Les légendes comiques, sous-genre des légendes contemporaines Véronique Campion-Vincent





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Les légendes comiques,
sous-genre des légendes contemporaines

Véronique Campion-Vincent



[Texte « pré-publication », maquette réalisée par Eliane Daphy, épreuves revues par l’auteur, soumis au Conseil scientifique de l’Inalco (décembre 1997).
Texte définitif publié sans modifications (1999)
Référence de publication : Campion-Vincent Véronique, « Les légendes comiques, sous-genre des légendes contemporaines », Paroles à rire, ss la direction d’Eliane Daphy et Diana Rey-Hulman, avec la collaboration de Micheline Lebarbier, Paris, Inalco (Colloques Langues’O), 1999, pp. 111-126. ISBN 2858310823
Notice (avec sommaire) en Open Archives :
oai:halshs.ccsd.cnrs.fr:halshs-00002190_v1]


Pour le grand public, « c’est une rumeur » équivaut à peu près à « c’est une histoire fausse ». Ni vous ni moi ne lançons ni ne diffusons des rumeurs, mais nous communiquons des informations, des nouvelles ou nous racontons des histoires qui nous sont arrivées ou sont advenues à nos proches ; informations, nouvelles, histoires que nous jugeons intéressantes, distrayantes, épouvantables, utiles à connaître, et accessoirement sans doute exactes.

L’on peut dire que le terme de rumeurs désigne à la fois des processus et des contenus.

Les processus de circulation des rumeurs et des histoires sont le bouche à oreille, mais aussi, dans notre société de communication généralisée, le document écrit (article de presse, circulaire administrative ou photocopie), l’image, le terminal d’ordinateur. Le facteur important à noter, qui unifie ces processus, est qu’ils sont spontanés, viennent « de la base » et s’opposent aux vérités officielles.

Du cocasse au terrifiant, de la phrase brève à l’histoire structurée, les contenus des rumeurs sont très diversifiés et tenter de les passer tous en revue ne conduirait qu’à une énumération lassante. Ces contenus se ressemblent cependant : ils sont dévoilement de complots, explication des rouages de notre univers truqué, révélation de secrets sensationnels et mise en garde, avertissement contre les multiples dangers qui nous entourent.

Légendes contemporaines

L’apparition de ce terme est liée au développement, à partir du milieu des années soixante-dix, d’un courant de recherche d’inspiration ethnologique et folklorique. Ayant noté qu’on ne pouvait traiter de la même façon les rumeurs consistant en informations brèves qui se disent en une phrase et celles qui constituent des histoires structurées, ce courant s’est attaché à l’étude de la structure narrative des rumeurs développées en histoires et a parlé à leur propos de « légendes urbaines » ou mieux de « légendes contemporaines ». Ce terme nouveau permet de mettre l’accent sur le contenu des messages qui circulent plutôt que sur les processus de circulation. Associant un substantif du folklore traditionnel – légendes – et un adjectif actuel – contemporaines –, ce terme souligne que l’on retrouve ici l’avatar moderne de faits anciens. Données pour vraies, tout comme les mythes, les légendes traditionnelles étaient fréquemment situées dans un passé lointain, alors que les légendes contemporaines sont considérées par leurs narrateurs comme des événements réels et actuels – qui viennent d’arriver à un proche ou qu’ils ont lu dans le journal d’hier – et non comme des récits d’autrefois. Ce ne sont pas toujours des récits relevant du surnaturel ; par ailleurs, les légendes contemporaines ne sont pas fausses mais mêlent le vrai, le vraisemblable et le faux. Se transmettant par l’écrit et l’image tout autant que par le bouche à oreille, ce sont des narrations, des récits repris et transmis par les groupes au sein desquels ils fonctionnent. Ces transmissions entraînent une véritable recréation et lors de chaque narration le récit est recomposé en fonction à la fois des caractéristiques du public qui l’écoute, et des intentions, conscientes ou non, des narrateurs. Ces récits sont donnés pour vrais, objets de croyance, situés et chargés « d’effets de vérité » tels que ceux qu’induit l’appel à des témoins faisant autorité : « Un policier/médecin/ami bien informé/ l’a confirmé » ou encore l’intégration dans l’expérience personnelle : « Je l’ai vu ». Cependant, ces récits sont en même temps objet de discussion entre sceptiques et croyants, car le questionnement, la mise en cause de l’événement hors normes fait partie intégrante du processus de diffusion légendaire.

Les légendes contemporaines ne s’expriment pas uniquement dans des récits, elles se vivent également. Scénarios collectifs, que chacun connaît peu ou prou, elles servent alors de guide de conduite à des individus qui modèlent leurs comportements sur des récits légendaires et les mettent en action. Ces actions imitatives « montrent » les légendes en les copiant, aussi les chercheurs étudiant les légendes contemporaines les appellent-ils des « ostensions » [Dégh & Vázsonyi 1983].

