Discours préliminaire





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Introduction



Chapitre premier



Découverte de l’Amérique

1492-1534


De l’Amérique : a-t-elle été connue des anciens ? – L’Atlantide. – L’Amérique n’était pas connue des modernes. – Découverte des Portugais et des Espagnols. Christophe Colomb ; sa naissance, sa vie ; il s’établit à Lisbonne ; va en Espagne ; Ferdinand et Isabelle à qui il fait part de son projet d’aller aux Indes par l’Ouest, lui donnent trois bâtiments. – Il découvre l’Amérique. – Son retour : réception magnifique qu’on lui fait à la cour. – Suite de ces découvertes. – Envoyé en Espagne dans les fers par Bovadilla. – Caractère de Colomb. – Continuation des découvertes des Espagnols et des Portugais. – Sébastien Cabot, Vénitien, découvre la Floride, Terreneuve et les côtes de Labrador pour Henri VII d’Angleterre. – Verazzani, au service de François Ier, côtoie l’Amérique, depuis la Floride jusqu’à Terreneuve. – Les pêcheurs basques, bretons et normands faisaient la pêche de la morue sur les bancs de Terreneuve depuis longtemps.

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Les Grecs et les Romains, qui divinisaient tout ce qui porte un caractère de grandeur et de beauté, mettaient les fondateurs de leur patrie au rang des dieux. Chez eux, Colomb eût été placé à côté de Romulus. Le hasard, auquel sont dues tant de découvertes, n’a été pour rien dans celle de l’Amérique. Colomb seul a eu la magnifique idée d’aller sonder les mystères qui sommeillaient sur les limites occidentales de la mer Atlantique, vers lesquelles l’Europe jetait, en vain, un œil scrutateur depuis tant de siècles ; lui seul, il a su retrouver un monde perdu depuis des milliers d’années peut-être. Ce continent qui forme presque un tiers du globe habitable, a été entrevu, à ce qu’il paraît, de quelques peuples anciens de l’Europe, et probablement en relation avec les nations plus anciennes encore, qui y avaient précédé ceux-ci. Les traditions égyptiennes parlent d’une île nommée Atlantide située au couchant des colonnes d’Hercule dans l’Océan, et que les Phéniciens disent avoir aussi visitée.

Le premier auteur qui en fasse mention est Platon dans deux de ses dialogues, dont l’un est intitulé : Timée, et l’autre, Critias. Sur une tradition qui a un fond de vérité, il brode un événement qui paraît fait pour flatter la vanité nationale des Grecs. Solon voyageait en Égypte. Un prêtre de ce pays, parlant des antiquités d’Athènes, lui dit : « Il y a longtemps qu’Athènes subsiste. Il y a longtemps qu’elle est civilisée. Il y a longtemps que son nom est fameux en Égypte par des exploits que vous ignorez et dont l’histoire est consignée dans nos archives : c’est là que vous pouvez vous instruire dans les antiquités de votre ville... C’est là que vous apprendrez de quelle manière glorieuse les Athéniens, dans les temps anciens, réprimèrent une puissance redoutable qui s’était répandue dans l’Europe et l’Asie, par une irruption soudaine de guerriers sortis du sein de la mer Atlantique. Cette mer environnait un grand espace de terre, situé vis-à-vis de l’embouchure du détroit appelé les colonnes d’Hercule. C’était une contrée plus vaste que l’Asie et la Libye ensemble. De cette contrée au détroit il y avait nombre d’autres îles plus petites. Ce pays dont je viens de vous parler, ou l’île Atlantide, était gouverné par des souverains réunis. Dans une expédition, ils s’emparèrent d’un côté de la Libye jusqu’à l’Égypte, et de l’autre côté de toutes les contrées jusqu’à la Tirhénie. Nous fûmes tous esclaves, et ce furent vos aïeux qui nous rendirent la liberté : ils conduisirent leurs flottes contre les Atlantes et les défirent. Mais un plus grand malheur les attendait. Peu de temps après leur île fut submergée ; et cette contrée plus grande que l’Europe et l’Asie ensemble disparut en un clin d’œil. »

