Discours préliminaire





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Livre II



Description du Canada – Nations indigènes



Chapitre premier


Noms donnés aux premières terres découvertes dans l’Amérique septentrionale, – Frontières des colonies mal définies : sujets de beaucoup de contestations. – Description du Canada. – Tableau des populations indigènes de l’Amérique du Nord, et en particulier des tribus du Canada. – Leur nombre. – Description de leur personne, de leurs vêtements, de leurs armes. – Leur manière de faire la guerre et la chasse. – Gouvernement des Sauvages. – Ils n’ont pas de religion. Leurs devins. – Leur respect pour les morts : leurs funérailles. – Leurs fêtes. – Ils sont fort passionnés pour le jeu et peu pour les femmes ; mais très attachés à leurs enfants. – Éloquence figurée des Sauvages. – Formation de leurs langues ; ils ne connaissaient point les lettres ; caractère synthétique des langues indiennes. – Facultés intellectuelles de ces peuples. – Leur origine. – Descendent-ils de nations qui ont été civilisées ?

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Lorsque les Européens visitèrent pour la première fois l’Amérique du Nord, n’ayant aucun nom pour désigner les diverses contrées où ils abordèrent, ils leur donnèrent l’appellation de terres neuves. Du temps de François Ier ce nom désignait tout aussi bien la Floride, le Canada, que le Labrador et l’île de Terreneuve qui seule l’a conservé en propre. À mesure que ces pays devinrent mieux connus, ils prirent des dénominations particulières qui servirent à les distinguer les uns des autres, mais qui furent souvent changées. D’ailleurs les limites des contrées qui les portaient, étaient incertaines et presque toujours confondues par les différentes nations : de là naquit la confusion qui, dans la suite, enfanta tant de difficultés entre la France, l’Angleterre et l’Espagne au sujet des frontières de leurs colonies.

Vers le commencement du dix-septième siècle le nom de Nouvelle-France fut donné à l’immense contrée qui embrassait le Canada, la baie d’Hudson, le Labrador, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et une portion des États-Unis1. À cette époque la péninsule de la Nouvelle-Écosse commença à porter le nom de Cadie ou Acadie ; et celui du Canada fut conservé au pays que nous habitons, mais avec des bornes plus étendues dans toutes les directions.

La Nouvelle-France, avant la découverte du Mississippi, à la vallée duquel ce nom s’étendit ensuite, embrassait donc tout le bassin du Saint-Laurent et tout celui de la baie d’Hudson. Ce dernier fleuve qui a plus de sept cents lieues de cours et qui se jette dans l’Océan par un golfe qui est lui-même une mer, prend sa source sous le nom de rivière Saint-Louis, par le 48e° 30’ de latitude nord et le 93e° de longitude ouest1, sur le grand plateau central, où naissent aussi le Mississippi qui coule vers le sud, et les rivières qui versent leurs eaux vers le nord dans la baie d’Hudson. Le bassin, ou la vallée que le Saint-Laurent parcourt, faisant un coude au midi pour embrasser le lac Érié, s’élève par gradins de la mer au plateau dont on vient de parler, et qui, comme le reste des régions septentrionales de ce continent, a peu d’élévation. Le lac Supérieur, presque de niveau avec ce plateau, n’est qu’à six cent vingt-sept pieds au-dessus de l’Océan2. L’inclinaison longitudinale du bassin, plus considérable vers le haut, diminue graduellement jusqu’à la mer.

Il est borné vers le nord par la chaîne des Laurentides, montagnes qui séparent les eaux qui se versent dans le Saint-Laurent de celles qui tombent dans la baie d’Hudson1. Cette chaîne, qui sort du Labrador, se prolonge jusqu’au dessus du lac Supérieur ; et ses rameaux couvrent et rendent stérile une grande étendue de pays, quoique cependant les vallées qui en séparent les nombreux mamelons, soient pour la plupart plus ou moins cultivables. Elle baigne ses pieds dans les eaux du Saint-Laurent au Cap-Tourmente, où elle a de 1500 à 2000 pieds de hauteur, traverse la rivière des Outaouais au-dessus du lac des Chats et forme la rive septentrionale du lac Huron. Les Alleghanys dont l’on voit très bien la cime des hauteurs de Québec, limitent ce bassin au sud jusqu’au lac Champlain. Cette chaîne de montagnes, dont le versant oriental jette ses eaux dans l’océan Atlantique, part du golfe Saint-Laurent, longe le sud du lac Champlain, traverse la rivière Hudson et se prolonge jusque dans la Virginie. Depuis le lac Champlain, cette limite est formée par les hautes terres dont les eaux coulent au sud dans le Mississippi.

