujours agitée, les représentants de Clément VII sont chassés de Florence par des républicains locaux et Catherine, inquiétée, doit s’enfuir très vite,… chez son oncle précisément.
C’est la raison pour laquelle elle va passer son adolescence à Rome.

Cela dit, c’est en vivant désormais chez Clément VII, sous sa protection directe, que Catherine va s’imprégner d’une vaste culture raffinée,… teintée dit-on d’humanisme.
Mais c’est également au contact de cette cour pontificale, assez mielleuse, qu’elle va s’initier rapidement aux délices de l’intrigue et aux subtilités des jeux politiques…
A partir des années 1530, Catherine devient en permanence une espère de monnaie d’échange dans les tractations compliquées entre la papauté romaine et les ambitions respectives, en Italie, de François 1er et de l’empereur du Saint-Empire, Charles Quint…
Au final, c’est François 1er qui a le dernier mot et qui obtient de Clément VII, et pour le compte de son cadet Henri, la main de Catherine.
Cette dernière, a qui l’on n’a naturellement pas demandé son avis, quitte donc définitivement son pays le 1er septembre 1533, à bord de la galère du pape, un nom prédestiné pour notre jeune fiancée, alors âgée de 14 ans seulement.
Le mariage a lieu un mois plus tard, à Marseille, en présence de François 1er et du pape Clément VII,… jouant le rôle du père en la circonstance…

Bien des accords secrets sont conclus à cette occasion allant de droits de passage en Italie jusqu’à des alliances militaires renforcées… sans compter la dot, très conséquente, de la jeune mariée.
Pour autant, quelques observateurs français critiquent ce mariage.

On juge qu’il y à là quasiment mésalliance entre une orpheline d’un simple duc italien, issu d’une famille de banquier et un second dauphin du roi de France.
François 1er, lui, ne voit pas les choses de cette façon…
Suite aux guerres d’Italie, les finances du royaume sont exsangues et il voit là l’occasion de renflouer à bon compte les caisses de l’Etat.
D’autre part, la rivalité entre français et impériaux ne se dément pas en Italie et disposer du soutien du pape n’est pas à négliger.
Enfin, si le roi s’entend parfaitement bien avec son premier dauphin, François de France, il entretient des relations plus difficiles avec son cadet Henri.

En conséquence, il prend incontestablement moins de gants…

Dès lors, par tous ces signes, on voit combien l’entrée de Catherine dans la famille royale est apparue circonstancielle et combien la situation de cette jeune italienne de 14 ans, parlant un français hésitant, est objectivement inconfortable.
Et de fait, ses débuts à la cour sont particulièrement difficiles.
Personne ne s’intéresse à elle, à commencer par son propre mari, Henri d’Orléans, aussi jeune qu’elle elle mais qui est un garçon taciturne, introverti…
La récente captivité de quatre années qu’il vient de subir en Espagne, conséquence d’une clause du traité de Madrid qui a fait suite à la défaite de son père à Pavie, n’a naturellement rien arrangé.
Rentré en France, Henri est placé entre les mains d’une dame d’honneur de haute lignée, la célèbre Diane de Poitiers, qui l’élève et qui va continuer de s’occuper de lui,… bien après son mariage…
Dès lors, pendant les premières années de ce curieux couple, que reste-il à notre jeune florentine ?
Et bien, essentiellement la patience…

Catherine comprend vite qu’il lui faut faire bonne figure, que le temps est son meilleur allié, d’autant que Diane a « quand même » 20 ans de plus qu’elle, et puis n’est-elle pas là également pour donner des héritiers au second dauphin ?
Alors, que voit-on ?
Une Catherine enjouée, sportive – elle monte très bien à cheval – curieuse de tout, qui lit beaucoup et se passionne pour toutes les sciences, notamment l’astrologie, considérée comme telle à cette époque…
Et puis surtout, elle sait se faire apprécier de son beau père, le grand François 1er.

Suivre le roi dans des parties de chasse effrénées, dont celui-ci raffole, a fait beaucoup plus pour son intégration à la cour que si elle s’était repliée sur elle-même.
Et nous serions tentés de préciser : Heureusement pour elle…car Catherine va avoir à gérer deux gros problèmes.
Le premier, c’est qu’entre son mariage en octobre 1533 et la naissance de son premiers fils en janvier 1544, il va se passer plus de dix ans d’infertilité et dans les milieux royaux, c’est la pire des choses qui puissent arriver à l’épouse.
La pression de la cour, qui va s’exercer sur cette jeune femme déracinée, sera pesante et il lui faudra beaucoup de force morale, et déjà quelques incantations astrologiques, pour tenir le coup.
D’autant que très tôt, en août 1536, le premier dauphin François meurt subitement d’une congestion.
Dès lors, Henri devient le premier prétendant au trône de France, et Catherine une potentielle souveraine… dont on attend encore davantage qu’elle assure la descendance royale.
Le second problème n’est pas plus facile.

Catherine doit très vite composer avec une terrible réalité.

Son mari vit clairement sous la coupe de Diane de Poitiers.

Pire, depuis 1538, c’est un ménage à trois,… Diane faisant désormais bien plus que materner Henri.
Alors pourquoi peut-on parler de force morale ?

D’abord parce que, malgré son infortune, Catherine aime profondément son époux, c’est d’ailleurs le seul homme qu’on lui connaîtra…un homme qu’elle est pourtant obligée de partager…
Ensuite, parce que cette situation ne se terminera qu’au décès d’Henri et que jusqu’à cette date, Diane de Poitiers sera couverte d’honneurs, de titres, de fiefs, de bijoux... alors que Catherine devra se contenter du reste, y compris en terme protocolaire.

Mais revenons au présent…

Un nouvel évènement, prévisible celui- là, tombe sur notre héroïne.

François 1er, son protecteur, décède le 31 mars 1547…

Son fils lui succède sous le nom d’Henri II…Catherine devient reine de France… à 28 ans.
Et elle va le rester 12 ans,… ce qui n’est pas rien…

Et pourtant, lorsque certains étudient le rôle politique de Catherine, ils le font souvent débuter à la mort de son époux, en juillet 1559.
Sensible erreur… Pourquoi ?

