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Transcription J-C ROMER
Je vais vous parler aujourd’hui des représentations de l’espace russe de sécurité.

Toute réflexion stratégique impose, on le sait depuis au moins 2500 ans, c’est-à-dire depuis les écrits du premier stratégiste chinois qui s’appelait Sun Tzu, impose de connaître l’Autre et, a fortiori, son adversaire potentiel. Cette compréhension de l’Autre et de sa culture stratégique, qui est malheureusement trop souvent partielle voire partiale, ne signifie pas pour autant accepter ses idées ou ses comportements. La crise ukrainienne qui se déroule en 2013 – 2014 est un exemple tout à fait caractéristique des représentations profondes de la stratégie et de la géopolitique russes sur le temps long. Pour tenter de comprendre cette crise ukrainienne, il convient de saisir comment la Russie se perçoit dans l’espace stratégique.
La Russie reste le plus grand pays du monde avec ses 17 millions de kilomètres carrés, et même si elle a perdu 5 millions de kilomètres carrés, c’est-à-dire neuf fois la France par rapport à la superficie de l’Empire tsariste puis de l’Union soviétique, sa situation de puissance continentale centrale par excellence - qui a par ailleurs inspiré la plupart des théoriciens de la géopolitique – conduit les Russes, l’expérience historique aidant, à considérer que leur territoire se situe dans un environnement potentiellement hostile. Ils ont ainsi développé un complexe d’encerclement et une méfiance viscérale à l’égard de toute instabilité à leurs propres frontières. Ceci les conduit à chercher avant tout, à sanctuariser leur territoire par la constitution d’un glacis protecteur à leurs frontières immédiates. Ils ont réalisé cet objectif dans un format optimal au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, par un réseau de pays alliés qui se retrouveront, quelques années plus tard, dans l’alliance militaire qu’est le pacte de Varsovie.
Sur un plan militaire, ces éléments se traduisent par une forte interaction entre les logiques offensives et défensives dans ses stratégies. Il s’agit pour la Russie de défendre un espace de sécurité essentiellement terrestre et dans la continuité territoriale du centre de décision. En matière d’armement, cela se traduit par une priorité accordée aux armes susceptibles de porter le feu le plus loin possible des lignes amies. D’où l’importance accordée à l’artillerie puis aux missiles qui, en Russie, sont considérés comme une extension de l’artillerie dont ils sont une émanation directe. Tout ceci revient à dire que la Russie est bien une puissance régionale mais qu’il ne faut pas se méprendre sur cette notion de région puisque celle-ci s’étend de l’océan Pacifique à la Mer Noire et de l’océan Arctique aux contreforts de l’Himalaya.
En 1989, une majorité de Russes a eu l’impression que les 20 à 27 millions de morts de la « Grande guerre patriotique », 20 millions parce que ce sont les chiffres officiels de l’époque soviétique, 27 millions qui est le produit des plus récentes recherches des historiens russes, donc ces pertes de la « Grande guerre patriotique » avaient été vaines, puisque Moscou avait abandonné sans réagir ce glacis protecteur que le sacrifice de ses enfants lui avait permis d’obtenir. D’où ce discours fort répandu depuis 1991 et repris par Poutine en avril 2005, que « la disparition de l’Union Soviétique avait constitué la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle ».

Le fait est, que depuis 1991, les dirigeants russes successifs ont considéré que leurs relations avec la Communauté des Etats Indépendants (CEI), c’est-à-dire avec les Etats issus de l’ancien empire russe puis de l’Union Soviétique à l’exception des Etats Baltes, constituaient la priorité de leur politique étrangère. Ils avaient alors développé le concept « d’étranger proche », qui s’applique à l’espace de la communauté dont les frontières extérieures constituent les frontières de sécurité de la Russie, un espace dans lequel Moscou est déterminé à défendre les intérêts de ses ressortissants, un espace qui partage une histoire commune avec la Russie et qui n’est donc pas totalement « étranger », d’où le terme « d’étranger-proche ».

Le concept énonçait également que cet espace constituait une zone « d’intérêt vital » pour la Russie. La zone d’intérêt vital est un terme quand même extrêmement strict qui signifie qu’un Etat est déterminé à défendre ses intérêts, en allant jusqu’au sacrifice ultime, parce que c’est l’existence même de la nation qui est en jeu. Or, cette notion d’intérêt vital, cette notion d’étranger proche, a été abandonnée dès le milieu de la décennie 1990 car la Russie n’avait ni les moyens ni la volonté de défendre ses intérêts en étant prête à aller jusqu’au sacrifice ultime. En août 2008, le président Medvedev a donc jugé nécessaire d’introduire la notion d’« d’intérêt privilégié » pour qualifier les relations de la Russie avec les pays de la CEI. On retrouve cette distinction déjà effectuée dans le Livre Blanc français de 1994 qui avait introduit la notion « d’intérêt stratégique » à côté de celle « d’intérêt vital ».
Tels sont quelques-uns des préalables nécessaires pour tenter de saisir la nature et les sources de la crise qui se déroule en Ukraine, qui est aussi le berceau du premier Etat russe. C’est à dire que si au départ, il n’existe pas de sentiment d’hostilité entre Russes et Ukrainiens comme en ont témoigné les précédentes crises entre Moscou et Kiev, tant est grande la proximité des deux peuples, la crise actuelle est d’une nature quelque peu différente.
L’idée de voir l’Ukraine signer un accord de partenariat, annoncé comme étant exclusif, avec l’Union Européenne a été perçue presque naturellement par Moscou comme un geste hostile et donc difficilement acceptable. Tous en effet avaient en tête cette formule de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale du président américain Jimmy Carter, selon la quelle «  sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie ».

Quelque peu civilisées qu’aient été les méthodes employées par les dirigeants russes pour fragiliser son voisin occidental, c’est bien dans une logique de préservation d’un glacis protecteur que s’inscrit la crise actuelle. Or, il est bien dans l’intérêt de Bruxelles comme dans celui de Moscou, que l’Ukraine puisse devenir un pont plutôt qu’un mur entre l’Union Européenne et la Russie.

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