Doctrine et premiers pas de l’Action Française





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date de publication11.10.2017
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A-G DAVID LS1
Action Française (revue)

Intro:

La Revue de l'Action française est une revue bimensuelle crée en août 1899 – suite à l'affaire Dreyfus – par Henri Vaugeois, professeur de philosophie, et Maurice Pujo, jeune critique littéraire. Ils veulent donner naissance à un mouvement dynamique qui s'opposerait à l'enlisement dans l'académisme et à l'inertie. Avec l'arrivée de Charles Maurras en 1908, la revue devient le quotidien l'Action française et soutient le royalisme. Ce quotidien sera publié jusqu'en 1944. Plus que le journal, le nom d' « Action française » désigne aussi un mouvement politique dont le maître à penser est Maurras. Pour retracer l'histoire du quotidien, nous allons devoir nous intéresser à cette formation politique, la revue étant – entre autres – son organe d'expression officiel. Mais nous verrons que l'Action française est également une revue littéraire, et qu'elle a une influence non négligeable sur les intellectuels du début du 20ème siècle – qu'ils partagent ou non sa position politique. Pour cela, nous nous intéresserons d'abord à l'origine et la doctrine de l'AF, puis nous étudierons sa portée intellectuelle, avant d'analyser son rôle politique.

Conclusion:

Dans les domaines qu'elle a touchés, l'AF se remarque et joue un rôle important, notamment par sa volonté de dynamisme et ses positions d'opposition très marquées et ouvertement revendiquées. Que l'on partage le point de vue de ses auteurs ou pas, l'AF offre une vision alternative de la situation politique française; cela permet le débat et la remise en question, qui s'opposent à la stagnation que voulaient combattre les fondateurs de la revue. Mais paradoxalement, c'est la revue elle-même qui – suivant le mouvement de l'AF – stagne et s'écarte de la réalité politique du pays, avant de finalement cesser d'être publiée en 1944.
  1. Doctrine et premiers pas de l’Action Française




  1. Un quotidien d’opposition

  • Quotidien nationaliste, monarchiste, antidreyfusard et anti-germaniste.

  • Opposition sans précédent à la politique de la Troisième République, au libéralisme et à la démocratie.

  • Pour cerner la doctrine de l'AF, le quotidien comme le mouvement, il est nécessaire d'étudier la pensée de Maurras, qui est pour les fidèles de l'AF le chef d’école, le détenteur de la vérité politique. Il critique les principes de 1789, condamne la démocratie, exprime son attachement aux traditions et son souci de fonder l'action politique sur le legs de l'histoire et les leçons du passé.

  1. Des positions d’extrême droite…

  • Cependant la véritable innovation apportée par Maurras est l'amalgame de deux tendances jusqu'alors bien distinctes, et même longtemps opposées: le traditionalisme contre-révolutionnaire et le nationalisme. Il dit en effet que les vrais nationalistes ne peuvent être que monarchistes: « Si vous avez résolu d'être patriote vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » Il donne ainsi naissance au « nationalisme intégral », et la Revue de l'AF devient l'organe de cette pensée.

  • Maurras proclame sa confiance en la royauté, ce qui est paradoxal au moment même où les monarchistes français ne sont plus qu'une poignée, et où la restauration monarchique semble définitivement exclue. L'AF semble donc, dès l'origine, condamnée à rester une secte minoritaire; que seuls des événements imprévisibles pourraient arracher à une éternelle contestation.

  1. mais une revue influente

  • Malgré cela, elle a eu une influence considérable sur les milieux politique et intellectuel du début du 20ème siècle. En effet, son influence est telle qu'elle conduit ceux qui en sont le plus éloignés à se définir par rapport à elle ou contre elle.

  • L'AF profite des événements sociopolitiques en cours lors de sa création. Elle naît de l'affaire Dreyfus dans une France divisée en deux camps irréconciliables, et dans un pays meurtri par l'annexion de l'Alsace-Lorraine. Et Maurras souhaite justement rassembler ces Français pour qui la défaite de 1871 et l'annexion de l'Alsace-Lorraine constituent une blessure inguérissable, et ceux qui gardent la nostalgie des « quarante rois qui en mille ans firent la France ».

  • Et bien que La Revue de l'AF ne connaisse qu'une audience limitée les premières années, elle prend son essor à partir de 1905, sous l'influence de deux événements:

  • l'alerte de Tanger qui, plaçant brusquement la France en face de la menace allemande, et étant suivie de l’alerte d’Agadir en 1911, rend la position anti-germaniste de l'AF attirante;

  • le conflit entre le gouvernement et les catholiques: séparation de l’Eglise et de l’Etat, et crise provoquée par les inventaires. Les mécontents catholiques vont venir grossir les rangs de l’Action Française en rejoignant la Ligue d’action française créée en janvier 1905. C’est ainsi que Maurras, agnostique, va se retrouver à la tête d’un mouvement à forte majorité catholique.

  • Nous devons ajouter à cela le contenu-même de la Revue de l'AF, qui – loin d'être seulement une revue politique – offre de véritables pages littéraires à ses lecteurs. Ainsi, l'AF a aussi de l'influence dans le milieu littéraire.

