Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire.





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Civilisations précolombiennes et cultures indigènes



Les connaissances que nous appelons aujourd'hui scientifiques et techniques des anciennes civilisations de Méso-Amérique et des Andes ont été longtemps négligées en tant que telles par les historiens des sciences, et les archéolologues et anthroplogues qui en faisaient mention les intégraient en général dans la description des comportements religieux et des cosmologies, au chapitre des croyances60. Pourtant ces cultures anciennes disposaient d'un vaste savoir empirique où, il est vrai, la religion et la magie se mêlent, mais qui correspond à des connaissances techniques remarquables ou ingénieuses. Tel, au Pérou, l'instrument Quipu, qui a donné son nom à la revue d'histoire des sciences dont nous avons parlé, la technique des alliages du cuivre, la pratique de la trépanation, comme chez les anciens égyptiens61. Ou, au Mexique et au Guatemala, les connaissances mathématiques et astronomiques des Mayas, et encore leur savoir-faire technologique (un travail récent a montré comment la maîtrise de la distribution de l'eau dans l'empire Maya permettait, à l'époque classique (250-900 après J.C.), à cette civilisation de développer de grands centres urbains loin des cours d'eau, au coeur de la forêt tropicale soumise à de longues périodes de sécheresse62). Sans compter les connaissances de ces civilisations préhispaniques andines et méso-américaines en matière médicale63 (médecine náhuatl, pharmacopée, paléopsychiatrie dans les cultures andines), ou botanique et agricole (la connaissance des orchidées, qui eut un impact important sur l'Ancien monde; l'ethnomicologie, la connaissance de la valeur nutritive de l'alimentation par les insectes…). Toutes ces connaissances, en grande partie perdues avec la destruction violente de ces civilisations, ont été longtemps dévalorisées. Des travaux d'archéologues et d'historiens des sciences parviennent à exhumer des éléments de ce savoir trop ignoré.

On parle souvent, à leur propos, comme à celui des savoirs moins élaborés, mais riches pourtant, des sociétés indigènes en dehors des hautes civilisations64, d'ethnosciences (ethnoastronomie, voire ethnomathématique), et ce sujet connaît, avec des bonheurs variés (et parfois beaucoup d'incertitudes, voire de fantaisie), une certaine faveur qui, canalisée selon des méthodes fiables, permettrait sûrement de combler au moins en partie cette immense brèche de notre oubli - ou plutôt de notre ignorance. Nous savons désormais, en tout cas, qu'il est légitime de parler de sciences précolombiennes, peut-être avec un autre sens du mot ‘science’ que celui auquel nous sommes aujourd'hui habitués, mais qui comprend aussi une rationalité, et correspond à une compréhension effective du monde extérieur.

Expéditions scientifiques et voyageurs



Un autre thème presque inépuisable et qui suscite l'intérêt des historiens des sciences latinoaméricains est celui des expéditions scientifiques et des voyageurs pendant la période coloniale et les premières décennies de la période des indépendances. Après les premières découvertes, l'on assiste, au dix-septième et surtout au dix-huitième siècle, à un intérêt renouvelé de la part des scientifiques européens pour la faune, la flore, les minéraux, la géologie, la géographie, et d'une manière générale, les particularités naturelles, mais aussi pour les particularités ethniques et les sociétés du nouveau monde. Du point de vue du contenu des connaissances rapportées, on sait ce leur doivent les sciences de la nature (sinon la physique et la chimie, du moins les sciences dites ‘naturelles’), mais aussi les sciences humaines et sociales, qui justement prennent forme à cette époque - et ce n'est évidemment pas un hasard. Du point de vue de l'organisation de la science, ces entreprises entretiennent souvent un lien avec les préoccupations politiques et militaires des puissances européennes, notamment dans le cas des expéditions organisées par les gouvernements.

Le dix-huitième siècle voit la multiplication de telles expéditions dont les buts sont à la fois scientifiques et politiques. On en compte douze au seul Pérou entre 1709 et 1823, dont trois espagnoles, une britannique, six organisées par des Français à l'instigation ou non du pouvoir royal (la dernière fut dirigée par Duperrey), et une franco-espagnole - la célèbre mission géodésique, dirigée par Charles La Condamine accompagné de Louis Godin et des frères Ulloa, chargée de mesurer un degré de méridien à l'équateur pour vérifier la théorie de Newton qui prédisait le renflement du globe65. Ces expéditions, qui suscitèrent l'intérêt des élites locales et en reçurent bon accueil, eurent un impact sur les institutions et la vie intellectuelle. Celle de la mesure du méridien contribua, par exemple, à la diffusion de la théorie de Newton, et même à affermir les conceptions coperniciennes dans une région encore dominée par l'Inquisition.

Mentionnons encore l'une des premières expéditions scientifiques en Argentine, envoyée en 1745 par le roi d'Espagne, sous la direction du Père José Quiroga, mathématicien, afin de reconnaître les côtes de Patagonie. Et cette autre, restée fameuse sous le nom d'‘expédition malaspine’, commandée par Alejandro Malaspina, qui parvient à La Plata et à Montevideo en 1789, et comprenait de nombreux savants chargés d'effectuer des relevés cartographiques et de recueillir des échantillons de la flore pour les cabinets et le Jardin botanique royal, tout en étant investie d'une mission de nature géopolitique.

On n'en finirait pas de citer toutes les missions et expéditions scientifiques, européennes ou latino-américaines, et les voyageurs individuels qui parcoururent le sous-continent au dix-neuvième siècle, et de faire la somme des connaissances nouvelles ainsi recueillies : d'Alexandre von Humboldt effectuant, dans les premières années du siècle, la connexion géographique entre les baies de l'Orénoque et de l'Amazone, parcourant le Vénézuela, la Colombie, le Pérou, l'Equateur, le Mexique, Cuba, au danois Peter W. Lund66, le ‘père de la paléontologie brésilienne’, qui identifia voici un siècle et demi le plus ancien fossile humain préhistorique d'Amérique - l'homme de Lagoa Santa, vieux de vingt mille ans, dans le Minas Gerais brésilien -, au naturaliste français Auguste de Saint-Hilaire qui traversa et décrivit de nombreuses régions de l'immense Brésil67, à l'allemand Edouard Poeppig, qui fit unVoyage au Chili, au Pérou et par le fleuve Amazone au cours des années 1826-1832, ou au naturaliste d'origine italienne Antonio Raimondi, révolutionnaire de 1848 proscrit en Europe, qui parcourut tout le Pérou de 1851 à 1869, faisant une immense collecte de données scientifiques.

Des divers aspects de ces expéditions, tels qu'ils ressortent des études historiques, les moindres ne sont pas la reconnaissance, par les voyageurs locaux (souvent botanistes), des territoires nationaux et de leurs ressources naturelles et ses effets sur la conscience identitaire créole, ou encore l'influence des voyageurs scientifiques européens pour la diffusion des connaissances scientifiques (en physique, en astronomie, en chimie…) et des idées philosophiques nouvelles dans les pays du ‘nouveau monde’.

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