Tout le Canada paraît être assis sur un vaste banc de granit qui forme la charpente des plus hautes montagnes, et se montre à nu sur le lac Supérieur et le lac Huron, à Kingston et dans plusieurs autres endroits du Haut-Canada ; sur la rivière Saint-Maurice, à Beauport, à Tadoussac, à Kamouraska, au Labrador, etc. Ces granits portent des couches de différentes espèces de roches, dont les plus abondantes sont les schistes1, les calcaires, les grès, comme la grauwacke, etc., etc.

Le Canada est riche en minerais de fer. Deux mines sont exploitées, celle des Trois-Rivières, dont le fer est supérieur à celui de la Suède, et celle de Marmora, dans le Haut-Canada. Le cuivre, le zinc, le plomb, le titane et le mercure s’y montrent quelques fois, mais en petites quantités ; mais des explorations et des études plus rigoureuses que celles qu’on a faites jusqu’à présent, augmenteront beaucoup sans aucun doute nos richesses métalliques. Le gouvernement français a donné plus d’attention à ce sujet que le gouvernement actuel ; mais les rapports de ses explorateurs ne sont pas venus jusqu’à nous. Cependant il n’y a aucun doute qu’ils avaient découvert la plus grande partie des mines mentionnées aujourd’hui par nos géologues. La plupart des ces mines n’attendent que la main de l’industrie pour être utilisées1.

Le sol de ce pays est généralement fertile, surtout dans la partie supérieure où le climat est tempéré et où l’on trouve d’immenses plaines à céréales. Dans la partie inférieure la température est beaucoup plus froide, et les Alleghanys et les Laurentides avec leurs nombreux rameaux occupent, particulièrement les dernières, un vaste territoire qui diminue considérablement la surface cultivable. Ainsi la grande et pittoresque contrée du Saguenay est traversée du nord au sud à peu près par un rameau de cette dernière chaîne de montagnes, qui descend jusqu’au fleuve. Dans quelque révolution physique, ce rameau s’est fendu en deux dans sa longueur, pour donner passage à une rivière profonde, et bordée de chaque côté par des parois verticales d’une grande hauteur formées par cette brisure. Rien n’est à la fois plus grandiose et plus sauvage que ces rives hardies et tourmentées ; mais elles n’acquièrent ce caractère qu’aux dépens de leur vertu fertilisante. C’est encore à un des rameaux de cette chaîne, qui court en remontant le long du fleuve depuis Prescott jusqu’à la baie de Quinté sur le lac Ontario, sans jamais s’élever beaucoup au-dessus du sol, que l’on doit attribuer le peu de fertilité de cette partie de la province supérieure. En revanche, dans les contrées montagneuses les vallées sont arrosées par de nombreux cours d’eau qui les fertilisent, et qui contribuent puissamment à cette croissance rapide de la végétation canadienne, si remarquable sur le bas Saint-Laurent.

Le bassin du Saint-Laurent ayant, comme on l’a dit, la forme d’un angle dont le sommet est tourné vers le midi, ses deux extrémités qui se terminent à peu près dans la même latitude, possèdent aussi le même climat. Le maximum du froid est à Québec de 30 degrés sous zéro et quelquefois plus, et du chaud de 97 à 103 au-dessus, thermomètre de Fahrenheit. La température de l’hiver s’adoucit jusqu’à l’extrémité supérieure du lac Érié. Sous le 42e de latitude, l’extrême du froid est de 20 degrés sous la glace, mais cela est rare ; et de la chaleur de 103 au-dessus. L’on voit que quant à la chaleur il n’y a pas de différence sensible ; mais elle ne dure pas si longtemps dans le Bas-Canada que vers le centre du Haut. Au reste, la différence du climat entre ces deux parties du pays se comprendra encore mieux en comparant leurs productions et la longueur de leurs hivers.

