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2010 : 150ème anniversaire de la Réunion de la Savoie

à la France
DOSSIER PEDAGOGIQUE

Le 150ème anniversaire de la Réunion de la Savoie à la France (1860) sera célébré par la Ville de Chambéry en 2010. Ce dossier à destination des enseignants, établi par le comité scientifique à partir d’une base proposée par Andre PALLUEL-GUILLARD, pourra aider l’étude et la mise en perspective de l’événement, il pourra faciliter la conception des projets par les classes à cette occasion. Cette commémoration peut être également l’occasion d’aborder avec les élèves plusieurs notions beaucoup plus générales qui sont pleinement d’actualité.

I DU BON USAGE DES TERMES UTILISES


Attention aux expressions et aux termes utilisés. La Savoie est une petite province (la Savoie propre des environs de Chambéry) mais le terme peut signifier aussi suivant les personnes concernées, le duché de Savoie (regroupant les deux départements français de Savoie et la Haute Savoie), ou par extension les pays dominés par la famille du même nom à une époque donnée (les Vaudois, les Valdotains, les Niçois, les Piémontais, les Bressans peuvent ainsi se dire savoyards).
Pour ne pas accentuer les confusions, on parle beaucoup maintenant des Pays de Savoie mais là encore s’agit-il des vieux pays savoyards ou de l’ensemble des pays autrefois dominés par la Maison de Savoie ?
On mêle souvent savoyard (terme traditionnel en fait surtout
géographique dont l’équivalent italien est Savoiardo (avec autrefois une nette tendance courante péjorative comme tous les noms en ard) et savoisien (terme plus politique, surtout utilisé en Savoie du sud, l’équivalent de
l’italien Sabauda et Sabaudiensis) ou Savoyen dont l’utilisation éphémère n’a jamais fait l¹unanimité.

On peut être savoyard d’origine né en Savoie de parents savoyards (quelle que soit la résidence postérieure), ou savoyard de résidence
donc de choix délibéré quelle que soit l’origine.

On parle du régime sarde à propos du royaume de Sardaigne (Piémont/Ligurie/ Nice/Savoie/Sardaigne) créé en 1713-1721 pour remplacer le duché de Savoie et la principauté du Piémont et lui-même remplacé en 1861 par le nouveau royaume d’Italie mais du fait que la Sardaigne ne représentait qu’une partie (et encore la plus faible) du royaume, il est plus commun de parler plus simplement (et incorrectement) du royaume de Piémont Sardaigne ou même seulement du royaume de Piémont. L’année 1861 verra la proclamation du royaume d’Italie et le début du processus dit de l’unité italienne

En 2010, nous commémorerons la Réunion (terme officiel du traité de
Turin rédigé en français) ; les autres termes sont mal adaptés même si on les a adoptés couramment pendant un siècle. Le terme annexion  suppose un rapport de force ou tout au moins inégalitaire et le rattachement (terme qui a été très utilisé en 1960) implique une conquête.


II LA QUESTION DE LA REUNION : DES DONNEES UTILES



La Réunion n’est pas seulement un fait du passé, sans intérêt autre
qu’historique. Elle renvoie à quelques grandes questions qui se posent d’ailleurs d¹une manière grave actuellement :

- Qu’est-ce qu’une nation ? C’est l’héritage commun de l’histoire des
siècles passés et de la géographie, l’adhésion volontaire à des valeurs philosophiques et politiques communes et le partage d’une même culture. La prise de conscience de l’appartenance à une nation s’exerce sur quelques points fort particuliers.


-une langue (fierté de parler telle ou telle langue, intérêt et valeur de cette dernière. En Savoie, le français était la langue des élites et des classes aisées et d’une partie de la population. En dépit d’une tradition scolaire (en français) très ancienne dans certains villages à forte émigration, une autre part de la population ne parlaient couramment que le franco-provencal (le «patois ») qui ne s’appuie ici sur aucune littérature écrite, à la différence du niçois ou du piémontais. On comprend mieux ainsi la lutte des instituteurs français contre le patois –beaucoup d’enfants apprenaient à parler français à l’école- et l’histoire (pour montrer l’ancienneté de la communauté et au-delà sa valeur). Avant 1860, on insistait beaucoup sur l’histoire dynastique mais bien sûr après la Réunion, l’école de la République donne la priorité à l’histoire de France.