Parce que malgré ses déboires conjugaux, c’est pendant les années où elle fut « reine » qu’elle commença à démontrer de réelles capacités politiques, dans une période de règne il est vrai agitée...
Au plan extérieur, il y a d’abord, en terre italienne et dans l’Est du pays, la suite des démêlés entre français et impériaux, mais également, dans le nord du royaume, une lutte franco-anglaise avivée par le soutien des anglais aux « protestants » de France…
Tout ceci pour quels résultats ?
Et bien, en 12 ans de règne d’Henri II,… pour un bilan bien mitigé….
L’Italie ? Malgré quelques soubresauts dans le Piémont, les français sont chassés définitivement de la péninsule, au grand dam d’ailleurs de Catherine, qui aurait bien conservé la Toscane…

L’Est du royaume ? Trois évêchés, jusque là sous contrôle impérial, Metz, Toul et Verdun sont occupés et placés sous tutelle française,… mais sans l’adhésion des populations…

Quant au conflit franco-anglais, il se termine provisoirement avec certes la récupération de Calais,… mais contre rançon…
Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’à l’occasion de ces divers conflits et des absences d’Henri qui s’en sont suivies, Catherine est parvenue, dans les affaires intérieures du royaume, à gagner ses galons de quasi régente,… y compris au détriment de Diane qui jouait pourtant jusque là un rôle non négligeable d’éminence grise...

Car Henri comprend vite que son épouse lui est particulièrement loyale et qu’elle défend parfaitement bien ses intérêts personnels.

En témoigne l’attitude de Catherine quand Paris fut directement menacé par les impériaux en août 1557, suite à une grosse défaite française à Saint-Quentin.
Henri II retenu en Italie, c’est Catherine qui persuade les notables parisiens de l’importance vitale qu’il y a de lever des fonds afin de payer une armée de remplacement…

Une action couronnée de succès… quand au final les impériaux hésitent… puis renoncent définitivement à marcher sur Paris.
Cela dit, comme déjà précisé, les français sont finalement chassés d’Italie.

Les finances du royaume ne permettent plus de subvenir à l’entretien d’armées lointaines,… épuisées par des luttes sans fin contre des impériaux désormais menées par Philippe II, le fils de Charles Quint….
Tout le monde fait alors ses comptes…

Les conséquences des positions gagnées ou perdues sur le terrain trouvent leur traduction juridique dans le célèbre traité du Cateau-Cambrésis, signé en avril 1559.

Et comme il est d’usage dans les cours royales, ces grandes signatures sont l’occasion d’organiser des mariages fastueux, pour fêter la paix ainsi retrouvée.
Comme celui d’Elisabeth de France, 13 ans, fille aînée d’Henri et de Catherine qui épouse Philippe II d’Espagne, 32 ans, déjà veuf de sa seconde épouse Marie Tudor.
Et comme il est également de coutume, des festivités sont organisées pour célébrer ce grand mariage rapprochant enfin la France et l’Espagne.

Mais c’est tristement à cette occasion que Catherine va perdre son époux, en juillet 1559, dans des conditions dramatiques puisque mortellement blessé à l’œil dans le cadre d’un tournoi resté célèbre.

Une mort stupide qu’elle avait pressentie, et qui va la marquer à vie…
A court terme, cette disparition brutale d’Henri change radicalement la donne… !

Catherine n’est plus reine…Pour marquer son veuvage, elle se couvre de noir de la tête au pied…et restera dans cette tenue pratiquement toute sa vie,… fidèle jusqu’au bout à la mémoire de son époux…
Légalement, son fils aîné François monte sur le trône.

Ayant 15 ans, il a le droit d’exercer le métier de roi…et règne sous le nom de François II.

Mais pas longtemps, car de santé fragile, il décède fin 1560, après seulement un an et demi de règne.
Et finalement, ce décès prématuré du premier héritier, au-delà du chagrin légitime et sincère de la mère, arrange plutôt la femme politique…
Pourquoi ?
D’une part, parce que pendant ce court laps de règne, Catherine a vite ressenti son impuissance face à la prise de pouvoir des oncles du jeune roi, les puissants représentants de la maison de Lorraine, François de Guise, le militaire et Charles de Lorraine, le cardinal.

D’autre part, parce que les « Guise » sont des catholiques intransigeants et que Catherine n’a pas pu empêcher non plus l’exacerbation des tensions entre catholiques et protestants.
Car depuis que Luther et Calvin ont posé au début du siècle les fondements d’une foi chrétienne réformée, la religion officielle du royaume - le catholicisme - doit faire face à une montée continue de cette nouvelle foi, qui séduit de plus en plus de monde en France.
C’était déjà une réalité du temps de François 1er et d’Henri II.

Mais les pratiques restaient plutôt discrètes et les protestants – les huguenots comme on dit - qui se risquaient au prosélytisme étaient finalement peu nombreux et d’ailleurs immédiatement châtiés.

Avec le règne de François II et l’arrivée au pouvoir des Guise, la situation changea du tout au tout….
Etant considéré comme des « Lorrains »,… en clair des étrangers, de nombreuses grandes familles de France, sensibles à la Réforme, comme les « Châtillon » ou les « Bourbon-condé » n’acceptèrent pas que ces parvenus prennent le pouvoir au seul motif de leurs liens familiaux avec la jeune épouse du roi, Marie Stuart….
Tout était donc réuni pour qu’un conflit à la fois confessionnel et politique éclate entre les deux communautés.
De fait, le premier dérapage historique intervient dès mars 1560.
A cette date, la famille royale se trouve en villégiature à Amboise.

Des protestants locaux, encouragés par le fait que les grandes voix précitées se sont élevées, verbalement, contre les Guise, pensent marquer les esprits en fomentant le rapt du jeune roi, François II.
Une idée curieuse et surtout risquée, mais finalement assez fréquente dans toute l’Histoire de France, un roi jeune étant toujours supposé influençable…
Naturellement, cette conjuration dite d’Amboise se termina mal pour ces malheureux protestants, dont la logistique du complot était loin d’être à la hauteur de l’objectif avoué.
Les Guise se déchaînèrent contre les comploteurs, pendus hauts et courts quand ils ne furent pas davantage suppliciés.
Toutefois, la violence de la répression fit se lever également le parti des catholiques modérés - il y en avait - dont en quelque sorte Catherine était l’emblème et Michel de l’Hospital, son principal conseiller, le porte parole…
Dès lors et comme déjà précisé, la mort de François II, donna à ce parti et à Catherine la possibilité de reprendre la main.

