Les chiffres entre crochets et en rouge indiquent les pages de l’ouvrage papier, édition française chez alzani





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José María Román cm

Saint Vincent de Paul

Biographie


25 janvier 1981

Traduction française assurée par

André Sylvestre, cm

Jules Vilbas, cm

Jean-Marie Lesbats, cm

en 2001 - 2002

Cet ouvrage est la traduction française du «San Vicente de Paul» tome I, Biographia, de José-Marià ROMAN cm. paru en septembre 1981, à la BAC «Biblioteca de Autores Christianos» de Madrid.

Le Visiteur de la Province de Madrid de la Congrégation de la Mission a bien voulu autoriser les Provinces de France à publier, aux éditions ALZANI, de cette traduction française.

Qu'il en soit bien vivement remercié.

Septembre 2044


Proprietà letteraria riservata. Vietata la riproduzione, anche parziale, previa autorizzazione dell'Autore o dell'Editore.

© ALZANI EDITORE - PINEROLO - 2004 ISBN 88-8170-240-1

Les chiffres entre crochets et en rouge indiquent les pages de l’ouvrage papier, édition française chez ALZANI.
Table des matières
Introduction 1

Première partie : Une enfance sans histoire (1581-1600)

1. Une enfance paysanne 5

2. Une adolescence pleine d’espérance 13

Deuxième partie : Les années de Pèlerinage et d’Apprentissage (1600-1617)

3. Projets et infortune 23

4. L’histoire du captif 27

5. Roman ou histoire : un grave problème critique 31

6. De Rome à Paris, changement de décor 41

7. Les chemins de la conversion 45

8. La découverte d’une vocation 55

9. La première réponse : Châtillon-les-Dombes 61

Troisième partie : La Maturité créatrice (1618-1633)

10. L’engagement personnel 71

11. Nouveaux signes de la Providence 79

12. Projets de fondations 87

13. La Congrégation de la Mission prend naissance 95

14. La lutte pour la conservation apostolique 101

15. La lutte pour la conservation institutionnelle 111

16. La lutte pour la conservation économique 121

17. Le cadre institutionnel se complète 131

Quatrième partie : Vingt ans de réalisations (1633-1653)

18. Panorama depuis Saint-Lazare 141

19. La croissance de la Congrégation 153

20. Les règles, norme et esprit 169

21. Les vœux, idéal et sauvegarde 175

22. La compagnie en action : missions et exercices 189

23. La compagnie en action : ordinands, séminaires, conférences 203

24. Italie, Irlande, Pologne : la mission en Europe 217

25. Tunis et Alger, la mission parmi les esclaves 233

26. Madagascar, la mission parmi les infidèles 243

27. Les armes de la charité : confréries et dames 251

28. Les Filles de la Charité : la consolidation 257

29. Les Filles de la Charité : l’expansion 267

30. La charité en action : enfants, galériens, mendiants 275

31. La charité en action : les désastres de la guerre 289

32. M. Vincent à la cour 299

33. M. Vincent au gouvernement 305

34. M. Vincent en politique : la Fronde 315

35. La guerre encore une fois : Picardie, Champagne, Île de France 325

36. Vincent de Paul face à Jansénius 337

Cinquième partie : La vieillesse lucide (1653-1660)

37. Dernières réussites, dernières épreuves 353

38. Dernières entreprises 361

39. Les adieux 371

40. Le départ 377

Épilogue 381
PREFACE DE LA TRADUCTION FRANCAISE
Stupéfaction ! Oui, en refermant cette vie de saint Vincent de José - Marià ROMÁN, on se dit : pourquoi cet ouvrage n’a-t-il pas été traduit plus tôt en français ? Il l’a été en d’autres langues et depuis de longues années. Pourquoi ce long avent français ? Rivalités, négligence, craintes devant l’engagement financier ? Le fait est qu’il aura fallu attendre presque un quart de siècle pour découvrir cette vie de saint Vincent.

Ce livre est la traduction française de «San Vicente de Paul» tome I, Biographia de José-Maria ROMAN cm. paru en septembre 1981, à la BAC «Biblioteca de Autores Christianos »1 de Madrid.

