«Les raids d’anéantissements sur l’Allemagne ont fait 600 000 morts» Sommaire Présentation





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Christophe Vallet MAP 2004/05



Fiche de lecture



« Les raids d’anéantissements sur l’Allemagne ont fait 600 000 morts »


Sommaire


  1. Présentation




  1. De la destruction comme élément de l’histoire naturelle




  1. Dire et Ecrire l’anéantissement




  1. Echos à la conférence de Zurich


***********

1) Présentation
Auteur : WG Sebald 

Titre : « De la destruction comme élément de l’histoire naturelle »
Titre original : Luftkrieg und Literatur

Traduction : Patrick Charbonneau
Editeur : Actes sud, 2004 – Coll Lettres Allemandes, 153 p.
Autres œuvres :

« Les émigrants », « Les anneaux de saturne », « Vertiges », « Austerlitz »

Le titre comporte deux parties : la première développe le thème : « guerre aérienne et littérature » et la seconde est consacrée à l’écrivain Alfred Andersh.

Nous nous limiterons à la première partie.
A) L’auteur

Par Michel Grisolia

« Il aimait les citations et les voyages à pied, les métaphores, la mystique des pierres, les phrases à rallonge et la compagnie des fantômes. C'était un promeneur solitaire, un arpenteur de la mélancolie. A cet homme des chemins de traverse, des bibliothèques, des marais et des dunes, qui écrivait comme filme le Grec Angelopoulos, en longues périodes-travellings, la route aura été fatale: né en Bavière en 1944, W. G. Sebald disparut en décembre dernier dans un accident de voiture, au cœur de cette Angleterre où il s'était établi, pour enseigner, depuis 1966. Il nous laisse une poignée de livres compacts mais limpides, austères et somptueux. Révélé par Les Emigrants, récits d'exilés ayant fui le régime nazi, Sebald a poursuivi avec Les Anneaux de Saturne, prix du meilleur livre étranger 1999, sa quête du souvenir fondé sur une métaphysique de l'Histoire, déchiré entre les horreurs et la beauté du monde »

Par Catherine Argand, Lire, octobre 2002
« W.G. Sebald est mort l'année dernière, à l'improviste, alors que la France commençait à s'émouvoir devant son œuvre magistrale dont trois titres étaient parus: Les émigrants, Les anneaux de Saturne, Vertiges. Une œuvre capable de renvoyer l'image d'un continent entier au siècle passé (celle d'une Europe des pas perdus jusqu'à l'Oural) à partir du pistil d'une fleur ou du cœur mélancolique d'un homme. Chaque être humain porte l'humanité entière, voilà ce que démontre Sebald, entomologiste de la trace, fin connaisseur de ce dont seule la littérature est capable: entendre le fracas des hommes en regardant l'œil d'un passant. »



  1. L’ouvrage


Un tabou de la mémoire, par Daniel Bermond, Lire, février 2004


 « Détruire pour détruire, détruire jusqu'à l'anéantissement. Les raids alliés sur l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, stratégiquement inopportuns, obéissaient à un acharnement aveugle visant à la dématérialisation du pays. Mais sur les Allemands qui survécurent un voile est aussitôt tombé, comme si un tabou avait verrouillé la mémoire de l'épreuve. Selon l'historien américain Clodfelter, les bombardements de Dresde furent le plus grand massacre jamais perpétré en un même lieu et dans le même temps depuis Gengis Khan... Dans ce texte qui reprend une série de conférences faites à Zurich, Sebald décrit dans le détail le plus cru quelques épisodes de la catastrophe vécue par ce «peuple de seigneurs», dixit Hitler, réduit à se nourrir et à s'abriter comme des bêtes. Pourquoi alors ce silence, celui des gens eux-mêmes et celui des écrivains allemands? A cause d'un sentiment de culpabilité tellement écrasant que ces destructions passèrent pour un juste châtiment ou bien pour fuir par le refoulement un passé innommable? »

Dans l’avant propos, on prend la mesure du titre original du livre : « Lufkrieg und Literatur ». Il reflète la réflexion duale de l’auteur, à la croisée de destruction guerrière et de la création littéraire, de la représentation de ce phénomène. W.G Sebald analyse la production littéraire allemande de l’après-guerre à travers le prisme de la destruction aérienne, la manière dont cette destruction a influencé les écrivains allemands, la manière dont ils l’ont représenté dans leurs œuvres.
Le point de départ du livre, de la réflexion qu’il reproduit est une conférence donnée à Zurich en 1997. Cette conférence s’inscrivait dans le cadre d’une série sur la création littéraire, son thème était : « Guerre aérienne et Littérature. A partir notamment de l’œuvre de Carl Selig, l’auteur entame une réflexion plus personnelle, presque introspective, qu’il illustre dans son propos par des passages de ses propres œuvres. Il élargit cette introspection à l’Allemagne et aboutit à la conclusion qu’il existe un tabou.




