Résumé L'un des principaux objectifs de la science est de montrer que "le monde est intelligible" par la raison humaine. Cette tentative de compréhen­sion rationnelle a une histoire,





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Construction sociale et historicité
Les adeptes des conceptions "relativistes" sur la connaissance qui abou­tissent, dans leurs versions extrêmes, à considérer les contenus scienti­fiques comme vides de sens, ont invoqué, pour justifier leurs conceptions, les changements de la rationalité, ou dans la rationalité, ou de notre conception de la rationalité. Mais que de tels changements aient effec­tivement lieu, comme des philosophes eux-mêmes l'ont indiqué, de Hegel à Bachelard, Granger et d'autres,24 cela ne signifie pas que la rationalité ne soit définie que comme étant "socialement construite", référence faite à une expression si commune en "nouvelle sociologie des sciences"25 que l'on n'attend plus que la parution d'un titre comme "Thé social construction of reason" ; nous venons bien d'avoir A Social History of Truth, qui porte quasiment cette interprétation par son titre même.26 L'idée va bien au-delà de celle d'une construction sociale de "la science", sur laquelle on peut argumenter, considérant la diversité des dimensions et des fonctions de cette dernière. Mais les idée de raison et de rationalité, liées au discernement du vrai et du faux, et qui sont la base de tout raisonnement et constituent l'outil intellectuel de la mise en relation, sont plus centrales, dépouillées, moins flexibles que celle de science, sauf à utiliser ces termes dans une acception laxiste et déjà "social-réductionniste", comme, par exemple, "la raison du plus fort". Mais on voit bien que ce serait là pur sophisme, et faire prendre un jeu de mots pour une démonstration. Le thème des changements de rationalité mérite mieux que de telles variations sur des miroitements de surface. Il est fondamental pour qui se préoccupe de la connaissance en la rapportant à la pensée.

Si nous l'examinons d'une manière plus approfondie, en tentant de caractériser positivement de tels changements, nous pouvons les consi­dérer, en fait, comme des élargissements de la rationalité, qu'il sera pos­sible de décrire et de comprendre en les rapportant à des arguments de raison, saisis dans leur historicité même. Il ne s'agit en rien de sauts arbitraires d'un "paradigme" à un autre qui serait imposé socialement. Un tel examen, dont nous esquisserons plus loin quelques éléments, nous assure, malgré la défaite des absolus intemporels qui seraient fondés une fois pour toutes, de la capacité et de la puissance de la pensée à se représenter et à expliquer le monde, et aussi bien à se représenter elle-même. Mais il est utile, au préalable, de nous interroger sur ce que peut signifier, tant au plan de l'histoire qu'à celui de la science, ce que l'on qualifie de "socialement construit". Le sens qui doit être éliminé d'em­blée, c'est celui qui nierait la signification propre des contenus, sur les divers plans historiques ou scientifiques, c'est-à-dire la réduction de tout niveau de signification à un simple constat de fait social, autrement dit le réductionnisme social ou sociologique.

Même "socialement construite", une pensée symbolique possède son niveau propre de signification. Il serait peut-être préférable, à cet égard, de parler de pensée, par exemple, de représentation, socialement "constituée", plutôt que "construite", qui implique une sorte de totalisa­tion et paraît plus susceptible de favoriser les glissements réductionnistes. La notion de construction sociale n'est que faiblement explicative en ce qui concerne les matériaux, l'architecture et la signification propre donnée à la construction en question. Construite pour les besoins de la topographie, la géométrie fut, dès ses débuts, une science des figures et de leurs proportions, et non une science de la société qui a éprouvé la nécessité de mesurer des distances et des surfaces sur la Terre. La vérité, c'est que, dès qu'elle s'est trouvée ainsi formulée en référence à cette question, la géométrie définissait par là-même son objet, et celui-ci sortait aussitôt du domaine du social en tant que tel : sa rationalité propre, son /ogos, échappaient à l'opinion et faisaient sens directement. La rationalité ainsi conçue était en même temps consciente d'elle-même, et déterminait une conception précise de la science et de la philosophie.