Les annales de Carthage rapportent qu’Himilcon vit une nouvelle terre dans les mêmes régions. L’an 356 de la fondation de Rome, un vaisseau carthaginois ayant pris sa route vers le couchant, pénétra dans une mer inconnue, où il découvrit fort loin de la terre une île déserte, spacieuse, arrosée de grandes rivières, couverte de forêts, dont la beauté semblait répondre de la fertilité du sol. Une partie de l’équipage ne put résister à la tentation de s’y établir. Les autres étant retournés à Carthage, le Sénat auquel ils rendirent compte de leur découverte, crut devoir ensevelir dans l’oubli, un événement dont il craignit les suites. Il fit en conséquence donner secrètement la mort à ceux qui étaient revenus dans le vaisseau ; et ceux qui étaient restés dans l’île demeurèrent sans ressource pour en sortir1. Il semble assez certain aujourd’hui que cette île est le Nouveau-Monde.

Ces rapports ou traditions ont pris la consistance de la vérité depuis les découvertes archéologiques faites dans l’Amérique centrale par Antonio del Rio et autres ; découvertes qui donnent aussi plus de probabilité que jamais à l’hypothèse que les Atlantes étaient des habitants de ce continent. Mais en quel temps ont-ils existé ? Quelques écrivains veulent que ce soit avant le déluge1. Quoiqu’il en soit, il est probable qu’à l’époque de l’existence de cet ancien peuple, l’Amérique était en communication avec l’Europe. Les ruines majestueuses de Palenque et de Mitla, dans les forêts du Yucatan, où l’on trouve des pyramides, des restes d’édifices aussi vastes qu’imposants, des idoles de granit, des bas-reliefs colossaux, des hiéroglyphes, etc., témoignent qu’il avait atteint un haut degré de civilisation2.

Au reste, il n’existait plus au temps des Carthaginois, qui ne trouvèrent dans ce continent, comme Colomb, que des forêts sans le moindre vestige d’art ni d’industrie.

Tels sont les témoignages de l’antiquité sur l’existence de l’Atlantide qui demeura toujours cependant un objet de spéculation parmi les savants, anciens et modernes, jusqu’au 15e siècle. À cette époque, les peuples de l’Europe avaient les idées les plus confuses des pays avec lesquels ils n’étaient pas immédiatement en rapport. Les contemporains de Colomb croyaient encore que la Zone torride, brûlée par les rayons qui tombaient perpendiculairement du soleil, était inhabitable. L’imagination se plaisait à peupler d’êtres extraordinaires et merveilleux les contrées inconnues ; et l’on était plus empressé de croire des relations fabuleuses que de les critiquer ou d’aller en reconnaître la vérité sur les lieux mêmes.

Malgré toutes les fables que l’on débitait sur l’Occident, il est certain que jusqu’à Colomb, personne n’avait pensé à aller explorer ces régions des mers, et qu’au commencement du quinzième siècle les savants, perdus au milieu des débris des connaissances géographiques qu’ils avaient amassées avec peine, étaient dans une ignorance profonde à l’égard de cette partie du globe1.

L’on ne s’arrêtera pas aux expéditions supposées des Gaulois, des Scandinaves, et d’autres peuples septentrionaux, en Amérique. Le hasard peut les avoir conduits jusque dans le Groenland, jusque dans ce continent même. Mais quoiqu’il soit probable que les Danois ou les Norvégiens aient colonisé cette île à une époque reculée2, leurs voyages étaient inconnus dans le reste de l’Europe, où les contrées qu’ils fréquentaient étaient regardées comme des îles avancées qui hérissaient les bords orientaux de l’Océan.

Enfin, les temps étaient arrivés où les hommes sortis des ténèbres de l’ignorance allaient prendre un nouvel essor.

