Congrès de l’Actualité de la Recherche en Education et Formation (aref aecse)





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1. Objets mémoriels et construction de l’histoire de l’enfant


1.1. Ecriture et objets de papier dans la construction de la mémoire individuelle

Comme le montrent les travaux sur les écrits du for privé (Foisil, 1999) développés dans les années 1970, dès l’aube de la modernité, les livres de raison, livres de famille, diaires, journaux, correspondances, mémoires et autobiographies témoignent de pratiques mémorielles au sein de la famille. C’est tout d’abord dans les familles possédant du patrimoine que les pères constituent « une mémoire biologique et économique de la famille » (Cicchetti et Mordenti, 1984, cités par Cazalé Bérard et Klapisch-Zuber, 2004, p. 808) en s’appuyant parfois, comme dans les livres de familles italiens, sur un schéma rédactionnel précis. Au cours des siècles, soutenue par le développement du genre autobiographique, la mise en récit de l’expérience parentale s’exprime dans des formes variées. Les journaux personnels ont en effet été promus pour accompagner l’éducation des jeunes gens (Delieuvin, 2003 ; Hess, 1998 ; Illiade, 2006) les filles en particulier (Lejeune, 1993). L’écriture sur soi est présentée comme un exercice salutaire, source de réflexivité. Support d’éducation, l’écriture est aussi support de mémoire autant pour son auteur que pour les personnes qu’elle désigne. Elle accompagne, en même temps qu’elle témoigne, les expériences associées aux ruptures biographiques des personnes, parmi lesquelles la naissance, et la séparation, que celle-ci soit liée à la scolarisation, au mariage, à la mort.

A partir du XIXe siècle, les écritures familiales ont connu une impulsion sans précédent et se développent dans l’ensemble des milieux sociaux à la période de la naissance et de la petite enfance. Ceci du fait de la diffusion de documents intégrant des écritures encadrées, qui sont à la fois guidées et soutenues par une mise en espace et un écrit pré-existant. Les premiers de ces documents sont les carnets de suivi sanitaire distribués pour prescrire, contrôler et rationaliser les soins aux enfants. Visant la surveillance des enfants placés en nourrice ou qui dépendent de l’assistance publique dans un premier temps (Rollet-Echalier, 1990), ces carnets vont inspirer le carnet de maternité destiné à suivre la grossesse, le carnet de santé remis par la maternité à la naissance de l’enfant, et, dès le début du XXè siècle, la structure et l’organisation des premiers albums de naissance diffusés dans le secteur de l’édition. Ces albums ou journaux de naissance, le plus souvent organisés en rubriques thématiques selon un ordre chronologique (Francis, 2011), sont composés de textes informatifs sur la croissance du jeune enfant et de textes à compléter destinés à noter chronologiquement les progrès de l’enfant, les dates marquantes de son existence autant que les premières fois de la petite enfance (Fine, Labro et Lorquin, 1993). La croissance des biens de consommation pour l’enfance (Cook, 2004) dans l’ensemble des secteurs et notamment dans celui de l’édition, a provoqué une forte augmentation de l’offre. Les éditeurs proposent certes des journaux de naissance illustrés sur support papier, mais aussi des coffrets intégrant l’album de naissance, où de petits tiroirs permettent de conserver les trésors de la petite enfance : bracelet de naissance, mèches de cheveux, dents de lait, premiers vêtements ou paire de chaussures, premiers dessins,… Ces pratiques de conservation des objets emblématiques de la petite enfance, proches de celles d’un collectionneur, sont destinées à transmettre son histoire à l’enfant, ces traces matérielles, collectées et classées ayant une valeur de témoignage (Francis, 2013). Parallèlement à l’augmentation de l’offre, les usages au sein des familles se sont développés, par les parents et les mères notamment qui sont les plus impliquées dans les pratiques d’écritures domestiques (Albert, 1993). Ce travail de mémoire autour de la naissance et de la petite enfance est le plus souvent réalisé par elles (Fine, 2000).