Né en 1928, entré dans la Congrégation de la Mission le en septembre 1944, il fut ordonné prêtre en Angleterre le 18 janvier 1953, puis professeur dans les séminaires de la Congrégation de la Mission de Philosophie et de Théologie de Madrid et de Salamanque. Docteur en Histoire civile de l’Université Complutense de Madrid, licencié en Histoire de l’Eglise de l’Université Grégorienne à Rome au temps de la célébration de Vatican II, spécialisé en gestion de bibliothèque et archiviste, Directeur des « Anales » espagnoles, membre fondateur du SIEV (Secrétariat International d’Études Vincentiennes), il fut un expert parce qu’homme de grande culture générale et historique. Il fut de plus, appelé par le Supérieur Général, Visiteur de la Province de Madrid de 1981 à 1988, selon le souhait de la majorité de ses confrères. Bref, un homme de savoir et de terrain !




De formation historique et théologique, José-Maria ROMAN FUENTES était en 1981, l’un des meilleurs connaisseurs du Fondateur de la Mission et de son temps. Il nous donne ici le fruit de ses recherches et de ses confrontations avec d’autres “amoureux” de Vincent.

Comme le dit la BAC «L’auteur s’est efforcé de laisser la parole au saint, chaque fois que c’était possible. La plupart du temps c’est Vincent lui-même qui nous raconte son histoire.

C’est surtout lui qui nous transmet son message : prendre la charité comme une mission dans sa propre vie, c’est à dire, selon Vincent lui-même, «faire connaître Dieu aux pauvres, leur annoncer

Jésus Christ, leur dire que le royaume de Dieu est là et que ce royaume est pour eux » et cela, il faut le faire par la parole et par les œuvres, parce que le plus parfait : c’est « d’évangéliser par la parole et par les œuvres».

Tout au long de ces pages, Vincent est décrit comme un homme conduit par des rencontres humaines nombreuses et de multiples événements, jalons de la Providence sur son chemin de sainteté. Au terme, reste son engagement inconditionnel et passionné pour l’annonce de la Parole et le service des pauvres.

Cette biographie a été écrite il y a vingt-trois ans. Depuis, les chercheurs ont poursuivi leurs investigations, de nouveaux documents ont été trouvés en particulier par le Père Bernard KOCH cm. Ici ou là des corrections ou des ajouts s’imposeraient et le père Roman y souscriraient sans nul doute, tellement sa rigueur historique était aux avant-postes des découvertes scientifiques ; par exemple sur le problème récurrent de la Captivité, sur l’état de la ville et de la paroisse de Châtillon lors du séjour de Vincent ou sur le prieuré de Saint-Léonard de Chaume, et sur d’autres points. Toutefois, par choix et respect de l’œuvre majeure de sa vie, nous avons voulu conserver le texte du père ROMAN dans son intégrité et rehausser ainsi la mémoire du Père qui nous a quitté en février 2002.

La traduction de cet important ouvrage, dont le lecteur appréciera la qualité et la finesse, a été réalisée par des confrères français : André SYLVESTRE, le regretté Jules VILBAS, le tout repris et harmonisé par Jean-Marie LESBATS. Grâces soient rendues à leur travail et à leur persévérance pour notre plus grand bonheur.

Paris Le 27 septembre 2004 Toulouse
Pierre CORNÉE, cm et Yves BOUCHET, cm,

Visiteurs des Provinces de France
Introduction
Vincent de Paul est l’un des saints dont la vie a été le plus retracée, par des auteurs différents (environ 1500 fois). Mais la qualité ne va pas toujours avec la quantité. La plus grande partie de cette littérature est de caractère occasionnel, destinée à être répandue dans des publics aux exigences très diverses. En toute rigueur, il y a eu quatre grandes biographies de saint Vincent de Paul, une par siècle au cours des quatre cents ans qui nous séparent de la date de sa naissance.
1. La biographie du XVIIe fut publiée en 1664, quatre ans après la mort de Saint Vincent, par Louis Abelly, évêque de Rodez : La Vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la Mission. (Paris, Florentin Lambert, 1664), trois tomes (260, 480 et 372 pages.)

