Myriam cottias, directrice de recherches au cnrs, responsable du programme européen sur les esclavages





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date de publication03.11.2017
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Intervenants :

  • Myriam COTTIAS, directrice de recherches au CNRS, responsable du programme européen sur les esclavages

  • Alain FOREST, professeur à l’université Denis Diderot - Paris VII

  • Benjamin STORA, professeur à l‘INALCO Langues Orientales, professeur à l’ENVOL

  • Jakob VOGEL, professeur à l’université de Cologne

Débat animé et introduit par Catherine COQUERY-VIDROVITCH, professeure émérite à l’université Denis Diderot - Paris VII

Table ronde qui s’est tenue le 10 octobre 2008 à l’antenne universitaire (14h00 – 15h30)
La table ronde ne revient pas sur les origines de la colonisation, mais se penche sur ce qui s’est passé entre les Européens et des gens différents, avec des interrelations permanentes. Il apparaît trois questions importantes :

  • montrer que l’histoire coloniale n’est pas un petit chapitre, mais qu’elle fait intrinsèquement partie de cette histoire. L’expansion européenne n’est pas un appendice, elle est constitutive de l’histoire européenne, et ce dès les Grandes Découvertes qui furent à la fois témoin et facteur de l’expansion européenne.

  • étudier la construction d’une vision du monde, d’une vision de l’autre par les Européens.

  • analyser et caractériser les regards des autres sur les Européens.




  1. L’histoire coloniale est partie prenante de l’histoire européenne.




  • Cette histoire n’est pas toujours, ni dans tous les pays, apparue comme constitutive de l’histoire européenne.

L’Europe à l’époque moderne n’existe pas. Mais des souverainetés se font la guerre, autour d’objets coloniaux : conquête de l’or, traite des esclaves qui sont déportés de l’Afrique de l’ouest vers les nouvelles terres. Ce trafic provoque donc des conflits très virulents : qui en tirera le plus d’argent, qui mènera la traite ? Cette part coloniale n’est pourtant pas vue à cette époque comme une part de l’histoire européenne, parce que l’Europe n’existe pas et parce que ces souverainetés s’accordent sur la nécessité d’exploiter une main d’œuvre esclave. Cette idée fait consensus tant la mortalité est forte chez les engagés blancs, tandis que la main d’œuvre africaine résiste mieux.

La part coloniale de l’histoire française a été appréciée de manière très variable selon les périodes. Le nationalisme français ou britannique au XIXème siècle avait inscrit la dimension coloniale au cœur de son discours. La France sans ses colonies ne pouvait pas exister : le choc des deux guerres mondiales l’a montré. Sans le secours des colonies, elle était perdue. Alors qu’après la décolonisation dans les années 1960, la question coloniale a disparu des consciences, comme si la décolonisation l’avait effacée, comme si elle était archaïque, appartenant aux temps passés. Elle est revenue avec l’immigration non européenne, et derrière elle l’esclavage. C’est en fonction des nécessités du présent qu’elle est revenue au cœur de la fabrication des récits nationaux.

Actuellement, les Français ont une vision claire de leur histoire coloniale. Mais celle des autres pays européens est moins connue, au-delà du Royaume Uni ; il faut intégrer le Portugal et surtout les Pays Bas. Les expériences coloniales européennes sont diverses, comme le montre l’exemple de l’Allemagne qui, ayant perdu toutes ses colonies en 1914, ne s’est guère intéressée à la question. Alors que l’Allemagne a pourtant participé à la découverte du monde extérieur avec ses explorateurs et ses géographes.


  • Cette part coloniale de l’histoire européenne a eu de multiples influences.

Tout d’abord une influence économique, car dès la Renaissance, une partie des richesses qui circulent viennent de l’Amérique latine ; aller vers ces richesses est sujet de conflits, mais cela donne naissance à des réseaux commerciaux avec des places comme Lisbonne, Amsterdam, Londres ou Paris.

Ensuite, une influence culturelle, la découverte de l’Asie étant en relation avec les Lumières, la manifestation de l’esprit européen. L’Asie fit croître le relativisme religieux, à cause de la découverte de systèmes de pensée basés sur la raison (Confucius) : cela relativisait la question d’une vérité religieuse. Dans le domaine matériel, à Versailles, il existe une petite salle asiatique et pour l’art de la table se répand la porcelaine.

Enfin, sur le plan démographique, les pays du Nouveau Monde ont constitué un déversoir humain, ce mouvement migratoire européen ayant constitué un facteur essentiel du développement européen.


  1. La perception de l’autre.

Ce regard est fait essentiellement de malentendus.

En Asie, au XVIIIème siècle, la grande vision de la Chine s’accompagne d’une construction d’un regard européen, la construction d’un savoir européen qui se veut savoir de référence sur les autres peuples. D’où en Asie une valorisation de ce qui est en pierre (en oubliant les constructions en bois, au Japon par exemple) et des langues anciennes (il n’y a rien sur l’Inde entre le VIIème et le XXème siècles, mais une très bonne connaissance du sanscrit) : on sélectionne ce qu’on va retenir. Les Européens sont persuadés au XIXème siècle d’avoir affaire en Asie à des sociétés qui étaient formidables, mais ils ne voient que des sociétés jaunes dégénérées qui trafiquent l’opium. Dès lors, les Européens sont convaincus de les remettre dans le courant de leur longue histoire. On valorise la tradition chinoise, vietnamienne : les Français par exemple au Vietnam pensent faire avancer ce peuple dans la voie de la modernité. Les indigènes ont pour vocation de conserver leurs traditions, avec tous les aspects folkloriques ; à eux l’art, l’harmonie, la douceur… à l’Europe l’argent et la domination.

