Connaissance et vie d’aujourd’hui rouen





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CONNAISSANCE ET VIE D’AUJOURD’HUI ROUEN Le 9 décembre 2003


CONFESSIONS D’UN BIOGRAPHE
D’après la conférence de Jean Lacouture, journaliste et écrivain.
Le biographe entreprend de raconter une vie, de dessiner un personnage de l’histoire, de la littérature ou de l’art.
Comment et pourquoi devient-on biographe ?
Chez Jean Lacouture, coexistent trois composantes :

- l’éducation classique, bordelaise, dans un collège de Jésuites : une culture très centrée sur les personnages, les figures, les héros (Alceste, Auguste, Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV…) « qui font image, qui font leçon ».

- la transmission par sa mère de la passion de l’Histoire.

- le journalisme : au lendemain de la guerre, Jean Lacouture souhaitait suivre un Héros, le général Leclerc, qui partait pour l’Indochine ; il s’est donc engagé et est devenu membre de son service de presse, puis journaliste. Sa carrière de journaliste s’est toujours faite en centrant ses recherches sur la poursuite de personnages d’exception. Pendant 20 ans collaborateur au Monde, Jean Lacouture a toujours essayé d’éclairer et de colorier ce journal « un peu gris » par des portraits, à la manière d’un illustrateur.

Cette passion de « voir » les personnages, d’essayer de les comprendre et de les mesurer a naturellement débouché sur la biographie qui est une tentative de synthèse entre le journaliste et l’historien.
LA BIOGRAPHIE COMME FORME DE L’HISTOIRE
En France, la biographie n’a pas très bonne réputation (même si elle a repris de l’audience depuis une vingtaine d’années) contrairement à l’Angleterre (Carlyle par exemple…) ; la plupart des grands historiens français ne se recommande pas par la biographie. Elle est plutôt vue sous l’angle de la littérature, comme œuvre de grands écrivains ou romanciers et non d’historiens : André Maurois (tri-biographie des Dumas), Henri Troyat, Jean Orieux.

L’école historique française, pendant très longtemps, s’est refusée à la biographie. Elle s’attardait plus sur les groupes, sur l’entourage que sur les gens proprement dits. Par exemple, le grand historien Lucien Fèvre a écrit une magnifique biographie de la poétesse Marguerite de Navarre, sœur de François 1er, auteur de l’Heptaméron, qui s’intitule non pas « Marguerite de Navarre », mais « autour de l’Heptaméron ».

Les bonnes biographies comportent non seulement le personnage, mais son environnement social, culturel, intellectuel. La biographie idéale dans l’historiographie d’aujourd’hui est celle de Jacques Le Goff : « Saint Louis ». Le livre s’organise  autour du personnage  en tenant compte de la société de son temps.
COMMENT LE BIOGRAPHE CHOISIT-IL SES HEROS ?
Quatre sources ont inspiré Jean Lacouture et ont donné lieu à plusieurs types de biographies :
Les biographies professionnelles inspirées par le métier qui a mis le journaliste au contact de gens extrêmement intéressants. Ce journalisme « par les crêtes  vous met en face de personnalités haut placées qui ont pour vocation de vous donner leur opinion ». Il est donc plus facile de les interviewer que d’interviewer l’homme de la rue. Le métier de journaliste au Vietnam a permis la rencontre avec Hô Chi Minh, personnage très pittoresque et sujet de la première biographie de Jean Lacouture (1976). La deuxième fut occasionnée par  la rencontre avec le colonel Abdel Nasser en Egypte (publication en 1971).

Ces premières biographies, fruit d’un métier et approfondissement d’un portrait, sont des biographies de type « arrêt sur image ».
Les biographies de désir correspondant à une pulsion interne, un élan de tendresse et d’admiration pour certains personnages : ce sont celles d’André Malraux (1973), de François Mauriac (1980), de Pierre Mendès-France (1981).

Ce sont des biographies de type « acte d’amour ».
Les biographies de commande écrites à la demande d’éditeurs, Le Seuil en particulier : celle du général de Gaulle en fait partie (1990). Jean Lacouture en a refusé d’autres, comme celle de Pasteur, car il ne se jugeait pas assez compétent scientifiquement ou celle de Rousseau, n’ayant pas assez de goût pour le personnage, sans nier pour autant ses qualités d’écrivain.
Les biographies de compatriotes girondins ou aquitains : la biographie de Montaigne (1998) a été impulsée par la nécessité de compléter l’image de Montaigne présenté habituellement comme un homme « enfermé dans sa tour », alors qu’il avait eu une vie extrêmement périlleuse, mêlée à de nombreuses négociations et chevauchées de l’époque.

Jacques Rivière (1994), fondateur de la Nouvelle Revue Française, puis Montesquieu (2003), connu comme magistrat et écrivain, mais aussi viticulteur de grande qualité.

LE BIOGRAPHE A-T-IL UNE METHODE ?
Jean Lacouture avoue n’avoir aucune méthode historique particulière (« certains disent que cela se voit ») ni écurie, ni école qui travaille pour lui. Seule la biographie du général de Gaulle a nécessité l’aide de deux agrégatifs d’histoire pour la consultation d’archives. La découverte personnelle est infiniment plus savoureuse !