L’expression de « légendes contemporaines » est surtout utilisée par les scandinaves, allemands et anglo-saxons tandis qu’en France l’on reste attaché au terme de rumeurs, qui suffit pour l’opinion commune à décrire la totalité du phénomène. Il semble cependant avantageux de diversifier le vocabulaire sur ce sujet : en effet la diversité des phénomènes de rumeurs est telle que c’est en s’attachant à bien noter leurs variations (et non en les réduisant à un modèle unique par l’emploi d’un seul mot) que l’on progressera dans leur compréhension.

Légendes comiques

Dès le premier colloque consacré au genre de la légende contemporaine (colloque tenu à Sheffield, Grande-Bretagne, en juillet 1982), Daniel Barnes définissait

« la légende moderne comique, un ensemble de récits qui traitent de comportements imprudents, farceurs ou sexuellement déviants se retournant contre leurs auteurs et les conduisant le plus souvent au ridicule (le plus souvent par la nudité et l’exposition dans une situation sexuelle humiliante), récits qui circulent à la fois comme des légendes et des histoires drôles (jokes)1 » [Barnes 1984 : 230].

Dans The Vanishing Hitchhiker [1981] ouvrage pionnier qui a lancé le terme « légendes urbaines », Jan Brunvand donnait un exemple typique de ces légendes comiques en présentant l’étude de Jansen « The Surpriser Surprised » (1973, étude dont Jan Brunvand avait assuré la réédition en 1979).

La surprise est celle d’un homme d’affaires quadragénaire. Amer parce que chacun dans son entourage semble ignorer son anniversaire, femme et enfants prétextant diverses obligations et semblant avoir complètement oublié l’événement, il se méprend sur les avances de sa jolie secrétaire qui l’a convié chez elle et le laisse seul quelques instants en début de soirée. Persuadé qu’une aventure va lui permettre de prendre sa revanche sur un entourage indifférent, il se déshabille en attendant le retour de la jolie secrétaire, et c’est vêtu de ses seules chaussettes qu’il accueille femme, enfants, amis et personnel que la jolie secrétaire a discrètement été chercher et qui, chargés de cadeaux, l’entourent joyeusement en criant « Surprise ! Surprise ! »

L’aventure peut survenir à un jeune couple d’amoureux qui se croit isolé et oublié un soir d’anniversaire. Loin d’être amers ou désespérés, ils en profitent pour faire l’amour, en testant diverses fantaisies et c’est en pleine action, dans une position ridicule, qu’ils sont surpris par famille et amis. Le même schéma narratif peut concerner non plus l’appétit sexuel, mais le besoin pressant de soulagement par un pet, ou plutôt une série sonore et malodorante de pets, à laquelle le héros ou l’héroïne, se croyant seul alors qu’il est déjà entouré des invités surprises réunis, s’adonne avec délice. Les légendes comiques sont le plus souvent une illustration des normes ; elles montrent la justice immanente à l’œuvre, frappant ceux qui ont dépassé les limites. Le châtiment de l’exposition et du ridicule peut avoir de graves conséquences. Dans Surprise ! Surprise ! la version de l’homme d’affaires1 se clôt sur l’intrusion de la famille et des amis, nous laissant libres d’imaginer la suite. Par contre la version du jeune couple insiste sur les conséquences catastrophiques de la surprise : la jeune femme devient folle, le garçon disparaît ou devient fou également. Nous retrouverons des éléments tragiques dans plusieurs des légendes comiques que je vais maintenant présenter.

J’ai pris comme fil conducteur les légendes comiques contenues dans l’ouvrage présentant et analysant une cinquantaine de Légendes urbaines (1993) que j’ai écrit en collaboration avec Jean-Bruno Renard. Je présenterai en conclusion d’autres anecdotes, étudiées dans mon article « Quelques légendes contemporaines antiracistes » [1995] qui me semblent marquer une évolution dans la légende comique. En effet les comportements stigmatisés ont changé, puisqu’il s’agit de l’intolérance et non plus des déviances sexuelles.

L’éléphant assis sur une 2 CV

« Une femme du New Jersey était venue avec sa nouvelle “coccinelle”, une Volkswagen rouge, à New York, au Madison Square Garden pour y acheter des billets de cirque. Pendant qu’elle était au guichet, un éléphant du cirque qu’on avait emmené faire un tour a confondu la Volkswagen laissée au parking avec le tabouret rouge qui lui servait pour son numéro et s’est assis sur le capot, l’écrasant complètement. Le cirque lui a donné une attestation et s’est engagé à payer les réparations. Arrêtée par la police lors de son retour, la femme a évité l’alcootest en montrant l’attestation du cirque. » [Brunvand 1984 : 58].

Il ne s’agit pas d’un incident réel, mais d’une histoire invariablement donnée pour vraie, apparue avec le lancement des petites voitures (2 CV, Volkswagen, Mini) et qui court l’Europe et les états-Unis depuis le milieu des années soixante. Notre citation de Brunvand résume un long article du NY Times du 5 mai 1975, L’éléphant qui s’est assis sur une Volkswagen où le reporter narre l’anecdote, puis relate sa quête qui le conduit au porte-parole du cirque, lequel assure que l’histoire court depuis quinze ans, et qu’elle est totalement fausse.

