Fiche faite par Aude Béliard et Bruno Vidal pour la question d’agrégation «expliquer/comprendre» Année 2002-2003 Ens Ulm





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Fiche faite par Aude Béliard et Bruno Vidal


pour la question d’agrégation « expliquer/comprendre »

Année 2002-2003 Ens Ulm


Fiche faire par Raymond Aron



La référence majeure pour nous est l’Introduction à la philosophie de l’histoire : par sa thèse soutenue en 1938 R. Aron introduit en France la « querelle des méthodes ». Cependant, pour en faciliter la lecture, on présentera d’abord l’article de 1981 qui donne une vision assez claire des notions de compréhension et d’explication chez R. Aron.


« Quelques remarques sur la compréhension et l’explication »,

Revue européenne des sciences sociales, 1981


La spécificité de la compréhension par rapport à l’explication

R. Aron prend l’exemple de la façon dont les historiens analysent les décisions de Hitler pendant la seconde guerre mondiale : en reprenant les critères de M. Weber, on peut dire que ce type d’analyse relève de la compréhension car les historiens éclairent ce qui a eu lieu en dégageant l’intelligibilité intrinsèque à la délibération d’Hitler. Comprendre, c’est déchiffrer une conscience (prendre en compte l’intention de l’acteur) en en dégageant une sorte de rationalité (au sens conformité du moyen à la fin). Ainsi, la relative modération des exigences de l’armistice de juin 1940 est compréhensible car elle apparaît comme rationnelle dans le cadre de la stratégie hitlérienne. Au contraire, dans le cas de la déclaration de guerre aux États-Unis, l’historien doit renoncer à la compréhension car il n’arrive pas à saisir en quoi cette décision est rationnelle dans le projet hitlérien.

Il y a donc là une différence substantielle entre explication (d’une chute de pluie sur le quartier latin) et compréhension (d’une décision d’Hitler). La compréhension suppose une intelligibilité intrinsèque de l’objet à étudier (il faut que ce soit un objet intentionnel), alors que pour l’explication, la relation intelligible utilisée n’est pas immanente à l’objet.
Les limites du compréhensible

La compréhension s’étend donc aussi loin que persiste un élément d’intentionnalité (pas forcément volontaire ou consciente) dans l’objet.

Si l’on croit que la compréhension de cette intentionnalité se fait en référence à un acteur rationnel universel (comme en économie), on risque de juger de nombreuses conduites incompréhensibles, de surévaluer les limites de la compréhension. En fait, la rationalité que la compréhension cherche à établir repose sur la conformité de la conduite à un système de valeur et l’adaptation des moyens aux fins : cette rationalité n’apparaît donc que lorsqu’on connaît le système de valeurs de l’individu, ses habitudes, etc. L’homo sociologicus est variable dans le temps et à travers les sociétés. Mais si l’on connaît les évidences, les pratiques et les normes d’une collectivité, toute conduite contenant un tant soit peu d’intentionnalité est compréhensible.
La querelle de l’individualisme méthodologique et l’opposition explication/compréhension

L’opposition compréhension/explication que l’on a définie est-elle aujourd’hui aussi significative qu’à l’époque de M. Weber ?

Pour R. Aron, il n’y a pas contradiction entre les deux méthodes ; elles doivent même être combinées : il reprend en cela l’exigence webérienne de joindre l’adéquation significative et l’adéquation causale :

- dans le cas de l’histoire, la compréhension des décisions des chefs d'État n’exclut pas de rechercher, à un niveau plus général, les causes du macroévénement qu’est la guerre.

- dans le cas du suicide, il y a pas contradiction entre la méthode de Baechler et celle de Durkheim. L’explication par les causes et les corrélations met en évidence les circonstances favorables ou défavorables au suicide. L’analyse des conduites individuelles permet de comprendre comment dans ce cadre général, chaque suicide survient.

- l’établissement de covariations entre origine familiale et choix de certaines filières d’étude met en évidence des relations causales entre appartenance sociale et études choisies. Au-delà de ces covariations, la recherche est de type compréhensif : on cherche les motifs qui amènent la majorité des membres d’un groupe social à choisir une filière d’étude (par exemple évaluation des probabilités de succès). Cette association de méthodes permet de comprendre l’articulation entre les grandes déterminations sociales et la rationalité des conduites individuelles.

