Surtout ‘’La ronde de nuit’’ qui est étudiée dans un dossier à part





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Poupée blonde

(1983)
Nouvelle
Cinq amis ont, à vingt ans, créé un groupe de chanteurs, “les Peter Pan”. Trois se retrouvent vingt ans plus tard dans un luxueux chalet de neige : nostalgie des jeunesses enfuies, découverte cruelle des marques du temps. Deux visages cependant sont intacts et beaux : ceux de Louise et de Félix, morts dans la fleur de l'âge, qui viennent, fantômes figés dans leur costume d'époque, observer avec curiosité, dégoût parfois, ceux qui vivent toujours dans le souvenir de leur succès commun d'une saison : une chanson qui s'appelait “Poupée blonde”...
Commentaire
Drôle, mélancolique, cruelle, elle a été composée en collaboration par la plume de Modiano et le crayon de Le-Tan. Ils ont créé un livre insolite, multiple : album rétro, drame déchirant, double autoportrait peut-être…

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Mes vingt ans

(1983)
Nouvelle de huit pages
Commentaire
Elle fut publiée dans “Vogue” de décembre 1983.

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Quartier perdu

(1984)
Roman
Un dimanche de juillet, Ambrose Guise arrive à Paris qui lui semble une ville fantôme, après un bombardement et l'exode de ses habitants. Auteur de romans policiers anglais, il vient rencontrer son éditeur japonais. Mais il va profiter de ce voyage pour élucider les mystères de son passé, du temps, il y a vingt ans, où il était français et s'appelait Jean Dekker. Il fait alors surgir dans un Paris crépusculaire, halluciné, des lieux étranges : une chambre secrète rue de Courcelles, en face d'une pagode ; un grand rez-de-chaussée donnant sur un jardin, place de l'Alma. Il réveille les spectres de Georges Maillot, au volant de sa voiture blanche, de Carmen Blin, de Ghita Wattier, des Hayward... Tout un quartier perdu de la mémoire est ainsi revisité, et délivre le secret de ses charmes, et de ses sortilèges.

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En 1984, Patrick Modiano obtint le prix de la fondation Pierre de Monaco pour l'ensemble de son oeuvre.

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Dimanche d'août

(1986)
Roman
Pourquoi le narrateur a-t-il fui les bords de la Marne avec Sylvia pour se cacher à Nice? D'où vient le diamant “la Croix du Sud”, la seule chose dure et consistante de leur vie et qui, peut-être, leur porte malheur? De quoi est mort l'acteur populaire Aimos? Qui sont les Neal, et pourquoi, de leur villa délabrée, s'intéressent-ils de si près à Sylvia, au narrateur, à “la Croix du Sud”? Et Sylvia? A-t-elle été l'épouse de Villecourt? Et Villecourt? Que vient-il faire à Nice, lui aussi, à l'heure de sa déchéance?...

À travers toutes ces énigmes qui s'entrecroisent, un roman d'amour se dessine, empreint d'un charme qui hante le lecteur pendant longtemps.
Commentaire
Le roman a été, en 1997, adapté librement au cinéma par Manuel Poirier sous le titre “Te quiero”. Voici son synopsis :

Jean et Sylvia ont quitté la France pour refaire leur vie en Amérique du Sud. Ils débarquent à Lima, au Pérou, le pays natal de Jean, pour y vivre leur passion. Ils ont en leur possession un diamant que Sylvia a volé à son mari et qu'ils espèrent revendre à un prix intéressant. Dans un bar, ils font la rencontre d'un couple de Français à qui ils proposent d'acheter leur unique bien. Les relations vont alors devenir étranges et ambiguës, laissant peu à peu place à des jeux de pouvoir et de séduction.

Patrick Modiano considère que : «C’est un beau film où il y a la même sensation d'incertitude, mais qui passe d'une autre manière. Manuel Poirier a pris son autonomie par rapport au livre. Pour des raisons qui lui tenaient à cœur, il a voulu que tout se passe à Lima. Il a su créer, par des images et des sensations très fortes, une osmose entre les personnages et la ville. Je peux dire que le Lima de Manuel Poirier me rend brusquement concret, sensible et tactile ce qui n’était jusqu’à présent pour moi qu’un paysage intérieur. 