  • Ce journal d'opposition exprime une opinion tellement extrême qu'il ne devrait pas ou peu attirer ni avoir de l'influence, mais plutôt se refermer sur son cercle de fidèles. Il a cependant un grand impact politique et culturel. Nous allons maintenant essayer de savoir comment cela est possible, en commençant par analyser sa portée intellectuelle.



  1. Un rôle important dans le milieu intellectuel du début du 20ème siècle

  1. Un quotidien, un programme pédagogique, un groupe d’action : un véritable dispositif de diffusion de la doctrine de l’AF

  • A l'origine-même de la Revue de l'AF se trouvent des intellectuels: Henri Vaugeois et Maurice Pujo (respectivement professeur de philosophie et critique littéraire), comme nous l'avons précisé dans l'introduction. Ils sont ensuite rejoints par Maurras, journaliste politique polémique, qui sera – en 1938 – élu à l'Académie française. L'AF est donc apparemment une revue écrite par des intellectuels pour des intellectuels.

  • En parallèle à la publication de la revue est développé l'Institut d'action française, entreprise pédagogique avec – entre autres – une chaire Maurice Barrès sr la doctrine nationaliste et une chaire du Syllabus où l'on dénonce le modernisme et le catholicisme libéral.

  • De plus, les « camelots du roi », groupe de jeunes gens créé en 1906, sont chargés de la vente du journal et d'agir dans la rue. Ainsi, ils prennent part à plusieurs manifestations politico-culturelles organisées par l'AF. Cela contribue à la promotion de l'AF (le mouvement comme le quotidien) et de ses positions, dans le respect de la volonté de dynamisme exprimée par Vaugeois et Pujo à la création de la revue. Les « camelots du roi » manifestent, par exemple:

    • contre le transfert des cendres de Zola au Panthéon en juin 1908;

    • puis, la même année, contre Thalamas, professeur qui aurait insulté Jeanne d'Arc, et contre le germaniste Charles Adler, accusé d'avoir conduit ses étudiants en Allemagne;

    • contre le dramaturge Henri Bernstein, accusé d'avoir déserté son service militaire en 1911;

    • et contre Jean-Jacques Rousseau l'année suivante, à l'occasion du bicentenaire de sa naissance.

  1. Une influence certaine sur les intellectuels

  • Ce style de polémique et d'agitation, ainsi que le contexte favorable de renouveau du nationalisme avant la 1ère Guerre Mondiala, permet à l'AF de rassembler autour d'elle une belle pléiade d'intellectuels: Léon Daudet, orateur et polémiste; Jacques Bainville, historien de l'AF qui ne cessera de dénoncer le péril allemand; Georges Bernanos; les religieux dom Besse et le père Clérissac; et bien d'autres.

  • L'AF exerce donc une incontestable attirance sur les intellectuels, mais son audience doit être relativisée, ainsi que son influence politique. Avant 1914, elle touche un public essentiellement parisien, avec quelques bastions provinciaux en Bretagne, en Vendée, dans le Gard, dans l'Hérault et dans la région de Bordeaux. De plus, elle recrute surtout dans les familles de hobereaux, dans l’armée et la petite bourgeoisie, mais elle ne touche pas le monde ouvrier, malgré les efforts du cercle Proudhon qui tente la synthèse du nationalisme intégral avec le syndicalisme révolutionnaire.

  • Cependant, l'influence de la Revue de l'AF est bien plus profonde que le nombre de ses lecteurs ne le laisse supposer. En effet, pendant l'entre-deux guerres, elle est secondée dans son rôle de diffusion des idées maurassiennes par diverses autres publication: collections d'ouvrages à gros tirage comme « Les Grandes Etudes historiques » de Fayard; revues pour le grand public comme La Revue Universelle fondée en 1920; hebdomadaires comme Je suis partout, fondé par Fayard et qui, avec Brasillach, Rebatet et Laubreaux, évolue vers le fascisme et la collaboration.

  1. Une revue littéraire de qualité

  • Cette diffusion des idées du chef de file du mouvement de l'AF nous montre que le quotidien homonyme a bien une influence incontestable chez les intellectuels français. Cela peut sans doute s'expliquer, d'un point de vue culturel et en laissant de côté la politique, par l'incontestable qualité littéraire de l'AF, la liberté de ton et de goût de sa rubrique littéraire, la confiance faite à de très jeunes gens comme Brasillach, Maulnier ou Boutang, l'intérêt porté au cinéma, la densité de la page militaire. L'AF est un journal intéressant, et Proust disait en 1920 qu'il lui était impossible d'en lire un autre.

  • Malgré ce qui apparaît comme une réussite littéraire, l'AF perd son lectorat et son influence en même tps que le mouvement politique auquel le journal est affilié se replie sr lui-même et convainc de moins en moins. Pour comprendre le déclin de l'AF, nous allons étudier son évolution politique.