Introduction à la philosophie de l’histoire, 1938

La question qui suscite la réflexion de R. Aron dans ce livre est celle de l’objectivité, ou universalité, de l’histoire. Une reconstitution s’impose-t-elle à tous de la même façon qu’une loi physique ? Il s’interroge moins sur les fondements de cette universalité que sur ses limites : dans quelle mesure une science historique universellement valable est-elle possible ? Cette question est étroitement liée à celle des rapports entre l’histoire et l’historien. La reconstitution historique est-elle séparable de la vision de l’histoire de l’historien, du présent historique, de toute philosophie ? Ce qui conduit à se demander si la science historique se développe selon un rythme d’accumulation et de progrès comme les sciences de la nature, ou si chaque société récrit son histoire parce qu’elle se choisit, recrée son passé.


  1. Le passé et les concepts d’histoire (la spécificité de l’histoire humaine)



R. Aron rappelle la distinction de Cournot entre les sciences théoriques, qui dégagent des lois et un ordre, et les sciences historiques qui traitent de la singularité, de l’unicité, du hasard et des événements. Parmi les sciences historiques, il montre que l’histoire humaine n’est qu’une des formes d’histoire possible, distincte par exemple de l’histoire naturelle. Ce qui est décisif dans le concept d’histoire humaine, c’est la conscience du passé et la volonté de se définir en lui. Vivre historiquement, c’est conserver, revivre et juger l’existence de ses ancêtres. Le concept de l’histoire humaine est donc lié à la conservation et à la reprise consciente du passé. Pour l’histoire humaine, le sujet et l’objet ne peuvent donc être saisis séparément. La curiosité de l’historien et la structure de l’histoire renvoient l’une à l’autre. Il est donc important de s’interroger sur la façon dont l’individu parvient à saisir la totalité humaine.


II- Le devenir humain et la compréhension historique



La compréhension apparaît comme un premier moyen de saisir cette totalité humaine. Immédiatement, R. Aron la distingue de la causalité. La compréhension est la saisie d’une intelligibilité objectivement donnée : l’homme se comprend lui-même et comprend ce qu’il a créé. La causalité est l’établissement de règles causales selon la régularité des successions : l’homme explique la nature.

La compréhension désigne les formes de la connaissance d’autrui. elle peut être définie comme la connaissance que nous prenons de l’existence et des œuvres humaines aussi longtemps que celles-ci restent intelligibles sans élaboration de régularités causales. La définition que retient R. Aron propose comme concept central la signification : « on parle de compréhension lorsque la connaissance dégage une signification qui, immanente au réel, a été ou aurait pu être pensée par ceux qui l’ont vécue ou réalisée ».

III- De l’individu à l’histoire


R. Aron procède ici par généralisation : de la connaissance de soi à celle d’autrui, de celle d’autrui à la science. Il se demande d’abord comment l’homme se comprend lui-même, puis comment se situe la connaissance historique par rapport aux divers aspects de la connaissance de l’homme par lui-même.

La connaissance de soi


L’évocation de son propre passé oscille entre trois aspects :

  • le savoir abstrait (savoir qu’on a pris une décision)

  • la coïncidence totale (revivre les pensées qu’on a eues à ce moment-là)

  • la connaissance rétrospective : rendre la décision intelligible en montrant les motifs (raisons conscientes) et les mobiles (motivations inconscientes)

R. Aron s’intéresse au troisième aspect. Tout de suite, on voit qu’il y a un écart inévitable entre le passé vécu et la connaissance qu’on en a : on ne peut pas reconstituer l’enchaînement exact des motifs ni percer à jour tous les mobiles.

La connaissance d’autrui


De quelle manière, jusqu’à quel point arrive-t-on à saisir les expériences vécues par autrui ?

- Similitude avec la connaissance de soi


La connaissance d’autrui se base sur la connaissance de soi dans la mesure où on tend à la communion par la similitude ou l’identité des intentions. L’explication rétrospective de la conduite d’autrui est d’ailleurs très comparable à l’explication rétrospective de sa propre conduite. On recherche les mobiles à peu près de la même façon, même si pour autrui on a tendance à se référer moins à des éléments « intérieurs » (caractère, choix) qu’à des éléments « extérieurs » (circonstances, contexte).