« Les insuffisances et les crispations des lettres et des écrits divers (…) ont (…) révélé que l’expérience vécue par des millions de gens dans les dernières années de la guerre (…) n’a jamais été réellement mise en mots et que ceux qui étaient directement concernés ne l’ont ni partagée ni transmise aux générations suivantes.» p.10



Ce tabou de la destruction a eu pour conséquence primordiale, l’impossibilité pour l’Allemagne de l’après guerre de se redéfinir mais aussi une incapacité à décrire ce qui l’entourait (ruines,…).

Pour Sebald, lorsque « nous (allemands) regardons en arrière, en particulier dans les années 30 et 50, c’est toujours pour détourner de ce nous voyons ». Il cite en exemple le cas de Alfred Andersh qui « Lettres » s’y est essayé. Le cas de cet écrivain est pour lui exemplaire, il illustre dans la postérité l’origine de l’incapacité de toute une génération à raconter leur environnement, leur adaptation à cet environnement, car « s’était se raconter eux-mêmes » et Andersh dans sa relation ‘’élastique’’ avec le régime nazi puis dans sa dénégation de toute relation, en est une figure exemplaire.
W.G Sebald, à partir d’œuvres littéraires étudie la destruction, la manière dont elle affecte les consciences individuelles, les consciences collectives, la manière dont elle est ‘’racontée’’, représentée par les artistes du « verbe ».

Quelques mois après la commémoration de la Shoah, après le tsunami en Asie, en relisant le déluge biblique, cet essai de Sebald a un autre écho sur les impacts, les conséquences à long terme d’une destruction d’une prégnance telle qu’elle devient immanente, transcendantale, l’égale d’une vertu : naturelle.


2) De la destruction comme élément de l’histoire naturelle
En « L’absence de grande épopée allemande de la guerre et de l’après guerre » « il semble que nous soyons nous, allemands, devenus aujourd’hui un peuple étonnamment coupé de sa tradition et aveugle face à son histoire »
Même si le temps efface les traces, érode les mémoires, il reste les chiffres (des archives).




400 000 vols


1 millions

de tonnes de Bombes


131 villes attaquées



3,5 millions de logements détruits



7,5 millions de sans abris


600 000 morts




  1. L’origine


Face à l’ampleur des chiffres, il existe peu de traces dans la conscience collective, peu de séquelles de toutes ses douleurs, alors même que jusqu’en 1950, des croix de bois flottaient toujours sur les ruines.
Cette difficulté à retranscrire à donner lieu à une controverse entre Walter V.Molo d’une part et Franck Thiess et Thomas Mann, d’autre part. Elle a été le fait pour l’essentiel d’écrivains étrangers ou exilés
Parmi la production allemande interne, Sebald distingue un seul roman : « Le silence de l’ange » de Heinrich Bôll. Les autres auteurs recensés : Hans Brunswicg, Herman Kasack, Hans Erich Nossack, Arno Schmidt, Peter de Mendhelssohn n’intègre cette réalité que partiellement, à la marge de leur écriture.

La vieille garde cherchait à retrouver sa gloire d’antan, les jeunes se prostraient dans une description sentimentale et larmoyante, même si certains se sont réclamés d’une vision intransigeante de la réalité. Toutefois, Sebald considère que seul Bôll a offert une idée approchante de l’abysse effroyable de l’Allemagne de 1944-45. Sa parution tardive (1992) témoigne de la difficulté pour ce chapitre de l’histoire à franchir le seuil de la conscience nationale.
B) La description
A partir d’archives historiques, de témoignages et de passages d’ouvrages littéraires, Sebald propose un aperçu de cette réalité.