Les diverses versions conservent la même structure, les mêmes éléments d’opposition : petite voiture/gros éléphant ; femme seule et digne/événement incongru qui entraîne un soupçon d’ivresse (parfois justifié car on a donné un verre d’alcool à la conductrice pour qu’elle se remette de ses émotions). L’histoire repose sur une double confusion : l’éléphant confond la petite voiture et son tabouret de cirque ; le policier confond le témoignage (authentique mais incroyable) et l’hallucination due à l’ivresse (cliché de l’alcoolique voyant des éléphants roses). L’histoire n’est pas un conte moral et ne stigmatise nulle déviance. C’est une simple histoire plaisante mettant en scène un événement insolite et comique. À son propos, deux aspects des légendes contemporaines peuvent être soulignés :

– L’ostension, l’insertion dans l’expérience personnelle de scénarios légendaires, n’est pas le seul fait des narrateurs naïfs (« folks »), mais aussi celui des professionnels, des journalistes en mal de copie. Le Mail on Sunday nous donne un bon exemple de renforcement d’une légende par l’affirmation de son authenticité : il a publié le 18 janvier 1987 le récit de la rencontre dans un bar espagnol de la Costa Blanca de deux Anglais, affirmant que ceux-ci avaient réalisé en bavardant autour d’un verre que l’éléphant du premier, alors garçon de piste de cirque, avait écrasé vingt ans plus tôt la petite Mini jaune du second et concluant gravement que l’ingénieux journaliste avait trouvé le« noyau de vérité » d’une légende moderne. Je serais cependant fort étonnée de pouvoir retrouver la trace des deux héros, bien que leurs noms soient scrupuleusement notés.

– Les légendes contemporaines sont des formes plastiques et souples, qui changent selon les circonstances de leur performance. Ainsi le sens d’une histoire s’infléchit selon qu’elle est narrée entre amis, devant un auditoire d’inconnus qu’il s’agit de conquérir par une fable express, ou encore face à des collègues de bureau qu’il convient d’amuser par du nouveau, mais en restant à une bonne distance sociale. Analysant une séance de narration collective, Gillian Bennett a bien souligné que :

« Le sens d’un texte est hautement variable, le produit d’un ensemble de traits psychologiques, historiques, linguistiques et conceptuels spécifiques de l’occasion. Il ne faut pas chercher une interprétation définitive. Le sens (I) peut être hautement personnel et idiosyncrasique et (II) peut résider dans le processus et les stratégies de narration d’un récit tout autant que dans le contenu de celui-ci. » [Bennett 1989 : 210].

Plastique, l’histoire insolite de L’éléphant assis sur une 2 CV peut rester une légende dont on affirme l’authenticité ou devenir une histoire drôle, racontée comme significative mais non vraie, narrée « seulement » pour divertir : c’est ce qui est arrivé en France. En effet, au début des années soixante, Fernand Raynaud l’a intégrée dans ses sketches (« La 2 CV de ma sœur » ou « L’éléphant ») munie des éléments structurants qui en font une bonne histoire : héroïne légèrement démodée mais volontaire, éléphant de cirque (habitué à un tabouret gris comme la 2 CV), ivresse (réelle car la sœur avait reçu un grand verre de cognac pour se remettre). De ce fait l’anecdote n’a pas pris comme légende, et n’est apparue qu’exceptionnellement dans la presse chez nous.

Par contre, l’histoire de l’éléphant a été exploitée par la publicité de Volkswagen, et a servi à annoncer l’arrivée d’un cirque à Stockholm en 1975 (le cirque avait fait asseoir un de ses éléphants sur une Volkswagen rouge dans un carrefour du centre ville), enfin c’est un dessin l’évoquant qui a servi d’affiche au premier colloque sur la légende contemporaine.

Le plombier malchanceux

Une dame (trop tendre) envoie le plombier (trop court vêtu) à l’hôpital. Tel-Aviv, lundi (dépêche France-Soir)

Une mésaventure peu banale est arrivée à un plombier israélien. Elle lui a valu de se retrouver sur un lit d’hôpital, la tête un tant soit peu endommagée, une jambe dans le plâtre. à l’origine, un siphon de lavabo bouché. Le propriétaire de l’appartement avait promis à sa femme de le déboucher mais, une fois qu’elle fut partie faire des courses, il se ravisa et préféra faire appel à un spécialiste. Lorsque la dame revint et entra dans la salle de bains, elle crut voir son mari accroupi sous le lavabo, en petite tenue pour être plus à l’aise, et aperçut, dépassant d’un short des plus réduits, une partie de son anatomie. étant de fort bonne humeur, elle porta la main sur ce qu’elle pensait appartenir à son époux. Mais c’était le bien du plombier qui, plus que surpris, sursauta vivement, oubliant le lavabo au-dessus de sa tête. Le plombier, évanoui et la dame désolée ne pouvant le ranimer, elle appela une ambulance. Mais elle eut une autre initiative malheureuse : raconter toute l’histoire aux brancardiers, alors qu’ils transportaient le plombier toujours inconscient. Ils la trouvèrent si drôle qu’ils en laissèrent échapper la civière. Résultat : une jambe cassée pour le plombier. Ce dernier a retrouvé ses esprits à l’hôpital et demande à la dame au geste trop rapide des dommages et intérêts conséquents... [France-Soir 2 janvier 1973].