Car fin 1560, le second héritier, Charles, n’a que dix ans et la majorité royale est fixée à 14 ans.
Dans ce contexte particulier, qui va donc exercer la régence ?

Cela va se jouer entre Catherine, la mère du roi, et Antoine de Bourbon -Vendôme, le premier prince du sang, celui qui deviendrait roi si la lignée des Valois devait s’éteindre.
Une hypothèse très plausible puisque c’est effectivement ce qui se passera, quelques années plus tard, lorsque le fils d’Antoine de Bourbon, Henri de Navarre succédera au dernier Valois… sous le nom d’Henri IV.

Pour l’heure, le bourbon est plutôt le favori des légistes et du conseil royal, mais Catherine va se montrer – déjà – très habile…
Profitant qu’il est difficile de situer Antoine sur l’échiquier confessionnel, que son frère Louis de Condé est l’un des principaux chefs protestants, Catherine parvient, avec force flatteries et promesses, à le convaincre de s’effacer, pour éviter dit-elle que le conseil se déchire…
Toutefois, soucieuse de ménager toutes les susceptibilités, Catherine ne se fait adouber finalement que « gouvernante de France »… en obtenant quand même la présidence du conseil royal.
Au final, gouvernante ou régente, c’est bien elle qui tient la place et qui communique rapidement ses options politiques :
Exercer pleinement le pouvoir…jusqu’à la majorité de Charles…

A 42 ans, elle s’en sent capable et en a incontestablement le goût…
Mais à plus long terme elle se fixe d’autres grands objectifs :

  • Maintenir à tout prix la paix civile dans le royaume,

  • Ne jamais favoriser un clan ou une faction,

  • Esquiver la guerre contre l’Espagne catholique ou l’Angleterre protestante,

  • Favoriser prioritairement les règnes futurs de ses fils…

Quant à ses méthodes de gouvernement, elles seront fonction des périodes où des circonstances, pourront être éventuellement un peu tordues mais sans esprit de système, et seront surtout basées sur une très bonne connaissance de la faiblesse des hommes.

Car très vite, Catherine doit composer avec beaucoup de monde…
Avec Antoine de Bourbon, qui retourné par ses partisans, réclame de nouveau la régence et qu’elle « achète » par une nomination au poste prestigieux de Lieutenant Général du royaume…
Avec Philippe II d’Espagne, qui ne comprend pas pourquoi Catherine se montre si indulgente avec ces protestants hérétiques,…et qu’elle va noyer sous un flot de lettres… dans lesquelles elle lui raconte tout ce qu’il a envie d’entendre…
Avec les grands chefs catholiques, le duc François de Guise, le connétable Anne de Montmorency et le maréchal de Saint-André formant à eux trois un triumvirat célèbre, qu’elle va « embrouiller » en organisant un colloque, à Poissy, censé rapprocher les points de vue théologiques des uns et des autres.
Colloque qui se terminera naturellement par un constat d’échec… largement prévisible…
Enfin, avec la noblesse protestante de France, qu’elle va également faire patienter en signant l’Edit de Saint-Germain, en janvier 1562…
Un édit de tolérance ouvrant droit à la « Réforme » dans le royaume, sous certaines conditions…dont notamment celle de pratiquer son culte en public mais « à l’extérieur » des villes, ou en privé, chez soi, en petits comités.
Un texte de compromis donc, mais jugé encore trop généreux par les ultra catholiques…
Pour eux, la liberté de conscience, c’est déjà beaucoup, celle de faire cohabiter une seconde religion dans le royaume, c’est trop…

Dès lors, encouragés par les « oukases » du très catholique Concile de Trente, de nombreux Parlements régionaux refusent d’enregistrer l’Edit de Saint-Germain,… au motif qu’une telle décision n’est pas de la compétence d’une simple « gouvernante » du royaume.
C’est dire que les esprits sont chauds et que la moindre étincelle peut tout faire éclater…
Et ça ne manque pas,… en mars 1562, à Wassy, un petit village champenois, François de Guise surprend un prêche huguenot,

« à l’intérieur » de la ville,… dans une grange précisément…

Une provocation pour le duc de Guise qui se termine par le massacre en règle d’une cinquantaine de villageois…
La première des huit guerres de religion officiellement recensées par les historiens a commencé…
Tout le monde s’arme, côté catholique, sous la bannière du prestigieux triumvirat précité…auquel s’est joint Antoine de Bourbon,… qui a choisi son camp…

Côté protestant, sous celle de l’impétueux Louis de Condé et des frères Coligny dont Gaspard est le plus célèbre …
Au milieu de cette empoignade,… Catherine !!... qui applique tout de suite une façon de faire très caractéristique de sa personnalité, …l’ambiguïté !!
Officiellement, elle se range bien sur du côté catholique, mais se débrouille pour que les protestants ne perdent pas trop la face, que les victoires catholiques ne soient pas trop définitives.
Comment fait-elle pour y parvenir ?

Et bien, elle retarde certains renforts, certaines soldes, certaines informations qu’elle détient sur des positionnements de troupes…
Et en plus, la chance lui sourit.

Car si cette première guerre se termine plutôt à l’avantage des catholiques, ces derniers y laissent pas mal de plumes.

Le duc, François de Guise, disparaît, assassiné par un fanatique protestant, tandis que respectivement Antoine de Bourbon et le maréchal de Saint-André tombent au champ d’honneur.
Catherine bénéficie donc d’un premier répit, en mars 1563, un an après le début du conflit, en obtenant la paix d’Amboise…

Une paix qui confirme globalement l’Edit de Saint-Germain, même si de nouvelles restrictions s’imposent aux protestants.
Naturellement, et comme ce sera le cas encore longtemps, cette paix n’est rien d’autre qu’un sursis, le temps que chaque camp reconstitue ses forces, d’abord financières, ensuite matérielles…
Catherine n’est donc pas dupe et comme d’habitude, réfléchit à la situation.
Elle sent bien que sa légitimité est relativement faible…

C’est une femme…, à demi-française,… ses enfants sont jeunes,… semblent fragiles…

A l’opposé, les factions ennemies sont composées de familles puissantes, riches, avec des meneurs mâles en âge de gouverner,… voire de régner…
Catherine pense trouver la solution…

Placer son fils Charles en pleine lumière tout en continuant de tirer les ficelles dans les coulisses du pouvoir.