Le commerce et l’esprit d’aventures surtout, entraînaient depuis bien des années les navigateurs au-delà des anciennes limites connues. On dit que les Normands, conduits par le génie inquiet et entreprenant qui les distinguait, avaient pénétré jusqu’aux îles Canaries, où les avaient devancés les Espagnols, et même plus au sud, dans leurs expéditions commerciales, ou à mains armées pour piller les habitants. Jean de Béthencourt, baron normand, ayant conquis les Canaries, les posséda à titre de fief relevant de la couronne de Castille, et les laissa à ses enfants. Ces îles étaient fameuses chez les anciens qui y avaient placé le jardin des Hespérides, alors les bornes du monde connu. Telle fut la première navigation importante faite sur l’Océan par les modernes ; elle servit à enhardir les navigateurs, et à exciter leur émulation dans leurs courses maritimes.

Le Portugal, l’un des plus petits pays de l’Europe, était destiné à ouvrir la carrière des découvertes géographiques qui devaient illustrer l’esprit curieux et insatiable des modernes. Ses capitaines avaient déjà fait des progrès dans cette nouvelle voie, lorsque Henri parut, prince à jamais mémorable dans les annales de la navigation et du commerce : il donna à tout un nouvel essor. Profondément versé dans toutes les sciences qui ont rapport à la marine, il forma le projet d’envoyer des navires en Asie en leur faisant doubler le continent africain, et d’ouvrir ainsi au commerce des Indes, un chemin plus expéditif et moins dispendieux que celui de la mer Rouge. Les Carthaginois avaient autrefois entrepris ce même voyage. S’il réussissait, lui, il faisait du Portugal le centre du commerce et des richesses de l’Europe. Cette idée était digne de son génie qui était bien en avant de son siècle.

Sous ses auspices, les navigateurs portugais doublèrent le cap Bojador, pénétrèrent dans les régions redoutables du Tropique, et explorèrent les côtes de l’Afrique jusqu’au cap Vert, entre le Sénégal et la Gambie, qu’ils découvrirent en 1474. Presque dans le même temps Gonzalo Vello découvrit les îles Açores à 360 lieues de Lisbonne entre l’Europe et l’Amérique ; mais Henri mourut au milieu de ces découvertes, et plusieurs années avant que Vasquez de Gama pût doubler le cap de Bonne-Espérance. Néanmoins l’honneur de cette grande entreprise lui appartient tout entier.

Les découvertes des Portugais excitèrent bientôt l’attention de toute l’Europe1. Le bruit de leurs expéditions lointaines, et les relations presque merveilleuses de leurs voyageurs, se répandirent dans tous les pays. Les hommes les plus hardis se dirigèrent sur le Portugal pour aller chercher fortune ou des aventures dans les régions nouvelles vers lesquelles les marins de cette nation s’élançaient avec ardeur. Colomb était de ce nombre ; il vint à Lisbonne en 14702.

Colomb, dont le nom est à jamais lié à l’histoire du Nouveau-Monde, est né, suivant la supposition la plus vraisemblable, à Gênes, vers 1435 ou 36. Son père était réduit à vivre du travail de ses mains. Il ne put faire donner à son fils qu’une éducation médiocre. Le jeune Colomb montra de bonne heure du penchant pour la science géographique et la mer eut pour lui un attrait irrésistible. Il entra dans cette carrière périlleuse à l’âge de 14 ans. Les premières années de sa vie maritime sont enveloppées de beaucoup d’obscurité. Il paraît néanmoins qu’il prit part à plusieurs expéditions de guerre, soit contre les barbaresques, soit contre des princes d’Italie. Il servit aussi sous Jean d’Anjou dans la guerre de Naples, et sous Louis XI, les rois de France étant dans l’usage de prendre des navires de Gênes à leur solde. Dans ces diverses courses, il déploya de l’habileté et un grand courage, qualités qu’il fit briller surtout dans l’expédition de Naples1.

