Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire.





télécharger 186.54 Kb.
titreRésumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire.
page7/9
date de publication30.10.2017
taille186.54 Kb.
typeRésumé
h.20-bal.com > histoire > Résumé
1   2   3   4   5   6   7   8   9

Les musées d'histoire naturelle fournissent également matière à d'intéressantes études de cas sur les institutions : ils furent, en quelque sorte, les premiers centres de recherche dans la plupart de ces pays, et l'on peut, à travers leur histoire, étudier l'émergence de la pratique et de l'institutionalisation de la recherche dans un domaine immédiatement lié aux particularités locales, et cependant longtemps marqué par les relations de dépendance - vis-à-vis de la métropole puis, après l'indépendance, des centres scientifiques européens. Au Brésil, celui de Rio de Janeiro fut fondé en 1818, faisant suite à la Casa dos Pássaros (la ‘Maison des oiseaux’) de la période coloniale, qui se contentait de préparer des collections envoyées à Lisbonne; mais ce fut la fondation, en 1871, du Museu Paraense, à Belem, devenu ensuite le musée Goeldi72, et celle en 1894 du Museu Paulista73, jointes à la rénovation du Musée, devenu ‘Museu nacional’, de Rio en 1878, qui déterminèrent véritablement le développement de la recherche en sciences naturelles dans le pays (celui de Rio devint, sous l'impulsion de son directeur Ladislau Neto, le premier laboratoire de recherche en physiologie expérimentale du Brésil). Ceux de Buenos Aires et de Bogotá furent créés en 1823, celui de Santiago, au Chili, en 1830, plus tard suivis de ceux de La Plata (en 1880) et de San José de Costa Rica (en 1887). Souvent dirigés à leurs débuts par des naturalistes européens, ces musées entretenaient des liens étroits avec les musées d'histoire naturelle d'Europe, échangeant des collections contre d'autres collections ou contre des analyses taxinomiques. Leur développement, qui amena nombre d'entre eux à soutenir la comparaison par rapport aux standards européens74, apparaît aussi lié au soutien apporté par les autorités politiques locales et nationales.


Les cas que nous venons d'évoquer sont relatifs à des domaines scientifiques directement reliés aux ressources et aux réalités locales. La leçon de l'histoire de l'Académie royale des sciences de La Havane est à certains égard d'une nature semblable75. Elle fut, en fait, la première Académie des sciences de l'Amérique espagnole - et même latine : sa fondation officielle date de 1860, mais elle fut créée effectivement - sans l'accord de la couronne espagnole - dès 1820 ; elle fonctionna comme Académie royale (‘Real Academia de las ciencias’) durant la période coloniale, de 1861 à 1899. Elle compte à son actif de nombreux travaux sur la faune et la flore, et elle eût un rôle important dans l'étude des maladies fortement endémiques qui sévissaient cruellement à l'époque dans la région, comme la fièvre jaune et le choléra, ainsi que sur l'hygiène urbaine, la connaissance des plantes médicinales, etc. Elle publiait des Anales, comptait de nombreux membres correspondants en France, aux Etats-Unis, en Espagne, au Mexique, au Vénézuela, collaborait avec l'Institut géographique brésilien. Ses membres étaient principalement des médecins, et pour le reste des naturalistes ; préoccupés de siences appliquées, ils faisaient jouer à leur Académie, avec succès semble-t-il, le rôle d'arbitre des activités médicales et pharmaceutiques. Ils s'intéressaient aussi à des problèmes généraux relatifs à la science, et les Anales de l'Académie publiaient des articles épistémologiques et philosophiques. Les académiciens nourrissaient l'idée que leur institution constituait le ‘dépôt sacré’ de la science dans le pays, lequel devait être préservé indépendamment des événements politiques76.

Le développement des sciences par l'enseignement et la recherche fut un objet de réflexions et de débats tout au long du dix-neuvième siècle dans les pays d'Amérique latine, de la part des scientifiques mais aussi des autres membres de l'élite intellectuelle et des politiques. Les situations locales très diverses ont déterminé des réponses variées entre les intentions et les réalisations effectives, et l'analyse de ces circonstances appelle des différenciations qui tiennent compte aussi bien des disciplines, que des données de l'histoire politique et des profils des acteurs. L'Argentine a longtemps représenté un cas à part, comme une sorte d'enclave européenne dans le cône sud. L'institution de la science dans les autres pays d'Amérique hispanique a souffert du contre-coup des luttes pour l'indépendance. L'esprit scientifique joua un rôle important, comme nous l'avons dit, dans la prise de conscience d'une identité nationale, et l'élite intellectuelle, qui se trouva naturellement au premier rang dans la lutte, fut ensuite très vite requise par les tâches d'encadrement politique que réclamaient les jeunes républiques. Elle y fut complètement absorbée. Ainsi se perdit l'élite des scientifiques professionnels au sens propre. Le cas du Pérou est à cet égard patent : la vie intellectuelle y subit une régression tout au long du dix-neuvième siècle (à quelques remarquables exceptions près, comme le naturaliste Mariano de Rivero y Ustáriz, qui se forma en chimie et en minéralogie en Europe, et dont Humboldt conseilla à Bolivar de le rapatrier au Pérou, où, rentré en 1826, il occupa de hautes responsabilités scientifiques)77. Le Brésil ne connut pas les mêmes problèmes, en raison de la continuité politique avant et après l'indépendance, qui maintint une séparation entre l'élite scientifique et la classe politique dirigeante. Ce fut seulement après la proclamation de la République, en 1889, que les intellectuels purent s'intégrer à la classe politique : mais ceux qui le firent n'étaient pas, en règle générale, des scientifiques (au surplus, la rupture consommée par l'Etat républicain ne fut pas si grande, et les mutations avaient été préparées antérieurement).