Louis Abelly (1604-1691) était un intime et vieil ami de Vincent de Paul. Il l’a connu vers 1633 et l’a fréquenté assidûment jusqu’en 1660. Il devait à Saint Vincent le franchissement d’étapes importantes de sa carrière ecclésiastique : sa nomination à la charge de vicaire général du diocèse de Bayonne, celle de chapelain-directeur de l’Hôpital général de Paris. C’était un écrivain fécond et très lu. Son "Sacerdos christianus" et sa "Medulla theologica" eurent de nombreuses éditions, à en juger par Boileau, qui faisant un jeu de mots avec le titre de l’œuvre la plus connue, se moque de lui en le qualifiant de "moelleux" c’est à dire mou ou visqueux. Quand, à la mort de Vincent de Paul, les missionnaires cherchèrent à publier une vie de leur fondateur, ils eurent recours [8] à cet écrivain ami. Ils mirent à sa disposition une masse impressionnante de documents : celle qu’avait accumulée le secrétaire du défunt, le frère Bertrand Ducourneau, laquelle formait deux ou trois grands volumes ; celle qu’avaient réunie d’autres missionnaires parmi lesquels figuraient le P. Fournier et le frère Robineau ; celle qu’avait rassemblée Abelly lui-même, qui avait fait un voyage au pays natal de Vincent ; celle qu’avait envoyée un autre ami et compatriote de Vincent, le chanoine St. Martin, et enfin les lettres originales de notre saint, bien plus nombreuses que celles que nous conservons. Avec tous ces éléments, mis en ordre par un missionnaire, Abelly composa sa grande œuvre.

C’est une biographie édifiante au ton décidément hagiographique mais radicale et rageusement véridique. Les erreurs que des recherches postérieures ont découvertes sont le fruit de lacunes ou de failles dans la documentation, mais jamais de propos délibéré. En somme, mis à part son style melliflu, elle est une source de premier ordre pour une connaissance de Saint Vincent surtout du fait que de nombreux documents qu’avait manipulés Abelly ont disparu, il ne nous en reste que les transcriptions qu’il en a faites. Son défaut le plus grave est peut-être son manque de sensibilité à un développement biographique. Pour Abelly, Vincent de Paul est toujours le même de sa naissance à sa mort.

Malgré tout, Abelly demeure la première et indispensable référence de toute nouvelle biographie. Tant que le contraire n’est pas démontré, les données qu’il avance présentent la fiabilité qui est due à un témoin direct de nombre des évènements qu’il relate. Ses premiers lecteurs qui avaient connu Vincent de Paul en vie estimèrent cette biographie prolixe, répétitive, trop douceâtre mais non point trompeuse. Seul un témoin étranger à la famille, Martin de Barcos, soutint ce dernier point, mais son accusation se limite à un seul thème : les relations de Vincent de Paul avec Saint-Cyran, oncle de Barcos, et le jansénisme. Abelly répondit en prouvant que sa documentation provenait uniquement des archives de la Congrégation de la Mission et non pas des Jésuites, comme l’avait prétendu Barcos. [9]
2. Au XVIIIe parut la deuxième grande biographie de Vincent, celle de Pierre Collet : La Vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité. (Nancy, A. Lescure, 1748) 2 volumes (588 pages et 616 pages)

Pierre Collet (1693-1770) était un prêtre de la Congrégation de la Mission et un théologien distingué. Le cardinal Fleury lui demanda de compléter l’œuvre de Tournely, Institutiones théologicae : 17 volumes, ce qui lui demanda un travail de trente et un ans. Il composa aussi d’autres ouvrages de polémique théologique et de morale. C’était un anti-janséniste passionné.

La biographie de Collet fut publiée peu de temps après la canonisation de Saint Vincent. Pour éviter l’opposition janséniste, il se fit imprimer en Lorraine, mais fut obligé de cacher son nom. Collet, méthodique et systématique compulsa la documentation déjà étudiée par Abelly, mais à laquelle s’étaient ajouté les éléments rassemblés pour les procès de béatification et de canonisation. Il observa dans son ouvrage un ordre rigoureusement chronologique, et il y ajouta des notes critiques, qui manquaient chez Abelly.