Lorsqu'on dit qu'une représentation symbolique, une science ou un élément particulier de savoir ont été élaborés ou construits "en so­ciété", on exprime, en réalité, l'idée qu'il l'ont été par les moyens et dans les formes propres de la pensée humaine, en l'état d'existence d'une société caractérisée dans le temps et dans l'espace, de ses savoirs acquis et de ses valeurs admises. Dire que ces éléments d'une forme culturelle sont "construits socialement" est une affirmation qui n'apporte en elle-même que peu d'éléments de connaissance (sauf quant aux cir­constances), prise entre les deux extrêmes de la tautologie ou du so­phisme. En d'autres termes, si l'on porte ainsi utilement l'accent sur les relations entre ces représentations et la vie sociale, on ne saurait en tirer grand chose sur ce que sont ces éléments eux-mêmes, à plus forte raison s'ils peuvent être abstraits de significations directement sociales, comme ceux des contenus de sciences exactes ou de la nature, mais aussi, à un certain niveau de profondeur, ceux des productions artistiques.

Or, ce sont pourtant ces éléments qui font la chair même de ces formes culturelles. Constitués, élaborés, construits, par des pensées or­ganisées socialement, leur signification est à prendre à leur niveau propre, portant sur ce qu'ils désignent et sur la manière dont ils le désignent. Etant construits, ils ne sont pas donnés de tous temps, ils ont une origine, se transforment, et ne sont pas voués à l'éternité ou à l'absolu. Ils sont historiques.

Il nous faut nous interroger sur ce que signifie cette historicité, étant acquis que le sens historique lui-même est un de ces éléments de connaissance qui sont apparus dans l'univers symbolique, historiquement situé comme les autres, et cependant porté, dès que l'on en prend conscience, à un certain rang d'universalité : tout est historique (j'entends, tout ce qui vient des humains est historique), ce qui veut être un écho à la belle définition que Marc Bloch donnait de l'histoire : "la science des hommes dans le temps".27 Tout ce qui est des humains est historique, même s'ils n'en ont pas conscience. Il semble, par exemple, que les grandes civilisations de l'Inde, si riches philosophiquement et scientifi­quement, n'aient pas eu le sens de l'histoire, ce qui se voit à l'exposition même de leurs récits fondateurs et de leurs systèmes de pensée. Il y aurait, bien sûr, beaucoup à dire sur la naissance du sens historique et de la conscience de l'historicité, sur les rivages de la Méditerranée et en Occident. Ce sens est beaucoup plus ancien, à coup sûr, que les pré­tentions arrogantes du réductionnisme social qui voudrait l'accaparer sous des formes appauvries.

Car enfin, une fois le sens de l'histoire affirmé, tout le travail sur l'historicité reste à faire. Il faut examiner dans le détail, pour une société donnée (une culture, ou une civilisation, entendues dans le sens anthro­pologique le plus neutre possible), l'ensemble des modalités diverses qui la sollicitent : l'organisation sociale, la production technique, les idéo­logies et les systèmes de croyances et de valeurs, les formes d'expression, l'esthétique (voir, sur celle-ci, les remarques qui précèdent), les connais­sances et les systèmes de savoir et de pensée, c'est-à-dire la science et, sans doute, la philosophie, ou ce qui en tient lieu sous un autre nom ou simplement de fait.28

L'historicité traverse toutes les formes de pensée et d'action humaine, et déjà cette diversité laisse voir que chaque forme possède ses modalités et ses justifications propres, qui non seulement ne se dissolvent pas dans ce caractère historique, mais qui ont pris naissance et se sont dé­veloppées, se sont constituées, selon ce caractère même, qui a présidé à l'arrangement de leurs "matériaux" (symboliques et concrets). C'est au cours de ce développement que se sont créés et mis en place les éléments (conceptuels) d'intelligibilité qui permettent l'assimilation, à un état donné de connaissance, et ces éléments eux-mêmes informent ceux de l'état qui suivra, le rendant possible. C'est en ce sens que le mathématicien Jean Dieudonné, l'un des membres éminents du mou­vement Bourbaki, écrivait : "Je pense qu'il n'est pas possible de com­prendre les mathématiques d'aujourd'hui si l'on n'a pas au moins une idée sommaire de leur histoire".29

A cet égard, les mathématiques sont peut-être les plus visiblement historiques des sciences exactes, car le fil de cette histoire peut être suivi sur une longue durée, à la différence de l'astronomie, de la physique, de la chimie, de la géologie, de la biologie, par exemple, dont les déve­loppements et les remaniements récents tendent à effacer, vis-à-vis de leur sens actuel, leur histoire précédente. Ce qui, bien sûr, n'atténue en rien le fait qu'elles sont tout autant, elles aussi, le fruit et l'objet d'une histoire, et que les contenus conceptuels ont été constitués à la faveur de cette histoire, par strates d'organisations successives, qu'il est possible de retrouver sous le sol actuel, comme des couches géologiques malgré les plissements des mouvements (des réorganisations) de terrain qui sont survenus depuis.