Pour y parvenir, elle va mettre en œuvre trois moyens,… différents… mais complémentaires.
En premier, l’artifice juridique. La majorité du roi est fixée à 14 ans.

Qu’à cela ne tienne ! Elle parvient à obtenir que celle-ci soit abaissée à 13 ans et un jour, car on peut toujours dire que le roi est entré dans sa quatorzième année…
Du coup, celui-ci peut exercer sa fonction dès août 1563 et règne sous le nom de Charles IX…

Pour Catherine, le gain attendu est naturellement un renforcement considérable de sa propre action, via l’avènement de son fils…

En second, la communication.

De 1564 à 1566, Catherine organise une véritable caravane publicitaire pour promener et faire connaître son royal de fils à toutes les régions de France.

Et bien sur, on en profite pour distribuer ici ou là quelques prébendes, afin de se constituer une petite clientèle à bon compte...

Là encore, l’objectif de Catherine est que les gens rencontrés puissent reconnaître dans ce jeune roi un souverain bienveillant et attentif.
En troisième et dernier lieu, le maintien en permanence d’un sentiment de concorde nationale, pour contenir l’agressivité des uns et des autres…
Pour ce faire, Catherine n’hésite pas à se transformer en une véritable bateleuse d’estrades…
Pour un oui ou pour un non, elle organise des bals, fêtes et autres spectacles où danses et cotillons des unes sont censés faire oublier rancoeurs et rapières des autres.
On le voit,… la reine-mère, ne ménage pas sa peine pour que le royaume vive en paix… ne s’embrase pas… reste uni…
Pourtant, malgré ces efforts constants, l’étranger va se charger de raidir de nouveau les positions de chacun.

A l’été 1566, aux Pays-Bas, des protestants locaux s’attaquent aux espagnols qui occupent le pays depuis fort longtemps.
En réaction, les espagnols de Madrid accourent à la rescousse de leurs compatriotes et passent par la Franche-Comté et la Lorraine pour acheminer des troupes. C’est plus court !!
Catherine, cultivant toujours l’ambiguïté, lève à son tour des troupes pour se donner les moyens de faire face à tous les cas de figure…
Le problème, c’est l’interprétation que vont faire tous les protagonistes de cette mobilisation.

Ces troupes sont-elles là pour éviter que les espagnols s’enhardissent dans le royaume de France ou bien pour réduire les fiefs protestants de l’Est du pays ?
Dans le doute, les chefs huguenots ne sont pas loin de penser que Catherine joue double jeu et que travaillée par les ultras catholiques, elle souhaite en réalité revenir sur l’édit d’Amboise.
Pour se garantir de cette funeste option, en septembre 1567, les protestants, profitant que la famille royale se trouve relativement isolée à Meaux, tentent une nouvelle fois de prendre le roi en otage.

Une affaire sérieuse cette fois-ci… car c’est le prince de Condé qui est à la manoeuvre.
Au final, cette « surprise de Meaux » comme l’Histoire l’a retenue, ne va pas à son terme.

La famille royale en réchappe de justesse et parvient à se réfugier à Paris, l’antre des catholiques les plus intransigeants…
Furieux de leur échec, les protestants de Condé et de Coligny se lancent alors dans le siège de Paris.
La seconde guerre de religion a commencé...
Un siège bientôt desserré par la bataille de Saint-Denis, encore favorable aux catholiques mais fatal au troisième triumvir, le fameux connétable de Montmorency, qui disparaît après une carrière militaire exceptionnelle… commencée avant même François 1er
Catherine, toujours opportuniste, en profite d’ailleurs pour obtenir que le nouveau Lieutenant Général du royaume soit tout simplement son troisième fils – le préféré - Henri d’Anjou, 17 ans, celui qui régnerait si Charles IX venait à disparaître…
En attendant, suite à Saint-Denis, tous les belligérants se précipitent alors vers la frontière Est, les protestants pour bénéficier de secours allemands, les troupes royales et catholiques pour empêcher cette jonction…

Mais, une fois passée l’émotion, Catherine pousse au statu quo…

Comme d’habitude, elle veut éviter une escalade, sans compter qu’elle a peu d’argent pour continuer,… comme ses adversaires d’ailleurs.
Résultat : En mars 1568, c’est la paix de Longjumeau, qui globalement confirme celle d’Amboise.
Est-ce à dire que l’on fait du surplace ? Oui et non…
Oui, car ce n’est évidemment pas la fin des guerres de religion puisque personne n’est battu, personne n’est convaincu, personne n’est dupe de l’autre…Longjumeau n’est donc qu’une trêve de plus.
Non, car dans cette affaire, Catherine est tellement critiquée à la fois par les espagnols - qui eux ont maté la sédition protestante aux Pays-Bas - et par les ultra qui fustigent son manque d’énergie à châtier l’hérésie… qu’il lui faut bien trouver un fusible.
Elle le trouve en la personne de son chancelier Michel de l’Hospital, son complice en place depuis huit ans pour tenter de mener à bien une politique équilibrée,… raisonnable,…et conciliatrice.
Cela dit, le départ de l’Hospital va marquer à la fois la fin de la tolérance civile entrecoupée de guérillas d’envergure finalement modeste… et le début d’une grande fracture dans le pays, celle d’une véritable guerre civile,… d’une violence inouïe.
Car dès juillet 1568, s’ouvre la troisième guerre de religion !

Et pour quels motifs cette fois-ci ?
Et bien, il y a le choix !…
Cela va des cités protestantes, comme La Rochelle, qui refusent d’appliquer le dernier traité de paix… à des rumeurs selon lesquelles Catherine serait en train d’organiser le rapt des deux grands chefs protestants – Condé et Coligny – en passant par un soutien matériel de plus en plus visible des Provinces-Unies aux protestants de France,…à la grande colère des catholiques…

Dans ce nouvel affrontement et comme annoncé les batailles vont s’avérer plus formées, plus identifiables…plus meurtrières aussi.
Deux d’entre elles sont notables.

