Essais ou la Recherche que comme la prise de la Bastille. Sans grand risque de désaveu de sa part. Sans doute n’avait-il pas prévu que les combats où tombèrent «ceux qui pieusement sont morts pour la patrie»





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titreEssais ou la Recherche que comme la prise de la Bastille. Sans grand risque de désaveu de sa part. Sans doute n’avait-il pas prévu que les combats où tombèrent «ceux qui pieusement sont morts pour la patrie»
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C’est d’abord –mais ces distinctions ne désignent qu’une accentuation du point de vue pris sur une réalité insécable par un sujet indivisible- le trouble de l’âme au spectacle de l’histoire. Spectacle réel ou visionnaire d’un événement actuel ou passé, important ou mineur –Rêverie d’un passant à propos d’un roi14- ou de la chaîne complète des temps –La Pente de la rêverie, La Vision d’où est sorti ce livre15. Selon le cas –mais, à nouveau, l’analyse doit trancher dans d’infinis dégradés- l’émotion se dit seule dans sa brève intensité –Du haut de la muraille de Paris à la nuit tombante, « C’était en juin, j’étais à Bruxelles…»16−, s’approfondit en réflexion, souvent dialoguée –Sur une barricade au milieu des pavés, Sunt lacrymae rerum17- ou se développe longuement en interrogation méditative sur l’histoire, sur ce qui s’y produit et ce qu’elle signifie, avec les couleurs diverses de la perplexité, de l’inquiétude, de l’angoisse, parfois de la confiance –A l’arc de triomphe, Force des choses, Loi de formation du progrès, « De tout ceci, du gouffre obscur… »18. Philosophiques par leur portée, ces textes ne le sont pas par leur statut ; inutile de leur demander un doctrine : le lyrisme amoureux n’écrit pas de traité de psychologie, ni l’expérience mystique de somme théologique.

Le plus souvent cependant, les impulsions de la conscience l’emportent : scandale, effroi, douleur, dégoût, colère, indignation surtout –admiration parfois- et ouvrent la voie à l’appréciation morale et au jugement. Il ne s’exerce jamais, me semble-t-il, sur l’histoire entière en son essence, mais la convergence des textes finit par la mettre en cause : n’est-elle pas le lieu des souffrances et, pire, le foyer des crimes, puisque sa violence contredit la modération des conduites privées et plus encore l’harmonie du monde naturel ? De tels contrastes convoquent toute l’expérience humaine, le second surtout qui parcourt l’œuvre entière du Vallon de Chérisy19 au Waterloo des Misérables et au tableau de la Tourgue un matin de l’été 9320.

De là, plus d’une fois, la tentation du retrait hors de l’histoire : retour heureux à la réalité après le rêve d’un beau carnage dans Enthousiasme 21 :

Où m’emporte moi-même un accès belliqueux !

Les vieillards, les enfants m’admettent avec eux !



J’en ai pour tout un jour des soupirs d’un hautbois,

D’un bruit de feuilles remuées…

plus souvent fuite :

Oh ! laissez ! laissez-moi m’enfuir sur le rivage !

Laissez-moi respirer l’odeur du flot sauvage! 22

Mais il arrive qu’une sorte d’extension cosmique du crime historique corrompe le refuge :

Le soir triste monta sous la coupole bleue ;



Tout à coup la nuit vint, et la lune apparut

Sanglante, et dans les cieux de deuil enveloppée,

Je regardai rouler cette tête coupée.23

Il arrive aussi qu’inversement la nature démente son apparente indifférence à l’histoire humaine. Son ordre promet d’en régler le cours –ainsi des marées d’un océan vengeur dans Châtiments ou de toutes les aubes, dissipatrices des cauchemars-, et elle avoue elle-même sa coopération, voire son initiative, dans la marche du progrès :