(...) Les seuls films qui sont bien et qui ont été faits soi-disant d'après un roman, ce sont ceux où le metteur en scène lui-même est obsédé par quelque chose de précis. Ce qui fait que le film parvient à se dégager du roman. (...) Non seulement il ne faut pas être fidèle, mais il faut déjà avoir une obsession personnelle, sinon on fait ça comme un travail de routine, ça fait une adaptation littérale.» Patrick Modiano a apprécié ainsi l’adaptation : «Dans le film, . En choisissant de placer le scénario à Lima, Manuel Poirier a trouvé un équivalent concret à une sensation. Le roman, finalement, c'est plutôt la suggestion, c'est par elle que l'on arrive à transmettre une sensation au lecteur. Si l'adaptation est trop littérale, l'émotion ne peut plus passer (...) J'avais essayé d'écrire un roman qui se passe dans une ville sud-américaine et je n'y arrivais pas vraiment. Je ne savais pas très bien si c'était à Mexico ou dans une autre ville. C'était un couple qui arrivait dans cette ville, le type ne connaissait pas la ville et puis la fille disparaissait, c'est-à-dire qu'elle le semait et lui se retrouvait dans une ville totalement étrangère. J'avais acheté des plans de villes sud-américaines, notamment Buenos-Aires ou Mexico, mais je m'étais aperçu qu'en fait c'était assez compliqué de faire quelque chose sur un endroit où on n'avait jamais été, alors j'avais abandonné. Mais ce qui est bizarre, c'est que lui, il ait pensé à la même chose..»

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Une aventure de Choura

(1986)
Roman pour la jeunesse
Choura, romantique labrador aux yeux bleus, s'ennuie chez ses maîtres. Il ne doute de rien, et c'est pourquoi, probablement à cause d'un livre et d'un film, sa vie prend une tournure à faire rêver tous les chiens et les enfants.  

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Une fiancée pour Choura

(1987)
Roman pour la jeunesse
Choura, le célèbre labrador aux yeux bleus, est en vacances de neige. Le voici à la montagne, dans un hôtel qui est un vrai palais, rempli de couloirs déserts parfaits pour les farces. C'est le temps des leçons de ski avec la baronne Orczy, des cours de patins à glace, des jus d'orange et des valses. C'est surtout pour lui le temps des rencontres, car voici la très douce et très belle Flor de Oro dont il tombe terriblement amoureux.

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Remise de peine

(1987)
Roman
Le narrateur, qu'à l'époque on appelait plus facilement «Patoche», et son frère vivent avec leur mère dans une maison d'un étage, à la façade de lierre, dans un village des environs de Paris. Mais celle-ci étant partie jouer une pièce de théâtre en Afrique, ils sont hébergés chez ses amies, Annie, Hélène et Mathilde.  Même si leur vie paraît calme et heureuse (les femmes ont même engagé une jeune fille, Blanche-Neige, pour qu’elle s'occupe d’eux), au bout d'un certain temps, ils se rendent compte du climat d'angoisse et d'inquiétude qui y règne et sont dépassés par les événements qui se passent autour d'eux.

Cela commence lorsqu'ils apprennent qu'Annie «a pleuré toute la nuit au “Carrol's”» sans jamais connaître la raison de ces larmes. Ils ne comprennent pas plus pourquoi la mère d'Annie l’appelle «une tête brûlée» et reproche à Hélène d'avoir «de drôles de fréquentations». Lorsqu'un jour Patoche voit Annie parler avec son ami, Jean D., il remarque qu'«ils avaient l'un et l'autre un visage soucieux». Quelques jours plus tard, Hélène et Roger Vincent, qui venait souvent à la maison, se rendent à Paris dans un magasin de vieux meubles. Les deux garçons les accompagnent, mais restent dans la voiture. Après une longue conversation dans le magasin, Hélène et Roger Vincent reviennent, ce dernier avec une valise en cuir à la main. Au retour à la maison, ils s’enferment avec Annie et Jean D. dans le salon, en demandant aux enfants de monter dans leurs chambres. Puis Annie prévient le narrateur de la nécessité d'un futur déménagement. Tout de suite après, Blanche-Neige disparaît sans leur dire au revoir. Le soir même, Annie les emmène dormir dans la maison voisine en expliquant que des invités viendront quelques jours à la maison. Avant d'aller au lit, Patoche aperçoit un camion bâché devant la maison des femmes. Même s’il ne lui fournit aucune preuve directe et ne fait que transmettre ses observations, le lecteur se doute bien que quelque chose de suspect se prépare, peut-être un crime et qu’on souhaite laisser les enfants en dehors. Des policiers viennent enquêter mais Patoche s’étonne : «Pourquoi les policiers ne nous ont pas interrogés?» et ajoute : «Pourtant les enfants regardent. Ils écoutent aussi.» Il sait parfaitement que quelque chose de grave est arrivé.