- Pas d’accès aux intentions


Cependant, on n’observe que les actes et l’on n’a pas accès aux intentions d’autrui. Pour les motifs, on est donc obligé de recourir au témoignage de l’intéressé. Cela pose problème : pourquoi prêter foi à ce témoignage ? L’individu n’est pas forcément de bonne foi, et même s’il l’est, il peut se tromper. Il faut donc dépasser ce témoignage. La connaissance d’autrui passe souvent par la critique de la connaissance de soi, et l’idée que l’observateur extérieur, plus détaché et plus lucide, peut arriver à une meilleure connaissance. Il faut chercher la compréhension ailleurs que dans la seule délibération de l’individu : il faut prendre en compte l’influence du milieu.

- Pas de connaissance possible du principe ultime de l’individu


Peut-on saisir l’unité de la personne, la personnalité qui donnerait signification à chaque acte ?

L’intuition immédiate qu’on en a est souvent fausse. Dès qu’on veut préciser, il faut décomposer et reconstruire : pour cela il faut choisir un principe d’unité de façon arbitraire. La vision globale dépend donc de l’observateur : on transfigure les autres en voulant les décrire, on ne peut pas connaître le principe ultime de l’individu.

La connaissance historique


- Le passage de la compréhension d’un autrui singulier à la compréhension d’une vie collective

L’historien décrit une vie collective, des faits sociaux qui sont extérieurs aux individus et s’imposent à eux. Il cherche à connaître l’esprit objectif, c’est-à-dire toutes les manières de penser et d’agir caractéristiques d’une société. Ces faits sociaux ne sont pas des phénomènes naturels ; ils sont compréhensibles comme les événements psychiques. L’intelligibilité des motifs se communique, de proche en proche, des individus aux œuvres collectives et inconscientes.

- La distance, condition du travail historique

La particularité de l’histoire est qu’il y a une très grande distance entre l’historien et son objet : à la distance entre soi et autrui s’ajoute la distance entre les époques. En aucun cas il ne peut y avoir communauté de conscience, reconstitution de la totalité affective. Mais c’est justement ce qui fait que le travail historique devient possible, car l’historien n’est pas un biographe et essaie de penser la vie en dégageant et reconstruisant la rationalité immanente à celle-ci, souvent inaperçue de ceux qui la vivent.

Conclusion


La compréhension n’est pas la saisie intuitive d’un état de conscience dans l’expression, d’un être total dans la physionomie et le corps. C’est la saisie des motifs, des mobiles ou d’une personnalité, la reconstruction de la conscience d’autrui ou des œuvres émanées des consciences. La compréhension n’a donc rien à voir avec la sympathie et la participation affective.

La relation compréhensive est-elle valable universellement comme les rapports établis par la science ? Ou la compréhension est-elle solidaire de la personne de l’interprète ? Cette question peut être pensée à partir de trois problèmes liés :

  • l’historien appartient au devenir qu’il retrace : n’est-il pas incapable de se détacher de lui-même et de son objet ?

  • l’historien cherche à pénétrer la conscience d’autrui mais l’observe de l’extérieur

  • pour interpréter un acte ou une œuvre, pour les reconstruire conceptuellement, on a le choix entre de multiples systèmes


IV- Les univers spirituels et la pluralité des systèmes d’interprétation

Y a-t-il possibilité d’une compréhension vraie ? Les compréhensions sont-elles relatives ou universelles ?

Pluralité des systèmes d’interprétation


Pour communiquer, on utilise des signes. La signification de ces signes dépend des conventions, des usages ou encore d’éléments liés à la personne particulière. Pour interpréter le langage (mais aussi toute la vie des individus), il faut donc reconstruire les systèmes utilisés, ce qu’on n’est jamais sûr de faire de façon fidèle. Une interprétation « de l’intérieur » serait unique, mais vue de l’extérieur l’interprétation peut passer par des systèmes multiples, d’où le problème de la relativité de la compréhension.

La compréhension des idées


Si l’on cherchait à comprendre les idées en les ramenant à la vie de leurs auteurs, il n’y aurait qu’une compréhension possible. Or, selon Aron, il faut se détacher des auteurs : il peut donc y avoir une multiplicité de compréhensions des idées, jamais objectives et se renouvelant au cours de l’histoire.

La compréhension des hommes


Il en existe plusieurs types :

  • l’interprétation rationnelle, qui s’intéresse aux motifs (la plus légitime en histoire)

  • l’interprétation psychologique, qui recherche les mobiles

A chaque fois, l’interprétation peut être partielle (si on ne tient pas compte de la personnalité du sujet) ou totale (si on cherche à embrasser la personnalité entière).