Les parties habitées des deux Canadas, dit Bouchette, sont situées entre le 42e et le 48e degré de latitude nord ; et si d’autres causes que celle de leur distance de l’équateur et du pôle, n’exerçaient pas d’influence sur leur température, elles devraient jouir d’un climat analogue à celui de l’Europe centrale et méridionale, tandis qu’au contraire le froid et la chaleur y sont beaucoup plus considérables. À Québec (latitude 46e 48’ 49”), les pommes viennent en abondance, mais les pêches et le raisin ne réussissent pas ; à Montréal (latitude 45e 30’), ces fruits parviennent à leur maturité. Mais à Toronto et plus au sud, les pêches, le raisin et l’abricot atteignent toute leur perfection. On peut ajouter que l’Acacia qui ne peut résister au climat de Québec en pleine terre, commence à se montrer à Montréal et devient plus commun à mesure que l’on approche du Détroit.

Dans le Bas-Canada, l’hiver commence vers le 25 novembre à Québec et dure jusque vers le 25 avril, que l’on reprend les travaux des champs ; et la neige qui demeure sur la terre de 5 mois à 5 mois et demi, et quelquefois plus, atteint une hauteur de trois à quatre pieds dans les bois. À Montréal l’hiver dure 3 à 4 semaines de moins, et il y tombe aussi moins de neige. Enfin dans la partie méridionale du Haut-Canada l’hiver est beaucoup plus court ; les traîneaux n’y servent que deux mois, et souvent moins, pendant que l’usage est général dans le Bas cinq mois et plus.

Mais partout dans cette vaste contrée, sous le ciel rigoureux du Bas-Canada, ou sur les bords plus favorisés du Haut, l’air est salubre et agréable en été. L’excès du froid sur le bas Saint-Laurent paraît dû, moins à la hauteur de sa latitude, qu’à l’absence de montagnes très élevées du côté du nord, et au voisinage de la baie d’Hudson dans laquelle les vents du pôle s’engagent pour venir déborder dans les régions de ce fleuve, en même temps qu’ils y arrivent saturés d’humidité et de froid des mers du Labrador. Cela paraît d’autant plus vraisemblable qu’à l’ouest des Alleghanys, le nord-est est plutôt sec qu’humide, parce que, dit Volney, ce courant d’air, là comme en Norvège, n’arrive qu’après avoir franchi un rempart de montagnes, où il se dépouille dans une région élevée des vapeurs dont il était gorgé1.

Ces contrées si variées, si étendues, si riches en beautés naturelles, et qui portent, pour nous servir des termes d’un auteur célèbre, l’empreinte du grand et du sublime, étaient habitées par de nombreuses tribus nomades qui vivaient de chasse et de pêche, et formaient partie de trois des huit grandes familles indiennes qui se partageaient le territoire situé entre le Mississippi, l’Océan et la terre des Esquimaux.

Ces grandes familles sont les Algonquins, les Hurons, les Sioux, les Chérokis, les Catawbas, les Uchées, les Natchés et les Mobiles. Elles sont ainsi divisées d’après les langues qu’elles parlent et que l’on a appelées mères, parce qu’elles n’ont aucune analogie entre elles, et qu’elles ont un grand nombre de mots imitatifs qui peignent les choses par le son. Tous les idiomes des diverses tribus sauvages dans les limites de ce territoire, dérivent de ces huit langues ; et généralement tous ceux qui parlaient des idiomes de la même langue-mère, s’entendaient entre eux, quelqu’éloignées les unes des autres que fussent d’ailleurs leurs patries respectives.

Cette grande agrégation d’hommes était ainsi disposée sur le sol de l’Amérique.

Les Mobiles possédaient toute l’extrémité sud de l’Amérique septentrionale, depuis la baie du Mexique jusqu’à la rivière Tenessée et le cap Fear. Les Uchées et les Natchés, peu nombreux, étaient enclavés dans cette nation ; les Natchés avaient un petit territoire borné par le Mississippi ; les Uchées étaient plus vers l’est, et joignaient les Chérokis. Le pays des Chérokis était également éloigné de la baie du Mexique que du lac Érié, de l’Océan que du Mississippi. Cette nation avait pour voisins les Mobiles et les Uchées au nord, et les Catawbas à l’est. Les Catawbas possédaient une contrée peu étendue au sud des Mobiles et à l’ouest des Chérokis. La grande famille Algonquine occupait près de la moitié de l’Amérique du nord, au levant du Mississippi. Son territoire joignant les Mobiles au sud, s’étendait dans le nord, jusqu’à celui des Esquimaux, sur la largeur qu’il y a du Mississippi à l’Océan1. La superficie en était de 60 degrés de longitude et de 20 de latitude.