D'une manière générale, les deux ou trois dernières décennies du dix neuvième siècle représentent, tant au point de vue politique qu'à celui du développement scientifique, une période de consolidation, voire, suivant les cas, de reconstitution ou de reconstruction : période post-impériale au Mexique avec la reconstitution de la République, reconstruction économique et politique, après 1879, pour le Pérou, ruiné par la guerre du Pacifique, et prônant le recours à l'immigration européenne, aux investissements étrangers, mais aussi la science et l'éducation, sous l'influence d'une élite intellectuelle acquise au positivisme.

La place manque pour évoquer d'autres situations où se manifestent les rapports complexes, souvent ambigüs, qu'ont pu nouer la science et l'Etat, les scientifiques et le pouvoir politique, par exemple dans le cas du Mexique, au long du dix-neuvième siècle, depuis l'indépendance et la première république de 1824 jusqu'à la Révolution mexicaine de 191778. Ou encore, en Colombie, après l'éveil des intellectuels aux idées d'indépendance nationale79, le peu de prise qu'a pu avoir dans la réalité sociale le projet de développer les sciences, cultivé par une élite éloignée du pouvoir économique et politique, au point que l'on a pu diagnostiquer un échec de l'institutionalisation de la science à la fin du dix-neuvième siècle80, échec dont les effets se sont encore fait sentir longtemps après.

Le positivisme aurait pu aussi être l'un thèmes choisis à partir des travaux historiques récents : il court, en effet, à travers toutes les études de cas qui concernent la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième. Il est influent au Pérou, au Mexique, au Brésil, au Costa Rica et dans la plupart des autres pays. Quand on évalue ses effets sur le développement des sciences, il en résulte un bilan à deux faces : coté positif, il a favorisé un progrès concernant les connaissances pratiques, mais s'avère plutôt négatif pour ce qui est de la recherche81. Cependant, des études de cas sur ses effets précis en science indiquent que l'influence qui lui a traditionnellement été prétée pourrait bien avoir été très surestimée. Même en politique, il semble que cette influence n'ait pas été aussi considérable qu'on l'a dit - du moins fut-elle très momentanée.

1   2   3   4   5   6   7   8   9

similaire:

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643
«casser» le testament politique de son époux par le Parlement de Paris, trop heureux, qu’à cette occasion, on lui reconnaisse un...

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Résumé L'un des principaux objectifs de la science est de montrer...

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Dans la perspective de la révision des lois de bioéthique en juin,...
«tout génétique», la programmation d'enfants conçus pour être abandonnés par la femme qui les a portés

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Résumé L’enrichissement monétaire est l’un des objectifs les plus...
«désir» de colonies la spécificité du discours économique lui-même, son histoire, avec ses débats et ses controverses, de resituer...

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Bibliographie du cours de M. Frédéric Sawicki Master de science politique...
«Les Manuels», 2005. [Ouvrage élémentaire surtout centré sur l’histoire du droit]

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Compte rendu sortie Périgord, rédigé par Christel et Philippe
«plus beaux de France» mais ils sont légions à avoir cette appellation dans cette région : Cette cité médiévale aux 7 clochers fut...

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Résumé Boèce est resté dans l’histoire pour avoir brillamment contribué...

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Littérature et politique Un titre plus exact serait «Littérature...
«Littérature et politique en France au xxème siècle». Ce cours se justifie en termes de science politique, c’est un complément aux...

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\Qu’est-ce que la science-fiction ? Quelques définitions
«Américanisme par lequel on désigne l’imagination scientifique qui décrit un état futur du monde»

Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l\L’histoire de l’art. Cette manifestation, organisée par le ministère...
«Cet amusant "master class" animalier est inspiré d'une nouvelle du Japonais Kenji Miyazawa. L'aspect didactique de la fable passe...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com