Cela se confirme lorsque le narrateur lit, dix ans plus tard, un article où on mentionne le nom de Jean D. en rappelant qu'il «avait fait jadis, sept ans de prison». D'après la date, il déduit que «ses ennuis avaient commencé à la même époque de la rue du Docteur-Dordaine». Il rencontre le directeur d'une grande maroquinerie des Champs-Élysées qui affirme que l'étui à cigarettes du narrateur faisait partie du stock volé dans son magasin. Il confie aussi que les malfaiteurs «avaient fait des choses encore plus graves que ce cambriolage».
Commentaire
Le roman traduit le climat trouble et profond désarroi dans lesquels Patrick Modiano vécut son enfance et son adolescence. Le narrateur se limite à nous peindre l'atmosphère et laisse supposer au lecteur les événements qui peuvent se passer, sans jamais les éclaircir. Mais n'est-ce pas une des qualités majeures des grands livres que de prolonger leur mystère au-delà de la lecture? Le non-dit provoque toujours beaucoup plus de réflexions et de discussions que ce qui est dit ouvertement. Ce qui est important dans une oeuvre, c'est ce qu'elle ne dit pas.

Au passage, ce dresseur de listes qu’est Patrick Modiano nous donna ici celle des garages du XVIle arrondissement. Et il fit apparaître son père de manière explicite, dix ans après sa mort, à la page 116.

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Catherine Certitude

(1988)
Roman pour la jeunesse
Comme son papa, Catherine Certitude porte des lunettes. Et une paire de lunettes, cela complique parfois la vie : par exemple lorsqu'elle est obligée de les enlever au cours de danse. Car elle rêve de devenir une grande danseuse comme sa maman qui vit à New York. Mais ses lunettes lui offrent l'avantage de pouvoir vivre dans deux mondes différents : le monde réel, tel qu'elle le voit, quand elle les porte, et un monde plein de douceur, flou et sans aspérité si elle les ôte, un monde où elle danse comme dans un rêve.

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Vestiaire de l'enfance

(1989)
Roman
À Tanger, le narrateur écrit un interminable feuilleton radiophonique, “Les aventures de Louis XVII” qui traite des thèmes «de la survie des personnes disparues, de l'espoir de retrouver un jour ceux qu'on a perdus dans le passé. “Louis XVII n'est pas mort. Il est planteur à la Jamaïque et nous allons raconter son histoire.» dit l’annonceur Carlos Sirvent. Le narrateur rencontre une jeune fille qui s'appelle Marie, et cela fait surgir de sa mémoire des souvenirs d'il y a vingt ans. Il s'occupait, à l'époque, d'une petite fille, pendant que la mère de l'enfant donnait des spectacles. Après une journée passée dans les environs du lac Daumesnil, il la raccompagna chez son oncle qui habitait du côté du bois de Vincennes et de la place de la Porte Dorée.
Commentaire
Une nouvelle fois, l'auteur promenait son regret de l'enfance et de la jeunesse perdues, continuait son questionnement sur la survie des personnes disparues et l’espoir de retrouver un jour ceux qu’on a perdus dans le passé. Car «un jour les aînés ne sont plus là. Et il faut malheureusement se résoudre à vivre avec ses contemporains.» Il montre qu’il est bien difficile de vivre quand la mémoire vole la lumière, quand la sensation de vide étreint, quand le silence et l’amnésie apparaissent comme les derniers moyens pour tenir le coup. Il est difficile de se libérer d’un sentiment de culpabilité lorsqu’on ne sait même pas de quoi on est coupable. La solution est peut-être alors dans l’expression de Sirvent : «À quoi bon revenir en arrière quand vous pouvez vivre un présent éternel?»

