Hubert Bonin, professeur d’histoire économique contemporaine à l’Institut d’études politiques de Bordeaux []





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B. Crise et adaptation



Ce paysage bancaire évolue sensiblement dans l’entre-deux-guerres, tout comme à Bordeaux d’ailleurs. La concurrence s’exacerbe ; déjà, vers 1895, le CNEP avait pris le contrôle de la maison de banque locale Ozenne22 – tout comme il avait acquis sur Bordeaux la maison Lafargue au début des années 1890 –, dans le cadre d’une stratégie de pénétration du monde des PME sur les plus grandes places marchandes et industrieuses23. La banque Adam, de Boulogne-sur-Mer, descend jusqu’à Toulouse ; en fait, pendant la guerre, elle avait replié sa direction à Poitiers et son punch l’avait amenée à découvrir le potentiel de plusieurs places du grand Sud-Ouest et à y établir des agences ; elle les conserve à la paix et déroule ainsi un maillage léger sur tout l’Ouest atlantique, qu’elle étend jusqu’à Toulouse au tournant des années 1930 : elle reprend en effet à Toulouse la maison Dehocqd Siccard – dont nous ne savons rien, en fait.
a. Klehe au sein de la Banque privée
L’événement clé est le passage de Klehe sous l’emprise de la Banque privée Paris-Lyon-Marseille : cette société se rattachait au groupe des banques « parvenues » (CCF, BNC, Adam, groupe Bauer-Marchal autour de la Banque d’Alsace-Lorraine)24 qui venaient titiller les grandes banques de dépôts parisiennes (Société générale, Crédit lyonnais, CIC, CNEP) par une croissance externe et interne rapide et par une combativité extrême. Issue de la place lyonnaise, la Banque privée s’était affirmée comme une banque d’envergure nationale déployée sur plusieurs régions clés ; hormis le sillon rhodanien, son fief, et la région parisienne, son objectif essentiel, elle s’était érigée en banque du grand Sud en menant une stratégie de déploiement de la Provence au sillon garonnais, où la clientèle des PME constituait, pour elle aussi, un segment de marché essentiel pour la consolidation de son activité. La Banque privée se voulait entreprenante, désireuse de brûler les étapes face au match mené alors par les deux rivaux Société générale et Crédit lyonnais pour l’hégémonie bancaire en France25 – la Société générale ayant pris temporairement la tête entre 1921 et 1928. Les Klehe cèdent à coup sûr à l’attrait d’une proposition d’achat alléchante, d’autant plus qu’ils conservent la direction de ce qui devient la succursale de la Banque privée sur Toulouse.
Ainsi, comme beaucoup de grosses banques locales, Klehe a préféré s’insérer dans un ensemble vaste qui lui procure un adossement (alors supposé) solide, des capacités de refinancement plus amples et souples. Mais ce rattachement s’effectue dans de bonnes conditions, sans qu’une crise ne l’y ait contrainte, contrairement à la grande banque locale bordelaise Samazeuilh26 en 1913.
b. Courtois vers un modèle de banque « moderne » ?
Par contre, les membres de la cinquième génération familiale, les deux fils de Franck Courtois II, Armand Courtois II et Louis Courtois II, s’avèrent partisans du maintien de leur société et, pour cela, se révèlent comme des stratèges clairvoyants. Ils discernent tôt les défis qui se posent à toute banque locale importante : soit elle est balayée par les grands établissements de crédit, voire se fait racheter par eux, soit elle se replie sur des niches modestes, comme la gestion de fortune et le placement de titres ; soit enfin elle prouve sa volonté de s'insérer elle aussi dans la compétition. Dès le 18 août 1919, Armand et Louis Courtois transforment la maison en société anonyme, dotée d’un capital de 7 millions de francs, très vite porté à 10 millions en avril 1921. Tandis que les Courtois obtiennent 2 millions pour l’apport de leur actif, ils élargissent les bases de leur banque en levant des fonds parmi le monde de leurs relations bourgeoises locales : « une centaine de souscripteurs, tous parents ou amis de la famille » procurent 5 millions de francs. Leur clientèle leur fournit un vivier d’actionnaires moins intimes mais prompts à épauler la métamorphose de leur banquier : « Les trois derniers millions sont répartis entre trois cents actionnaires d'origine diverse. »27