On a accusé Collet de ne pas être très original. L’accusation n’est qu’en partie vraie. En général il suit assez servilement Abelly mais il ajouta des éléments nouveaux : il critiqua de nombreux documents, il polémiqua sur les versions jansénistes de la figure de Vincent de Paul et il mit en relief l’aspect politique de ses engagements. C’est une biographie érudite et scientifique dans le style du XVIIIe. Sous plus d’un aspect, il complète Abelly, bien que sa lecture soit moins facile, car si le style d’Abelly est douceâtre, celui de Collet est sec et un peu indigeste.
3. La grande biographie du dix neuvième fut l’œuvre d’un chanoine de Poitiers, Ulysse Maynard (1814-1893) Saint Vincent de Paul. Sa vie, son temps, ses œuvres, son influence (Paris, Rétaux-Bray, 1860) 4 volumes.

L’œuvre de Maynard parut à l’occasion du deuxième centenaire de la mort de M. Vincent, à la demande du Supérieur [10] général de la Congrégation de la Mission, le P. Jean-Baptiste Étienne qui mit à la disposition de l’auteur les archives de Saint-Lazare. Maynard poussa ses recherches à fond avec le désir de réaliser une œuvre originale. Il se proposait de présenter Vincent de Paul sur le fond d’une grande fresque historique de l’époque. Il y est arrivé en grande partie, bien que la relation entre le personnage et le monde qui l’entoure n’apparaisse pas toujours avec netteté.

La quantité de matériaux habilement accumulés permit à Maynard d’ajouter à la biographie vincentienne bon nombre de notes. Malheureusement sa rigueur critique n’était pas toujours à la hauteur de sa ténacité de chercheur. Parfois il modifie à sa guise les faits, ou bien il admet comme véridiques des anecdotes plus que douteuses. Le ton du livre est tout à fait dans le goût de la rhétorique du XVIIIe, avec toutefois des arrières goûts romantiques. Il faut pourtant obligatoirement le consulter surtout pour certaines des réalisations vincentiennes comme l’assistance aux régions dévastées et d’autres.
4. Le vingtième siècle offre à l’historiographie vincentienne le grand ouvrage du lazariste Pierre Coste (1873-1935) : Le grand saint du grand siècle, Monsieur Vincent (Paris, Desclée de Brouwer, 1932) 3 volumes.

L’auteur, archiviste et secrétaire général de la Congrégation de la Mission, avait d’abord édité les œuvres complètes de Vincent de Paul : Saint Vincent de Paul. Correspondance, Entretiens, Documents (Paris, Lecoffre-Gabalda, 1920-1925) 14 volumes. Cet ouvrage rassemble la totalité des écrits de Vincent de Paul, connus à ce moment-là : sa correspondance active et passive, ses conférences spirituelles aux missionnaires et aux filles de la charité et un bon nombre de documents variés (bulles, règlements, contrats, déclarations, etc.). Ce n’est pas une édition critique au sens rigoureux du terme, car l’éditeur s’est dispensé de certaines formalités ; pourtant la fiabilité n’est pas en cause, vu les précautions prises par Coste pour livrer au lecteur les paroles mêmes de Saint Vincent. Un mérite de cette édition, c’est le soin avec [11] lequel ont été accumulées les notes qui peuvent éclairer les personnages, les évènements, les localités et les concepts auxquels il est fait allusion dans les textes vincentiens. Depuis la parution de cet ouvrage, il serait impensable pour tout biographe, ou pour quiconque veut étudier Saint Vincent de Paul, de ne pas exploiter à fond les écrits publiés par Coste. Ils constituent la source première de toute recherche vincentienne.

Coste lui-même a été le premier à exploiter systématiquement son ouvrage. Le résultat en a été la biographie. Elle répond dans son concept et son développement aux postulats les plus exigeants du positivisme historique. Ce qui l’intéresse, ce sont les faits. Dans ce sens, la biographie de Coste ne laisse rien à désirer. À part les découvertes postérieures, elle réunit, on peut le dire, toutes les données relatives à l’histoire de Vincent de Paul, matériellement parlant.