Elles ont lieu en 1569, l’une à Jarnac en Charente et l’autre à Moncontour en Poitou, tout ceci autour de La Rochelle.
Ces deux batailles seront certes remportées par les troupes royales emmenées par le jeune duc Henri d’Anjou,… le frère du roi…

Mais aucun de ces deux chocs, qui virent pourtant les protestants perdre Louis de Condé à Jarnac et des milliers d’hommes à Moncontour, ne fut réellement décisif.
Pourquoi ?

Essentiellement, parce que ces gens se battent par mercenaires interposés et tant qu’il y a de l’argent pour les payer, les armées des deux camps se reforment sans problème.

On le voit, plus que jamais, dans ces conflits fratricides, le nerf de la guerre reste l’argent.
D’ailleurs, malgré ces deux défaites, Coligny finit par mettre sur la table plus d’argent que Catherine et, devenu le plus menaçant, c’est lui qui impose les conditions du second traité de Saint-Germain, d’août 1570, actant la fin de la troisième guerre de religion…
C’est dire aussi que les protestants montent en puissance…

En plus du droit de pratiquer leur culte dans leurs lieux habituels, ils se voient attribuer quatre places fortes de sûreté… pour deux ans : La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité sur Loire…
La paix donc…

Et pourtant, en août 1570, nous ne sommes plus qu’à deux ans du grand massacre à venir…celui de la fameuse nuit de la Saint-Barthélémy…

Deux ans pendant lesquels Catherine va pourtant multiplier les initiatives pour tenter de consolider cette paix si fragile...
De quelles façons ??

D’abord, elle marie, en mars 1571, son fils Charles à Elizabeth d’Autriche et c’est l’occasion d’une grande fête - une de plus - de réconciliation nationale avec force allégorie antique…
Ensuite, en septembre de la même année, Coligny et ses partisans sont invités à reprendre toute leur place à la Cour…

Tous les compteurs de haine sont officiellement remis à zéro…
Enfin, Catherine travaille à une union improbable, celle de sa propre fille, Marguerite de Valois, catholique bon teint avec Henri de Navarre, l’héritier des Bourbon-Vendôme…

Celui la même en qui la communauté protestante place tous ses espoirs, car celui qui pourrait succéder aux Valois si ces derniers n’ont plus d’héritiers…
Alors, après toutes ces marques de bonne volonté de Catherine, pourquoi dans très peu de temps, l’un des plus grands massacres de l’Histoire de France va-t-il avoir lieu ?
Et bien, en réalité dans cette affaire, il va y avoir des prémisses…des circonstances défavorables… et un grand malentendu...
Concernant les prémisses, on peut citer le rapprochement inattendu du jeune roi Charles IX avec le grand chef protestant, Gaspard de Coligny…qui fréquente de nouveau la Cour…

Un rapprochement semble-t-il lié à une réaction de jalousie de Charles IX vis-à-vis des succès militaires de son frère cadet Henri d’Anjou…
Et bien sur ce rapprochement est très mal vécu par les catholiques et notamment par Henri de Guise, le fils de François de Guise, celui là même qui a été assassiné en 1563 par un certain Poltrot de Méré, sur ordre de Coligny,… du moins le jeune de Guise en est persuadé….
Dans les prémisses, on peut également citer l’amertume des protestants de France quand ces derniers s’attaquent aux espagnols de Flandre… sans recevoir le moindre soutien des troupes royales malgré des demandes pressantes de Coligny …et de vagues promesses de Catherine …

On peut enfin évoquer les noces elles même de Marguerite et d’Henri de Navarre, célébrées le 18 août 1572, qui furent une véritable parodie de mariage tant chacun resta campé sur ses certitudes et ses rites…
Passons aux circonstances défavorables…
La principale semble être que ce mariage se déroula à Paris, en plein fief ultra catholique, obligeant une foule de grands seigneurs protestants à se trouver physiquement présents pour y assister…
Une autre circonstance, très fâcheuse, peut être évoquée…

Gaspard de Coligny est victime d’un premier attentat le 22 août, un tir d’arquebuse, qui le blesse au bras gauche.
Qui a tiré ? On ne sait pas…

Peut être un ligueur parisien qui voulait venger la mémoire de François de Guise … ?

Peut être un envoyé espagnol, qui voulait créer la zizanie dans cette volonté farouche de Catherine de rassembler les deux communautés ?

Peut être, un exalté, excité par les sermons des capucins qui processionnent régulièrement dans la capitale ?
En tous les cas, suite à cette tentative, les seigneurs protestants s’énervent et exigent des garanties.
Et c’est alors que se met en place le grand malentendu…

Le 23 août, suite à l’attentat sur Coligny, Catherine réunit en urgence un « conseil royal » qui adopte un certain nombre de mesures, dont malheureusement l’Histoire n’a conservé aucune trace écrite.
Par contre, ce que y est sur, c’est qu’à partir de cette réunion, tout s’enchaîne de façon dramatique…
Dans un premier temps, il semble bien que le Conseil décide secrètement de « neutraliser » - entre guillemets - quelques capitaines de guerre protestants, trop vindicatifs, et que l’on juge objectivement menaçants pour la sécurité du roi…

Dans un second temps, cette donnée sensible fait l’objet d’une fuite, anonyme, en provenance du Conseil…
Celle-ci parvient aux oreilles des « guisards » et des milices parisiennes, à cran en permanence, qui interprètent cette décision ponctuelle, limitée, et même pas réalisée, comme une quasi autorisation de tuer tous les protestants se trouvant à Paris.
Les portes de la ville sont alors fermées. Plus personne ne peut sortir… Dans la nuit du 24 août 1572, commence le massacre de la Saint-Barthélémy.
Une tuerie impressionnante !!

Rien qu’à Paris et en plusieurs jours de massacres, il y aura plus de trois milles morts, dont très rapidement Gaspard de Coligny, assassiné par des ligueurs catholiques qui peuvent enfin venger la mémoire de François de Guise.

