Essais ou la Recherche que comme la prise de la Bastille. Sans grand risque de désaveu de sa part. Sans doute n’avait-il pas prévu que les combats où tombèrent «ceux qui pieusement sont morts pour la patrie»





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titreEssais ou la Recherche que comme la prise de la Bastille. Sans grand risque de désaveu de sa part. Sans doute n’avait-il pas prévu que les combats où tombèrent «ceux qui pieusement sont morts pour la patrie»
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Dans beaucoup d’œuvres, celles que les commémorations privilégient spontanément, le texte se constitue lui-même en intervention historique et la relation à l’histoire n’y est plus exprimée mais pratiquée.

A son degré le plus bas, elle prend la forme du témoignage. Il implique une double présence : aux événements dont on témoigne et au tribunal devant lequel on témoigne. Présence neutre : si le témoin avait participé aux faits ou s’en était abstenu alors qu’il en avait le devoir, il serait lui-même inculpé –le cas échéant de non-assistance à histoire en danger ; s’il prenait part active au procès, il y serait juge et non témoin. Ce double affaiblissement du rapport à l’histoire explique l’exception de Choses vues, leur abandon et leur manière : notes écrites au moment du plus grand retrait politique et consacrées aux à-côtés de l’histoire. Il explique aussi l’inachèvement d’Histoire d’un crime, mais également sa publication lorsque ce livre perd son caractère de témoignage et prend celui d’une mise en garde prophétique gagée sur l’autorité vérifiée de son auteur. Cinq ans avant, L’Année terrible avait fait tourner le même mécanisme en sens inverse : l’involution de l’histoire y est prouvée et dénoncée par la régression du poète-prophète des Châtiments au rôle désolé de témoin impuissant30.

Au degré supérieur, les discours entrent dans l’action, ceux prononcés dans les enceintes du pouvoir ou leurs substituts écrits31 lorsque la tribune est détruite ou devenue inaccessible. Leur cas est simple. Après une première phase où il dépouille sa qualité d’écrivain et n’en retient, comme Lamartine, qu’une meilleure pratique de la langue et du style, Hugo, brutalement, renonce à être « académique et parlementaire ». Pour le discours sur la misère qu’exigeaient de lui les Misérables en cours de rédaction, il devient « sauvagement superbe »32. Prenant acte de ce que l’Assemblée, désormais hostile à la République qu’elle incarne, se réduit à un théâtre d’ombres, il s’adresse, par dessus sa tête, au public de ses lecteurs maintenant confondu avec le peuple dont il tient son droit à la parole. La fonction du poète s’identifie au mandat démocratique ; l’art, qu’on lui reproche à grands cris dans l’hémicycle, dit le droit. Auteur, personnage et acteur d’un discours dont l’énonciation suffit à justifier l’énoncé, Hugo investit la littérature dans l’histoire –et réciproquement. L’exil ne fera que grandir encore sa voix par la distance, l’absence et la valeur du sacrifice.

Dès lors toute l’œuvre s’empreint du même caractère. Lorsque l’auteur n’y prend pas lui-même la parole, les romans la délèguent à des orateurs ressemblants –Enjolras, Gauvin ; la poésie multiplie les actes oratoires, qu’ils soient pris à son compte par le poète –Aux femmes, Au peuple, A la France33, La Voix de Guernesey- ou confiés à des prête-nom : le marquis Fabrice, le Satyre, le chêne du parc détruit ; toute la prose se fait discours, contre Napoléon le Petit comme pour William Shakespeare.

A dire vrai, cela n’avait pas attendu l’exil. Il sanctionne par les faits le statut du poète acteur de l’histoire, mais le régime d’écriture qu’il porte à son plus haut rendement lui préexistait, au moins à titre optatif. Les recueils antérieurs à Châtiments pratiquent une interlocution privée, mais la lecture la rend fictive ; quant au théâtre, Hugo y trouve explicitement, dans les années 30, une tribune. Actes et paroles, ce titre engloberait à bon droit tous les livres de Hugo. Tous sont parole en acte –à moins que ce ne soit l’inverse- non en raison de la puissance de leur éloquence ou de la justesse de leurs causes et moins encore par leur succès dans la formation des convictions (encore que cela ne gâche rien), mais parce qu’ils procèdent de la certitude34 que leur seule profération institue l’espace de leur validité : espace moral et religieux, dès les Odes, du fait que l’exercice de la fonction du poète suffit à en conférer la magistrature, espace politique et historique puisque, dès après les Odes au plus tard, la démocratie, qui est le règne de la parole libre, s’instaure dans sa pratique.

Le discours suppose un auditoire ; le dernier degré de la présence active du poète dans l’histoire est atteint lorsqu’il s’en passe et que, indifférente à l’écoute de son public et même à sa présence, l’œuvre agit par sa seule existence. Ce sont les Châtiments ; ils exercent la toute puissance d’une parole purement performative, absolue, non pas suivie d’effet mais le contenant en elle, et la revendiquent ouvertement :

Mais n’est-il pas vrai, Dante, Eschyle et vous, prophètes ?

Jamais du poignet des poètes

Jamais, pris au collet, les malfaiteurs n’ont fui.

J’ai fermé sur ceux-ci mon livre expiatoire

J’ai mis des verrous à l’histoire

L’histoire est un bagne aujourd’hui.
Le poète n’est plus l’esprit qui rêve et prie

Il a la grosse clef de la Conciergerie



Vous gardez des forçats, ô mes strophes aîlées,

Les Calliopes étoilées

Tiennent des registres d’écrou.

….

Ah ! quelqu’un parlera. La muse, c’est l’histoire.

Quelqu’un élèvera la voix dans la nuit noire.

Riez, bourreaux bouffons !

Quelqu’un te vengera, pauvre France abattue

Ma mère ! et l’on verra la parole qui tue

Sortir des cieux profonds.35

La surdité du peuple à sa voix et le rire des puissants signalent le prophète, vox clamans in deserto ; les Châtiments rencontrèrent l’un et l’autre, Napoléon III aidant. C’était imprudent. Hugo disait qu’il se chargeait de l’amener à l’histoire par l’oreille ; le plus beau, on n’en revient pas, est qu’il le fit.
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