Pourtant, deux critiques peuvent être faites à une réalisation si méritoire. D’une part l’auteur, par conviction, tombe dans les excès de la critique positiviste. Il a le préjugé du document, poussé jusqu’à nier tout ce qu’il ne rencontre pas comme écrit. D’autre part, il manque non pas de talent, mais du don d’interpréter. Sa lecture des textes n’arrive pas à s’élever jusqu’au sens profond des faits ou des paroles, sans lequel aucune biographie n’est possible. Ainsi le Monsieur Vincent de Coste est inévitable pour quelqu’un qui veut étudier Vincent de Paul avec le minimum de sérieux.

Le lecteur passera en revue les biographies mineures les plus importantes, dans les pages bibliographiques. J’évoquerai ici seulement les quatre ou cinq qui ont le plus d’intérêt ou d’originalité. Je considère comme telles celles de A. Redier, de P. Renaudin, de J. Calvet, de J. Mauduit, et de A. Dodin.

Cette dernière (André Dodin, Saint Vincent de Paul et la Charité, (Paris, 1960, Le Seuil, 188 pages) est un petit livre dont la valeur dépasse de beaucoup la brièveté. Ce véritable prodige de synthèse pénètre dans le monde intérieur de Vincent de Paul et dans la transcendance de son œuvre. Il développe pour nous l’image vivante et souriante du saint de la Charité, et il sème chez [12] le lecteur, avec d’habiles et suggestives interrogations, le désir d’entrer dans une étude plus ample et détaillée.

Les biographies espagnoles, bien qu’elles soient abondantes, sont pour leur majorité des traductions ou des adaptations des ouvrages français. Cependant deux d’entre elles se détachent, l’une du XVIIIe, l’autre du XXe.

La première, publiée en 1701 est l’œuvre d’un religieux augustin un peu auréolé par le mystérieux prestige de sa naissance comme fils naturel de Philippe IV : Fr. Jean du Saint Sacrement : Vida del venerable servo de Dios Vicente de Paúl (Naples, De Bonis, 1701) 572 pages. La traduction en castillan d’une biographie italienne, celle de l’oratorien Domenico Acami (Rome, 1677) est aussi de lui ; elle était elle-même la traduction d’un résumé français de la biographie d’Abelly. Mais ce n’est pas une traduction servile, elle recrée l’original qu’elle dépasse par l’aisance de la phrase et l’élégance du style. Malheureusement les éditeurs postérieurs se crurent autorisés à modifier les périodes fleuries de l’original, changeant en une quelconque prose journalistique un texte qui a toute la saveur des classiques espagnols du siècle d’or.

La dernière grande biographie espagnole a été l’œuvre des Pères José Herrera et Veremundo Pardo : San Vicente de Paúl. Biografía y sélección de escritos (Madrid, BAC, 1950) 908 pages. Ce fut une intention sérieuse de réaliser une biographie espagnole originale. Comme base documentaire, elle utilise l’édition des écrits vincentiens et la biographie de Coste. Elle a le mérite de conclusions bien fondées et elle a un style agréable. Mais elle se ressent de l’atmosphère triomphaliste de l’époque de sa parution. De plus elle exagère les liens espagnols relatifs à la personne et à l’activité de Saint Vincent.

L’ouvrage que le lecteur tient maintenant en mains prétend prolonger l’interminable effort pour connaître et interpréter le passé à partir du présent, qui est l’histoire en général et l’histoire de l’Église en particulier. Il n’est pas difficile de détecter les présupposés méthodologiques qui ont présidé à son élaboration. Peut-être faut-il en énoncer explicitement certains : [13]

Ortega y Gasset a écrit : «On peut ramener les composantes de toute vie humaine à trois grands facteurs : la vocation, les circonstances et le hasard. Écrire la biographie de toute vie humaine, c’est arriver à mettre en équation ces trois valeurs.»