Le journaliste ne s’est pas soucié d’ajouter à cette anecdote des détails authentifiants ; il s’agit nettement de la reprise d’une bonne histoire, qui sera d’ailleurs publiée à nouveau quelques années plus tard dans le même journal. On y trouve des ressorts narratifs classiques : la sexualité débridée et la méprise de l’épouse qui lance l’action, la chute – trop parfaite pour ne pas être suspecte – qui redouble l’accident malencontreux. L’histoire s’inscrit dans tout un ensemble de récits d’accidents amusants.

Des variantes forçant sur le comique et proches de l’histoire drôle circulaient en Angleterre vers la fin des années soixante-dix. L’hypersexualité et la méprise de l’épouse se situent par exemple dans les vestiaires d’un club sportif où – venue prévenir les hommes que le thé est servi – elle secoue gaiement un sexe qui lui semble familier – l’homme est en train de passer son chandail – en déclarant : « Ding-Ding, le thé est servi » (l’histoire s’arrête là).

Plus proche de l’anecdote de France-Soir est le récit où le mari s’apprête à conduire sa femme en ville pour y faire des courses, mais la voiture refusant de démarrer elle s’y rend seule à pied. L’épouse lubrique se méprend lorsqu’à son retour elle voit deux jambes qui dépassent du capot de la voiture et fait un geste… affectueux en disant : « Coucou me voilà », comprend sa méprise en apercevant son mari au coin du feu, fait venir des secours pour le mécanicien qui, surpris, s’est blessé, provoque enfin le second accident en relatant aux ambulanciers hilares les circonstances du premier.

Dans ces accidents domestiques la victime est parfois le mari : c’est la variante de la Toilette explosive où le premier accident a lieu quand le mari jette un mégot dans les toilettes que sa femme vient de nettoyer par mégarde avec de la térébenthine au lieu d’eau de Javel. C’est toujours, on le voit, l’épouse qui est en faute, non plus par hypersexualité mais par un goût exagéré du ménage, une hyperpropreté, dans cette variante.

L’histoire de la Toilette explosive, proche de celle du Plombier malchanceux, est réapparue en Israël quinze ans plus tard. Elle a été relatée comme fait divers par le Jerusalem Post (25 août 1988), reprise par les agences UPI et Reuters et de très nombreux journaux. Brunvand [1993b] a récemment retracé l’histoire de cette nouvelle apparition et de la circulation de l’histoire – qui a rapidement été démentie – dans le système médiatique.

Le cou de dinde

Une autre variation sur les thèmes du scabreux au foyer, de la méprise et du redoublement nous retiendra, bien qu’il s’agisse d’une anecdote locale qui n’est pas devenue une légende contemporaine de grande diffusion. C’est le récit du Cou de dinde.

« On était au travail un soir et une de mes copines a dit que, le soir d’avant, sa sœur l’avait appelée… de Corby. Elle voulait lui raconter une histoire à propos d’une collègue. Celle-ci était venue au boulot... et elle avait le bras dans le plâtre. Et elle lui a dit : “Qu’est ce qui s’est passé ?” Elle a dit : “Oh, tu ne le croiras jamais”. L’autre dit : “Vas-y, essaye en tout cas”. Alors la collègue lui a raconté qu’au Nouvel An son mari avait beaucoup bu… et il était plein. Et elle n’avait pas pu le mettre au lit. Alors elle avait essayé de le porter mais lui, il était allongé par terre. Et elle avait pensé : “Eh bien, je vais juste le laisser là par terre et j’irai au lit”. Et elle était montée se coucher. Puis les deux grands garçons étaient rentrés et ils avaient trouvé leur père couché par terre. Et, pour s’amuser, ils étaient allés à la cuisine, il y avait le cou de dinde qui traînait et ils l’avaient pris. Ils avaient mangé de la dinde au dîner, apparemment. Et ils… avaient défait la fermeture éclair de son pantalon, et ils y avaient fourré le cou de dinde – en en laissant plein dépasser comme ça – puis ils étaient montés se coucher. Alors dans la nuit la femme s’était réveillée et elle s’était demandée où était son mari. Et elle s’était rappelée qu’elle l’avait laissé en bas, alors elle s’était dit : “Oh mon Dieu, il doit faire froid là-bas”. Elle était descendue, et en ouvrant la porte du living elle avait allumé et elle avait vu le chat… qui mangeait le cou de dinde et elle s’était évanouie… et c’est comme ça qu’elle s’était cassé le poignet. » [McCulloch 1984 : 159-160. Récit d’une ouvrière, recueilli le 18 mars 1982].