-Un gouvernement idéal : Une nation se doit d¹avoir un gouvernement qui lui corresponde et qui bien sûr comprenne ses particularismes et ses droits. En 1860, on montre combien la maison de Savoie est devenue de plus en plus piémontaise et italienne après sa restauration de 1561 et surtout après 1815, donc forcément «mauvaise». L’idéal de la nation française est depuis la Révolution la République. La Réunion, en 1860 a lieu sous le Second Empire, privilégié comme régime d’ordre. Les savoyards se reconnaîtront ensuite dans la République.

-Une frontière : C’est une ligne séparant le «pays» (ou la nation) de l’étranger, il y a donc un bon et un mauvais côté, celui où l’on est chez soi et l’autre où l’on n’a comme étranger que des devoirs et aucun droit.
La frontière est forcément un arrêt de contrôle sur les individus comme sur
les objets (chaque Etat se doit de savoir (ce) qui entre et (ce) qui sort
de chez lui de même que l’on surveille les situations judiciaires (ne pas
admettre de délinquants) ou idéologiques (ne pas admettre les «mauvaises»
idées) d’où la présence inévitable de gens d’armes et de douaniers ce qui suppose l’existence d’un Etat organisé ayant les moyens d’assurer cette présence.
La frontière est souvent (mais pas forcément) une coupure culturelle (souvent une langue différente, parfois une religion différente, des moeurs
différentes, une cuisine différente, des références différentes, une
monnaie différente), cela peut donner de subtiles nuances, ainsi la
frontière entre le Piémont et la Savoie est peu significative alors que la
même ligne mais considérée comme frontière entre la France et l’Italie est
bien réelle.


La frontière est souvent liée à une zone particulière plus ou moins large
qui vit du passage, du contrôle, des règlements (ou de la violation de
ces derniers d’où les espions, les fraudeurs, les contrebandiers), ici on
profite des deux cultures car il y a mélange des «nationaux» et des
étrangers. On y trouve bien sûr des bâtiments administratifs, des hôtels
mais aussi parfois des bâtiments militaires. Précisons qu’une forte porosité a pu se développer entre les hautes vallées savoyardes et le Piémont du fait de complémentarités économiques.


La frontière varie selon les époques. Elle peut varier géographiquement
comme ce fut le cas en 1860 où la frontière franco-sarde a été repoussée
du Guiers et du Rhône à la crête des Alpes (Ainsi le Pont de Beauvoisin a
beaucoup perdu alors que Modane y a beaucoup gagné et que dire des forts de
l’Esseillon tournés du côté de la France pour arrêter l’envahisseur
français et devenus inutiles lorsque la frontière est passée au Mont-Cenis) mais elle peut aussi varier selon la situation politique, diplomatique et militaire (elle est très souple et aimable lorsque les frontaliers sont en paix mais elle devient vite dure, intransigeante et même violente lorsque les voisins sont en conflit (on se souvient de la raideur des carabiniers sardes contre les Français après 1815 ou des douaniers fascistes après 1935). La frontière est forcément une ligne artificielle (parfois contestée par les deux parties ou par une seule) mais souvent on la considère comme naturelle ainsi la nation française affirme depuis la Révolution posséder des frontières naturelles évidentes comme les Pyrénées, le Rhin, le Jura et la crête des Alpes. La réunion de la Savoie à la France s’inscrit dans cette logique.