Les Hurons, dont le véritable nom est Yendats, mais auxquels les Français donnèrent celui de Hurons, du mot hure, à cause de leur manière particulière de s’arranger les cheveux, se trouvaient au milieu d’elle sur les bords du lac Ontario, du lac Érié et du lac qui porte leur nom. Les Sioux dont la vaste contrée était à l’ouest du Mississippi, possédaient un petit territoire sur le lac Michigan au couchant. Ainsi comme la Nouvelle-France embrassait le Saint-Laurent et tous les lacs, elle renfermait une partie des peuples qui parlaient des dialectes des trois langues-mères, la Siouse, l’Algonquine et la Huronne. À partir du lac Champlain et du sud de la rivière des Outaouais en gagnant le nord, le dialecte Algonquin était parlé dans l’origine ; mais dans la suite, des migrations en sens contraire de peuples des deux autres dialectes, portèrent ces langues en diverses parties du Canada.

Les principales tribus de la langue Algonquine qui habitaient la Nouvelle-France étaient au sud du Saint-Laurent :

Les Micmacs, ou Souriquois, qui occupaient la Nouvelle-Écosse, Gaspé et les îles adjacentes. Ils étaient peu nombreux ; leur nombre n’a jamais dépassé 4000.

Les Etchemins : ils habitaient les contrées que baignent la rivière Saint-Jean, la rivière Sainte-Croix, et qui s’étendent au sud jusqu’à la mer.

Les Abénaquis étaient entre les Micmacs et les Etchemins, le Saint-Laurent, la Nouvelle-Angleterre et les Iroquois.

Les Sokokis vinrent des colonies anglaises se mettre sous la protection des Français au Canada ; ils étaient alliés aux Agniers.

Au nord du fleuve :

Les Montagnais habitaient les bords du Saguenay et du lac Saint-Jean, ainsi que les Papinachois, les Bersiamites, la nation du Porc-Épic, et plusieurs autres tribus.

Les Algonquins, ou Lenni-Jenappes proprement dits, étaient répandus depuis un peu plus bas que Québec jusqu’à la rivière Saint-Maurice. Une de leurs tribus était en possession de l’île de Montréal et de ses environs.

Les Outaouais erraient d’abord dans la contrée qu’arrose la rivière qui porte leur nom, au-dessus de Montréal, et s’étendirent ensuite jusqu’au lac Supérieur.

Les tribus de la langue Huronne étaient :

Les Hurons ou Yendats, qui résidaient sur les bords septentrionaux du lac Huron, du lac Érié et du lac Ontario, dont ils furent chassés bientôt après l’arrivée des Européens par les Iroquois. Ne pouvant leur résister, ils furent repoussés d’un côté vers le bas Saint-Laurent, de l’autre au-delà du lac Supérieur dans les landes arides qui séparaient les Chippaouais de leurs ennemis occidentaux. Ramenés ensuite par les armes puissantes des Sioux, on les vit au Sault-Sainte-Marie, à Michilimackinac et enfin près du Détroit.

La bourgade des Hurons de Lorette à 6 milles de Québec, est un des débris de cette nation jadis si puissante, et à laquelle les Iroquois ses vainqueurs, et plusieurs autres tribus devaient leur origine. Cette bourgade ne renferme à cette heure qu’un Huron pur sang ; il est le fils d’un des chefs, et est conséquemment chef lui-même. Il est né pour avoir le malheur de survivre à sa nation.

Au sud du lac Érié, du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent jusqu’à la rivière Richelieu, dans le voisinage des Abénaquis, dominait la fameuse confédération Iroquoise. Le nom propre des Iroquois était Agonnonsionni : faiseurs de cabanes, parce qu’ils les faisaient plus solides que les autres. Le premier nom leur a été donné par les Français, et est formé du mot Hiro, avec lequel ils finissaient leurs discours, et qui équivaut à : J’ai dit, et de celui de Koué, cri de joie ou de tristesse, selon qu’il était prononcé long ou court. Cette confédération était composée des Agniers ou Mohawks, des Onnontagués, des Goyogouins, des Onneyouths et des Tsonnonthouans.

Les Ériés et les Andastes dominaient autrefois entre le lac Érié et les Iroquois ; mais il n’existait plus que quelques restes de ces deux nations infortunées au temps de la découverte du Canada, lesquels ne pouvant résister à leurs puissants voisins, furent bientôt après impitoyablement détruits.