  1. L’implication politique de l’AF

    1. Des premiers faits politiques à l’apogée de l’AF

  • Le nombre de lecteurs du quotidien et le nombre d’adhérents au mouvement varient au gré des changements du contexte sociopolitique.

  • Jusqu’en 1908-10, l’AF est un très petit mouvement qui fait cependant beaucoup de bruit par ses manifestations (cf. « camelots du roi ») et son journal. Mais il arrive au succès politique en 1914, car le courant traditionnaliste et contre-révolutionnaire – dont Maurras s’est fait le théoricien – converge avec le nationalisme diffus, qui se répand dans presque tous les secteurs de l’opinion et dans l’ensemble de la société française.

  • Puis, à partir de 1914 et pendant la 1ère Guerre Mondiale, l’AF pratique « l’union sacrée », et s’attache à dénoncer les traîtres. Elle bénéficie, après la victoire, de la vague nationaliste qui porte au Palais Bourbon la Chambre « bleu horizon ». Daudet est élu député ainsi qu’une trentaine de sympathisants de l’AF. Lors des élections de 1924, l’AF croit pouvoir s’écarter du Bloc national et présenter ses propres candidats, mais elle subit une déroute électorale et Daudet perd son siège de député. Cependant, en 1925-26, nombreux sont ceux qui – par peur de la montée du Cartel des gauches – se tournent vers l’AF ; elle connaît alors son apogée et le journal compte 48 000 abonnés, auxquels s’ajoutent 53 000 exemplaires vendus au numéro.

    1. La condamnation de l’Eglise : début de la perte d’influence

  • Mais les premiers signes du déclin de l’AF apparaissent dès 1926, avec la condamnation de l’AF par le Saint-Siège. Cette condamnation est particulièrement dure : il est interdit aux catholiques de lire l’AF sous peine d’être exclus des sacrements, et de ne pouvoir être ni mariés ni enterrés religieusement. Les circonstances et motifs d’une telle mesure ont fait l’objet de débats passionnés, mais on peut penser que la condamnation de l’AF a eu pour raison principale la volonté de Pie XI de combattre l’influence prépondérante dans l’Eglise de l’épiscopat nommé sous Pie X, lors de la réaction antimoderniste. De plus, cela peut aussi être la conséquence d’un souci de lutter contre un nationalisme intransigeant et de favoriser la coopération internationale.

  • Cette condamnation romaine est donc à l’origine d’une crise profonde, et de nombreux catholiques se détournent de l’AF, au même moment où celle-ci subit le contrecoup des succès de Poincaré. En effet, la popularité du « sauveur du franc » et le triomphe du nationalisme conservateur enlèvent à l’AF une partie de sa raison d’être et détournent d’elle une fraction de son public. Les effectifs fondent, les départs se multiplient et le journal perd la moitié de ses lecteurs.

  • Nous voyons que lorsque la situation politique se stabilise, l’AF est en perte de vitesse, alors qu’en période de crise elle connaît un nouvel essor. En effet, la crise d’antiparlementarisme qui suit les élections de 1932, et qui culmine avec l’affaire Stavisky, semble donner à l’AF un nouveau départ – notamment avec l’implication des camelots du roi dans les manifestations, et particulièrement celle du 6 février 1934. Cependant, ce regain de dynamisme ne suffit pas à relancer complètement l’AF. Son déclin est bel et bien amorcé, et il est accéléré par l’échec du « coup de force » annoncé depuis longtemps par Maurras, qui semblait pourtant possible en cette période d’antiparlementarisme. Ainsi, les membres les plus ardents de l’AF se détournent d’un mouvement qui leur paraît voué à l’impuissance.

    1. L’enlisement de l’AF et son échec final

  • L’histoire de l’AF se termine donc par un échec, car il semble difficile de qualifier d’un mot plus neutre l’attitude d’un journal se réclamant du « nationalisme intégral » qui continue à paraître sous l’occupation, et qui condamne avec la même violence tous ceux qui résistent à l’occupant. Cet échec se traduit aussi par l’échec de l’AF à réaliser un grand rassemblement des nationalistes français.

  • Nous pouvons discerner plusieurs causes de cet échec :

  • des contradictions internes d’une doctrine plus antirépublicaine et antidémocratique que nationaliste et royaliste ;

  • le fait que la doctrine maurassienne reste étroitement tributaire des circonstances qui l’ont vu naître, car – formée à la fin du 19ème siècle, dans un certain contexte historique, sociologique et international – elle est restée identique à elle-même de 1900 à 1950, comme si il n’y avait jamais eu de changement ;

  • le dogmatisme maurassien, qui jalonne l’histoire de l’AF de crises, de départs et de réprobations des dissidents : Georges Valois en 1926, les catholiques fidèles à Rome en 1927, etc.

  • L’AF s’écarte peu à peu des grandes ambitions qu’elle manifestait au début du siècle. Sa doctrine se fossilise et son public se limite à des cercles de plus en plus étroits, et – à la veille de la 2nde Guerre Mondiale – l’AF tend à se confondre avec une réunion de conservateurs nostalgiques d’un passé révolu. Finalement, en 1944, le journal de l’AF cesse d’être publié.

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