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Voyage de noces

(1990)
Roman
Un lendemain de 15 août, il y a bien longtemps, en attendant de prendre son train pour Paris, Jean B., le narrateur, s'était réfugié dans un de ces hôtels, près de la gare de Milan, frais et luxueux comme des tombeaux. De la bouche du barman, qui lui expliqua qu'il ne faut jamais venir à Milan en août, que tout est fermé, il avait appris qu'une femme, une Française, s'était suicidée deux jours auparavant dans l'une des chambres. Dans le train, il avait lu l'entrefilet nécrologique dans le journal : «Ils s'imaginent, dans leurs articles nécrologiques, pouvoir retracer le cours d'une vie. Mais ils ne savent rien. Il y a dix-huit ans j'étais allongé sur ma couchette de train quand j'ai lu l'entrefilet du “Corriere della sera”. J'ai eu un coup au cœur : cette femme dont il était question et qui avait mis fin à ses jours, selon l'expression du barman, je l'avais connue, moi.» Or, dans sa jeunesse, il a connu cette Ingrid Teyrsen.

Devenu un explorateur qui part régulièrement à l'autre bout de la terre filmer un de ces documentaires qu’on projette à Pleyel, sur les traces de Fawcett ou le long du Nil, fleuve des dieux, Jean revient à Milan, en avion, pour faire croire qu'il est à Rio. «Le billet d'avion pour Milan aller-retour, je l'avais acheté au hasard (...). J'avais choisi cette ville (...) parmi trois autres : Vienne, Athènes et Lisbonne. Peu importait la destination. Le seul problème c'était de choisir un avion qui partirait à la même heure que celui que je devais prendre pour Rio de Janeiro».

Il en a assez, ne donne plus signe de vie, même à sa femme, Annette, qui, dans leur appartement de la cité Véron, derrière le Moulin rouge, doit le croire disparu, le tromper déjà avec son bon camarade, Cavanaugh, laisse croire à sa disparition, revient à Paris et, discrètement, s'installe dans un hôtel de la Porte Dorée, près du Musées des colonies : «Combien d'hommes et de femmes que l'on imagine morts ou disparus habitent ces blocs d'immeubles qui marquent la lisière de Paris... J'en avais déjà repéré deux ou trois, Porte Dorée, avec sur le visage un reflet de leur passé. Ils pourraient vous en dire long mais ils garderont le silence jusqu'au bout et cela les indiffère complètement que le monde les ait oubliés.» Il veut faire le vide, ne plus penser qu'à cette femme suicidée, Ingrid Teyrsen. Il éprouve comme un impérieux besoin de laisser monter en lui cette mélancolie (le bonheur d'être triste) de si longue date, tissée de souvenirs comme un chagrin, et dont, pour un artiste, il serait idiot de guérir. Ne pas donner signe de vie, c'est, à des années de distance, répéter un jeu qu'Ingrid et son mari, Rigaud, lui avaient montré quand, alors qu’il avait vingt ans, ils ont fait sa connaissance en le prenant en stop à la sortie de Saint-Raphaël, sur la route de Saint-Tropez. Ils l'ont emmené dans leur bungalow, à l'ombre d'une pinède, près de la plage de Pampelonne. Mais ils ne voulaient pas être invités aux fêtes organisées chaque nuit par les propriétaires voisins. Ils éteignaient donc la lumière, faisaient mine de dormir dans leurs transats. Et si on leur tapait sur l'épaule? «On fera semblant d'être morts