Pendant sa résidence à Lisbonne, il s’occupa de sa science favorite, et se rendit familier avec toutes les découvertes des Portugais, et avec les auteurs anciens et modernes qui traitaient de la cosmographie. Il fit avec les premiers plusieurs voyages sur les côtes de la Guinée, et un en Islande en 1477. Ses travaux et ses études le mirent aussi en relation avec plusieurs savants de l’Europe, et des navigateurs qui avaient pris part aux voyages qui s’étaient faits depuis le prince Henri. C’est en vivant au milieu de ce monde, dont l’imagination s’exaltait au récit des découvertes journellement annoncées, qu’il conçut, en 1474, le dessein d’aller aux Indes en cinglant droit à l’ouest. Ce projet, dans ses idées, n’avait rien que de raisonnable, parce qu’il s’était convaincu, contre l’opinion des partisans du système de Ptolémée, alors reçu partout, que la terre était ronde, ainsi que plusieurs anciens l’avaient pensé, et qu’allait l’enseigner Copernic dans le nord de l’Europe, quelques années plus tard.

Vers cette époque, sous Jean II de Portugal, l’on appliqua à la navigation l’astrolabe, qui est devenu l’octant par les améliorations du célèbre Auzout. Cet instrument, avec la boussole qui commençait à s’introduire, permit aux navigateurs de s’éloigner sans crainte des routes tracées.

Il fit part de son projet à la cour du Portugal, et sollicita vainement le roi Jean II, de lui donner quelques vaisseaux pour tenter une entreprise dont le succès jetterait une gloire ineffaçable sur son règne. Refusé par ce prince, il partit pour l’Espagne en 1484, avec son fils Diègue, afin de faire les mêmes propositions à Ferdinand et Isabelle. Après huit ans de sollicitations auprès de ces monarques, durant lesquels il passa par toutes les épreuves, et eut à lutter contre tous les obstacles que l’ignorance et l’incrédulité peuvent inventer, son génie persévérant triompha. Tout le monde connaît le fameux examen qu’on lui fit subir devant les théologiens d’Espagne qui voulaient lui prouver, la Bible à la main, son erreur. Presque dans le même temps, les rois de France et d’Angleterre, auprès desquels il avait fait faire des démarches par son frère Barthélémi, envoyaient des réponses favorables. Ferdinand et Isabelle lui donnèrent trois petits navires, dont deux sans pont, et le plus gros ayant nom Santa Maria, avec le titre d’Amiral des terres qu’il pourrait découvrir. Il fit voile de Palos le 3 août 1492, accompagné des trois frères Pinçon, qui voulurent hasarder leur vie et leur fortune dans cette expédition.

La petite escadre avait à bord pour douze mois de provisions, et portait quatre-vingt-dix hommes, la plupart marins, avec quelques aventuriers qui suivaient la fortune de Colomb. La traversée ne fut pas orageuse ; mais une crainte superstitieuse qui s’était emparée de l’esprit des matelots, leur faisait voir sans cesse mille dangers imaginaires. Cette crainte fut encore augmentée par les variations du compas remarquées alors pour la première fois, et qui leur firent croire que les lois de la nature changeaient à mesure qu’ils avançaient. Tantôt ils tombaient dans le plus grand découragement ; tantôt, perdant patience, ils poussaient des cris de révolte et allèrent même un jour jusqu’à menacer Colomb de le jeter à la mer. Le génie ferme de ce capitaine ne l’abandonna point et il réussit à les maîtriser, et à relever leur courage. Il y avait 70 jours qu’ils avaient quitté Palos, lorsque, dans la nuit du 12 octobre, une lumière qui allait et venait à quelque distance des bâtiments, frappa tout à coup la vue de Colomb, qui, n’osant s’en rapporter à ses yeux, la fit observer à un homme qui était près de lui. L’on attendit le jour avec la plus grande anxiété. Dès qu’il commença à poindre, on aperçut la terre. À ce spectacle, tout le monde fut transporté d’une vive allégresse sur les trois navires ; l’on entonna à haute voix le Te Deum en action de grâces ; des larmes de joie coulaient de tous les yeux.

Quand le soleil fut levé, on lança toutes les chaloupes à l’eau, et on les arma : chacun mit ses plus beaux habits. Colomb fit déployer les étendards, et donna l’ordre de ramer vers le rivage aux accents d’une musique guerrière. Il fut le premier qui y mit le pied, tenant une épée nue à la main. Tous les Espagnols tombèrent à genoux et baisèrent cette terre qu’ils désiraient si ardemment et depuis si longtemps. Ils plantèrent ensuite une croix et prirent possession du pays au nom de la couronne de Castille et de Léon. La terre où ils débarquèrent est une des îles Lucayes, ou Bahama, que Colomb nomma San-Salvador.