Il est nécessaire de ne pas séparer le travail de recherche du travail d’écriture. L’écriture étant la mise en musique, le repos et le plaisir de la descente après l’effort de la montée  représentée par la collecte d’informations. Ceci doit se faire simultanément.

Il faut laisser une large part à la conversation. Paradoxalement, il y a très peu de différence de méthode entre les personnages vivants et les personnages disparus récemment (qui ont encore leur famille ou amis proches) ou depuis longtemps. Les grands personnages ont en effet leurs adeptes passionnés qui connaissent tout d’eux et vivent quasiment à travers eux ; le biographe, en les interrogeant, a l’impression de vivre avec le héros (Jacques de Feytaud par exemple, grand montaigniste de la région bordelaise était totalement imprégné de Montaigne).

Lorsqu’il « rentre dans un personnage», le biographe se prend de la même passion pour un général grec que pour un général de la seconde guerre mondiale. De ce point de vue là, il n’y a aucune différence entre un Jules César ou un de Gaulle. Le creux du passé est très vite comblé.

La biographie d’un personnage contemporain amène bien sûr à courir certains risques par rapport à la famille, aux partisans, aux zélateurs, même si pouvoir lui parler ou parler avec ses proches est un avantage considérable.

Le biographe doit cependant essayer de faire la part des choses dans la conversation ce qui n’est pas toujours aisé en fonction de l’interlocuteur (André Malraux, les ministres de François Mitterrand).

Il est indéniable que l’écriture de la biographie aboutit à une « liaison dangereuse ». Entrer dans l’intimité de quelqu’un peut aboutir à entrer dans une connivence. Il est indispensable que le biographe puisse garder sa liberté de jugement. C’est d’autant plus difficile lorsqu’on écrit des biographies d’empathie, d’admiration.
LE BIOGRAPHE DOIT-IL TOUT DIRE ?
Non, et heureusement !

D’abord parce que le biographe ne sait pas tout des personnages. Même les journaux intimes, les correspondances contiennent des blancs, des mensonges ou des artifices qui ne sont pas forcément décelables.

C’est la stupéfaction d’apprendre à la suite d’un colloque à Moscou que Stendhal avait participé à la retraite de Russie aux côtés de Napoléon qui a poussé Jean Lacouture à écrire un livre sur ses voyages (sortie janvier 2004). Il avait pourtant lu tous ses livres…

Ensuite, parce qu’une bonne biographie doit nécessairement comporter quelques zones d’ombre, où le lecteur doit rester libre de se prononcer lui-même.

Cette liberté est une respiration nécessaire donnée aussi bien au personnage qu’au lecteur.

La vie privée peut comporter des silences et doit être respectée même si ce n’est pas « à la mode aujourd’hui ». Ceci est d’autant plus vrai pour les biographies contemporaines, par souci de ne pas blesser les familles.

Le maximum de révélations n’aboutit pas pour Jean Lacouture au maximum de qualité.

Une exception pour les silences complices qui intéressent la vie publique, celle des citoyens. Dans ce cas, le biographe se doit d’être complet.
L’ISOLEMENT DU PERSONNAGE
Le risque majeur de la biographie est la mise en lumière trop intense du personnage aux dépens de ceux dont il émane : la société politique, littéraire, sociale, morale etc… qui reste parfois trop dans l’ombre.

Pierre Nora a formulé une critique sévère à l’égard de personnages de Jean Lacouture en les qualifiant de « détourés ». Ce dernier tient à rectifier cette critique en admettant qu’ils ne sont effectivement peut-être pas assez « entourés ». Par ailleurs ami de Jean Lacouture, celui-ci lui a donné le surnom évocateur de « Rouletonbic » tant la production littéraire est intense.
A PROPOS DES QUESTIONS
1/ Les biographies de femmes : Jean Lacouture a publié celles de Julie de Lespinasse (1980), Greta Garbo (1999), Germaine Tillion (2000).

2/ Les biographies de personnes vivantes que Jean Lacouture aimerait réaliser : celles de Nelson Mendella et du pape Jean-Paul II.

3/ Le temps moyen pour écrire une biographie : 18 mois. Celle du général de Gaulle a nécessité 4 ans.

4/ Le biographe n’a pas d’autorisation à demander pour réaliser la biographie de quelqu’un de vivant.

5/ Le personnage qui a le plus marqué Jean Lacouture : Champollion dont la biographie a été publiée en 1989.

6/ La limite entre la vie privée et la vie publique : la vie privée a fatalement une interférence sur la vie publique. Le biographe n’a pas à révéler d’informations sur la vie privée qui puisse nuire au personnage. A propos de François Mitterrand, « personnage gris comme un renard, moiré, miroitant… », la réponse à cette question se trouve dans sa biographie publiée en 1998.
Bibliographie récente :

Profession biographe, conversations avec Claude Kiejman (Hachettes littératures 2003)

Montesquieu, les vendanges de la liberté (Le Seuil 2003)

A paraître en janvier 2004 : Stendhal, le bonheur vagabond (Le Seuil)





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