La dynamique de l’Occident





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Marzio Amandine Mr Dikpo

Gp 3040 (ex 3020) TD sociologie historique de l’Etat

Etude de l’œuvre de

Norbert Elias 


La dynamique de l’Occident


Rendu le 7 mai 2009

INTRODUCTION

Les sociétés occidentales s’estiment être des sociétés civilisées. En effet, elles ont colonisé d’autres civilisations, les qualifiant de sauvage, et voulant imposer leur « progrès », ce fut les découvertes et la colonisation. Grâce à l’histoire écrite de notre civilisation, que Samuel Huntington nomme civilisation occidentale, judéo-chrétienne, nous pouvons revenir sur l’évolution de nos mœurs, nos modes de vie et surtout nos institutions.

Ainsi, en 1939, Norbert Elias écrit « Sur le processus de civilisation », étude comprenant « La civilisation des mœurs » et « La dynamique de l’Occident ». Cet auteur, né en 1897 et décédé en 1990, fut soldat juif pendant la première guerre, il a fuit l’Allemagne nazie de la Deuxième guerre mondiale, et devient en 1956 professeur de sociologie en Angleterre. Il est considéré comme l’un des premiers constructivistes1, c'est-à-dire qu’il cherche dans le déroulement de l’histoire une construction faite par l’homme, non pas consciente, mais bien présente. Ce qui est révolutionnaire chez Elias, c’est surtout le fait qu’il lie le processus d’individualisation au processus de socialisation. Il annihile la barrière holiste/individualiste, il rend possible une vision globale de l’évolution de la civilisation occidentale.

Il nous livre ainsi sa vision de l’histoire dans « La Dynamique de l’Occident », en avançant que « l’évolution historique n’est pas l’aboutissement d’une planification rationnelle. L’interdépendance entre les hommes donne naissance à un ordre spécifique […], cet ordre est à la base du processus de civilisation. »2 Cet ouvrage ne fut pas bien reçu lors de sa sortie en 1939, les idées d’Elias n’ont pas été écoutées. Mais lors de sa réédition en 1969, il a eu une grande audience, au niveau international, auprès de la communauté des penseurs de la sociologie, de l’Etat.

L’ouvrage que nous étudions aujourd’hui est divisé en deux parties ; La première à comme but de « découvrir les interconnexions, les interdépendances et les rapports réciproques qui ont mis ne branle le processus de civilisation »3, la seconde est là pour nous montrer que l’évolution des structures d’interrelations humaines est liée à la transformation des structures de l’habitus psychique.4

Norbert Elias analyse donc chaque étape de l’évolution de la civilisation occidentale, du Moyen-âge avec l’époque féodale, à l’Etat moderne. Pour bien comprendre son travail, je vous propose de le mettre en tableau. Ainsi, par un tableau à double entrée, nous pouvons voir les caractéristiques de chaque époque, autant au niveau de la société que de l’individu. On analyse donc l’évolution dans l’histoire de la société en tant que telle puis du comportement au sein de la société et enfin, une analogie est faite avec l’évolution de l’individu dans sa vie, de sa naissance à sa mort. Pour bien comprendre les mécanismes en jeu dans ce tableau, quelques explications le suivront.

LEGENDE :

Interdpdces = interdépendances

Dépdces = dépendances

∆ = croissance, augmentation


La société occidentale, selon Norbert Elias, a évolué vers le progrès. Voyons la loi du monopole et cette évolution. Norbert Elias prend comme terrain d’analyse la France, car ce pays serait le plus représentatif de la civilisation occidentale.

La Loi du monopole est le mécanisme par lequel la féodalité est tombée, au profit du pouvoir d’un seul roi, puis d’uns seule structure étatique. La féodalité est caractérisé par la division du pouvoir su les terres, pas notre division moderne, non, une division entre différents chevaliers qui contrôlent des fiefs. Une grande compétition s'est mise en place entre ces petits chefs, car la croissance démographique pousse aux conquêtes, pour toujours plus de ressources et de territoires. Par cette compétition, les plus faibles sont évincés, pour arrivé à la victoire du plus puissant, qui engendre une dynastie, et devient roi.

Ainsi, nous passons à la période royale, durant laquelle le roi est le vainqueur de la conquête des chances, c'est-à-dire qu’il a récupérer, par ses batailles, les chances de tous les autres chevaliers de prendre le pouvoir, il regroupe à lui seul toutes les chances. On appelle cette période le monopole royal, tout simplement parce que le roi a tous les pouvoirs sur son territoire, et que les menaces qui peuvent peser sur lui sont les autres rois. Seulement, pour régner sur un territoire grand comme la Gaule par exemple, il faut être très puissant et surtout asseoir son pouvoir dans toutes les provinces, même les plus éloignées de la capitale. Ainsi, le roi embauche des correspondants en province, pour être les messagers entre la cour et la population.