Les Espagnols trouvèrent la rive couverte de Sauvages qui manifestaient, par leurs gestes et par leurs attitudes, leur profond étonnement. La blancheur de la peau des Européens, leur costume, leurs armes, leurs navires, tout excitait l’admiration des naturels qui les prirent pour les fils du soleil, qui venaient visiter la terre. Les armes à feu des Espagnols, les canons surtout dont l’explosion imite le bruit du tonnerre, en les remplissant d’épouvante, contribuèrent à les persuader davantage que ces nouveaux venus étaient d’origine céleste. D’un autre côté, si les aborigènes étaient dans l’étonnement, les Espagnols n’étaient pas moins surpris de tout ce qui frappait leurs regards. Sans parler des habitants, de leur teint cuivré, de leur mine farouche, il n’y avait pas jusqu’aux arbres et aux plantes qui ne présentassent une différence avec ceux de l’Europe. Du reste le climat était agréable, et le sol paraissait d’une grande fertilité, quoiqu’il ne portât aucune marque de culture.

Colomb continua ses découvertes. Il visita les îles Lucayes, et ensuite celles de Cuba et de Saint-Domingue où il trouva le tabac dont les Indigènes faisaient usage pour fumer, pratique inconnue des Européens, et la pomme de terre, humble tubercule peu apprécié alors, dit Washington Irving, mais dont l’acquisition fut plus précieuse pour l’homme que toutes les épices de l’Orient. Il prit encore possession de ces nouvelles conquêtes pour l’Espagne.

Colomb fut bien accueilli par les différentes peuplades qu’il visita. Ayant perdu un de ses navires sur l’île de Saint-Domingue, il se détermina à y laisser une partie de ses équipages. Il obtint du cacique de la contrée, la permission de bâtir un fort qu’il appela de la Nativité, à condition que la garnison qu’il y mettrait lui prêterait secours contre les Caraïbes, peuple féroce et pillard qui habitait les îles les plus méridionales. Les Indiens travaillèrent eux-mêmes, avec un aveugle empressement, à élever ce fort, qui fut le premier monument de leur servitude. Le 4 janvier 1493 Colomb remit à la voile pour l’Europe. Son petit navire, après une traversée orageuse, rentra le 16 mars dans le port de Palos aux acclamations de la population.

L’immortel navigateur partit immédiatement pour aller rendre compte de ses découvertes à Ferdinand et Isabelle. Son voyage de cette ville à Barcelone où était la cour, fut une marche triomphale au milieu des populations accourues de toutes parts sur son passage pour le voir.

Les deux monarques voulurent le recevoir avec une pompe royale, et le trône fut dressé devant le peuple sous un dais magnifique. Le roi et la reine, entourés des grands de la nation, se levèrent à l’approche de Colomb, qui entra suivi d’un foule de seigneurs entre lesquels il se distinguait par un port noble et imposant, et une chevelure blanche qui tombait sur ses épaules. Après l’avoir fait asseoir en leur présence, honneur accordé très rarement même aux plus grands de l’Espagne, les deux monarques lui firent raconter les événements les plus remarquables de son voyage, récit qu’ils écoutèrent avec l’émotion la plus profonde. Quand il eut fini, ils se jetèrent tous deux à genoux, et levant les mains vers le ciel, ils le remercièrent, en versant des larmes de joie et de reconnaissance, d’avoir couronné leur entreprise d’un succès aussi éclatant qu’il était inattendu. Tous ceux qui étaient présents les imitèrent, et un enthousiasme profond et solennel s’empara de cette auguste assemblée.

Colomb fut anobli, lui et toute sa postérité.