Ces pratiques d’écriture ordinaires sont instruments de pensée (Lahire 1993 a et b). En effet, elles engagent les personnes dans des conduites d’appropriation des situations et influencent les modes de perception et de rapport au monde. Elles sont l’occasion d’activités symboliques et langagières qui cherchent dans un premier temps, à fixer par l’écrit et l’image l’histoire individuelle et familiale – souvent en se focalisant sur les « morceaux choisis » - puis, dans un second temps, à la remémorer notamment avec l’enfant qui en est le destinataire – auditeur, rédacteur – et lecteur invité (Francis, 2006).
1.2. La construction-transmission de la mémoire et de l’histoire individuelle et familiale

La mémoire familiale est forgée par un ensemble constitué de représentations, d’échanges et de relations portés par des acteurs mais aussi par des espaces et des lieux (Muxel (1995, 1996). Elle joue un rôle dans la construction de l’identité individuelle notamment en permettant la conscientisation d’une trajectoire et de son inscription dans le temps.

La mémoire individuelle, constituée de souvenirs, peut appartenir à l’expérience intime mais elle peut aussi s’inscrire dans des dynamiques collectives qui touchent plusieurs membres d’une même famille, voire la famille au complet. La mémoire est socialement construite (Halbwachs, 1926), et les souvenirs sont à la fois construits, reconstruits et remémorés, notamment pour se situer par rapport à un groupe familial, voire pour élaborer ou soutenir sa cohésion.

La mémoire familiale (Le Wita, 1985) se dit et se transmet en se référant à des événements mettant en jeu les individus certes mais également dans certains cas, des faits historiques, politiques et sociaux. C’est pourquoi elle dépasse l’individu tout en l’intégrant puisqu’il contribue au récit de cette mémoire. De ce fait, ce récit évolue et se restructure en intégrant de nouveaux événements à l’articulation de son histoire remémorée et de celle des autres. Il faut noter l’importance des formes d’expression dans leurs aspects oraux, iconographiques – fixes et animées - écrits, hybrides qui intègrent les nouvelles technologies de communication. Cet ensemble participe à l’intégration de repères dans ces récits mémoriels qui contribuent à la construction-reconstruction de l’identité personnelle. L’une des fonctions de la mémoire familiale, est, notamment après des pertes majeures, de constituer des ancrages à des parcours de désaffiliation (Le Wita, 1985).

2. Présentation de l’échantillon et de la méthodologie de recherche

La communication s'appuie sur un premier travail de recherche ayant porté sur l’étude des usages des cahiers de vie dans les institutions de naissance (Francis, 2013). Elle s’est poursuivie par une étude réalisée auprès d’une population de 12 assistants familiaux du service Enfance-Famille du Conseil général des Bouches du Rhône, impliqués dans une démarche de recherche-action depuis plus d'un an (Chapon, 2013). Nous rencontrons ce groupe à raison d’une fois par mois et travaillons à partir de thématiques. Dans le cadre de cette recherche, nous avons donc réalisé un entretien de groupe, puis des entretiens individuels de chaque assistant familial. Le groupe est composé de onze femmes et d'un homme âgés de 45 à 65 ans vivant tous à Marseille.

Nous avons travaillé sur un large corpus, qui comprend également les albums réalisés et l'ensemble des documents papier, et photographies confectionnés pour les enfants accueillis. Nous avons analysé l'ensemble des documents transmis par les assistants familiaux avec l'autorisation des enfants.
3. De l’album photographique à l’histoire de vie des enfants
3.1 . Le placement de l’enfant, une histoire qui s'écrit...

Quand les enfants sont accueillis dans une famille d’accueil, le plus souvent un travail d’archivage des premiers moments de rencontre et de vie est réalisé par l’assistant familial sous la forme de photos et d’écrits présentant le déroulement de la vie de l’enfant et ses principaux événements. Les moments marquants tels que son arrivée, ses premières rencontres avec la famille, les premières fois (Fine, Labro et Lorquin, 1993) sont des moments considérés comme des marqueurs dans l’histoire de l’enfant. Identifiés comme tels, ils sont alors immortalisés.

« Quand les enfants arrivent chez moi, je prends un petit cahier et de temps en temps, je raconte un peu ce qui passe dans leur vie, les événements, ainsi quand ils partiront ils auront tous un cahier avec des anecdotes, une partie de leur vie écrite. » Viviane, 62 ans

Selon la période de l’enfance et la durée du placement, l’écrit se structure différemment, traduisant et/ou reflétant différentes approches de la temporalité.