Dès le XVI° siècle, Norbert Elias nous présente la période absolutiste. Le Roi, ayant récupéré toutes les chances, et en imposant son pouvoir dans toutes les provinces, a réussi à asseoir son règne, grâce à sa descendance. Les structures politiques et judiciaires sont stables, centralisées. Il délègue de plus en plus son pouvoir, en prenant des conseillers qui l’aideront, et en augmentant les effectifs de la cours. Ainsi, une notion très importante entre ici en jeu, celle des interdépendances. Le roi est de plus en plus dépendant de ses officiers, conseillers, préfets, il ne peut régner seul, il le sait. Cependant, le monopole est privé, car le roi ne distingue pas son statut de roi de son statut d'homme, les fortunes du royaume et de la famille sont liées ; public et privé ne sont pas distingués.

A la période révolutionnaire, on assiste à une socialisation du monopole. On coupe la tête du roi, le peuple prend le pouvoir. Le monopole est donc passé des mains d’une petite minorité, à la majorité, la masse, c’est les prémices de la démocratie. Privé et public se scindent, et on assiste à une division du pouvoir pour éviter le retour à un monopole privé.

Et enfin, le période moderne, avec l’Etat nation, est une sublimation du monopole social, par la mise en place de l’Etat. Il a le monopole de la violence par exemple, et même si l’Etat est décentralisé voir déconcentré, la structure étatique a le pouvoir. Les interdépendances sont très fortes, comme nous allons le voir dans le développement sociétal.
La loi du monopole engendre l’évolution de la société. Voyons-la rapidement.

Lors de la féodalité, la société est simple. Chaque personne a une fonction large. Les interdépendances sont peu implantées. J’explique. La société était faite de ruraux, le plus souvent des paysans, et des artisans, qui avaient leur maison, leur lopin de terre, quelques bêtes, et ainsi, n’avaient pas besoin des autres pour se nourrir. La société était emplie de violences, les pulsions n’étaient pas refoulées comme aujourd’hui, les routes étaient pleines de brigands. Ainsi, les individus étaient emprunts de crainte, ou de haine.

Pendant les périodes royales et absolutistes, la société évolue. Les fonctions sociales se diversifient, et se précisent, ainsi, comme le roi a de plus en plus besoin d’être aidé pour régner, le paysan va choisir de se spécialiser dans le blé ou dans l’élevage bovin. Les cercles d’interdépendances s’élargissent donc, les individus sont plus liés entre eux. Par l’évolution sociétale et l’augmentation des interdépendances, on assiste à une baisse de la violence, qui commence à être sublimée par l’Art, c'est-à-dire que des œuvres traitent de la violence, de la guerre, des conflits. Dans les couches supérieures de la population nait un savoir-vivre, des règles de bonne conduite, comme la politesse, une certaine forme d’hygiène, et des inhibitions. Ces bonnes manières, issues de la cour, vont petit à petit d’étendre à l’ensemble de la population. Ce phénomène, la curialisation, qui vient du mot « cour », est l’évolution de la société féodalisée et sauvage, vers une société que l’on considère comme de plus en plus civilisée.

Dès le XVIII° siècle, la société s’aplanie, les aristocrates rencontrent les bourgeois qui côtoient les couches inférieures. La division du travail est plus poussée, plus précise. Le savoir-vivre s’est répandu, la langue officielle devient la même pour tous, l’éducation aussi. La société est comme aplanie.

Dans notre société moderne, les interdépendances sont poussées à l’extrême. Pour manger, nous avons besoin que des agriculteurs cultivent, que des intermédiaires achètent les récoltent, les conditionnent, et les vendent aux supermarchés qui les mettront dans les rayons où nous allons faire nos courses chaque semaine. Ainsi, L’interdépendance est très forte. Les violences sont exclues, par la mise en prison, ou par l’exclusion de la société. Les marginaux, ceux qui sortent du lot, qui ne respectent pas les règles de savoir-vivre sont mis aux bancs. Mais nos institutions sont stables, les pouvoirs divisés, le monopole étatique rassurant, et notre territoire est pacifié.

La société a donc évolué de la sauvagerie de la violence non refoulée, à la civilisation de règles écrites et sanctionnées. La loi du monopole explique, selon Norbert Elias, l’évolution de l’occident, pour que d’une société aux pouvoirs de centaines de chevaliers, nous soyons parvenus à une genèse de l’Etat moderne.


L’évolution sociétale est liée à l’évolution de l’individu, cette idée est la marque de fabrique de Norbert Elias. Voyons ainsi comment l »individu a évolué pendant les différentes époques, et comment, en une vie, ces époques peuvent créer des analogies.

De la féodalité à l’Etat moderne, l’individu a avancé pour vivre au sein d’une société régulée. L’individu vivant au Moyen-âge était ce qu’on pourrait aujourd’hui qualifié de « rustre ». Il se bat s’il en a envie, il viole les femmes s’il en a envie, il vole les bourses des voyageurs s’il a besoin d’argent, il cultive sa propre subsistance. Il est comme livré à lui-même, indépendant. Cependant, il a peur. Il a peur de se faire tuer à tous coins de rue, il a peur que ses récoltes ne soient pas assez bonnes pour nourrir sa famille. Ses ancêtres lui ont laissé un héritage de mythes, qui comblent son ignorance, et qui tentent d’apaiser ses peurs, ou alors les stimulent. Il a un espace mental restreint, c'est-à-dire qu’il ne connaît pas son histoire à long terme, il vit dans le présent, n’est pas instruit.