La nouvelle de ses découvertes se répandit aussitôt dans le reste de l’Europe, où elle causa un étonnement extrême. Les savants capables d’en apprécier la grandeur et les effets, se félicitèrent de vivre à l’époque où cet événement extraordinaire venait de reculer si loin les bornes des connaissances et des observations de l’esprit humain1.

Colomb fit encore trois voyages dans le Nouveau-Monde2, dans lesquels il découvrit presque toutes les îles de l’archipel du Mexique. Dans le dernier, il côtoya le continent méridional, depuis la baie de Honduras jusqu’au golfe de Darien. Il aborda également à la côte de la Terre-Ferme et explora le golfe de Paria. C’est dans une de ces expéditions que François de Bovadilla, gouverneur de Saint-Domingue, et ennemi de Colomb, le fit arrêter et osa l’envoyer chargé de fers en Espagne. Le Roi lui fit des excuses ; mais Colomb n’oublia jamais ce trait de noire ingratitude. Il portait ces fers partout où il allait avec lui, et il ordonna qu’ils fussent mis dans son tombeau après sa mort.

Colomb était de haute stature, avait le visage long et de bonne mine, le nez aquilin, les yeux bleus, le teint blanc, tirant sur le rouge enflammé. Il avait eu les cheveux roux dans sa jeunesse ; mais les périls où il s’était trouvé, et ses travaux, les firent bientôt devenir blancs. Il avait l’air gracieux, parlant bien et avec beaucoup d’éloquence. Il était avec cela doué d’un grand courage.

Tandis qu’il continuait ses conquêtes dans les îles de la baie du Mexique, d’autres voyageurs, émules de sa gloire, tentaient des routes nouvelles dans le même hémisphère. Pinçon découvrit, en 1500, le fleuve des Amazones et une partie du Brésil. Cabral en revenant de Calicut, prenant trop au large pour doubler le cap de Bonne-Espérance, arriva en présence de terres inconnues, qui se trouvèrent être une partie des côtes du Brésil. Ainsi, comme l’observe Robertson, si Colomb n’eût pas découvert l’Amérique en 1492, le hasard l’aurait probablement indiquée à l’Europe cinq ans plus tard.

Ces brillantes découvertes des Portugais et des Espagnols réveillèrent enfin les autres nations de leur long assoupissement. Une noble émulation commença à s’emparer d’elles, et leurs marins prirent le chemin de ces mers mystérieuses sur lesquelles leur imagination ne plongeait naguère encore qu’avec effroi. Sébastien Cabot, Vénitien1, au service de Henri VII, roi d’Angleterre, fit un voyage, en 1497, à la recherche d’un passage aux Indes par le Nord-Ouest. Il s’éleva au nord jusque par le 58e degré de latitude, et découvrit la Floride, Terreneuve et Labrador. Il fut le premier navigateur qui fréquenta les mers de l’Amérique septentrionale2. Les Espagnols et les Anglais qui se sont partagés presque tout ce continent, doivent ainsi ces vastes contrées au génie italien.

Cependant l’on croyait universellement que les terres découvertes au couchant, formaient partie du continent asiatique, quoiqu’elles ne répondissent point aux descriptions des Indes que l’on cherchait. On ne s’imaginait pas encore qu’elles pussent former un continent à part, c’est pourquoi on leur donna d’abord le nom d’Indes occidentales. L’on resta dans cette erreur jusqu’en 1513, alors que Vasco de Nunez aperçut du haut des montagnes du Mexique, la mer Pacifique dont lui avait parlé un chef indien quelque temps auparavant. Déjà vers cette époque, l’on commençait à donner à une portion du Brésil, le nom d’Amérique, qui s’étendit petit à petit dans la suite à tout le continent. Voici comment s’introduisit cette appellation. Améric Velpuce, de Florence, accompagna Alonzo de Ojeda dans une expédition à la Terre-Ferme en 1499. Il fit deux ans après un autre voyage sur les côtes du Brésil, et ensuite un troisième dans la même contrée, où il découvrit la baie de tous les Saints pour le roi de Portugal. Il publia à Strasbourg, en 1505, et à Saint-Diez en Lorraine deux ans après, deux relations de ses voyages, dans la dernière desquelles il prétend avoir découvert la Terre-Ferme en 1497, l’année même où Colomb y aborda pour la première fois. Presque tous les auteurs, s’appuyant sur des documents contemporains, regardent cette dernière relation, que Velpuce a donnée sous la forme d’une lettre au Prince René de Lorraine, comme l’histoire de ses aventures particulièrement dans le voyage qu’il fit avec Ojeda1. Néanmoins, comme ses deux relations furent longtemps les seules rendues publiques sur le Nouveau-Monde, son nom resta attaché à ce continent, et fut ensuite consacré par l’usage.