Pour R. Aron, une interprétation partielle est forcément incertaine car on ne peut pas savoir si elle est cohérente avec le reste de la personnalité. Or l’historien a le devoir de se détacher de lui-même et de penser comme autrui. Pour surmonter les incertitudes inhérentes aux interprétations partielles, il doit donc essayer de comprendre les systèmes de faits et de valeurs dans leur totalité. Mais les interprétations totales, par la sélection et la reconstruction qu’elles impliquent, sont forcément relatives. Ceci implique que l’idée de vérité disparaît. Aucune interprétation n’est définitive, car même si l’on combine tous les systèmes d’interprétation, la place donnée à chacun d’eux relève encore d’une décision de l’historien. « Il n’existe pas pour l’homme de vérité d’une existence. »

La compréhension des faits


R. Aron montre qu’on ne peut pas comprendre totalement les faits si l’on ne remontre pas aux consciences des acteurs. Par exemple, on peut comprendre la décision d’un directeur de banque en faisant uniquement appel à la théorie économique et à la technique bancaire. Mais on ne la comprend pas vraiment tant qu’on n’envisage pas la psychologie du directeur.

Conclusion

Il y a une dissolution de l’objet. Il n’existe pas une réalité historique toute faite que la science devrait percer. Malgré l’effort de détachement et d’objectivité de l’historien, la science historique est forcément relative. Mais cette relativité est normale, puisque la fin de la science est d’être intégrée au système actuel, d’enrichir notre culture, de servir de référence pour le présent. Selon R. Aron, une objectivité peut être atteinte au-delà de cette diversité : le renouvellement des œuvres est compatible avec une validité de plus en plus large de la compréhension, car « la vérité actuellement possédée permet de saisir la vérité des conquêtes antérieures ».

Conclusion: les limites de la compréhension


Sur ce point, R. Aron s’oppose à M. Weber.

D’abord, il considère que M. Weber confond rationnel et compréhensible d’une part et non conscient et incompréhensible d’autre part. Pour M. Weber, seuls les faits rationnels sont compréhensibles et ils sont d’autant plus compréhensibles qu’ils sont rationnels. Il n’a pas assez distingué la compréhension des mobiles, n’a pas étudié la compréhension affective.

Ensuite, pour M. Weber certains faits sont incompréhensibles dans l’absolu (réaction mécanique, instinctive ou celle de l’aliéné). R. Aron rétorque que les faits ne sont jamais incompréhensibles en eux-mêmes mais seulement à cause du contexte. Le sociologue doit étudier dans quels contextes un fait est compréhensible et dans quels autres contextes il ne l’est pas.
La compréhension implique deux faits contraires et complémentaires :

  • elle implique une objectivation des faits psychiques

  • elle engage toujours l’interprète, qui n’est donc jamais comparable à un physicien, qui reste homme en même temps que savant (et qui ne veut pas devenir savant pur, car la compréhension vise, au-delà du savoir, une appropriation du passé)

Les conséquences de cette imparfaite objectivation sont multiples :

  • la connaissance d’autrui consiste à reconstituer un système de préférences ou de conduites, à dégager la structure intellectuelle, mais ne permet pas de « sentir » l’âme, de partager une vie étrangère.

  • on n’a jamais accès à l’intention morale d’un être, on ne peut pas apprécier la qualité morale au-delà des mobiles et des motifs

  • on ne perçoit pas le sujet dans sa totalité ou dans sa décision libre ; la liberté de l’individu observé disparaît.


V-Le devenir humain et la pensée causale



Les directions de la recherche causale 

Au sens premier la cause est « une force efficace qui produit l’effet ». Aujourd’hui le positivisme exige que le rapport de causalité soit perceptible et vérifiable c’est à dire conforme à une règle de succession, et non pas seulement intrinsèque, subjective ou essentiel. Il doit y avoir un antécédent constant pour établir un rapport de régularité (=nécessité par la suite). Aron se distingue de Comte qui fixe comme objectif premier pour la science positive la détermination de lois et non la recherche des causes. Au contraire Aron considère que c’est en recherchant les causes que la science moderne parvient à établir des lois.