En comptant les tueries dans tout le pays, car le massacre s’est propagé par la suite dans une vingtaine de grandes villes de province, on estime à dix mille le nombre final des victimes.
Naturellement, Charles IX et Catherine sont abasourdis,… horrifiés de voir ces tueries aveugles et exigent en plusieurs circonstances que l’on arrête cet engrenage infernal mais les commandes de l’Etat ne répondent pas… ne répondent plus…
Le pouvoir est d’autant plus impuissant que l’on se trouve à Paris et que dans cette cité, l’autorité du roi s’arrête là où commencent les convictions religieuses de ses habitants, Henri d’Anjou, le 3ème fils, s’en apercevra lui-même, quelques années plus tard...
Alors, de guerre lasse, Charles IX, s’oblige à faire une déclaration publique le 26 août, laissant entendre qu’il a été – hélas - conduit à prendre certaines décisions énergiques… pour sauvegarder la légitimité de son trône et l’unité religieuse du pays.
Plutôt mentir que d’avouer sa faiblesse.

Et nul doute que Catherine lui a conseillé une telle attitude…

Dans cette furie, on a tout juste eu le temps d’imposer au jeune époux Henri de Navarre (19 ans) et à son cousin Henri de Condé, fils de Louis mort à Jarnac, de renoncer officiellement – et vite !! - à la religion protestante pour avoir la vie sauve…
Mais cela dit, on se doute bien que cet énorme guet-apens va déclencher une nouvelle guerre… la quatrième !

Et Catherine de s’inquiéter de plus en plus…

Non seulement, les hostilités repartent mais, en plus, les mauvaises nouvelles s’accumulent…
D’abord l’épouse du roi Elizabeth met au monde une fille.

Toujours pas d’héritier direct pour les Valois…

Ensuite, la santé de Charles IX se dégrade rapidement…
Enfin, cette quatrième guerre marque un tournant.

Le massacre de la Saint-Barthélémy a creusé un terrible fossé entre le pouvoir royal et les protestants.
Dans le sud du pays se met, par exemple, en place une Union des protestants du Midi, véritable gouvernement parallèle, qui lève des impôts et possède sa propre organisation militaire.
On peut même parler d’une sorte de République protestante avec comme capitales au Sud Nîmes et Montauban et à l’Ouest le grand port de La Rochelle.
Cette dernière cité est d’ailleurs durement assiégée par les troupes royales mais bien ravitaillés par mer, les protestants tiennent le choc.

Richelieu s’en souviendra,…un peu plus tard…
Alors, comme d’habitude, faute de moyens, tout le monde en reste là et l’édit de Boulogne termine provisoirement cet énième conflit en juillet 1573.
Le problème, c’est que désormais, Catherine a perdu beaucoup de crédibilité… Les catholiques ? Ils se sont toujours méfiés d’elle….Le pape ne l’aime pas,… les espagnols la jugent trop florentine…

Les protestants ? N’en parlons pas, ils sont persuadés de sa duplicité, donc de sa culpabilité dans le massacre de la Saint-Barthélémy…
Bref, la seule bonne nouvelle apparente du moment, c’est qu’elle parvient à force de ténacité et de négociations à obtenir pour son fils Henri le trône électif de Pologne.

Toujours son souci de récupérer des titres, des couronnes, des pouvoirs pour sa progéniture… et puis le positionnement des astres était favorable…alors…
De fait, Henri d’Anjou, qui n’était absolument pas demandeur devient roi de Pologne en février 1574…

Mais est-ce une si bonne nouvelle que cela ?
Charles IX qui souffre de tuberculose pulmonaire n’a plus que quelques semaines à vivre et, en attendant, l’absence d’Henri laisse la place libre au dernier et au plus controversé des fils de Catherine, le fantasque François d’Alençon !
Ce dernier, victime de la petite vérole, est laid et maigrichon…

Mais cela ne l’empêche pas d’être ambitieux et sournois.
C’est le seul de ses enfants que Catherine n’aime pas vraiment, un jeune homme qui la renverrait très vite dans ses appartements s’il accédait au pouvoir, un « nuisible » qu’elle retient quasiment prisonnier à Vincennes, en compagnie d’Henri de Navarre d’ailleurs, mi pour les protéger, mi pour les surveiller…
A cette époque, elle ne joue donc qu’une seule carte de rechange, celle de son chouchou Henri d’Anjou,… mais qui se trouve bien loin, en Pologne… à cause des astres…
Le problème c’est que François d’Alençon lui est déjà prêt à toutes les alliances et à tous les compromis pour accéder au pouvoir…

Il lui faut donc recouvrer sa liberté…
Dès avril 1574, il tente de s’évader une première fois,… avec Henri de Navarre, à l’aide d’aventuriers,… La Mole et Coconat…

Une tentative rocambolesque, digne d’un roman de Dumas, que

Catherine parvient à déjouer,… tant bien que mal…

Cette fois-ci, les deux fugueurs sont vraiment arrêtés et assignés à résidence, à Vincennes.
La Reine-mère ne prend plus de gants…
D’autant que la nouvelle que tout le monde pressentait finit par tomber, Charles IX, le roi maudit, meurt le 30 mai 1574,… à 24 ans !
Et de nouveau Catherine exerce une régence de fait puisque Henri est en Pologne. Il en est même le roi…
Mais en plein accord avec sa mère, Henri n’hésite pas une seconde.

Entre le trône de France où il peut retrouver ses amis et son grand amour Marie de Clèves et une Pologne lointaine, triste et protestante, le choix est vite fait…
Pressé, il fuit nuitamment son trône plutôt qu’il n’abdique…

Les polonais d’ailleurs n’apprécieront que modérément cette façon de faire…
Qu’importe !! Catherine est heureuse de retrouver son fils préféré, en septembre 1574, car à 55 ans, elle doit faire face à une nouvelle guerre de religion… la cinquième !!!
Mais cette fois-ci, elle n’est plus seule…

Car Henri 1er de Pologne devient Henri III de France en février 1575 et lui, c’est un homme – il a 24 ans ! – il est courageux au combat et il semble en bonne santé.
Et c’est heureux car cette cinquième guerre se complique de bien d’autres considérations que les haines confessionnelles habituelles…
Un certain nombre de grands aristocrates,… des deux bords, relativement modérés dans leurs croyances religieuses, mais particulièrement sourcilleux sur leurs prérogatives seigneuriales, poussent à une profonde restructuration de la gouvernance royale.