III L’ETAT ET LA CITOYENNETE


Périodiquement de petites communautés changent de statut juridique, elles
peuvent acquérir une personnalité politique et devenir des Etats (ainsi les
Etats baltes ou balkaniques) soit (le plus souvent) elles passent d’un Etat
à un autre (ainsi la Savoie en 1860 ou l’Alsace-Lorraine en 1871 puis en
1918).
Une communauté régionale peut avoir ses caractéristiques propres (ainsi la
Savoie, son histoire qui explique son patrimoine et ses particularités alors que l’Etat présente surtout des cadres juridiques stricts (des structures administratives propres avec un personnel compétent donc souvent formé à part, des règlements et des moeurs politiques spéciales de fonctionnement).

Changer d’Etat suppose donc de changer de capitale, de structures
administratives et de moeurs politiques. Les Savoyards de 1860 n’ont guère apprécié la venue des fonctionnaires français ignorants du pays, souvent méprisants et de ce fait autoritaires car il a bien fallu une génération pour qu’eux-mêmes entrent dans cette administration. L’assimilation ou l’intégration est justement cette acceptation et cette compréhension d’un système qui n’était pas évident au départ et dont on prend progressivement l’habitude avant peut-être d’y participer soi-même.

La citoyenneté peut être imposée (ce fut le cas en 1792) mais normalement
il y a toujours la possibilité de la refuser (à la condition la plupart du
temps de quitter le pays, ce que firent quelques Savoyards restés en Piémont en 1860, beaucoup d’Alsaciens-Lorrains passés en France en 1871 ou beaucoup d’«Allemands » retournés d’Alsace-Lorraine en Allemagne en 1918.

La citoyenneté permet de participer à la vie politique de l’Etat (vote,
entrée dans l’administration ou le gouvernement) mais elle implique aussi
le devoir militaire (autrefois le service militaire et la défense du pays
devenu une patrie -le pays de ses pères-). Il est évident que
l’enseignement et le service militaire ont beaucoup fait pour cette
intégration, ce qui explique la lente mais évidente fusion de bien des
communautés non françaises (ici beaucoup d’Italiens) dans l’espace
national français. Les Savoyards participent sans contestation à la défense du pays en 1870-1871 puis en 1914), des Italiens immigrés en France combattront aux côtés des Français sur le front, ainsi que des militants antifascistes plus tard.

IV QUELQUES DATES ET ETAPES IMPORTANTES

Pendant des siècles, la Savoie a été périodiquement occupée par des troupes
françaises. La France vise moins à conquérir le pays que s’en servir comme
base d’attaque ou de repli, le but essentiel étant la conquête ou la
domination de l’Italie du nord au détriment des princes de Savoie mais
surtout des Habsbourg.

Dès le XVIème siècle, le refus de Genève de rester catholique et savoyard, la longue domination bernoise sur le Chablais et la longue domination française sur la Savoie du sud, comme la principauté des princes de Savoie-Nemours notoirement pro-français, tout semble prouver la fragilité du sort de la province qui ne retrouvera sa stabilité et son originalité dynastique qu’au siècle suivant.

Les différentes aventures militaires françaises en Savoie


1536-1560
. François I° et Henri II invoquent leurs droits familiaux pour
s’emparer de la Savoie (du sud) et du Piémont, et mieux attaquer
Charles-Quint dans le Milanais.


1598-1600. Henri IV attaque le duc de Savoie, ce qui lui
permet aussi de protéger Genève et finalement de s’emparer de la Bresse, du
Bugey et de Gex (pillages de Lesdiguières).

1630-1635. Louis XIII et Richelieu envahissent la Savoie pour profiter des divisions et de la faiblesse de la Maison de Savoie. Richelieu se saisit de l’occaion pour démanteler les forteresses savoyardes. On envisage alors de mettre la Savoie sous « suzeraineté française».


1690-1697. Durant la guerre de la ligue d’Augsbourg, Louis XIV envahit la
Savoie pour punir la « trahison » du duc. Pour la première fois, la France
envisage clairement d’annexer la Savoie.


1703-1713. Durant la guerre de succession d’Espagne, nouvelle occupation
française (pillage, démolition du fort de Montmélian)


1742-1748. Durant la guerre de succession d’Autriche, les Espagnols, alliés
de la France, occupent la Savoie pour obliger le roi (ex duc) à rompre son
alliance avec l’Autriche.