Ainsi Marie-Jeanne a pris de nombreuses photographies des enfants Coralie et Cindy arrivées l’une à 2 ans et l’autre à 9 mois, les six premiers mois de leur arrivée. Elle a organisé tous ces clichés dans un album accompagné de commentaires rédigés à côté de la photographie. Cette pratique a duré quelques années, jusqu’à l’entrée des enfants à l’école primaire. Puis avec le temps qui passe, les enfants qui s’installent dans la famille d’accueil, un placement qui s’inscrit jusqu’à la majorité des filles, la croyance qu’elles sont là pour longtemps, progressivement elle a moins pris le temps de classer les éléments dans un album et de décrire ces traces de vie. La pratique d’associer le visuel à la description écrite dans un document de référence est délaissée par l’assistante familiale.

« Au fil du temps, j’ai arrêté d’écrire, j’écris sur un agenda, et je continue à prendre des photos avec les filles. Maintenant c’est elles qui les classent et qui font les commentaires, de cette façon c’est elles qui continuent ce lien. C’est une pratique que j’ai toujours eu avant en tant qu’éducatrice parce que les enfants ont besoin de connaître leur passé, leurs racines pour continuer… » Marie Jeanne, 48 ans

Le texte écrit par Marie-Jeanne dans le cahier de vie réalisé pour Cindy à l'âge de 9 mois au moment de son arrivée dans la famille d'accueil à la sortie de la pouponnière, témoigne lui aussi de l’importance de l’écrit.

25 juin au 3 juillet 2002

Période de prise de contact à la pouponnière et 1 jour à la maison.

Toi et moi, et parfois avec Robert nous nous observons, nous apprenons à nous connaître,

tu es beaucoup sur la défensive et tu  laisses rapidement la place à ta sœur , qui elle nous accapare.

Le 02/02 nous repassons à la pouponnière pour la fête de départ.
3.2. Trois dimensions importantes inscrites dans une temporalité

On constate que l’écrit est associé à trois dimensions importantes, qui l’inscrivent dans une temporalité en même temps qu’ils la révèlent : la petite enfance, la participation des enfants, et leur progressive autonomie vis à vis de l’écrit, la durée du placement de l’enfant, dimension transversale qui correspond à un autre aspect de la temporalité.
Ainsi, pendant la petite enfance, les albums voyagent. Nombreux sont les assistants familiaux qui développent en plusieurs exemplaires les photos des enfants pour les donner aux parents, afin que l’enfant retrouve des photos à leur domicile, notamment quand ils sont petits. C’est un moyen de poursuivre l’histoire de l’enfant chez leurs parents.

« J’ai fait des petits albums photos avec des commentaires pour la maman et le papa, comme ça quand il va chez la maman il retrouve ses albums » Martine, 47 ans
La participation des enfants renvoie à la temporalité de l’âge de l’enfant.

Cette temporalité s’explique par la nécessite reconnue par les institutions d’élaborer une trace écrite de l’histoire de l’enfant, notamment à son arrivée dans la famille et surtout quand il est petit. Dès lors que l’enfant grandit, il est considéré alors comme étant capable de poursuivre cette production, y compris en l’inscrivant dans une « traçabilité » par les moyens vidéo et électroniques utilisés aujourd’hui grâce aux appareils numériques - notamment les téléphones portables – et aux réseaux sociaux tels que Face book et autres... Le relais se fera par les enfants eux-mêmes, chacun organisera ses photos choisies et ses commentaires dans son album personnel.

Certains enfants souhaitent, très jeunes, rédiger eux-mêmes les commentaires de leurs photos. C’est le cas d’Osny un petit garçon de 6 ans qui sait écrire depuis peu, et qui demande à noter lui-même les éléments à côté des photos. Il participe ainsi à l’écriture de l’album de sa vie.

« Je prends des photos maintenant il veut écrire ses commentaires à côtés, je mets également ses dessins à l’intérieur de l’album ». Martine, 47 ans

Un autre aspect de la temporalité correspond à la durée du placement de l’enfant.

On constate que la notion de temps n’a pas la même valeur quand l’enfant est placé depuis plusieurs années dans la famille d’accueil, et que sa présence est amenée à se poursuivre. Les assistants familiaux mentionnent qu’ils ont encore le temps de faire les choses, d’écrire, de classer et que s’ils ne le font plus vraiment comme au début du placement, ils remettront à l’enfant un album complet au moment de son départ.