Des royaumes à la Révolution, l’individu évolue avec la société. La violence est de moins en moins présente car elle est monopolisée par le souverain. Les chevaliers deviennent alors des courtisans. L’individu se sent lié aux autres individus par la diversification des tâches sociales, par le rôle qui lui est donné dans la société. Ses pulsions sont refoulées par le code social issu de la curialisation. Pour être lié aux autres, et pour bénéficier du produit du travail d’autrui, il se doit de respecter des règles d’éthique, de vie en société, de politesse. Ainsi, le courtisan est un gentilhomme, quand le paysan était un rustre. La violence, interne à tous les animaux, donc aussi aux hommes, est régulée, voire sacralisée. Je citerai ici René Girard et sa victime sacrificielle, qui est utilisée pour apaiser le refoulement de la violence de tous les individus d’une société5. L’espace mental s’élargit, l’individu s’inscrit dans l’histoire de sa famille, et de sa nation.

Dans notre époque moderne, l’individu est victime d’un autocontrôle conscient et inconscient. Les règles de savoir-vivre apparues à la curialisation sont devenues un automatisme des individus. Le code social est très imposant, toute dérive est sanctionnée par la société, que ce soit par la sanction pénale ou l’exclusion du groupe. Chaque individu a un rôle et un statut, qu’il se doit de respecter, et qu’il respecte par sa peur de l’exclusion. Par l’éducation, et son inscription dans l’histoire, son espace mental est élargi.

Ainsi, parallèlement à l’évolution de la société, l’individu a évolué dans ses coutumes et ses mœurs, il est très dépendant de la société et craint d’en être exclu. On peut faire une analogie avec l’évolution personnelle d’un individu. 0 la naissance, le nouveau-né n’a aucune inhibition, il n’a pas conscience du bien et du mal. Ces connaissances innées sont celles qui lui restent de ses ancêtres singes, comme le fait de ne pas respirer sous l’eau, ou le fait de demander à manger. Il lutte donc pour sa survie. On peut donc faire un comparatif avec la période féodale, ou le bien et le mal ne sont pas sanctionnés, l’individu est brut.

L’enfance représente le début de l’apprentissage. Le jeune individu apprend qu’il vit en collectivité, d’abord dans sa famille, puis à l’école. Il appréhende la réalité, on lui apprend les bonnes manières, c’est le classique « dis bonjour à la dame ». Il se rend alors compte que ces règles sont nécessaires pour être accepté de ses petits camarades, et pour évoluer et devenir un homme ou une femme « bien ». Pour utiliser Freud, que Norbert Elias a beaucoup lu et côtoyé, le surmoi est créé, c’est à dire que l’enfant apprend à se poser des limites, à refouler ses pulsions.

A l’adolescence, Ce contrôle et cette uniformisation sont rejetés pas l’enfant. Le refoulement des pulsions peut laisser apparaître des pathologies qui se développeront dès lors, ou à l’âge adulte.

Enfin, l’individu adulte a emmagasiné toutes les règles caractéristiques de sa culture, de sa civilisation. Il sait qu’il ne doit pas voler, qu’il doit payer ses impôts, qu’il doit respecter ses parents. L’autocontrôle est parfait, autant conscient qu’inconscient grâce au surmoi qui contrôle son ça. Certaines pathologies l’ennuient, comme l’angoisse et la frustration. Il respecte son rôle social car il craint d’être rejeté. En enfin, il éduque ses enfants pour leur apprendre à être respectueux de la vie en société, d’avoir un comportement civique correct.

L’individu a donc évolué au fil des époques de l’histoire de France, comme il évolue dès sa naissance jusqu’à sa mort.
CONCLUSION
Un même mouvement a fait évoluer la société occidentale, pour qu’elle devienne civilisation, et l’individu dans cette société et dans sa vie. Grâce à Norbert Elias, un regard nouveau a été porté sur l’évolution sociétale et individuelle. Des ponts ont été construits pour comprendre le progrès d’une société vers la modernité.

Le travail à caractère sociologique de Norbert Elias peut frustrer le lecteur. En effet, Il se donne un angle d’approche, une période précise, et n’ouvre pas sa réflexion à l’avenir. La question qui nous vient à l’esprit après la lecture d’un ouvrage si convainquant est de savoir qu’est ce que l’auteur pense du futur. Il présente la modernité comme le progrès absolu, une société civilisée, polie, bien réglée, mais avec ses effets négatifs sur le développement personnel de l’individu, comme les pathologies liées au refoulement. Ainsi, on se demande si notre modernité n’est pas la sauvagerie des individus qui nous étudieront dans quelques siècles.



1 http://www.polis.sciencespobordeaux.fr/vol10ns/lacroix.pdf

2 Norbert ELIAS, La Dynamique de l’Occident, éd. Pocket, 2003, Paris, pp 182,183.

3 Ibid., p184

4 Ibid.

5 René GIRARD, La violence et la sacré, 1972.

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