1792-1815. La Révolution française déguise une conquête en prétendue libération et assimilation. L¹armée mais aussi le progrès économique favorisent une lente mais évidente francisation (23 ans de régime français ne peuvent manquer de créer de nouveaux liens et de faire oublier bien des choses du passé.


La Restauration de 1815 invoque l’importance de la tradition et de
l¹histoire, l’amour entre le prince et ses sujets qu’il est le seul à
comprendre.

La Révolution de 1848 valorise l’idée des nations petites comme la Savoie
ou grandes comme l’Italie. Les nations peuvent (et doivent) prendre conscience d’elles-mêmes par la langue, la culture et le choix politique car pour être prospère, une nation se doit de choisir elle-même son destin et son gouvernement.


1848-1849. Le roi Charles-Albert octroie une constitution et un parlement,
il entre en guerre contre l’Autriche pour s’emparer du Milanais et de la
Vénétie, il refuse l’aide de la France et se fait battre.


1850 Le nouveau roi Victor-Emmanuel garde la constitution et fait entrer
au gouvernement Cavour qui entreprend un grand programme de réformes
économiques (le chemin de fer, l’industrie), militaires et juridiques.


1855 Le royaume sarde participe à la guerre de Crimée contre la Russie aux
côtés de l’Italie et de l’Angleterre afin d’intégrer le concert des nations et poser la question italienne.


1858 En janvier, Orsini lance une bombe contre Napoléon III pour tenter de le tuer et provoquer un changement de régime à même de modifier les rapport internationaux. En juillet, Napoléon III et Cavour se rencontrent à Plombières dans les Vosges pour établir une alliance contre l’Autriche : la France récupérera la Savoie comme prix de son aide.


1859 : La deuxième guerre d¹indépendance (mai, juin) est une suite de batailles confuses et sanglantes (Palestro, Magenta, Solferino). Napoléon III se retire du conflit. Armistice de Villafranca en septembre, paix de Zurich en novembre. Il semble qu’il n’aura pas la Savoie et Nice.

Cependant la Révolution éclate en Italie centrale (Florence, Parme, Modène,
Bologne) qui demande sa réunion au royaume de Sardaigne.


Au début de 1860, La France accorde à Cavour, dont il faut souligner le pragmatisme, Milan que l’Autriche lui a laissé ; elle accepte aussi la réunion de l’Italie centrale, ce qui justifie le transfert de la Savoie et de Nice par le traité de Turin (mars).


22-23 avril 1860 les Savoyards et les Niçois votent avec une énorme majorité en faveur de la réunion (plébiscite : sur 135 449 inscrits, on enregistre 130 839 votants, soit une participation de 96,5%. Le total des « oui » est de 130 533 (99,8%), en face de 235 « non » et de 71 bulletins nuls).Des plébiscites équivalents ont lieu presque au même moment en Italie centrale.


En juin 1860, la Savoie entre officiellement dans l’Empire français.
Dans l’été 1860 (fin août-début septembre), Napoléon III et l’impératrice Eugénie visitent triomphalement cette nouvelle province.


Une révolution secoue le royaume de Naples qui va lui aussi
rapidement se réunir à la Maison de Savoie, un royaume d’Italie est créé
avec une nouvelle capitale à Florence en 1861.


Le royaume d’Italie s’agrandit encore progressivement avec la Vénétie en
1866, Rome en 1870 (qui devient la capitale du nouvel Etat), le Trentin et
Trieste en 1918 (même si elle perd Fiume-Rijeka au même moment).


En 1947, le Traité de Paris qui règle la paix entre la France et l’Italie,
laisse à la France les plateaux du Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard
ainsi que Tende dans les Alpes Maritimes.