Il dissèque à la page 36, la méthode de bombardement employée lors des raids sur Hambourg : l’opération Gomorrah :


  • le 28/7/1943 à 1 h du matin 10 000 t de bombes explosives et incendiaires furent larguées selon une méthode éprouvée. Ce furent d’abord 2 t de bombes explosives dont le souffle devait éventrer les portes et faire exploser les fenêtres, puis de petites charges incendiaires enflammèrent les charpentes des toits et des greniers tandis que parallèlement, des bombes de 30 livres (env. 15 kg) pénétraient les étages inférieurs propageant le feu. En quelques minutes sur 20 Km², de multiples incendies se formèrent pour s’unir un quart d’heure plus tard. Quelques minutes encore et à 1h20, un brasier s’éleva à 2 000 m, aspirant l’oxygène avec la force d’un ouragan. Tout brûla pendant 3 h, les flammes hautes comme des maisons se déplacèrent dans les rues, comme un raz de marée, à 150 Km/h, l’asphalte fondu éclatant en grosses bulles, emprisonnant les fuyards encore rescapés. A la pointe du jour, la fumée s’élevait à 8 000 m obscurcissant la lumière du jour. La température supérieure à 1 000°C fut ressentie jusqu’à l’intérieur du fuselage des bombardiers. Aux lendemains du bombardement, une corbeille à linge rassemblait les restes de plusieurs familles.




  • 1 250 000 réfugiés se répandirent à travers toute l’Allemagne. Selon, des témoignages, des femmes fuirent le charnier, transportant dans leurs valises, les cadavres calcinés de leurs nourrissons.


En 1946, un journaliste allié traversant la zone dévastée en train nota que personne dans le compartiment bondé ne regarda par la fenêtre.
Lord Sully Zuckerman avait envisagé d’écrire un article. Le projet qui n’a pas abouti avait pour titre : « de la destruction comme élément de l’histoire naturelle ».
C) De la justification de la destruction
En Allemagne, il n’y a pas eu de débat sur la justification morale et stratégique. Au-delà de la difficulté de la population du Reich à demander des comptes, Nossack estimant que les allemands y avaient vu une ‘’juste punition’’ : «le temps n’est plus à la mesquine différence entre amis et ennemis ».

En Grande-Bretagne, après une tentative d’oubli, il y a eu une tentative de débat.
« l’élimination comme procédé est le réflexe de l’expert »

Stanislas Lem, « la dimension imaginaire »
L’origine de l’aera bombing tenait à la position extrêmement marginale de la G-B en 1941. Les britanniques disposaient de peu de moyens d’interventions sur le cours de la guerre. Churchill choisira alors de : « procéder à partir de notre pays, à une attaque absolument dévastatrice, exterminatrice (…) sur le territoire allemand ». Parmi, les divers plans envisagés, certains participèrent à l’élaboration de la bombe atomique.
L’aera bombing résulte d’une décision gouvernementale de 1942 qui considère cette solution comme « l’unique possibilité d’attaque et d’intervention ».

Toutefois, les bombardements lourds se sont poursuivis alors même que la possibilité d’effectuer des raids sélectifs était envisageable (cf Albert Speer).

Mais l’ aera bombing avait sa propre logique : une logique de production : ne pas gaspiller les munitions et les équipements, alors même que 70% des pertes des équipages étaient de jeunes pilotes débutants.

En outre, le Commandeur Harris, Commander in Chief of Bomber Command « croyait en la destruction pour la destruction ». Il avait intériorisé la violence (cf Lord Solly Zuckerman, « From Apes to warlords », Londres, 1978).

Adepte de la guerre totale, il se confortait à ses principes : l’annihilation aussi complète que possible de l’ennemi, de ses habitations, de son histoire, de son environnement naturel.

Cette logique de puissance, Elias Canetti l’a mis en évidence. Ce lien entre la fascination pour la puissance à l’état pur et le nombre croissant de victimes qu’elle suscite. (E.Canetti, « Masse et Puissance », Gallimard).

Elaine Scarry avance la thèse dans « body in pain » que les victimes de guerre ne sont pas sacrifiées, elles sont l’objectif.
Kluge attribue la systématisation de la destruction à l’évolution des modes de production industrielle. Cette logique de destruction s’inscrit dans la perspective des organisateurs : évacuer la pression du potentiel accumulé.