De même la tradition sociologique durkheimienne impose d’établir le raisonnement logique qui détermine la régularité et inconditionnalité de l’antécédent. Pourtant le simple constat d’un lien de causalité ne suffit pas à satisfaire les exigences du raisonnement logique, c’est le recours à des exemples multiples qui permet de faire émerger l’antécédent régulier.

On retrouve cette différence entre l’histoire et la sociologie. L’Histoire étudie le réel qui affecte la construction historique, alors que la sociologie vise à établir des liens nécessaires en observant des régularités : elle doit ignorer la vraisemblance des enchaînements rationnels. Cette opposition recouvre celle de la compréhension qui dévoile l’intelligibilité intrinsèque des motifs, des mobiles et des idées, et de l’explication qui tente d’établir des relations causales.

La distinction entre ces pratiques recouvre l’opposition faite par Alfred Weber (frère de Max) entre le but de l’histoire qui est d’étudier un objet singulier et la sociologie qui étudie un objet susceptible de se reproduire. Mais pour toutes deux le but d’une démarche scientifique est de substituer aux apparences des relations vérifiées, en vue de dissoudre la perception immédiate de la pensée courante. L’idée de Aron et de réunir les l’ambition du savant qui recherche des régularités et du juge qui recherche la causalité unique. C’est entre ces 2 pôles que se situe l’historien. Pour Aron seule la philosophie permet d’articuler, de manière crédible le travail d’organisation des phénomènes éparpillés et de rechercher des causes moteurs efficaces (=explicatives). Sans ce travail l’enchaînement des événements ne se distinguent pas du hasard.


A Les événements et la causalité Historique


La recherche historique est rétrospective. De même toute recherche causale est régressive. Il s’agit de distinguer alors la cause véritable  parmi la multiplicité des antécédents. En outre la singularité d’un événement historique empêche la comparaison. Ainsi on ne peut attribuer à sa cause (unique qui engendre un événement unique) une portée universelle. Dès lors comment faire émerger la relation nécessaire (générale) d’un événement singulier alors que cela nécessite une répétition d’événements ?
Le schéma de la causalité historique 

Le raisonnement causal consiste à systématiser une discrimination entre les différentes causes possibles. On imagine que la cause considérée n’existe pas et on observe les changements consécutifs selon la méthode :

  • découpage du phénomène effet

  • discrimination des antécédents et séparation pour en estimer l’influence

  • construction des évolutions qui résultent de la suppression de l’un des antécédents

  • comparaison des constructions abstraites obtenues et des événements réels

Les relations causales peuvent être des enchaînements réguliers (possibilités objectives) ou des accidents. Pour distinguer un antécédent régulier d’un accident il faut construire une structure abstraite pour calculer son adéquation avec la situation réelle. Cela revient à estimer la probabilité de toute relation causale attachée à une régularité historique ou à un cas particulier. C’est considérer que la causalité est équivalent à un calcul rétrospectif de probabilité.

Une telle méthode soulève cependant 2 objections. Les constructions abstraites peuvent être fantaisistes. Le raisonnement est idiographique. En outre pourquoi distinguer des contingences (variables) et des causes (régulières) puisque la totalité du réel est inconcevable ? En effet une relation nécessaire ne peut se rapporter qu’à un sous-ensemble de la réalité. Le raisonnement scientifique est circulaire : on ne peut distinguer l’accident de la possibilité objective l’un par rapport à l’autre (où commencer ?). En fait il s’agit de 2 moments successifs de la réflexion. Cela commence par la mise à jour d’une relation adéquate qui permet de discriminer l’efficacité des différentes causes (et donc les accidents des causes adéquates). Ensuite cela permet d’évaluer les influences réciproques de l’un sur l’autre dans la détermination du réel. On remarquera que la nature des faits (adéquat ou accidentel) est relative (dépend des autres).


Limites et significations de la causalité historique


Liberté est laissée dans la reconstruction des probabilités rétrospectives. Cependant quelle que soit la perspective adoptée l’entrelacement des possibilités objectives rend quasiment impossible la construction de trames historiques alternatives (impossibilité de penser le réel totalement). L’historien contribue à faire recouvrer au passé son incertitude, alors que le scientiste le considère comme fatal. Le calcul anticipé est la condition de la conduite raisonnable, la probabilité rétrospective est celle du récit véridique.