V LES DIFFERENTS REGARDS SUR LA REUNION


La Réunion de 1860 est un événement limité dans le temps et dans
l’espace, mais elle est en réalité le produit de regards différents,
l’histoire apprend ainsi à se méfier des considérations trop simples sur
l’actualité (rôle des grands personnages, mélange de la grande et de la
petite politique, regards croisés selon les origines et les parties
concernées)


La géographie politique


En 1859, les provinces «en deçà des monts» soit Nice et la Savoie
représentaient à peu près le dixième du total de la population du royaume de Sardaigne, la Savoie comptant alors environ 450.000 habitants et le comté de Nice 115.000 habitants.

Le niveau de la grande politique


Napoléon III veut montrer son souci de retrouver la grandeur de l’empire de
son oncle Napoléon Ier et sa capacité d’agrandir la France
La France doit se doter d’alliés, en aidant la nouvelle Italie elle se
crée une soeur reconnaissante.


Le premier ministre piémontais, Cavour, pense que le Piémont se doit de
prendre la tête du mouvement libéral (avec un gouvernement qui admet les
grandes libertés et le régime parlementaire), national (la nation
italienne se réveille et il ne faut surtout pas la laisser aux mains de
républicains), anti-autrichien et de créer un nouvel Etat qui comprendra l’Italie du nord (surtout Milan) et à la rigueur l’Italie moyenne (Bologne et Florence). Naples et Rome viendront après.

Le niveau humain des personnalités concernées


Les personnages de premier plan sont soucieux de marquer leur
époque en utilisant les slogans de la génération au profit de politiques
anciennes traditionnellement dominatrices et conquérantes.


Napoléon III connaît bien l’Italie où il a conspiré dès sa jeunesse (1831)
et Orsini le lui a bien rappelé en 1858 en voulant le tuer. Obsédé de
grandeur, il se croit un destin national et international, c’est
homme néanmoins secret et finalement velléitaire.

Cavour est un homme politique de stature internationale, original, peu italien et très international (d’une famille piémontaise mais aux origines genevoises et savoyardes) très sensible à la culture anglaise, habile, clairvoyant et pragmatique tout en se donnant une allure débonnaire et ouverte : à quoi bon garder des provinces comme la Savoie finalement sans grande valeur et surtout trop inconscientes de leur avenir puisqu’elles n’ont pas su s’intéresser ni participer aux mouvements de réformes qu’il leur a offertes.

Victor-Emmanuel, se veut bien en apparence savoyard (et même francophone) mais il suit surtout le vieux rêve de sa famille : devenir enfin le grand roi d’un grand Etat, capable pour cela de sacrifices (mariage de sa fille aînée à Jérôme Bonaparte, sacrifice de la Savoie et de Nice malgré Garibaldi). Se rejoignent dans la Réunion l’ambition de la Maison de Savoie relativement à ce qui allait devenir l’Italie et la volonté de Napoléon III de jouer un rôle international.


Les leaders savoyards sont de grands notables attachés à la dynastie et à
la Savoie mais aussi à leurs intérêts. Très en lien avec les ministres et
chefs d’Etat, ils ont le sentiment d¹être les représentants « naturels »
de la communauté (nation) savoyarde. Très déçus par la monarchie et le
gouvernement sardes de ne pas être payés de leur fidélité, ils entendent
bien « sauver » la Savoie de l’aventure dangereuse de l’unité italienne
qui risque d’amener la déstabilisation, la guerre et même la révolution.

Un but, conserver et même accroître l’influence qu’ils méritent en Savoie et même ailleurs en servant d’intermédiaires entre la province et le pouvoir central (bref faire et réussir à Paris ce qui semble leur échapper à Turin).

La petite politique locale


Les leaders savoyards jouent sur deux plans:


-Celui, sentimental, de la petite patrie, la Savoie ne peut que se perdre
en ralliant la nation italienne qui ne représente rien à ses yeux, le
Savoyard attaché à son origine et conscient de son originalité n’a aucun
intérêt à s’intéresser et à s’unir à des communautés avec lesquelles
il n’a aucun lien.