Il cite Marx : « on voit que l’histoire industrielle et l’existence de l’industrie (…) sont le livre ouvert des forces de la conscience humaine »

  1. Histoire naturelle et destruction



Par quoi commencer une histoire naturelle de la destruction. Bôll a émis une hypothèse : l’expérience de déracinement collective serait à l’origine de la soif de voyage dans la R.F.A. Ce serait aussi d’un point de vue « behavioriste », un examen préparatoire servant à l’initiation de la société mobile qui se constitue dans les décennies suivantes ou l’instabilité chronique est érigée en vertu cardinale.
« La ville allemande est devenue la Nécropole d’un peuple étrange arraché à son existence civile et à son histoire, régressant à l’état de tribus itinérantes vivant de la cueillette » (E.Kingston, McCloughy), foyer à ciel ouvert des habitants des caves comme une forêt vierge, vivant au milieu des rats des mouches dont le nombre nécessitait l’usage de lance-flamme.

Dès la fin de la guerre, les arbres poussaient déjà dans les chambres à coucher, en 1943, les marronniers et les lilas fleurirent deux fois.
La destruction (comme élément de l’histoire naturelle) serait un déterminant dans la construction de l’histoire allemande, une histoire qui s’inscrit forcément dans l’avenir. « On ne peut saisir l’énergie ambivalente des allemands que dans le mécanisme de refoulement reconnaissant le délabrement absolu d’où elle a surgit, l’a éliminé de son patrimoine affectif et a inscrit au tableau des faits glorieux tout ce qu’elle a réussi à surmonter. Ils ont fait d’une déficience, une vertu ».
Le miracle allemand (réussite économique) est né bien sur du Plan Marshall. Mais, les bombardements y ont pris une part prépondérante : la mise à la casse d’usines vieillottes, des centres villes vieillissants. En outre, en sus d’une éthique du travail apprise sous une société totalitaire, appliquée sans états d’âme, ce déracinement mis en exergue par Bôll, aurait favorisé une faculté d’improvisation logistique.
Dès lors, cette destruction totale n’apparaît donc pas comme l’issue effroyable d’une aberration collective (comme un processus culturel) mais comme la première étape de la reconstruction.

Ainsi intériorisée, incapable d’introspecter cette partie de son inconscient collectif, la destruction par son emprise, sa prégnance, son étendue géographique à déterminer en partie le deuxième vingtième siècle allemand, comme élément de l’histoire naturelle.


3) Dire et écrire l’anéantissement


  1. Face au choc


Face au choc, il est difficile de se raconter, on balance entre le besoin de savoir et la tendance à fermer les yeux.

Pour celui qui raconte, il faut faire le tri dans une masse d’informations plus ou moins vraies.
Les survivants perdent en partie la capacité psychique de se souvenir. Leur discours est discontinu, erratique, lui conférant une impression d’affabulation.
Les réalités hors-normes échappent au récit, à la compréhension, à l’intelligible. Il rejoint l’absence de rationalité humaniste des bombardements. Elles s’estompent derrière des tournures, des phrases toutes faîtes : « nuit fatidique, puissances infernales, ... ». La destruction montre les limites des conventions du langage. Le langage s’impose comme une manière de conjurer le souvenir, entre réflexe incantatoire et prière expiatoire, dire : c’est vivre.

B) Les écrivains (allemands)
Comment raconter, écrire, dire l’anéantissement ?
Thomas Mann, sur la plan artistique, dans son Dr Faustus, propose une histoire critique d’un art (l’art nazi) qui au fil de la guerre tend à devenir de plus en plus apocalyptique. Il soulève l’épineuse question entre esthétique et éthique.
Quelques écrivains allemands ont fait une tentative littéraire de cerner la destruction totale : trois d’entre eux, Hermann Kosack, Nossack, De Mendhelssohn, étaient en contact régulier depuis 1942.

Nossack, lui dans « La ville au-delà du fleuve », a voulu montrer qu’une littérature allemande de valeur a poussé sur les ruines. Il se réfère à la déesse Indra dont la barbarie destructrice dépasse même les forces démoniaques.

Dans « Relation d’un voyage au royaume des morts », il voyage au cœur de la province pédagogique allemande : de Goethe à Stauffenberg et finalement à Himmler. Il exhume la figure du Mentor (en France : il y a celle du Sauveur) : ces lointains ancêtres, ces mères primitives ont façonné une discipline patriarcale forgée dans des ténèbres pré-natals. Ces rémanences de pratiques sociales d’une élite détentrice d’un savoir secret exerçant avant et au-dessus de l’Etat traduise une permanence idéologique ‘’aveugle’’ (histoire naturelle).