Cette anecdote leste n’est pas célèbre, cependant en mars 1982 on la racontait beaucoup dans le Nord industriel de l’Angleterre. Gordon McCulloch, après l’avoir entendue trois fois de sources différentes en une semaine, a conduit une enquête sur la diffusion de cette histoire. Dans son étude, Gordon McCulloch a décrit un aspect important de la diffusion des légendes et ses remarques valent pour bien d’autres récits.

Le stade de diffusion repéré par McCulloch était encore très proche d’un incident originel fort probable, survenu lors des fêtes de fin d’année deux ou trois mois plus tôt. Des variations apparaissaient déjà dans les douze versions qu’il a recueillies et publiées. L’épouse se cassait le bras, le poignet ou se faisait une plaie à la tête. Dans trois versions on avait supprimé l’ivresse du mari et le rôle des grands fils ; c’était alors le mari lui-même qui, descendu en robe de chambre, s’était affublé du cou de dinde pour surprendre son épouse par une fine blague, puis s’était endormi au coin du feu sans être réveillé par le chat grignoteur.

Cependant dès ce stade précoce, l’histoire était diffusée grâce à un procédé inconscient de persuasion. Les narrateurs se situaient, par rapport à l’héroïne et victime de l’histoire, toujours à la « bonne distance » de deux échelons. C’est donc l’adua – ami d’un ami – néologisme que Jean-Bruno Renard et moi-même avons créé en nous inspirant du terme foaf – friend of a friend – personnage caractéristique de la diffusion des légendes et rumeurs que l’on voit apparaître ici. Connaissant bien le milieu, Gordon McCulloch a pu discuter avec les narrateurs de ce mensonge par omission – puisqu’un maillon de la chaîne saute à chaque nouveau récit – et nous apporter la confirmation précise du caractère complètement inconscient de ce processus : les narrateurs qu’il a interrogés ne se rendent pas compte d’avoir supprimé un maillon. Ce maintien de la bonne distance – assez près pour maintenir l’intérêt dramatique et être écouté, mais assez loin pour éviter la menace d’une vérification par l’auditeur qui, de plus, violerait les règles de la sociabilité courtoise – est un procédé de persuasion, de rhétorique mais dont le narrateur n’est pas conscient comme l’on n’est pas conscient des règles de la grammaire quand on parle. Il s’agit d’intéresser, et pour les bons diseurs de distraire, tout en transmettant le message d’angoisse sous-jacent qui est au cœur de l’histoire. Ce procédé est caractéristique de la diffusion des légendes au message implicite, des histoires exemplaires et il n’est pas abusif de considérer que l’implication dans l’expérience personnelle, l’affirmation « j’y étais », « je l’ai vu » traduit non pas une personnalité pathologique mais un intérêt passionné pour l’histoire, un fort désir de convaincre. Il existe, pour les vraiment bonnes histoires des mythomanes occasionnels.

Ce sont en majorité des femmes qui racontent cette histoire dans laquelle l’héroïne est victime du mari buveur comme des jeunes farceurs. Cependant l’histoire – et c’est ce qui explique son succès même éphémère – combine des éléments cocasses (relatée par un bon narrateur elle peut être très drôle) avec un thème sous-jacent d’angoisse, le fantasme de castration. En effet la dévoration du cou de dinde par le chat constitue bien une forme atténuée de castration, châtiment de l’ivresse. Comme des milliers d’autres bonnes histoires, l’anecdote du Cou de dinde a disparu après une courte carrière dans un milieu précis.

Vengeances conjugales et amants coincés

Avec le récit de la Vengeance à la superglu on semble bien loin des légendes comiques.

Une épouse dupée se venge en séduisant son mari volage qui ignore qu’elle a découvert sa trahison ; puis, au moment de l’étreinte, elle lui enduit le sexe de superglu et le colle au ventre, le malheureux ne peut alors être sauvé que par une ablation castratrice.

Il y a dans cette castration féminine vengeresse la réalisation d’un fantasme très répandu. Pour les spécialistes des légendes contemporaines, l’extraordinaire résonance qu’a connue dans le monde entier en 1993-1994 l’agression de Lénora Bobbitt tranchant (sans l’intermédiaire de la superglu d’ailleurs) le sexe de son mari, non pas infidèle mais violent, est la conséquence de « l’ostension » manifestée par cet acte autant que des circonstances extraordinaires ayant suivi celui-ci : la remise en place du pénis, qui a permis à John Bobbitt d’être plus tard le héros d’une vidéo pornographique prouvant l’excellence du travail des chirurgiens ; un extrait de cette vidéo a été présenté en novembre 1994 sur TF1 pour le lancement d’une émission régulière « Scènes de ménage » [Waintrop 1994].