On les appelle « Les malcontents »... Au moins, c’est clair…

Car comme leur nom l’indique, ils ne sont pas du tout satisfaits des conséquences de la gouvernance de Catherine depuis 15 ans.
Une gouvernance faite uniquement au profit de ses fils avec l’aide d’une kyrielle de conseillers occultes… et italiens… (les Birague, Strozzi et autres Gondi) qui s’immiscent bien trop dans les affaires de ces grands seigneurs provinciaux.
Et pour dire les choses clairement, ces derniers n’apprécient pas la dérive absolutiste de la monarchie française qui a tendance à vouloir brider leurs libertés de gestion traditionnelles…
Du coup, ces malcontents vont assez loin…
Ils proposent carrément de mettre en place une monarchie mixte, où le pouvoir serait partagé entre le roi, le Conseil (où ils seraient naturellement très représentés) et les États généraux (qui donneraient même la parole aux grands bourgeois du royaume).
Dès lors, cette cinquième guerre va s’avérer difficile non seulement pour Catherine mais également pour le camp des ultra catholique, dont le grand chef est désormais Henri de Guise.
Car François d’Alençon s’est enfin échappé de Vincennes et a dit « oui » à tous ces « malcontents »… et d’Alençon, c’est le futur roi si Henri III meurt ou si une coalition solide dépose ce dernier au profit d’un prétendant légitime…
N’ayons pas peur des mots,… Pour la première fois, le pouvoir d’Henri III et de Catherine est même sérieusement menacé…

Car cette fois-ci, en face et sous la bannière de François d’Alençon, l’opposition est lourde…
On y trouve des grands chefs protestants purs et durs (comme Condé et Turenne), des catholiques malcontents (tels Damville et Cossé-Brissac) et même des mercenaires allemands… à la solde du comte palatin…

De fait, d’âpres combats vont avoir lieu tels celui de Dormans, en Picardie, où le duc de Guise s’y distingue malgré un coup d’arquebuse qui le blesse à la joue droite… et fait de lui, et à jamais, « Henri le balafré »…
Mais comme annoncé le roi est obligé d’interrompre des combats trop difficiles et d’un coût bien supérieur aux capacités du Trésor Royal.
Furieux de son impuissance, c’est à sa mère qu’il demande de mener à bien des négociations de paix.

Et malgré sa fatigue, Catherine va profiter de cette occasion pour tenter de mettre en place, cette fois-ci, une paix durable.
Elle ne voit qu’une une seule solution…

Se montrer généreuse avec tout le monde pour tenter d’effacer les rancoeurs accumulées… Acheter la paix en quelque sorte…

L’Edit de Beaulieu de mai 1576 sanctionne cette politique…
Ce traité va loin dans les concessions faites à la fois aux protestants, qui gagnent la liberté de culte un peu partout, de nouvelles places fortes et des compensations financières… et aux « malcontents » qui récupèrent franchises, fiefs et autres gouvernements de région.
Quant à François d’Alençon, c’est le grand gagnant de la distribution. Il est promu duc d’Anjou, et se voit attribuer les riches provinces d’Anjou, de Touraine et du Berry.
Un pactole si impressionnant que très vite, cet édit de Beaulieu est surnommé «la Paix de Monsieur » car le nouveau duc d’Anjou est, rappelons le, frère du roi… « Monsieur » dans l’étiquette royale….
Catherine a-t-elle été trop loin ??

Probablement, car si François revient triomphant à la cour en novembre 1576, tous les autres clignotants repassent au rouge…
D’une part, Henri de Navarre qui est parvenu lui aussi à s’échapper de Vincennes se reconvertit à la religion réformée …et devient cette fois-ci définitivement le champion des protestants…

D’autre part, Henri III n’est vraiment pas content des résultats de Beaulieu et fonde la Ligue royale, censée chapeauter les ligues catholiques qui fleurissent un peu partout en France, notamment en Bretagne et dans la moitié nord du pays.
Enfin, un sixième conflit a même lieu entre les deux communautés, très court celui là, de mai à septembre 1577…
Un petit face à face où l’on voit quand même les troupes royales, emmenées par François redevenu loyal, reprendre les villes huguenotes de la Charité sur Loire et d’Issoire…

Ce qui permet à la communauté catholique d’imposer une nouvelle paix – celle de Poitiers – moins favorable aux protestants…

Le yo-yo continue donc …mais toujours rien de réglé sur le fond…
Alors, avec une abnégation rare, et pour tenter de maintenir un semblant d’unité dans le royaume de son fils, Catherine, reprend son bâton de pèlerin…

En 1578, elle refait un long voyage dans le Sud et le Sud-Ouest du pays,… des régions alors entièrement contrôlées par les protestants.
Toujours optimiste, elle joue même les entremetteuses en ramenant sa fille Marguerite à son époux Henri de Navarre, désormais solidement installé en Aquitaine, dans son fief de Nérac.
Mais elle fait plus...

Pour faciliter certaines négociations, à côté des ambassadeurs habituels, elle n’hésite pas à emmener avec elle un escadron de ravissantes jeunes femmes…
Et ça semble marcher !

A la fin de son voyage, grâce au traité de Nérac signé en février 1579, Catherine parvient à conserver à la couronne les deux grandes régions sécessionnistes que sont la Guyenne et le Languedoc…
Mais il faut déchanter assez rapidement…Car désormais, les protestants refusent de rendre leurs places fortes !!

Qui aurait pu penser le contraire ?

Un reniement qui suffit pour déclencher une nouvelle guerre – la septième ! – se terminant, cette fois-ci, à l’avantage des protestants, qui voient la durée de conservation de leurs places… portée à 6 ans !
Dans toutes ces successions de guerres suivies de paix armée, le plus terrible reste que l’on n’en voit jamais la fin et que parallèlement l’autorité royale se réduit comme peau de chagrin….
A l’inverse, beaucoup des grands noms de ces guerres incessantes sont devenus de puissants gouverneurs de provinces…

Côté protestant, Henri de Navarre domine la Guyenne, Henri de Condé la Picardie….

Quant aux Guise, Henri et ses frères, c’est pire…

Ils tiennent notamment la Bretagne, la Bourgogne, la Champagne et la Normandie…
Enfin, il y a le dossier de l’ambitieux François d’Anjou.