Donc, une théorie mathématique (ou autre), comme une cathédrale, a été historiquement construite ou constituée : mais on n'a fait, en en prenant conscience et en l'énonçant, que prendre acte d'un fait, condi­tion nécessaire à la réalisation d'une possibilité, et sa matrice. Cela ne nous amène pas plus loin qu'au seuil de cette construction, dans laquelle il nous faut pénétrer pour en saisir le sens. Il nous faut voir ce que représente, dans la pensée symbolique des hommes (ceux de ce temps-là, mais aussi ceux d'autres temps), cette théorie mathématique, ou cette cathédrale. Quelle en est la signification, pour eux et pour nous ?

Signification pour eux : nous, de notre présent, tentons de com­prendre ce que cela signifiait pour les hommes de ce temps-là. Nous tentons d'entrer dans /es contenus de sens, entendus selon les systèmes de pensée de l'époque, nous tentons de comprendre dans l'historicité, en établissant par là-même ce qu'est la discipline (la science) historique, au-delà du récit descriptif. Car il est question de comprendre, c'est-à-dire d'établir un pont entre nous et cette époque, concernant cet élément de représentation abstrait ou architectural, pour tenter de saisir la pensée des êtres humains de cette époque-là, du moins des créateurs qui cons­truisaient et vivaient ces formes, qui les concevaient (eux-mêmes inséparables des contemporains qui les recevaient ou les habitaient). Il est question de saisir cette pensée en elle-même, selon la "systématique" de ses significations propres, sans projeter sur elle nos exigences ou nos critères d'intelligibilité et de significations. Tel est le problème-clé de la méthode historique, sur lequel nous reviendrons.

Signification pour nous : je l'entends de la manière suivante. Par rapport aux formes de pensée (mathématique, dans le cas indiqué), d'ex­pression, ou de technique (architecturale, par exemple) que nous con­naissons, en notre temps, quel est /e lien (s'il en est, et il est difficile de nier longtemps qu'il y en ait un), qui court de ces formes anciennes aux formes actuelles ; et surtout, quelle signification neuve les formes actue­lles, qui étaient impensables à l'époque ancienne, confèrent à ces pre­miers achèvements ? Nous tentons, autrement dit, de concevoir com­ment nos contenus de sens, nouveaux par rapport à ceux qui les ont précédés, ont été rendus possibles. Nous tentons de comprendre, par une démarche rétrospective, comment ces formes qui nous sont signi­fiantes et qui correspondent à notre rationalité et à notre esthétique actuelles, ont pu être effectivement constituées. C'est-à-dire, de com­prendre, non seulement les conditions de possibilité, mais la réalisation effective de telles possibilités, en ces contenus de connaissances ou en formes d'expression qui constituent aujourd'hui même notre univers intelligible et signifiant. La connaissance du passé, dans sa signification même, nous permet de concevoir la possibilité et les modalités de cons­titution de notre connaissance actuelle et, par là, sa signification, du moins en partie.

Une telle démarche, qui constitue proprement la démarche histori­que (histoire sociale, histoire des sciences, des techniques, de l'art, des idées), pose en préalable le bien-fondé de s'intéresser aux contenus de sens, pour l'un ou l'autre des "objets" concerné et des disciplines co­rrespondantes (leurs définition et leurs frontières entre elles fussent-elles mobiles et fluctuantes dans le cours de l'histoire).

J'ai évoqué surtout des connaissances, des techniques, ou des arts, mais on en dirait autant des conceptions sociales, des croyances et des valeurs, morales, éthiques ou spirituelles. Toute forme symbolique et tout système de telles formes suscite le regard historique et pose le problème du rapport de ^historicité et des contenus de sens. Je me contenterai dans la suite de considérer la connaissance, et singulièrement la connaissance scientifique, mais il est clair que l'histoire est une, comme la pensée, siège des actions humaines qui sont inscrites dans l'histoire et la tissent.