« Je leur préparerai quand ils partiront, ils auront un album complet » Marie-Noelle, 58 ans
4. Une diversité de documents dans la composition de l’histoire de vie

C’est bien plus qu’un album complet que les enfants emmènent au moment du départ, notamment pour ceux qui ont vécu toute leur enfance dans la famille d’accueil. Selon une assistante familiale, « c’est une malle pleine qu’ils emportent ». Les traces comprennent plusieurs albums de photographies annotées, des cahiers de liaison, des classeurs remplis de dessins d’enfants de l’école maternelle et primaire, des poèmes, des textes écrits pour la famille d'accueil parfois pour les parents, des cartes postales…. Pour certains enfants, s’ajoutent les notes prises par leur assistante familiale durant leur placement, sur les visites parentales, le rythme des visites, leur déroulement, et leur histoire familiale écrite à partir de l'ensemble des informations glanées au fil des années et de tous les éléments en sa possession pour en faire l'histoire de l'enfant, son histoire écrite.

Nous prendrons en guise d’illustration, trois situations d'enfants accueillis Elodie, 22 ans, Coline, 14 ans et Raboua 14 ans.
4.1. Les écrits imbriqués de l’histoire d’Elodie  

Elodie est restée toute son enfance chez Dak, une assistante familiale d'origine africaine, depuis l’âge de 3 mois jusqu’à ses 21 ans. Elle a été retirée du domicile parental à l'âge de 20 jours, à la suite de grave maltraitance parentale et de coups reçus qui lui avaient brisé les os des jambes. Elle a été hospitalisée plusieurs semaines, placée au foyer de l'enfance, puis chez Dak à partir de ses 3 mois. Son enfance s'est déroulée au sein de sa famille d'accueil, elle a débuté par une reconstruction physique à l'aide de massages africains pour replacer doucement les membres abîmés, la bouche décalée. Selon son assistante familiale, elle a baigné dans la chaleur d'une famille qui l'a élevée comme sa propre fille, dépassant les barrières culturelles, religieuses, ce qui fait dire à Dak, « on est noir et elle blanche, mais on a plus de couleur, nous on est la famille Béneton ».

Aujourd'hui elle a 22 ans, elle a emménagé dans un appartement proche de sa famille d'accueil. Lors de son déménagement, elle a emporté avec elle sa malle remplie de souvenirs, toute son histoire, qu’elle nous a confiée précieusement. Une malle où se trouve tous les événements de son enfance, les « mots doux » écrits sur un petit bout de papier pour sa « tata » signée « ta fille Elodie », les photos, les notes manuscrites, les poèmes pour sa famille d'accueil, mais aussi les diplômes, les bulletins scolaires, les cahiers d'écriture du primaire, les échanges écrits avec le service et bien d'autres documents encore. On y retrouve tous les moments importants de sa vie, depuis son arrivée dans la famille d'accueil, les documents conservés par Dak comme les articles de presse venant rappeler le traumatisme vécu par Elodie nourrisson, la condamnation de ses parents à 3 ans de prison ferme par le juge, son histoire présentée tel un fait divers, des documents judicaires et administratifs importants attestant de l'évolution du placement, des autorisations de sortie.... Plus de 20 années de vie en famille d'accueil, 20 années d'écrits.
Sa malle comprend 3 grands classeurs et les cahiers d'écriture.

Son album commence par une première page sur laquelle on trouve une carte fleurie définissant le prénom Elodie, quelques photos d’elle bébé à la pouponnière St G., puis ses premières photos dans sa famille d'accueil. Deux feuillets plus loin, on peut lire une lettre du foyer de l'enfance du 27 mars 1991 marquant le départ du foyer d'Elodie alors âgée de 3 mois pour l'accueil dans sa famille d'accueil, puis une page du compte-rendu d'hospitalisation du CHU de la Timone d'Elodie alors âgée de 20 jours. Au gré des photos prises lors d'événements marquants pour Elodie et des années qui défilent lentement, on peut trouver des mots doux pour sa « tata » s'étalant sur une dizaine d'années, tous écrits et signés de la même manière, « bonjour tata »... signée « ta fille Elodie » et rappelant combien elle aime son assistante familiale, sa tata. « Coucou tata, je t'écris pour te dire que tu me manques et que je me languis de rentrer...je te quitte sur la pointe du stylo mais pas du fond de mon cœur, bisous... je t'aime et je t'adore, Elodie ta fille ».