Dans cette perspective on peut caractériser la méthode de Simiand :

  • toute relation causale doit être déduite de loi

  • pour choisir parmi les antécédents il faut isoler l’antécédent le plus général et le moins conditionné ; cet isolement passe par la mise en évidence de sa régularité (ce qui implique la comparaison)

  • pour rendre la comparaison possible il est nécessaire de construire des concepts qui désignent

l’événement étudié.



Les critiques de cette méthode voient dans la cause la plus générale la manifestation de cette relation de nécessité. Mais la cause générale en histoire n’est pas la cause de tout autre événement qui lui est comparable (la cause de la guerre de 14 n’est pas la cause de toutes les autres guerres). La conceptualisation de l’événement ne rend pas compte de sa singularité. Elle vise à subsumer les caractéristiques qui singularisent l’événement dans un système qui permette la comparaison. « Elle organise en unité idéelle des conduites diverses et complexes ».


B Les régularités et la causalité sociologique


La sociologie se distingue par son ambition de l’histoire (la volonté nomothétique). Elle se définit comme la science qui établit des relations générales entre des faits historiques.


Causes sociales


Pourtant la plupart des relations causales sont probabilistes et non de nécessité. De plus aucunes des causes n’entretient de rapport absolu avec son effet (chaque cause peut expliquer à des degrés divers plusieurs effets).

Pour Durkheim, la sociologie doit imiter les sciences de la nature (i.e expliquer par les causes). Durkheim condamne la psychologie, le finalisme, l’idéologisme, l’histoire. Mais il n’expose pas pour autant clairement les modalités de l’explication sociologique.

La psychologie est exclue parce que le fait sociologique est sui generis : la psychologie qu’il assimile a une doctrine universelle de l’individu type ne permet pas selon lui de rendre compte d’un fait social, donc historique, en considérant les traits communs à tous les hommes.

Il rejette aussi le finalisme ou l’idéologie qui admet l’intention consciente qui a créé une institution. Or c’est le tout qui modèle les consciences et non l’inverse. Il y a confusion entre les origines et la justification théorique d’une institution.

Aron rend compte des limites explicatives de l’outil statistiques utilisé par Durkheim. La classification en motif fondée sur les statistiques est simplificatrice :les + grandes fréquences servent à qualifier la catégorie. Mais qu’en est-il des populations qui ne rentrent pas dans ces catégories ? Aron souligne 2 erreurs. D’une part les covariations n’acceptent qu’une seule explication psychologique. Et d’autre part les ensembles statistiques sont des ensembles réels (catégorie structurée).

Aron conclut que la sociologie durkheimienne vit dans une véritable mythologie. La stabilité des taux est perçue comme une manifestation de la force du social alors qu’on ignore le rôle des situations sociales en tant que simples circonstances favorables. Il faut définir le rôle des statistiques. L’explication à partir des statistiques doit réunir les causes dispersées pour expliquer un effet et non pas les sélectionner pour ne garder que celles qui conviennent.

Il condamne tout autant les métaphysiciens de l’Histoire (ex la loi des 3 états de Comte). Ainsi Durkheim conceptualise la société pour en faire un objet de science qui se caractérise par une unité autonome de significations. Les incidents sont écartés car qui relèvent de l’histoire. La société est le lieu du facteur primaire (cause absolue). Mais la définition d’un tel facteur est problématique. En fait cela sert un projet de tri (discrimination) entre des faits puissants (sociologiques) et superficiels (historiques).

L’erreur de Durkheim est de présupposer que la société comprend en elle-même toutes ses causes (le social par le social). En outre Durkheim considère que les sociétés passent par les mêmes stades de l’évolution (de la société primitive à la société industrielle) ce qui est une autre forme de finalisme.

Max Weber tente d’organiser une classification de faits-types reliés par des rapports de causalité. Le terme cause et effet sont des élaborations de l’esprit. Il y a un découpage arbitraire du réel qui se veut idéal (représentatif) et qui ignore parfois les relations réelles entre les institutions. Ces constructions permettent de saisir toutes les variétés d’un même phénomène aux dépens de la rigueur des résultats. Par cette méthode plus la cause est générale plus les effets sont multiples et plus le rapport est éloigné de la nécessité. Seulement les règles dégagées par le procédé ne sont pas nécessaires (simplement probables). Pour Weber toute relation causale doit être doublement adéquate : causalement et significativement. A la suite de Weber Aron distingue l’imputation causale de l’interprétation psychologique. Si la compréhension permet de saisir le mobile ou le motif, et que l’explication nécessite la sélection des causes, alors la compréhension sous la forme de saisies conceptuelles est un préalable à l’explication et un successeur qui interprète les relations dégagées. La compréhension rend intelligible la disparité des causes en sciences de l’homme ce qui permet ensuite de les organiser en vue d’expliquer les effets par les causes.