-Celui, plus réaliste, de la vraie patrie. La Savoie ne peut être indépendante, (elle n’en a ni les moyens humains, ni les moyens matériels)
mais elle doit se rattacher à un ensemble fort et utile : quoi de mieux que la France alors une des plus grandes puissances mondiales et qui plus est en pleine expansion économique ? On la connaît bien puisqu’on lui a été
rattaché voici une génération (certes la conscription a pesé
mais les grands plans d’expansion lancés par Napoléon Ier sont encore dans les mémoires) et qu’on a avec elle tout le poids des communautés de
Savoyards émigrés (de plus en plus nombreux depuis 1815). Quelle bonne affaire d’être demandé par une grande nation riche (où l’on aura moins d’impôts ou que l’on sera mieux à même de payer), catholique, ce qui garantit d’une révolution comme celle de 1793 et permet d¹éviter les visées libérales d’un Cavour partisan d¹une Eglise libre dans un Etat libre (débat sur le mariage civil).

L’opinion publique


La Savoie
en en a assez
-de l’inégalité de traitement entre un Piémont enfant chéri de la famille royale et de la politique cavourienne et une Savoie qui a le sentiment d’être perpétuellement oubliée ;


-des guerres toujours incompréhensibles (subir en 13 ans, les deux
campagnes anti-autrichiennes de 1848 et de 1849, la mystérieuse guerre de
Crimée et enfin l’épouvantable campagne de la seconde guerre nationale de
1859) ;


-d’une stagnation économique qui s’éternise (sans voir bien sûr le handicap
fondamental d’une Savoie privée d¹élites capables et surtout de moyens
financiers) ;


-d’une politique cavourienne qui semble mettre en péril l’Eglise catholique
en persécutant les couvents et en privant l¹Eglise de ses privilèges, «de ses droits» ;

Bien sûr une minorité (bourgeoise), favorable aux libertés et aux réformes
de Cavour, eût préféré rester dans le royaume sarde, mais emportée par la vague profrançaise et anti-cavourienne, elle se rallie par réalisme et par
opportunisme au OUI, OUI et ZONE dans le Nord ou s’abstient. Dans de nombreuses familles a pu se poser le débat.

Une petite minorité de fidèles de la maison de Savoie (soldats, fonctionnaires, nobles de la cour et aussi ingénieurs ou techniciens comme Sommeiller) préfère rester dans le royaume sarde (ce qui n’empêche pas les relations de fait avec la Savoie) où très souvent ils font de belles carrières.


Pourquoi alors ne pas rêver (comme en 1792) de participer à une grande
nation généreuse et ouverte où l’on aura moins de charges financières et
militaires et où l’on pourra enfin s’enrichir en restant soi-même ?

La France considère la Savoie comme une terre naturelle française qui
fait bien de revenir dans le giron national, ce qui est bien le juste prix
de l¹intervention militaire de 1859.


Pour les Suisses
, il n’y a que du danger à voir la Savoie dans l’incertitude, en tous les cas la confédération n’a aucun intérêt à
rompre son équilibre en intégrant éventuellement en tout ou en partie (la Savoie du nord) une province catholique, qui n’a jamais su se gouverner elle-même et qui, pauvre, ne cessera de crier misère auprès des cantons voisins. La possibilité de voter « Oui et Zone » en 1860 a contribué à débloquer la situation.


Pour les autres opinions européennes, la réunion de la Savoie (pays
lointain et pays réduit) et de la France est inégalement prise en compte. Le gouvernement prussien, bien que Bismarck y soit personnellement fortement opposé, pense que cette annexion peut calmer l’orgueil français qui laissera ainsi les politiciens allemands tranquilles et qui renoncera peut-être à la Rhénanie. De son côté, le gouvernement anglais n’aime pas voir cette extension de la France rompre le statu quo de l’Europe, enfin la France en s’intéressant à la Savoie ne peut pas oublier la question belge et la tentation de reprendre aussi la Belgique et les bouches de l’Escaut face à la côte anglaise.

VI LE CARACTERE DEMOCRATIQUE


La Savoie est la seule province entrée en France à la suite d’un vote ; allons plus loin aucun autre transfert de souveraineté ne s’est accompli aussi démocratiquement c’est à dire après une consultation populaire.