Ces écrits imbriqués – légendes et « bribes biographiques » (Francis, 2011) associées aux photographies, documents institutionnels, correspondances – composent une histoire co-construite par les adultes et l’enfant. Les messages et les lettres d’Elodie enfant témoignent de cette subtilité souvent déployée par l'enfant accueilli en protection de l'enfance auquel on ne permet pas l'usage de la terminologie de la parenté biologique par la nomination « maman » comme terme de référence pour son assistante familiale dans la crainte d'un effacement du statut maternel. Ici, Elodie a dès l’enfance détourné la règle posée, en nommant Dak « tata » mais surtout en signant « ta fille Elodie », s'inscrivant d’elle-même dans la parenté et l'inscription familiale.
4.2 Coline, une famille d'amour

Coline est une jeune fille arrivée à l'âge de 8 ans en famille d'accueil, elle a aujourd'hui 14 ans. Elle nous a confié son histoire, consignée dans deux classeurs de photographies prises depuis son arrivée dans sa famille d'accueil, et d'une pochette dans laquelle on retrouve ses dessins d'enfant, ses lettres pour la famille d'accueil. Sur chaque dessin sa famille d'accueil et sa maison sont représentées, accompagnées d'un témoignage d'amour, de cœurs dessinés, de mots doux en couleurs. Un dessin représentant des cœurs de couleurs dans lesquels on retrouve « la planète des amours » comme elle la nomme, « tonton » Nordine et « tata » Nacéra (le couple d'accueil) et juste en dessous une inscription Sarah (la fille de la famille d'accueil) + Coline = sœurs pour la vie.

L’une des lettres aborde le thème de l'amour de la famille et le fait d'avoir découvert l'amour d'une famille d'accueil après un parcours difficile. On retrouve ainsi ce texte sur la famille écrit sur une page de couleur verte accompagné d'une photo de Coline entourée de l'ensemble des membres de la famille d'accueil.

A partir de l'analyse de l'ensemble des écrits nous constatons que la correspondance traite de l'amour transmis par la famille d'accueil, qui, selon Coline lui a permis de développer des qualités de cœur, de s'ouvrir aux autres et d'apprendre à aimer, de découvrir qu'il est possible d'aimer et d'être aimé par une famille qui vous entoure, une famille présente pour vous soutenir et vous aider dans les moments difficiles. Coline considère qu’elle a reçu un amour familial sans bornes, que la famille a compris ses difficultés et l’a aidée à les surmonter. C'est en partie ce que révèle ce poème écrit pour sa famille d'accueil présenté par elle comme une « ouverture à l'amour ».
Elle est là, quand tu as froid en hiver

Toujours là pour t'offrir un abris

Toujours là lorsque tu mords la poussière

Toujours là pour redresser ta vie, la famille

La famille

Avec toi pour t'aider dans tes combats

toujours pour t'ouvrir grands les bras

Et parfois sécher les pleurs de ton cœur

Toujours quand tu cherches ta voie

La famille, la famille

Qu'est-ce que la famille ?

Des cœurs débordant d'amour

qui t'offre chaque jour

Tout au long de la vie leurs amours.

Toujours là pour t'accueillir en hiver

Qu'est ce que c'est la famille ?

Toujours là pour t'ouvrir grands les bras,

tout près de toi.

Et parfois sécher les pleurs de ton cœur

Toujours là dans la peine ou la joie

La famille, la famille, la famille
4.3. Raboua : des écrits poétiques pour la famille d'accueil

Quel que soit l'âge de l'enfant on retrouve des marqueurs de l'amour porté par un dessin avec des cœurs, une maison représentée avec une femme et des enfants qui l'entourent... et des mots d'amour. Des poèmes et déclarations d'amour écrits pour la famille d'acccueil se trouvent dans les classeurs, dans les malles à souvenirs des enfants. Tous les enfants accueillis que nous avons rencontrés, rédigent ainsi des petits mots, des dessins pour les plus petits d'entre eux, et pour les plus grands des lettres poétiques à l'attention de l'assistante familiale ou de son époux.

Raboua, d'origine maoraise, a été placée dans sa famille d'accueil à l'âge de 2 ans avec son petit frère. Elle a aujourd'hui 15 ans, elle a rencontré une fois par mois sa maman avec son frère depuis le début de son placement. Elle restera jusqu'à sa majorité dans cette famille qui l'a élevée toute son enfance. Elle écrit beaucoup, des poèmes, des lettres et dessine aussi. Ses écrits sont toujours orientés vers deux sources d'inspiration sa culture et l'amour porté à sa famille d'accueil. Certains de ses poèmes sont rangés dans sa boîte à souvenirs, d'autres sont affichés dans la salle à manger depuis des années, comme ce texte écrit le 29 septembre 2010 accroché depuis 3 ans sur le mur :

« Tata, tu es l'eau qui fait pousser les fleurs, le soleil qui les fait s'épanouir, la mer pour faire naviguer les bateaux, le feutre pour dessiner, l'amour qui est là entre toute la famille tout comme papa.