Les historiens de la IIIème République territorialisent l’histoire de la France sur le continent européen et la définissent avec une dimension raciale (Seignobos voit la population de la France comme une population métissée, mais entre populations blanches). Ce qui rend difficile la perception des Antillais, Français à part entière depuis 1848. Il émerge néanmoins des catégories simplifiées : l’esclavage est uniquement vu comme issu de l’Afrique noire, si bien que s’établit vite l’équation nègre égale esclave. Avec un délire racial qui pousse à définir aux Antilles jusqu’à 128 catégories de couleurs, avec le pur blanc au sommet le noir foncé tout en bas.

Il se succède deux périodes dans la fabrication des stéréotypes au Maghreb :

  • la période de conquête au XIXème siècle jusqu’en 1914. Le corpus est élaboré par les militaires, avec les bataillons de l’armée d’Afrique, qui collectionnent les renseignements sur l’arriération. Puis un deuxième corpus est forgé par les Républicains : il faut laver et éduquer, sauver les Africains, en décrivant leurs conditions misérables. Cela passe par le fait qu’on ignore la langue de l’autre, à part les militaires qui s’essaient aux dialectes et aux langues ; les Républicains veulent que tout le monde apprenne le français. La frontière au Maghreb par la racialisation passe par la terminologie « européens / non européens » (« indigènes »). La frontière culturelle est entre ceux qui appartiennent à l’Europe considérés comme supérieurs et les autres. Là apparaît une notion européenne.

  • dans l’entre-deux-guerres le support principal qui fabrique des stéréotypes est le cinéma. Le cinéma colonial des années 1930 nous présente parfois un indigène fourbe, mais surtout cette population indigène est invisible. Les images sont ne sont pas au bled ou en ville : on filme surtout le désert et l’armée (Gabin) où l’autre n’existe pas. La figure de l’indigène, avec une construction très lourde au XIXème siècle, disparaît dans la deuxième période. De sorte qu’il y a une très grande surprise lors des guerres coloniales, où l’indigène devient figure autonome.

Il existe une expérience européenne commune. Les disciplines universitaires sont imprégnées de l’héritage colonial, avec une coupure disciplinaire : la sociologie s’intéresse aux sociétés développées, l’ethnologie ou l’anthropologie aux sociétés en dehors de l’Europe. Dans un autre domaine, à la fin du XIXème siècle, la vision de la nature en Afrique s’est construite en opposition aux expériences européennes, au point que la médecine coloniale se justifie par des maladies propres à la sphère coloniale (alors que la malaria est chassée d’Europe – d’Allemagne ou d’Italie – seulement au cours du même siècle). Les médecins coloniaux disaient les européens / les indigènes.

Néanmoins, on distingue des différences dans la vision de l’autre selon le pays dont est originaire l’Européen. Celui issu des pays marchands urbains a une tendance différentialiste qui peut aller jusqu’à la ségrégation, ce qui est très marqué chez les Anglo-Saxons. Tandis que le Français a une tradition universaliste qui peut aller jusqu’à nier et gommer les différences.


  1. Les autres ont aussi regardé les Européens.

La perception s’avère très différente ici aussi selon les espaces et les périodes, surtout que s’y ajoute souvent la méconnaissance.

Pour l’Afrique noire, on reprend souvent le schéma résistants/collabos, celui de La France durant l’occupation, pour caractériser l’attitude des populations colonisées. Mais l’essentiel, comme en France, essaie de trouver sa place, de se débrouiller. De même dans l’Afrique subsaharienne, la grande majorité a vécu une occupation.

La chronologie est différente en Asie. Avant la colonisation, l’Europe n’apparaît pas ; c’est une espèce de position géographique ; nous sommes placés par les Chinois dans les gens de l’extérieur. Pour un Thaïlandais ou un Cambodgien, il y a la catégorie des Francs. Les premiers sont les Portugais (1510 – 1511), des nomades de la mer, des aventuriers prédateurs assimilés aux pirates chinois. Peu à peu se cristallise l’idée qu’ils viennent de quelque chose d’un peu construit, mais qui apparaît comme un puzzle. Quand le roi de Siam apprend que Louis XIV est le plus puissant en Europe, il lui envoie une ambassade. Mais les plus puissants sur place sont les Hollandais, il se tourne alors prioritairement vers eux. La vision de l’Europe, sur ses acteurs principaux, change avec l’arrivée des Français et des Anglais : ce sont visiblement eux les plus forts. Au XIXème siècle l’Europe apparaît comme un pays de conflits où on se fait la guerre en permanence, des puissances guerrières qui se sont juste mises d’accord pour dominer le monde ; dans ce cadre, les Américains sont assimilés aux Européens jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Au Maghreb, le monde européen est lointain, surtout que ces pays sont sous-administrés par la France ; pour des ruraux paysans l’Europe est très loin. Il ne faut pas reconstruire faussement et généraliser une proximité qui n’existe que dans le monde urbain. C’est avant tout une grande méconnaissance. Le regard se construit à partir de l’appartenance religieuse : les autres sont les chrétiens, les roumis, ceux du nord. L’islam est un sentiment d’identité, le regard est donc porté par rapport à la communauté des croyants.

Enfin, reste-t-on européen quand on a quitté l’Europe ? Les voyageurs dans les Antilles ne parlaient pas d’Européens et se demandaient si c’étaient des Français que ces gens anémiés, au teint jaune, qu’on appelle alors des créoles. Le créole se voit comme un blanc supérieur par rapport aux esclaves, l’Européen le voit comme un sous-blanc ; la vision dépend à l’évidence du point de vue.

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