Historicité des contenus de sens
Représenter le déroulement historique, cela ne peut se faire en temps réel ou en grandeur nature. On connaît ce conte de Jorge Luis Borges dans lequel un géographe minutieux, pris d'un souci de réalisme intégral, se propose d'établir la carte d'une certaine région de la surface de la Terre le plus fidèlement possible : quand elle est achevée, elle vient recouvrir exactement l'étendue représentée. La carte est à la dimension même du terrain. D'un autre coté, comme l'écrivait Henri Poincaré, le cerveau de l'homme, qui est dans l'Univers, ne pourrait à lui seul contenir tous les éléments de l'Univers.30 La représentation de la réalité, de la réalité du monde naturel ou de la réalité historique, ne peut coïncider avec cette réalité (et, d'abord, parce qu'elle est de nature symbolique, transcrite en forme de signes, de mots ou d'images, qui ont, dans la pensée, la fonction de représenter cette réalité, mais qui sont d'une nature totalement différente). Les faits qui serviront de base à nos repré­sentations ne peuvent être exhaustifs et doivent être choisis, en histoire comme en science, pour la signification de leurs contenus.

Dans ce sens, Marc Bloch écrivait, dans Apologie pour l'histoire, ou Métier d'historien : "Face à l'immense et confuse réalité, l'historien est nécessairement amené à y découper le point d'application particulier de ses outils ; par suite, à faire en elle un choix qui, de toute évidence, ne sera pas le même [que celui d'un autre spécialiste dont l'objet serait autre, un biologiste, par exemple], et qui sera un choix d'historien" ; "ce qui est", ajoutait-il, "un vrai problème d'action", qui poursuit l'historien tout au long de ses recherches.31

C'est aussi pourquoi le regard d'après coup est utile, et permet de faire de /'histoire, et non pas des (petites) histoires, sans signification profonde. S'il est utile et nécessaire en histoire, ce regard rétrospectif ne l'est, à coup sûr, pas moins en histoire des sciences, permettant de considérer pour une même époque des éléments (des faits de savoir) dont le lien ne pouvait pas être aperçu sur le moment, mais dont la réunion s'avère par la suite structurellement signifiante pour une science donnée, et permet de caractériser factuellement, dans /e temps historique, le progrès d'un chapitre de la connaissance scientifique.

Donnons-en un exemple particulièrement parlant et significatif, celui de deux résultats obtenus par Galilée, sans apparence de lien entre eux, et d'ailleurs mentionnés indépendamment l'un de l'autre, respecti­vement dans ses deux grands ouvrages, les Dialoghi et les Discorsi publiés à plusieurs années de distance : la relativité des mouvements, d'une part, et l'égalité de l'accélération due à la pesanteur pour tous les corps tombant à une hauteur donnée, d'autre part. La première, la relativité des mouvements (d'inertie, qui est une conséquence du principe d'iner­tie)32 est mise en avant et argumentée par Galilée dans les Dialogues sur les deux plus grands systèmes du monde, en faveur de la supériorité du système de Copernic : Galilée y réfute l'argument aristotélicien, repris par les scolastiques, pour l'absence de mouvement de la Terre, basé sur l'observation d'une flèche rapide, lancée à la verticale, qui retombe au même endroit, et non en arrière. Quant à la seconde, qui appartient à la loi de la chute des corps, selon laquelle l'accélération due à la pesanteur à hauteur donnée est indépendante de la nature et de la grandeur du corps qui tombe en chute libre, Galilée la démontre dans les Discours sur deux sciences nouvelles, ouvrage dans lequel il établit la première loi quantitative et temporelle de la mécanique et fonde, vu rétrospective­ment, cette dernière comme science.33

Or, cette conjonction, qui ne pouvait être alors qu'inaperçue, puis­qu'elle ne revêtait aucune signification particulière, et qui serait apparue au mieux comme purement fortuite à qui l'eût notée, prit, près de trois siècles plus tard, avec Einstein, une signification théorique précise, qui fut féconde et qui devait s'avérer fondamentale : elle fut le point de départ de son cheminement vers la théorie de la relativité générale. Einstein associa structurellement le principe de relativité (généralisé aux mouvements quelconques) et la loi de Galilée, qu'il formula comme "principe d'équivalence" : équivalence de la masse inertielle et de la masse gravitationnelle, ou encore équivalence (locale) d'un mouvement uniformément accéléré et d'un champ de gravitation homogène.34