Papa, tu es la grue qui aide à construire des bâtiments, le félin qui montre ta force, le cerveau que tout le monde à besoin, le transport … qui vous permet de voyager, l'amour qui a entre la famille tout comme tata. »

Si on peut lire ici tout l'amour que porte Raboua à sa famille d'accueil, il est aussi intéressant de noter la distinction dans la nomination de l'assistante familiale et de son conjoint, qui apparaît ici dans l'écrit et que l’on remarque aussi à l’oral. Cette distinction linguistique est liée à l'histoire de Raboua. Elle nomme « tata » son assistante familiale, parce qu'elle rencontre sa maman régulièrement lors des visites, et « papa » l'époux de Viviane, car elle n'a jamais connu son père biologique.
4.4. Du support papier au support numérique : des évolutions liées aux usages par les enfants

Certains assistants familiaux ont glissé progressivement du support papier au support numérique que ce soit pour la photographie ou pour l'écrit de vie. L'usage du numérique a favorisé cela. Ainsi, certains assistants familiaux prennent des photographies numériques des enfants, les classent par fichier dans l'ordinateur et les copient sur clé USB pour les communiquer aux enfants et à leurs parents, surtout quand les enfants sont adolescents. Ceci est moins vrai quand ils sont petits, où prédomine l'album papier. Dak, assistante familiale décrivait au début de sa carrière les événements pour chaque enfant sur des feuilles rangées dans un classeur. Maintenant elle utilise l'ordinateur et classe dans des fichiers au nom des enfants les récits qui leur appartiennent. Elle considère que ceux-ci ont ainsi accès librement et facilement à leur histoire.

L'usage des nouvelles technologies par des enfants de plus en plus jeunes conduit au développement de nouvelles pratiques de transmission de l'image notamment par le téléphone portable. De nombreux enfants empruntent le téléphone de leur parent afin de réaliser des photos de moments particuliers, de personnes et de lieux, puis consultent les photographies prises stockées parfois depuis des mois dans l’appareil. Ces photos sont aussi un témoignage de leur histoire, ils y ont alors un accès très rapide leur permettant un visionnage de leurs photos à tout moment, ravivant des souvenirs facilement.

Dès lors que les enfants sont en âge de possèder leur téléphone, ils font eux-mêmes leurs photographies sur leur appareil, qu’ils peuvent ensuite basculer sur facebook quasiment en instantané en mettant en ligne leurs photos. Si cette pratique est surveillée par les parents, elle l'est encore plus dans le domaine de la protection de l'enfance où il est interdit à l'enfant et à la famille d'accueil de divulguer des informations concernant l'enfant.

L'utilisation de facebook chez les adolescents est omniprésente à la maison et sur leur téléphone portable. Toujours en lien avec les autres, les amis, les camarades de classe pour échanger au sujet de leurs activités, de leur journée .... Tous les adolescents rencontrés (13 enfants) accueillis en famille d'accueil disposent d'un compte facebook, qu'ils utilisent quotidiennement en rentrant de l'école, ainsi qu'un téléphone portable. L'usage de facebook vitrine de leur vie où les photos sont exposées pour tous leurs contacts, est aussi un témoignage de leur histoire. Cette pratique fait aussi évoluer celle des assistants familiaux qui voient moins la nécessité de poursuivre l'écriture de leur album de vie puisque celui-ci se poursuit, d’une autre manière, via facebook.

Selon O. Deseilligny (2012), espace de théâtralisation de soi, de mise en visibilité, le profil Facebook marque le passage du lisible – qui caractérisait le récit de soi et l’écriture de soi du journal personnel – au visible. En d’autres termes, le nouveau profil ne donne pas à lire un ensemble de traces inscrites dans le temps, mais à voir une composition rétrospective qui procède par ajouts, réécritures, suppressions, ne conservant en surface que ce qui est digne d’être vu. Du reste, le texte d’accroche du réseau social facebook invite à ce processus de construction lorsqu’il mentionne que « le journal est une collection de toutes vos photos, publications et expériences qui vous représentent ».
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