Être fidèle à cette consigne d’Ortega a été le propos initial et constant de cette biographie. Vus dans une optique chrétienne, les trois facteurs énumérés par Ortega signifient une relation non pas à un quatrième facteur, mais à un agent transcendant de l’histoire, sous-jacent à toutes les forces qui l’animent : Dieu. C’est lui qui montre à chaque homme sa vocation «ce personnage idéal qu’est chacun de nous.» C’est lui qui place l’homme dans les circonstances qui délimiteront sa vie. Lui ou bien, ce qui est la même chose, sa Providence, est en définitive le vrai nom du hasard.

Les deux autres préoccupations venant aussi d’Ortega m’ont poursuivi tout au long de l’élaboration de ce livre. D’une part voir la vie de Vincent de Paul à partir de son intérieur c’est à dire comme un drame ou une action consistant en la réalisation ou non dans le temps et avec l’aide ou l’obstacle des circonstances de la vocation personnelle. D’autre part rapporter chaque élément concret de la réalité historique de Vincent de Paul à tout l’ensemble de l’histoire auquel il appartient. Car il n’y a pas d’erreur plus grave que d’isoler les faits singuliers ou de les rapporter à un contexte auquel ils ne correspondent pas. "C’est une erreur d’anatomie" diagnostiquait Ortega.

Organiser le matériel immense et varié composant la biographie de Vincent de Paul en un tout cohérent et intelligible, fidèle aux trois présupposés indiqués, exige une articulation de la vie humaine selon les cinq étapes de l’existence enfance, jeunesse, première et deuxième maturité et vieillesse. En conformité avec ce schéma, voici le cadre synthétique de la biographie de Vincent de Paul :

1. Enfance et adolescence (1581-1600). Âge sans conséquence historique

2. Jeunesse (1601-1617). Âge de l’apprentissage, de l’information, de la recherche et de la découverte de sa vocation, [14] ou si l’on préfère, de son projet de vie à travers un processus de conversion.

3. Première maturité (1618-1633). C’est un âge de gestation pendant lequel il va créer les instruments qui rendront possible le programme qu’il considère comme l’œuvre de sa vie, en lutte avec les forces qui s’opposent à lui depuis son installation dans les centres du pouvoir.

4. Seconde maturité (1634-1653). C’est l’âge de l’autorité et de la gestion pendant lequel il met au point les grandes réalisations qui marqueront son passage dans l’histoire de l’Église et du monde.

5. La vieillesse (1653-1660) Vincent en marge et au delà des luttes quotidiennes s’efforce de léguer aux générations suivantes les fruits de son expérience vitale et historique.
Il est juste de dire qu’aucune des dates signalées n’a été choisie par hasard. Tout connaisseur moyen de Vincent de Paul sait que 1600 a été l’année de son ordination, que 1617 est l’année de Folleville et Châtillon avec la découverte décisive de sa vocation, que les années 1632-1633 furent les années de son installation à Saint-Lazare, de l’approbation définitive de la Mission, de la fondation des Conférences des mardis, et celle des Filles de la Charité, que 1652-53 correspond à sa sortie du Conseil de Conscience, et à l’approbation des Constitutions de la Congrégation de la Mission par l’archevêque de Paris et enfin à la condamnation du jansénisme, que 1660 fut l’année de sa mort.

Il sera nécessaire aussi dans cette introduction de tenir compte des circonstances historiques dans lesquelles s’est déroulée la vie de M.Vincent. J’espère qu’elles seront suffisamment explicitées au long de cet ouvrage et, ce qui est plus important, qu’elles le seront en fonction de leur influence sur la vie de Vincent lui-même. Pour cela je renonce à tracer dès maintenant un cadre qui, contre mes convictions, serait détaché du personnage que je prétends décrire.

L’ouvrage au total comporte deux volumes : celui-ci, qui contient la biographie, et un second qui inclut une étude de la spiritualité vincentienne et une ample sélection des écrits. Il est à charge respectivement des Pères Antonino Orcajo et Miguel Pérez Flores. Les deux tomes sont inséparables, ils se complètent mutuellement. Notre désir a été d’offrir au public espagnol et hispano-américain une version de Vincent de Paul en 1981, année du quatrième centenaire de sa naissance.

José-María Román, cm

Madrid le 25 janvier 1981

364ème anniversaire de la 1ère mission de St. Vincent
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