Bien entendu, pour que cette conjonction aît pu devenir explicite et opératoire, des transformations de formulation avaient été nécessaires, tributaires des progrès de la science des mouvements (la mécanique). Ces transformations, qui correspondaient en fait à de véritables modifications conceptuelles, n'étaient pas à la disposition de Galilée ; Newton non plus, pour d'autres raisons historiques, ne pouvait pas les penser, bien qu'elles concernassent la "physique newtonienne" et, fondamen­talement le concept de mas5e introduit et défini par Newton dans ses Principia.35 La masse figure de deux manières différentes dans la loi de la dynamique et dans celle de la gravitation universelle de Newton. Dans la première, qui exprime la force comme le produit de la masse par l'accélération, la masse d'inertie, pensée comme "quantité de matière des corps", figure comme le paramètre, ou coefficient, reliant la force et l'accélération (Newton en donnait une formulation moins précise, en termes de changement de la quantité de mouvement et ne disposait pas de la forme différentielle pour exprimer l'accélération). Des études criti­ques éclairantes de ces concepts ont été données notamment par Ernst Mach, Heinrich Hertz, Henri Poincaré, puis Albert Einstein, sans compter, bien auparavant, par Jean d'Alembert.36 Dans la seconde loi newtonien­ne, celle de l'attraction ou gravitation universelle, la masse du corps figure comme le coefficient de la loi d'attraction : elle ne s'identifie à la première que pour rendre compte de la loi de Galilée de la constance de l'accélération à hauteur donnée : les deux coefficients, qui figurent respectivement dans l'une et dans l'autre lois, sont éliminés de la formu­le de l'accélération s'ils sont égaux, ce qui donne la raison fondamentale de la loi de Galilée, la constance de l'accélératon pour tous les corps, indépendammennt de leur masse, à hauteur donnée.37

Cette propriété d'égalité, considérée par Newton comme une coïn­cidence, fut conçue par Einstein38 comme une identité, c'est-à-dire com­me correspondant à un fait physique général et fondamental, suscepti­ble d'être érigé en "principe physique : le "principe d'équivalence" entre la masse d'inertie et la masse gravitationnelle. L'égalité des deux coeffi­cients de masse, reliés l'un au mouvement accéléré'(la masse d'inertie), l'autre au champ de pesanteur (la masse gravitationnelle), qu'Einstein proposa ainsi de considérer comme une identité, lui fit concevoir l'"expérience de pensée" (donnant à voir un phénomène physique) de l'accom­pagnement d'un mouvement de chute libre (tous les corps situés à l'in­térieur d'un ascenseur sans câble tombent avec la même accélération, et sont donc au repos les uns par rapport aux autres). D'où l'équivalence locale du mouvement accéléré et du champ de pesanteur, dont l'explicitation à l'aide de l'outil mathématique du calcul tensoriel devait con­duire à la théorie de la relativité générale.39

Cet exemple fait bien voir ce que l'on gagne à tenir pleinement compte de l'historicité des connaissances : on se donne ainsi les moyens de comprendre le mouvemment de leur constitution progressive, de la formation des nouvelles significations qu'elles engendrent. Quand on parle d'historicité des contenus (d'une science), ce n'est pas pour dire que l'historicité dissoudrait les contenus, mais au contraire qu'elle en tisse la forme avec des matériaux qui lui ont été donnés, et dont la nature (de contenus conceptuels, contenus de pensée) résiste à toute réduction externe (sociale). Il parait légitime de dire, inversement, qu'il n'est d'historicité qu'en raison des contenus, puisque c'est la compréhen­sion de la manière dont ceux-ci se sont constitués qui permet de conce­voir, précisément, leur historicité.

On pourrait transcrire cette remarque sur les contenus et l'historicité en termes de rapports entre l'épistémologie (conçue comme l'étude des sciences selon les contenus de sens) et l'histoire des sciences (l'étude des sciences selon le déroulement historique), par la formule connue:

"L'épistémologie sans histoire des sciences est vide, l'histoire des sciences sans épistémologie est aveugle".40


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