Trois ans après le voyage de Cabot, il paraît que les côtes de Terreneuve et de Labrador furent visitées par un Portugais nommé Cortéréal ; mais il n’y fit point d’établissement, du moins rien ne l’indique.

Nous touchons enfin à l’époque où nous trouvons les Basques, les Bretons et les Normands faisant tranquillement la pêche de la morue sur le grand banc de Terreneuve et sur les côtes du Canada. Charlevoix nous assure avoir vu, dans des mémoires, qu’un habitant de Honfleur, nommé Jean Denis, avait tracé une carte d’une partie du golfe Saint-Laurent en 1506. L’on peut raisonnablement se demander comment ils ont pu se mettre en possession, simultanément et si peu de temps après le voyage du navigateur vénitien, de cette branche d’industrie. Il semble qu’il aurait fallu à cette pêche plus d’une dizaine d’années pour acquérir l’étendue et l’importance qu’elle avait déjà. C’est ce qui a fait croire à quelques écrivains, que les navigateurs français connaissaient les parages dont nous parlons depuis longtemps. Quelques- uns même l’assurent positivement, comme l’auteur des Us et coutumes de la mer, ouvrage estimé.

Il est certain que, lorsque Sébastien Cabot visita Terreneuve, les naturels qu’il vit sur le rivage lui dirent que cette île se nommait Bacalleos du nom d’un poisson qui fréquentait ces mers. Ce mot qui n’est pas sauvage, mais basque, est le nom que la tortue porte dans cette langue. Nous livrons du reste ces réflexions au lecteur qui en tirera les conjectures qu’il croira les plus raisonnables.

Cependant, malgré l’intérêt que plusieurs autres nations prenaient aux découvertes d’outre-mer, le gouvernement français ne fit aucune attention à l’Amérique jusqu’en 1523. Les seuls rapports que la France avait eus jusque-là avec ces nouvelles contrées, avaient été établis par des particuliers et dans l’intérêt de leurs entreprises commerciales. Il est probable qu’il entrait dans leurs calculs de se tenir autant que possible dans l’ombre du secret. Néanmoins, en 1518, le baron de Léri, mû par le bien public et la gloire de la nation, et sans doute aussi par l’exemple des Espagnols, essaya de fonder un établissement dans le nord de l’Acadie. C’était un homme de courage et qui brûlait du désir de se distinguer par de grandes choses. Il partit pour le Nouveau-Monde afin d’y commencer une colonie ; son dessein était de s’y fixer lui-même. Mais les vents et d’autres obstacles firent échouer son entreprise.

François Ier venait de succéder à Louis XII. Les guerres et la sévère économie du feu roi, qui n’avait d’autre pensée que celle d’alléger les charges qui pesaient sur ses peuples, l’empêchèrent d’envoyer des expéditions dans le Nouveau-Monde, soit pour y faire des découvertes, ou y fonder des colonies. François Ier, quoique moins homme d’État que guerrier, avait néanmoins des qualités plus brillantes, et quelques-unes de celles qui distinguaient un grand prince. Il aimait les entreprises qui pouvaient jeter de l’éclat sur sa couronne ; et au milieu de la guerre acharnée qu’il soutenait contre Charles-Quint, dont les vastes États menaçaient l’indépendance de l’Europe, il ne perdit point de vue l’Amérique. Il excita l’émulation de ses sujets pour le commerce et la navigation, comme il le faisait pour les lettres et les beaux-arts. Verazzani, navigateur italien à son service, fut chargé d’aller découvrir de nouvelles terres dans le Nouveau-Monde, dans la vue d’y ouvrir des établissements si le sol et le climat étaient favorables. Ce capitaine fit avec quatre vaisseaux, en 1523, un voyage dont la relation ne nous est pas parvenue. Il en parle dans la lettre qu’il adressa au roi après son second voyage ; mais comme il le suppose instruit de ses premières découvertes, il n’entre dans aucun détail sur les pays qu’il avait visités.