L’idéal de vérité, qui se dégage du récit de la chute d’Hambourg, dénué de toute prétention s’avère pour Sebald la seule raison légitime pour continuer à faire œuvre de littérature. A l’inverse, tirer d’un monde anéanti des effets esthétiques est une perte de légitimité, une forme de récupération.
La crise crée en temps normal, in vivo et un temps travaillé par les sens, après la conscience, forcement a posteriori.
Pour Kluge, tout examen rétrospectif n’est pas vain car le processus d’apprentissage s’accomplit également a posteriori « seule possibilité d’infléchir les aspirations semées par des esprits envahis par la peur, une exception refoulée ».

La théorie matérialiste comme toutes les théories épistémologiques restent-elles valides face à une telle destruction ou seule la théorie naturaliste s’impose-t-elle ? Retombons-nous dans une histoire de la nature où l’évènement faisant irruption après s’être tapi sous notre main ?

Derrière, Kluge pose une autre question : sommes-nous capable de tirer une leçon ?

Le regard de Kluge est celui de l’ange de l’histoire dont Walter Benjamin dit : « qu’une seule et unique catastrophe qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »
Peut-on tirer une leçon de l’histoire, du progrès alors même que le temps fuit à l’autre bout, que le temps s’accélère sous l’effet du progrès technologique, que le présent tend à devenir insaisissable ?


  1. Echos à la conférence de Zurich


Le chapitre III offre une forme de conclusion. Les critiques reçues ont conforté Sebald dans son idée que la destruction n’a pas pleinement trouvé sa place dans la conscience allemande.

Ce « motus vivendi » se retrouve dans tous les segments de la société, même les historiens allemands, alors même qu’ils étaient avant la guerre, parmi les plus actifs sur la période. La seule étude d’ampleur est celle du Gal Jorg Friedrich dans le cadre d’une histoire militaire « La loi de la guerre – Chap VII ».

On lui écrit que nombreux textes, récits locaux maintiennent la mémoire. Mais pour Sebald, ils ont un caractère stéréotypé, une « insuffisance intrasèque », une « étrange vacuité ».
Parmi, les lettres reçues, certaines sont des lettres de négations d’une histoire naturelle, sorte de fac-simile du « Protocole des juifs de Sion », la destruction est le résultat d’un complot anti-allemand, son ampleur a été sur-développé par des agents de l’étranger. Il retourne l’argument d’un silence exogène imposé à l’Allemagne. Pour lui, ce révisionnisme du silence est teinté d’idéologie : celle du combat jusqu’au dernier souffle telle qu’il mis en scène par le film : « La vengeance du Kriemhild » (Fritz Lang, 1924)
Il clôt le chapitre par un rappel à ceux qui nient l’événement. Les allemands ont fait la même chose : Guernica, Varsovie, Belgrade, Rotterdam…
W.G Sebald a évoqué également Londres (1666), Moscou assiégée par Napoléon, il aurait pu ajouter Néron jouant de la musique sur fond de Rome enflammée. La destruction est-elle inhérente aux sociétés ‘’civilisées’’, complexes, peuplées d’experts en tout genre ? Il y a-t-il une histoire naturelle de la destruction : permanente et récurrente, s’est-elle renforcée avec le progrès technique ? La finitude apocalyptique est-elle un horizon indépassable ou s’agit d’une pulsion eschatologique surgissant dans la crise, une réaction pour dépasser cette crise dans le feu et dans le sang, à la recherche d’un au-delà, d’une réalité métaphysique plus conciliante avec nos psychés, nos ipséités….


A-t-on tiré une leçon ?


Bibliographie additionnelle :
- Omer Bartov : « L’armée d’Hitler », Gallimard, 2003

- Paul Veyne : « Comment on écrit l’histoire », 1971

- A et JJ Becker (dir) : « Violence de guerre : 1914-1945 », IHTP, 1999

- Raoul Girardet : « Mythes et mythologie politiques », Point Seuil, 1992

- Pierre-André Taguieff : « Le protocole des juifs de Sion », 2004


Fiche de lecture : De la destruction comme élément de l’histoire naturelle

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