Tu murmures tout bas : -race d’Adam qui souffres

Hommes, forçats pensants au vieux monde attelés,

Chacune de mes lois vous délivre. Cherchez !24

Ces oppositions et ces glissements l’indiquent, rien ne distingue l’histoire, pour l’expérience et l’écriture, de n’importe quelle autre réalité –Dieu compris. Elle s’offre donc aussi à la contemplation : tantôt terrifiée de ses désastres –Paris incendié25-, tantôt émerveillée devant la grandeur, l’éclat, la puissance et l’accomplissement. Longtemps Napoléon, après les fastes royaux, accapare la célébration, avant que l’expiation ne lui fasse céder la place à l’avenir –Lux, Plein ciel.

Un tour de clef supplémentaire conduit le texte à réfléchir sa propre inspiration, interpellant le poète historien ou la Muse historique : Le Poëte dans les révolutions et Le dernier chant26, Stella, Fonction du poète, L’exilé satisfait27. Cas limites qui ne sortent pas du régime général ; toujours le sujet de l’écriture se confond avec son objet et ne montre rien d’autre que lui-même : non pas l’histoire, mais l’expérience qu’il en a, offerte à partager dans la réénonciation du texte par le lecteur. Rien de commun donc dans ce geste avec celui de l’historien, aussi partial qu’on voudra mais toujours objectif, demandant l’assentiment à l’énoncé et non la participation à son énonciation ; ni non plus avec celui du mémorialiste qui rompt le fil de ses jours pour se faire l’historien de lui-même.

Tel est ce qu’on peut appeler le lyrisme historique, distinctif de Hugo. Je le dirais volontiers fondateur, pour lui, de toute parole lyrique ; du moins est-il initial puisqu’il préside aux trois recueils qui commencent chacune des phases biographiques par lesquelles l’auteur d’Actes et Paroles découpe sa présence dans l’histoire : les Odes -avant l’exil, Châtiments-pendant l’exil, L’Année terrible –après l’exil28. Mais il ne se cantonne pas à eux. Présent plus ou moins sporadiquement dans toute l’œuvre poétique, il resurgit souvent dans les romans, soit par éclairs –les innombrables commentaires méta-narratifs des Misérables ou de L’Homme qui rit- soit par la basse continue du ton –l’ironie railleuse de Notre-Dame de Paris. Plusieurs des expansion lyriques caractéristiques du drame hugolien en relèvent aussi : tirades d’Hernani effrayant dona Sol au premier acte, de Ruy Gomez devant les portraits, monologue de Don Carlos au tombeau de Charlemagne, de Ruy Blas invoquant Charles-Quint. Mais presque rien ne distingue ces méditations de celles du voyageur, incapable de voir monument ou paysage sans remémoration rêveuse du passé dont ils gardent la trace, entraîné parfois à une réflexion sérieuse élargie aux siècles et aux nations comme dans la lettre 14 du Rhin, elle-même prélude à sa grande Conclusion. Si bien que, de proche en proche, tel poème de pur lyrisme historique –l’ode A l’Arc de triomphe de l’Etoile29 par exemple- s’enchaîne aux grands développements de prose : Fragment d’histoire, Sur Mirabeau, les premières pages de la Préface de Cromwell, les dernières de William Shakespeare. On peut y lire une philosophie de l’histoire, mais elle s’y cherche plus qu’ils n’en procèdent ; l’investissement personnel leur donne leur accent et leur élan –leur obscurité aussi- parce qu’ils n’obéissent pas à l’ordre argumentatif de l’établissement d’une thèse sur l’histoire mais à l’impulsion d’une pensée et d’une volonté pour la dominer –aux deux sens.

Programme donc pour l’histoire et premier acte pour le réaliser, en même temps que méditation passionnée sur son cours, ces textes occupent le sommet des deux versants du rapport de Hugo à l’histoire : celui de la conscience qui en est affectée –de l’être devant l’histoire- et celui de la conscience qui y agit –de l’être dans l’histoire.

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