Il partit l’année suivante pour sa seconde expédition avec deux navires, dont il laissa un, la Normande, sur les côtes d’Espagne, et continua seul sa route avec la Dauphine, ayant à bord 50 hommes d’équipage. Après 50 jours de traversée, il atteignit une terre peu élevée qu’il côtoya l’espace d’environ 50 lieues en se dirigeant vers le sud. Ne trouvant point de havre, il vira de bord, et vint jeter l’ancre en pleine mer devant une côte droite et régulière par les 34 degrés de latitude nord, ou à peu près. Les Indigènes, comme ceux de San Salvador, accoururent sur le rivage et manifestèrent, à la vue des Européens et de leur vaisseau, autant de surprise que d’admiration. Il croissait dans leur pays des palmiers, des cyprès d’une grande hauteur, des lauriers, et plusieurs sortes d’arbres inconnus en Europe, qui répandaient un doux parfum sur la mer.

Déployant de nouveau ses voiles, le navigateur français s’éleva au nord jusqu’aux terres découvertes, dit-il, au temps passé par les Bretons, sous le 50e degré de latitude1.

Le roi fut si content du rapport qu’il fit à son retour en France, qu’il lui donna ordre de préparer une nouvelle expédition. Ce célèbre et infortuné voyageur repartit, suivant l’ordre de son maître, et l’on n’a plus entendu parler de lui depuis.

Le sort funeste de cette expédition interrompit le projet qu’on avait formé d’aller profiter des immenses territoires que le hasard venait de livrer à l’entreprise et à la cupidité européennes au-delà des mers. D’ailleurs, la nation étant encore moins maritime que commerçante, l’on ne pensait pas en France qu’il fût de quelque utilité d’avoir des possessions dans les régions éloignées.

Une autre circonstance qui entrava longtemps la fondation des colonies, c’est l’état agité de la France dans ce siècle. Cet état, on ne peut mieux le peindre qu’en empruntant les paroles philosophiques de l’historien des deux Indes : « Des troubles intérieurs, dit-il, la détournaient (la France) encore plus des grands objets d’un commerce étendu et éloigné, et de l’idée d’aller chercher des royaumes dans les deux Indes.

« L’autorité des rois n’était pas formellement contestée. Mais on lui résistait, on l’éludait. Le gouvernement féodal avait laissé des traces ; et plusieurs de ses abus subsistaient encore. Le prince était sans cesse occupé à contenir une noblesse inquiète et puissante. La plupart des provinces qui composaient la monarchie, se gouvernaient par des lois et des formes différentes. La machine du gouvernement était compliquée. La nation négociait sans cesse avec le prince. L’autorité des rois était illimitée, sans être avouée par les lois ; la nation souvent trop indépendante n’avait aucun garant de sa liberté. De là on s’observait, on se craignait, on se combattait sans cesse. Le gouvernement s’occupait uniquement, non du bien de la nation, mais de la manière de l’assujettir. »

François Ier est un des rois qui eurent le moins de difficultés et de dissensions intérieures à combattre. Cependant la révolte du fameux connétable de Bourbon, et des émeutes populaires au sujet des impôts, troublèrent son règne. Les discordes civiles et religieuses auraient été probablement beaucoup plus sérieuses sans ses guerres avec le puissant Charles-Quint, dans lesquelles les grands comme les petits voyaient l’intérêt de la France profondément engagé.

À l’époque du départ de Verazzani pour son troisième voyage, l’on était dans le fort de la guerre ; et après la fin désastreuse de cette expédition, jusqu’au rétablissement de la paix, tout projet de colonisation parut abandonné.
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