Les contrées que baignent le lac Supérieur, le lac Michigan et le lac Huron étaient encore habitées ou fréquentées par les Nipissings, les Outaouais, les Miamis que refoulèrent vers le nord les Pouteouatamis venant du sud ; par les Illinois, les Chippaouais, les Outagamis ou Renards, peuple pillard et cruel, les Kikapous, les Mascontins, les Sakis, les Malhomines, les Osages, les Missouris, les Menomonis, toutes tribus de langue Algonquine, et enfin par les Kristinots ou Kilestinots de la langue siouse.

Une foule d’autres tribus appartenant soit à la famille des Sioux, soit à celle des Hurons, soit à celle des Algonquins, habitaient des contrées plus ou moins reculées, et venaient quelquefois se montrer aux missionnaires et aux trafiquants européens sur les bords des lacs pour se renfoncer ensuite dans les forêts et ne plus reparaître ; tandis que d’autres également inconnues venaient à main armée prendre la place de plus anciennes, qui étaient forcées de reculer et d’abandonner leur territoire1.

Il serait impossible de pouvoir établir aujourd’hui quelle était la population indienne de la Nouvelle-France à l’époque de l’apparition de Cartier. Si l’on en jugeait d’après la variété des tribus, on serait porté à croire qu’elle était considérable ; mais des calculs sur lesquels on peut se reposer avec confiance, la réduisent à un chiffre peu élevé. Les tribus sauvages ne sont jamais nombreuses. Quelques voyageurs s’en laissèrent d’abord imposer à cet égard par le langage métaphorique de ces peuples, qui étaient d’ailleurs accoutumés à regarder une bourgade de 1000 âmes, comme une ville considérable, et qui ne pouvaient encore indiquer ce nombre que par une expression figurée. C’est ainsi que longtemps encore après, en 1753, ils rapportèrent au colonel Washington, que les Français venaient l’attaquer avec une armée aussi nombreuse que les feuilles des forêts ; et cette armée était composée de quelques centaines d’hommes.

Des évaluations de population ont été faites avec le plus grand soin pour les contrées situées entre le Saint-Laurent et le Mississippi. Ces calculs indiquent le chiffre de la population il y a deux cents ans, et ils sont plutôt au-dessus qu’au-dessous de la réalité. Ils portent la famille Algonquine, qui est de beaucoup la plus considérable, à 90 000 âmes ; celle des Sioux orientaux à moins de 3000 ; celle des Hurons, y compris les Iroquois, à environ 17 000 ; celle des Catawbas à 3000 ; celle des Chérokis à 12 000 ; celle des Mobiles à 50 000 ; celle des Uchées à 1000, celle des Natchés à 4000. Ce qui donne seulement 180 000 âmes pour toute la population, preuve qu’elle était extrêmement dispersée1. En effet, les peuples chasseurs ont besoin d’immenses domaines ; et malgré la vaste étendue des forêts de l’Amérique, les tribus sauvages y manquaient souvent de subsistance, faute de trouver assez de gibier. D’ailleurs si la population eût été dense, comment les Iroquois qui ne comptaient que 2200 guerriers en 16602, auraient-ils pu se promener en conquérants depuis la Caroline jusqu’au fond de la baie d’Hudson, et faire trembler au seul bruit de leur nom tous les peuples de ces contrées ?

Cartier ne vit dans tout le Canada que quelques rares bourgades, dont la plus considérable renfermait seulement cinquante cabanes ; et le plus grand rassemblement d’hommes qui eut lieu à Stadaconé dans l’hiver qu’il passa sur la rivière Saint-Charles, resta bien au-dessous de 1000. Il aperçut dans les autres parties du pays à peine çà et là quelques traces d’habitation. Joliet et le P. Marquette, Jésuite, parcoururent une grande partie du Mississippi sans rencontrer la présence d’un seul homme.

Nous avons dit que la comparaison des différents dialectes parlés dans l’Amérique septentrionale, à l’est de ce grand fleuve, avait fait découvrir huit langues-mères, et que l’on y avait divisé la population en autant de grandes familles. D’après ces huit divisions radicales d’une partie des hommes de la race rouge, qui sembleraient militer contre l’hypothèse d’une seule voie d’immigration asiatique par le nord-ouest de l’Amérique,
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