D’autres vengeances conjugales, plus douces et comiques, détournent l’agressivité sur un objet.

Ainsi l’histoire de ce conducteur de travaux, qui rentre à l’improviste (au volant de sa bétonneuse) un après-midi au foyer et qui est alors désagréablement surpris de constater la présence incongrue d’une luxueuse décapotable dans la contre-allée, et de voir que sa femme bavarde avec un inconnu dans la cuisine. Il n’hésite pas, fait une rapide marche arrière et remplit la voiture de ciment frais. Cependant l’histoire de la Cadillac remplie de ciment ne s’arrête pas là et devient comique car elle ridiculise les soupçons injustifiés du mari : la Cadillac était un cadeau d’anniversaire de son épouse et l’amant supposé était en fait le vendeur de la voiture.

Ce procédé sera exploité dans les légendes contemporaines antiracistes de L’incident de l’ascenseur, du Partage par méprise et du Ticket mangé.

Les anecdotes stéréotypées comiques des Amants coincés qui exploitent le thème mythologique du vagina dentata, du danger du sexe féminin pour le mâle sont également proches de la Vengeance à la superglu. à propos de ces anecdotes, que l’on trouve à intervalles réguliers dans les faits divers insolites des agences de presse, nous évoquerons le rôle créateur de ces agences dans l’élaboration d’anecdotes qui font le tour du monde. Ces anecdotes – saisies lors de leur circulation orale – sont en effet retravaillées par les journalistes en fonction des attentes supposées d’un public mondial friand de comique et d’insolite. à partir de sources orales diverses (puisque qu’en Amérique et en Europe, les histoires brodent autour de la croyance au penis captivus, alors qu’en Afrique, elles renvoient de surcroît à la croyance en la magie grâce à laquelle le mari trompé exerce sa vengeance), les journalistes des agences brodent des anecdotes en forme de contes moraux qui suivent un canevas stéréotypé et mettent en scène un transport public humiliant à l’hôpital (qui souligne la fonction morale du fâcheux accident punissant ces manquements à la règle de la fidélité conjugale). Il semble qu’il existe bien quelques cas réels attestés de penis captivus, cependant l’emploi de l’expression récit légendaire est bien justifié à propos des amants coincés car les cas réels sont nettement moins nombreux que les cas imaginaires.

Il nous faut mentionner également ces anecdotes à la fois comiques et horribles, très répandues parmi les médecins et ambulanciers des services d’urgences, où ceux-ci découvrent lors de leur intervention un couple ou un homme en fâcheuse posture (au domicile ou lors d’un examen médical) car des fantaisies érotiques ont mal tourné lors de leur mise en œuvre. Une version qui circulait dans les années cinquante dans les salles de garde d’hôpitaux parisiens est, en France, le modèle de ces histoires. Elle est attribuée à un interne du service du professeur Henri Mondor qui en réponse à la question du professeur : « Que voyez-vous dans cet anus ? » réplique : « Monsieur, je vois la Tour Eiffel », l’homme examiné en service d’urgence s’étant introduit un presse-papiers dans l’anus. L’article de Winnick analyse une histoire de ce type, mélangeant les genres du « à faire peur » et du comique, qui courait parmi les étudiants de première année de l’université new-yorkaise de Columbia pendant les années quatre-vingt :

« Un étudiant de première année est dragué dans un bar du voisinage par une femme qu’il accompagne chez elle. Lorsqu’ils sont sur le point d’entrer à son domicile, elle le prévient qu’elle aime “les trucs bizarres”. Naïf, il ne comprend pas vraiment ce qu’elle veut dire, cependant sa chambre est remplie de fouets, chaînes et autres appareils sadomasochistes. Il se laisse déshabiller et enchaîner, nu et la tête en bas, au cadre du lit. La femme ouvre alors un placard, d’où sort un énorme noir vêtu d’un costume de Batman, qui saute sur l’étudiant et le viole. [...] Plusieurs narrateurs ajoutent en conclusion que la victime a eu besoin de sept points de suture dans l’anus. » [Winnick 1992 : 1].

Dans des versions plus proches de l’anecdote comique des Amants coincés, [Brunvand 1993a : 38-43] et circulant en 1988 aux états-Unis et en Angleterre, il s’agit d’un couple qui cherche à pimenter ses étreintes : la femme se fait attacher sur le lit et le mari, déguisé en Batman, grimpe sur le haut du placard et plonge sur elle. Cependant il manque sa cible et se blesse en heurtant le ventilateur ou un montant du lit ; incapable de se libérer, la femme est donc contrainte d’appeler les voisins ou un service d’urgence.