Ce fut « un vote libre», en avril 1860 il n’y avait aucune troupe en Savoie
ni française ni piémontaise, tous les hommes majeurs présents ont pu voter
à leur gré. Ce fut le grand souci de Napoléon III qui connaissait très bien
le rôle de ces manifestations populaires dans sa théorie d’un empire à la
fois démocratique et autoritaire (les deux peuvent se concilier) alors que
Cavour aurait préféré faire voter les grands électeurs (les plus riches
jugés les plus capables). Certes bien sûr les femmes ne votaient pas, on n’a pas fait voter non plus les Savoyards établis soit en Piémont soit en France.


Les Savoyards n’avaient pas voté de cette manière générale et libre depuis
1793 (élections à la Convention) et en fait depuis 1802 (approbation du
concordat et du consulat à vie). On ne connaissait pas l’isoloir (il ne sera introduit qu’au début du XXème siècle, ni même la propagande électorale et encore moins l’isolement de l’électeur : on est venu souvent en groupe avec un billet OUI ostensiblement montré de sorte que toute velléité d’opposition se faisait remarquer. De ce fait une seule solution si on n’était pas d’accord, rester chez soi. Personne n’a sur le moment (ni après) contesté la méthode et les résultats d u plébiscite.

VII LA REUNION A –T-ELLE REUSSI ?


Oui

-parce que c’était la seule solution possible, la Savoie sans tradition et
sans élite suffisante ne pouvait envisager un statut d¹autonomie ou de
cantonalisation (à la Suisse)


- parce que l’intégration a été le produit de deux institutions aussi
lentes qu’efficaces, le service militaire et l’enseignement primaire
obligatoire, sans oublier l’administration et l’économie.

Comptons aussi avec le rôle des Savoyards émigrés dans le reste de la France et surtout à Paris dont l’influence n’a cessé de grandir après 1848.


Il faut aussi signaler que les mauvaises relations politiques entre la
France et le royaume d’Italie de 1870 à 1910 ont accentué encore la rupture
des relations entre la Savoie et le Piémont.


Certes la Savoie a vu son économie décliner après 1860 (du fait de la
liberté douanière adoptée par le gouvernement français) mais le progrès
économique évident à partir des années 1885-95 a vite fait considérer la
période ancienne comme particulièrement mauvaise.

Certes la centralisation française n’a pas respecté certaines traditions et
certains particularismes des Savoyards, il n’empêche qu¹une certaine théorie sur la France sacrifiant la Savoie (pendant les guerres comme pendant la paix) n’a aucun fondement ni aucune raison d’être.

Quelques pistes de réflexion avec les élèves

-le souvenir historique et la compréhension des particularités


-les nouvelles structures européennes où la France n’a plus d’ennemis
proches, où il n’y a plus de frontières


-les nouvelles techniques qui permettent des passages de plus en plus faciles et rapides entre la France et l’Italie


-le brassage du monde contemporain où l’on peut aller partout, où l’on sait
tout et où on se mêle à tout le monde.


Et pourtant on n’a jamais autant eu besoin de connaître son environnement,
son passé, son patrimoine, ses racines (transmission intergénérationnelle), de garder ses particularités et ses caractéristiques pour ne pas les perdre dans un grand tout confus et anonyme.

On peut et l’on doit être en même temps, selon la notion de transculturalisme :


- d’origines diverses (bien se rappeler d’où l’on vient),


- être des résidents savoyards conscients (bien savoir où l’on est),


- des citoyens français avisés et sincères (bien se rendre compte de ce que
l’on forme et ce que l’on est)


- et enfin des Européens convaincus (pour bien gérer la paix)


- et pourquoi pas des «citoyens du monde» pour se rappeler que tout est
lié, que les autres sont certes différents de nous (la culture française
n’est pas universelle, loin de là) mais que tous les êtres vivants se
ressemblent néanmoins et qu’il faut tout envisager de l’avenir car nous ne
pouvons savoir où nous irons nous établir et avec qui nous irons vivre.






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