Il faut longtemps à Jean pour comprendre que des gens comme Ingrid et Rigaud ont passé des périodes entières de leur vie à faire semblant d'être morts. Il tente alors de reconstituer leur vie. «Ils étaient arrivés sur la Côte d'Azur, au printemps de 1942. Elle avait seize ans et lui vingt-et-un. Ils ne sont pas descendus, comme moi, à la gare de Saint-Raphaël, mais à celle de Juan-lesPins. Ils venaient de Paris et ils avaient franchi la ligne de démarcation en fraude. Ingrid portait sur elle une fausse carte d'identité au nom de Teyrsen Ingrid, épouse Rigaud, qui la vieillissait de trois ans...». Ils s'étaient installés à l'”Hôtel Provençal” de Juan-les-Pins, s'étaient déclarés «en voyage de noces». La ville était peuplée d'étranges fuyards pour qui la vie paraissait continuer sans le souci de la guerre, qui allaient au restaurant, faisaient des projets de sports d'hiver, comme dans un rêve : «Tous ces gens, dont la présence les rassurait autour des tables et qu'ils voyaient à la plage pendant la journée, leur semblaient maintenant irréels : des figurants qui faisaient partie d'une tournée théâtrale que la guerre avait bloquée à Juan-les-Pins, et qui étaient contraints de jouer leurs rôles de faux estivants sur la plage et dans le restaurant d'une fausse princesse de Bourbon.» La réalité refit surface avec l'apparition d'un sombre individu venu de Paris compulser les registres de l'hôtel afin d'écrire un article sur la Côte d'Azur, «ghetto parfumé». Tous s'étaient dispersés car, comme eux, ils étaient juifs. Le jeune couple dut se cacher dans la villa abandonnée d'une vieille et riche Américaine, amie de la mère de Rigaud, une pâtisserie gothique à la Walter Scott dont ils furent les gardiens, le temps de la guerre, toujours en voyage de noces. L'endroit que Jean redécouvre par hasard lui provoque un malaise pesant.

Il nous entraîne encore un peu plus loin au fond de ses souvenirs. Il revoit Ingrid, seule, à Paris, inquiète, angoissée. Il retrouve la trace de Rigaud dans un minuscule appartement du boulevard Soult, dans ce Paris de la périphérie où l'explorateur aime à se cacher au lieu de tourner son documentaire à Rio. Vers la fin du livre, on comprend qu'Ingrid avait fugué de l'appartement paternel et avait été hébergée par Rigaud avec qui elle avait fini par vivre. Lorsqu'elle avait voulu reprendre contact avec son père, il avait disparu, emmené par des agents de police pour une destination inconnue. Modiano explique le suicide d'Ingrid et laisse présager l'issue des errances interdites de Jean en cette fin exquise : «Ce sentiment de vide et de remords vous submerge, un jour. Puis, comme une marée il se retire et disparaît. Mais il finit par revenir en force et elle ne pouvait pas s'en débarrasser. Moi non plus».
Commentaire
Avec ce voyage au bout d'un remords, Modiano en profita pour évoquer ce Paris évanescent qui lui est cher ; ici c'est celui du XIIe arrondissement avec ses hôtels, ses cafés, ses personnages qui se perdent comme dans un songe. Exemple : ce concierge qui a gardé la clé du deux-pièces de Rigaud et qui déclare à Jean : «Les gens ne reviennent plus. Vous ne l'avez pas remarqué, monsieur?»

Comme dans ses précédents ouvrages, Modiano brouille les pistes de la mémoire, malaxe les époques, fait naître l'émotion en se contentant de décrire la douce fraîcheur d'un beau soir d'été à Paris, ou en racontant un rêve : «Je suis au départ du ponton, les skis nautiques au pied, je serre la courroie et j'attends que le hors-bord démarre pour m'entraîner à toute vitesse sur l'eau. Mais il ne démarre pas». Le charme de la prose de Modiano, une fois encore, nous transporte.

Tout l’épisode de Juan-les-Pins est d'une beauté ensoleillée et dangereuse. Plus que jamais l'élégante attitude de «faire semblant» de ne pas avoir peur, d'être mariés, de ne pas savoir qu'il y a une guerre, de ne manquer de rien, paraît liée au désespoir, à l'angoisse. Cette impression que donnent les personnages de patiner, insouciants, sur une couche de glace de plus en plus mince, on la retrouve à Paris, dans le quartier de la Porte-Dorée où Jean se souvient et recompose la vie d'Ingrid.

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