La grand-mère volée, le voleur dupé, le vol par méprise

La mésaventure survenue à une famille partie en voyage au-delà des frontières est bien connue. La grand-mère qui était de la partie meurt soudain d’une crise cardiaque brutale. Affolés à l’idée des formalités, les gens décident de ramener la grand-mère en cachette et la dissimulent dans le coffre (ou la hissent, roulée dans un tapis, sur le toit de la voiture). Ces émotions les ont creusés : ils s’arrêtent dans un troquet pour se restaurer et en sortant découvrent que la voiture a été volée : plus de grand-mère, plus de morte, plus d’héritage… Cette anecdote très répandue de la Grand-mère volée ne nous retiendra ici que pour un élément secondaire non exploité : la situation cocasse créée par la surprise du voleur qui se retrouve avec un cadavre sur les bras.

Cet élément renvoie au thème du Voleur dupé. Le thème se décline en deux séries. La première met en scène une femme qui cherche à se débarrasser du cadavre encombrant de son chat mort, se fait voler le sac en papier comportant la marque prestigieuse d’un grand magasin de luxe contenant l’objet, voit ensuite un attroupement et reconnaît « son » sac sur la voleuse évanouie que des ambulanciers emportent. La seconde série décrit le vol d’une bouteille de whisky posée sur la plage arrière d’une voiture, et contenant un spécimen d’urine. Moins élaborée cette anecdote du Spécimen volé ne met pas en scène le voleur dupé, cependant implicitement celui-ci est présenté comme alcoolique et marginal.

Le voleur dupé se méprend sur le bien qu’il dérobe. Un autre ensemble, celui du Vol par méprise nous montre un voleur qui se trompe sur la situation même : il se juge volé, croit récupérer son bien et se retrouve voleur et non justicier comme il le pensait. Ces anecdotes commentent des questions sociales d’importance puisqu’elles nous parlent de la condition d’anonymat et d’incertitude marquant la plupart de nos contacts sociaux dans les grandes villes modernes et qu’elles évoquent les dangers des comportements d’autodéfense. Cependant elles se situent dans un registre plaisant et leur morale demeure sous-entendue.

Parfois le justicier affronte directement celui dont il pense être victime et l’assaille à découvert. C’est l’histoire du jogger new-yorkais.

Un jogger new-yorkais du petit matin court dans Central Park avant de rejoindre son bureau quand il est bousculé et dépassé sur la piste par un autre coureur. Surpris par le choc, il tâte sa poche et découvre que son portefeuille en a disparu. Décidant « Non, je ne me laisserai pas faire », il sprinte, arrive à la hauteur de l’autre et lui dit d’un ton décidé – tout en prenant l’air aussi menaçant que possible – : « Donne-moi ce portefeuille ». L’autre s’exécute rapidement en silence et notre héros rentre chez lui pour s’y doucher et changer avant d’aller travailler. Mais il découvre son portefeuille sur la table de l’entrée et comprend alors qu’il a dans sa poche celui d’un autre. [Brunvand 1984 : 188].

Parfois la récupération se fait discrètement, par un contre-vol furtif. Le récit ancien (recueilli en 1912 par Katharine Briggs) du Billet de cinq livres en est le prototype. Le récit évoque une époque lointaine : cinq livres [50 F] est une somme d’importance, les trains ont trois classes et sont – c’était alors le modèle dans toute l’Europe et est demeuré longtemps courant en Angleterre – sans couloir, l’on y est donc enfermé avec ses voisins de compartiment pendant le trajet. La différenciation sociale est alors bien marquée, et le récit met l’accent sur le fossé qui sépare la justicière et celle qu’elle soupçonne de vol :

« Un frère et sa sœur d’âge mûr vivent ensemble en banlieue et un jour la sœur se rend à Londres pour y faire des emplettes. Le frère lui donne un billet neuf de cinq livres et elle prend le train tôt. Seule une vieille femme mal habillée – qui dodeline et somnole quand elle monte – partage son compartiment. Fatiguée par son lever matinal et son départ en hâte, Miss M. s’endort quelque temps, puis se réveille pensant qu’il n’est guère sûr de dormir dans un compartiment où elle est seule avec une inconnue. Elle ouvre son sac pour noter les courses à faire et s’aperçoit que le billet de cinq livres a disparu. Elle regarde sa voisine qui dort profondément, ayant à ses côtés un gros sac fatigué. Se penchant, elle ouvre doucement le gros sac : un billet neuf de cinq livres lui apparaît surmontant tout un fouillis. “La gredine”, se dit Miss M. Puis elle pense : “Vieille et pauvre, elle a été tentée”. Elle se demande que faire. Appeler la police ? Il y aura bien du retard et du tracas. Et puis ce serait cruel pour la vieille femme. Cependant elle a besoin de récupérer cet argent. Elle rouvre donc tranquillement le sac, prend discrètement le billet neuf de cinq livres et le referme. à l’arrêt suivant, la vieille femme se réveille et descend. En ville, Miss M. fait une grande journée de courses et revient les bras chargés de paquets. Son frère qui vient la chercher à la gare est très surpris. “Mais comment as-tu fait ? Je m’attendais à te trouver dans tous tes états. Tu as laissé le billet sur la desserte.” » [Briggs & Tongue 1965 : 101-102].

