Mercuriales : parole et utopie





titreMercuriales : parole et utopie
date de publication01.11.2017
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MERCURIALES : PAROLE ET UTOPIE
Remarqué avec le documentaire Commissariat qu’il a co-réalisé aux côtés d’Ilan Klipper, Virgil Vernier (lire notre entretien) avait commencé à brouiller les pistes avec Orléans, son précédent film. Fiction et documentaire s’y mêlaient de façon dédramatisée jusqu’à former un puzzle aux allures d’ovni. Le titre Orléans était simple et concret, il y avait pourtant dans le film un mystère entre le quotidien de jeunes filles à Orléans et le merveilleux qui s’invite tel un fantôme de Jeanne d’arc. Mercuriales fait le chemin inverse avec un titre mystérieux qui désigne en fait deux grosses tours, lourdes, solides et ancrées dans le sol : des immeubles en banlieue parisienne. On a connu décor plus romantique ? Vernier en fait au contraire son terrain de jeu propice aux fantasmes.
Commissariat comme Orléans nous poussaient à nous questionner sur ce qu’on voit. Mercuriales est tout aussi ludique, stimulant et excitant. Le grain de l’image, la bande son 80’s, l’absence d’installation : dès le départ, Mercuriales désarçonne. Où sommes-nous ? Qui sont ces personnages ? Que font-ils ? A quel genre appartient ce film ? Pour ceux qui aiment voir quelque chose de différent, Mercuriales est un bonheur. Le grand écart entre le morne réalisme (banlieue, tour d’immeuble, petits boulots) et le sens du romanesque de Vernier a quelque chose d’exaltant. Les tours au loin semblent être des châteaux forts, les légendes urbaines parlent de sorcières et de chiens envahissant la ville pour dévorer les clochards. Ce qui ne semble être qu’une vue de l’esprit contamine l’image : on fait des invocations mystiques face caméra, on y voit des rêves de chaos dans la ville et de rivières en sang. La moindre balade dans un cimetière à chiens devient propice à l’étrange et à l’ailleurs. Le tout dans le décor le moins exotique qui soit.
Si Orléans nous avait évoqué de temps à autres les Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, c’est le fantôme d’un autre Rohmer qui semble convoqué ici avec ce décor rétro futuriste des Mercuriales (du vieux moderne daté et hors du temps), qui rappelle la banlieue de L'Ami de mon amie. Avec Mercuriales, on ne sait jamais vraiment où on habite. Le quotidien manquerait-il de poésie ? Le réalisme magique de Vernier en regorge, et pourtant il n’y a jamais rien d’extraordinaire à l’écran... ou presque. Vernier comme dans ses précédents films questionne le point de vue. Qu’est-ce qu’on voit, au juste ? Des grues qui démolissent du béton ? Ou un ancien palais détruit par des monstres échappés d’un kaiju eiga ? Nicolas Bardot
Source : http://www.filmdeculte.com/

Entretien avec Virgil Vernier




Quoi de neuf en France aujourd’hui ? D’Orléans à Mercuriales, Virgil Vernier s’est imposé comme une des voix les plus singulières et passionnantes parmi les jeunes cinéastes de l’hexagone. L’ovni onirique Mercuriales ne ressemble à peu près à rien de ce que vous avez pu voir auparavant. Il est présenté à Paris Cinéma avant sa sortie le 19 novembre. Entretien express avec son réalisateur…
Mercuriales comme Orléans accorde une grande place aux mythes et légendes, une dimension à la fois historique et onirique qui transcende le quotidien des personnages. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce mélange entre réalisme et merveilleux ?

Dans ce film, j’ai voulu que le destin des personnages ressemble à celui des héros de contes, des tragédies grecques. Quand je regarde l’urbanisme d’une ville, je ne peux pas m’empêcher de penser à des images de villes mythiques. Si on regarde un événement anodin en le mettant en perspective avec l’histoire, ou avec des symboles, il se met à devenir emblématique. Je pense que le merveilleux est présent partout autour de nous. Il est là, dans la rue, il faut juste le guetter. Les films ou la photographie permettent de le saisir, de le révéler.
Vous avez dit en interview avoir fait lire La Cloche de détresse à l’une de vos actrices pour préparer le film. Quel lien établissez-vous entre l’héroïne de Sylvia Plath et celles de Mercuriales ?

La fille de La Cloche de détresse comme celle de Mercuriales ressent le monde tragiquement, elle n'arrive pas à prendre l’existence avec légèreté. Des histoires du passé la hantent. Elle passe des nuits blanches dans son lit, les yeux ouverts... Elle traverse un moment de sa vie où elle ne voit pas d’issue.
Mercuriales est extrêmement singulier. Quels sont les cinéastes que vous admirez ? Ceux qui vous inspirent ?

Ceux qui m'inspirent le plus, ce sont surtout des musiciens, des artistes, des écrivains: Sylvia Plath oui, mais aussi Carson McCullers, Flannery O’Connor. Quand j’écris, j'écoute surtout de la musique. Ça me met en transe! Mais l’inspiration vient surtout dans la rue, en marchant ou en voyant des situations, en rencontrant des gens. En fait, c'est la vie en général qui est inspirante. Ce qui se passe à la télé, dans les médias, sur internet. Des émissions de télé-réalité, les faits divers du jour, des photos amateurs sur internet. Tout ça ce sont des signes du présent qui donnent des idées. Dans l’idéal j'aimerais qu'on voie Mercuriales sans penser à d'autres films, sans référence culturelle. Le spectateur idéal serait un individu totalement innocent, sans connaissance de l'histoire de l’art. Moi-même en faisant ce film, j’ai tenté de me libérer de toutes mes influences et de faire un film totalement tourné vers le présent.
Entretien réalisé le 29 juin 2014.

Nicolas Bardot

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