Pour parfaire la réflexion de Weber, Aron propose de se limiter à une seule société où l’on puiserait des exemples d’une base identique. Les relations causales obtenues seraient plus fermes.


C Le déterminisme historique




Causalité historique et causalité sociologique


Les deux causalités, bien loin de se contredire, s’impliquent réciproquement. Les problèmes que se posent la science (sociale) ne sont pas inscrits dans le réel ils sont construits. Par ailleurs les relations abstraites n’épuisent pas le réel étudié. Enfin les lois (scientifiques) ne sont pas toujours les plus pertinentes pour expliquer le réel.

Les objets en histoire et en sociologie sont-ils les mêmes ? pour Durkheim oui (la différence est de niveau superficiel/efficace). Or l’histoire ne se contente pas que du particulier. Elle étudie comme la sociologie les niveaux les plus généraux. Il en résulte que la distinction entre le social et l’historique (ou l’individuel) est toujours relative et partiellement subjective.

On constate que la causalité sociologique doit précéder celle de l’historien car elle permet de mettre au jour un enchaînement d’événements déterminés. Cette succession dans l’analyse n’implique pas que l’histoire soit postérieure à la sociologie car elles sont indépendantes. D’autre part elle lui est souvent antérieure car il faut réaliser un travail historique pour trouver les éléments généralisables à partir d’une situation.


La systématisation causale


Toute réflexion causale détermine un point de départ et d’arrivée extérieurs à la pensée causale. La chaîne d’inférence limitée entre les termes est caractéristique de l’enquête historique. Le problème est de déterminer la prédominance d’un antécédent. Il y a une infinité de possibilités entre un antécédent vraisemblable (proche du réel) mais peu général et un antécédent général mais éloigné du réel.

Il s’agit ensuite de recenser l’ensemble des causes possibles à partir de classifications (horizontales=historique=institutionnelles et les transversales=hiérarchie objective d’essences). On rejoint l’idée qu’il n’existe pas de premier moteur au mouvement historique total.

VI - Histoire et Vérité
Dans cette partie Aron analyse le problème de la relation entre histoire et vérité.

La question centrale de l’ouvrage est : jusqu’à quel point peut-on saisir objectivement le passé ?

Selon lui la théorie de l’histoire est une philosophie qui se définit selon un double lien : 

  • les évolutions des interprétations historiques sont subordonnées à la philosophie

  • les transformations sociales déterminent les conceptions du monde (causes et objets)

L’objectivité de la science historique est alors problématique. Comment s’organisent les rapports compréhensifs et le déterminisme parcellaire ? Aron reprend la réflexion de Max Weber sur l’union de la compréhension et de la causalité. Pour Max Weber la vérification causale a 3 fonctions :

  • Rend rigoureux le passage du type au cas particulier

  • Permet de passer (rigoureusement ) du rationnel au réel

  • Relie la pluralité des interprétations à l’unité de l’interprétation vraie

Cette approche permet d’apporter une réponse au problème spécifique des sciences humaines : la pluralité des interprétations nécessite une décision.

Cependant Weber commet une double erreur . Il distingue mal les propositions compréhensives, qui ont pour but de traduire ce qui a été, et les jugements de causalité, qui impliquent une généralité. Ensuite il renverse l’ordre des démarches scientifiques : l’historien ne va pas du type au particulier. Il extrait des faits le type qui correspond à la conduite des individus. C’est une interprétation compréhensive qui n’exige pas d’autre preuve.




L’homme et l’Histoire
La conscience historique varie avec les hommes et les époques (nostalgie du passé, ou espoir dans l’avenir).

L’Homme est dans l’Histoire : il appartient à une communauté qui participe à une histoire. C’est un milieu que l’on subit et que l’on juge.

Si l’Histoire n’était constituée que des changements collectifs l’Homme ne prendrait pas conscience de son être historique. A partir de là, comment l’Homme accède-t-il à l’universalité ? Comment soumet-il sa décision à la loi du vrai ? Y a-t-il une opposition entre l’existence et la vérité ? La temporalité comme expression de la nature humaine offre une réponse à ces questions.






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