Le partage par méprise, le ticket mangé

Le Partage par méprise, variante du Vol par méprise, est apparue au milieu des années soixante-dix : c’est une anecdote porteuse d’un message de bienveillance envers les étrangers. Trop sûre de son bon droit, une femme respectable lèse un immigré par lequel elle se croit lésé :

Une voyageuse (un voyageur) s’achète une tasse de thé et un paquet de sablés au comptoir du buffet de la gare (dans le wagon-restaurant) puis vient s’asseoir à une table qu’elle partage avec un Pakistanais (Antillais ou Africain). Commençant après une gorgée à prendre un sablé, elle est stupéfaite de l’effronterie de son vis-à-vis qui se sert dans le paquet. Elle se sert silencieusement, le Pakistanais aussi et chacun continue jusqu’au dernier sablé, coupé en deux par l’immigré et partagé sans un mot. Le paquet intact est ensuite découvert par la voyageuse qui comprend qu’elle a floué le Pakistanais. [Smith 1975 : 139].

Cette fable express qui commente les erreurs auxquelles nous exposent les lieux sans repères où nous passons tant de temps, cafétérias de grand magasin ou buffets de gare aux tables identiques, a envahi la fiction cinématographique : cinq courts métrages, réalisés indépendamment par des auteurs suisses, hollandais, américains et français, ont mis en scène cette anecdote depuis 19871.

L’anecdote du Ticket mangé, moins angélique puisque la cible agressée (déviant, punk ou immigré) se rebelle et agresse à son tour, est apparue au Danemark vers le milieu des années quatre-vingt ; elle a été utilisée pour un film publicitaire norvégien en 1987, puis a donné lieu en 1993 à deux courts métrages, réalisés indépendamment et situés l’un à Bruxelles l’autre à Berlin2.

Le scénario met en scène une femme, d’âge mûr et raciste, qui abreuve d’injures son voisin dans un wagon de métro ou une voiture de tramway tandis que les autres voyageurs souffrent en silence devant ce débordement grossier, qui viole les règles du bon comportement (indifférence et invisibilité) dans les transports publics. Le punk ou l’immigré souffre également en silence. Cependant lorsqu’apparaît un contrôleur et que la femme mûre sort avec zèle son billet bien à l’avance, le punk se saisit du billet de la femme et l’avale rapidement, puis présente au contrôleur un titre de transport en règle. L’accusation bruyante de la femme « Il a mangé mon billet ! » ne rencontre que le silence des autres voyageurs, et le contrôleur lui inflige une amende.

Le succès de ces récits dans la fiction nous montre que l’utilisation des anecdotes à des fins d’édification est toujours présente, aujourd’hui comme autrefois dans les anecdotes employées par les moines bouddhistes dans le Japon ancien [Frank 1968] et les exempla qui allégeaient l’ennui des sermons du Moyen âge en Europe. La fonction des exempla était « d’expliquer un discours moral, trop souvent complexe, à travers des anecdotes et des comparaisons comprises de tous » [Berlioz 1992 : 121]. Les anecdotes sont toujours largement utilisées dans les discours persuasifs, bien que les fins visées de nos jours soient la tolérance et l’ouverture d’esprit davantage que le salut éternel, et l’humour le moyen employé pour persuader. Partage et Ticket ne sermonnent pas, mais enseignent par l’ironie.

Partage et Ticket présentent un renversement de situation typique de la fable. Dans le Partage par méprise, l’étranger envahisseur est envahi par l’autochtone sûr de son bon droit et réagit avec ouverture et tolérance tandis que l’autochtone se conduit mal. Dans le Ticket mangé, le Punk ou Noir attaqué réplique par une attaque, mais l’agression est déplacée sur un objet mineur et chacun est satisfait que l’insupportable personne – qui a dépassé les bornes du comportement convenable en faisant une scène dans un lieu où l’évitement et la neutralité représentent la norme – se retrouve punie par une autorité extérieure qui rétablit la règle de civilité publique.

Si le Partage par méprise montre un immigré qui se conduit comme un apôtre de la non-violence, un véritable Gandhi qui fait preuve d’une extraordinaire patience face à la dame qui s’est trompée, le héros du Ticket mangé a une réaction plus combative – mais également drôle, inattendue et anodine – face aux insultes reçues. Il semble légitime de supposer que cette anecdote qui est apparue plus tard – elle date des années quatre-vingt alors que le Partage par méprise date des années soixante-dix – correspond à un âge où la société pluriethnique et multiculturelle fait partie des évidences et où une intolérance agressive est stigmatisée car elle peut vous mettre dans un mauvais pas.

Les légendes comiques stigmatisant les déviances sexuelles et les comportements imprudents n’ont pas disparu, mais il semble que ces nouvelles légendes contemporaines antiracistes soulignent que c’est l’expression ouverte du préjugé qui est un comportement imprudent voire hors normes.
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