Ce dernier, toujours à la recherche d’un trône, s’engage résolument aux côtés des Provinces-Unies protestantes, pour briser l’hégémonie espagnole dans la région.
Malgré ses mauvais pressentiments, Catherine le suit et l’aide militairement,… c’est quand même son fils… et il y a un trône électif à la clé !!...

Mais les espagnols sont décidément les plus forts et François doit quitter piteusement la Flandre espagnole.
Nous sommes alors dans les années 1580, et cet échec est annonciateur de plus gros problèmes encore pour la famille royale….
Car que voit-on ?

Les tentatives inlassables de Catherine pour que les deux communautés vivent en paix sont objectivement un échec….

Malgré son entremise, le mariage entre Henri de Navarre et sa fille est un vrai fiasco, le couple vivant désormais séparé officiellement…

Son dernier fils, François, celui qui lui a posé tant de problème, meurt brusquement en juin 1584, lui aussi de la tuberculose, comme son frère Charles.

Henri III, agacé et devenu mystique, s’affranchit de plus en plus souvent de l’influence de sa mère…
Il se fait désormais conseiller par quelques favoris politiques, fanfreluchés, les fameux « mignons », … qui jouent leur carte personnelle, bien souvent différente de celles de Catherine…
Enfin et pour finir, aucun héritier mâle ne semble poindre à l’horizon,… malgré de nombreuses années de mariage…

La malédiction des Valois se poursuit donc…
Car rappelons le, si Henri III décède, le trône passe aux bourbons,…

à Henri de Navarre précisément,… le protestant « honni ».

Cette seule idée raidit encore plus les positions de chacun.
Par exemple, les Ligues catholiques imposent déjà une véritable terreur dans le royaume, encouragées par les Guise… qui eux-mêmes bénéficient ouvertement d’un soutien militaire et financier de Philippe II d’Espagne,… qui ne veut surtout pas entendre parler d’une France protestante…
D’ailleurs, les « Lorrains » se sentent tellement soutenus qu’ils publient en mars 1585 le « manifeste de Péronne » un document insolent et provocateur qui dénonce pèle mêle l’hérésie protestante, l’intolérable fiscalité royale, la rapacité des mignons…
On voit, par ce type d’initiative, qu’on est passé d’un problème purement confessionnel à un problème plus général de pouvoir dans le royaume,… même du vivant d’Henri III.
Ce dernier, tour à tour déprimé ou agressif, est déjà aux abois…

Il se sent obligé de suivre les Guise, en juillet 1585, en signant le terrible traité de Nemours qui annule la totalité des efforts déployés jusque là par Catherine pour sauvegarder l’unité du royaume.
Ce traité, peu connu, est pourtant une véritable capitulation en rase campagne.
Le roi se soumet entièrement aux exigences d’Henri de Guise, tant financières que politiques, militaires ou religieuses.
Il accorde titres et pensions aux principaux chefs catholiques.

Au plan militaire, le « balafré » et ses alliés récupèrent une multitude de places de sûreté…
Au plan religieux, tous les édits de pacification antérieurs sont révoqués,… confirmant la ruine de la politique de conciliation menée jusque là tant bien que mal par Catherine…
Désormais, le culte réformé est totalement interdit dans le royaume.

Les protestants ont le choix entre l'abjuration ou l'exil, ne peuvent plus exercer de charge publique et doivent rendre leurs places de sûreté,… un peu plus d'une cinquantaine….

Et naturellement, Henri de Navarre, le premier prince du sang, est déchu de tous ses droits à la succession au trône.
Bref, on l’a compris, Henri de Guise à lui tout seul devient un véritable Etat dans l’Etat, un personnage qui ne peut désormais que penser au pouvoir suprême…au trône !!
Mais à court terme, toutes ces incroyables mesures ont naturellement pour conséquence de relancer la guerre,… la huitième et dernière de ces maudites guerres confessionnelles…
En réalité et compte tenu désormais des enjeux, sans aucun doute la plus emblématique de toutes les guerres de religion !!

Car celle-ci va durer une éternité,… treize ans !… de 1585 à 1598,… et seul l’Edit de Nantes l’éteindra…
Catherine ne vivra pas suffisamment longtemps pour voir la fin de cette implacable opposition qu’elle a combattue sans relâche toute sa vie…

En revanche, et tant qu’un souffle de vie la maintiendra aux affaires, elle se battra jusqu’au bout pour conserver le trône de France au dernier de ses fils…, au dernier des Valois…

Ainsi, c’est elle qui lui conseille de ne pas s’attaquer de front aux lorrains et de jouer leur jeu,... du moins en apparence…

Car parallèlement, elle tente jusqu’au bout de convaincre Henri de Navarre de redevenir catholique afin qu’allié à son fils, ils additionnent leur force pour se débarrasser du duc de Guise, ce potentiel usurpateur…
Car Catherine a tout compris…

Le vrai danger, c’est le poids croissant de ce dernier dans tout le royaume… et donc la menace imminente d’un coup d’Etat.
Et les évènements lui donnent raison.

Début 1588, Guise vient désormais prendre ses ordres non plus auprès du roi de France… mais auprès du roi d’Espagne, son banquier.
Ce dernier, qui cherche des points d’appuis pour bloquer toute tentative de traversée anglaise en France, demande à son allié lorrain de nettoyer les grands ports français du Nord de toute présence protestante, ce que fait immédiatement le duc de Guise.
Inutile de vous dire que lorsque ce dernier rentre à Paris en mai 1588, il est accueilli en héros libérateur par toute une ville acquise depuis longtemps aux thèses ultra…
Une entrée triomphante à l’origine d’un nouveau malentendu…

Lorsque Henri de Guise demande audience au roi, ce dernier prend peur et fait venir auprès de lui quatre mille gardes suisses.
Une décision pour le moins maladroite, qui fait s’embraser la ville.

Des milliers de barricades s’amoncellent un peu partout.

Des gardes suisses sont rapidement massacrés…
Catherine tente alors une ultime négociation avec le duc de Guise pour que cessent ces troubles à l’ordre public…

Et c’est dans ce contexte tendu qu’Henri le balafré, le roi de Paris, lui réplique un angoissant
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