Un second changement décisif consiste dans l’appel à un parrain parisien. Tout comme Tarneaud à Limoges quelques années plus tard, les Courtois choisissent de se lier avec la Banque de l’union parisienne28 : la banque d'affaires entre pour 10 % dans le capital en souscrivant pour un million de francs en 1920. La nécessité de disposer d’un recours permanent de refinancement s'avère nécessaire dans une période de vive croissance mais aussi de volatilité de la monnaie, voire des dépôts ; de façon classique, la banque d'affaires devient un relais utile pour tous les contacts bancaires courants avec la place parisienne, ce qui facilite les opérations d’une banque toulousaine dont de plus en plus de clients entretiennent des carnets de commande sur la capitale. Armand Courtois de Viçoze en devient le président, Louis Courtois l’administrateur délégué ; ils s’appuient en 1919-1925 sur un directeur, Laromiguière, un professionnel puisqu’il a été sous-directeur de l'agence de Toulouse de la Société générale... « Maison bien dirigée, qui jouit toujours d'un très bon crédit »29 : l’héritage d’honorabilité est soigneusement entretenu, mais la firme franchit le pas de la modernité. Armand et Louis Courtois s’avèrent des stratèges impatients de se confronter avec l’expansion. D’ailleurs, « cette première augmentation de capital est pour partie au moins destinée à faire face aux frais d’acquisition et d’aménagement du nouvel immeuble inauguré au début de novembre 1920. Les communiqués insérés dans la presse locale à cette occasion insistent avec complaisance sur la modernisation non seulement de l’installation, mais aussi du programme et de l’esprit de la banque »30. Certes, des observateurs, comme la Banque de France, écarquillent les yeux devant de tels changements qui leur semblent une rupture avec la banque locale entretenue jusqu'en 1905 par Franck Courtois, et on s’interroge sur les capacités de ses fils à assumer de telles responsabilités.
Courtois se pose en banque régionale, et non plus en grosse banque locale : au lieu de se reposer seulement sur un réseau informel de correspondants sur chaque petite place du Sud-Ouest toulousain, pyrénéen et languedocien, elle décide de se doter d’un réseau de guichets, qui lui permet de capter des courants d'affaires avec plus de force. Elle absorbe peu à peu une ribambelle de maisons d’escompte : Noël Rodier à Revel (arrondissement de Toulouse) (vers 1920) ; Maraval à Lavaur31 (arrondissement de Castres, dans le Tarn) (au milieu des années 1920) ; Ribayrol à Montauban (capitale du Tarn-et-Garonne) (au milieu des années 1920) ; Guizard au Mas-d’Azil (arrondissement de Pamiers, en Ariège) ; Clarac à Pamiers et à Saint-Girons (Ariège) (en 1928). La maison J. Gheusi à Castres, forte de sept guichets dans le Tarn, est acquise en 1933, en aboutissement du mouvement enclenché dans les années 1920. Par ailleurs, Courtois ouvre des agences à Auch et Mirande, dans le Gers, et multiplie les bureaux périodiques ici et là. Désormais, l’enseigne Courtois est présente dans plusieurs départements et sur une quinzaine de guichets : outre la Haute-Garonne, elle est hissée dans le Tarn, le Tarn-et-Garonne et l’Ariège, avec des bureaux aussi dans les Hautes-Pyrénées, en une réussite qui récompense le volontarisme d’Armand et Louis Courtois. Cela dit, la banque Courtois reste indéniablement une maison toulousaine ; le Siège gère en effet en direct une énorme majorité des crédits, notamment en faveur des nombreuses entreprises moyennes-grandes qui constituent l’ossature de sa clientèle.


Engagements de la banque Courtois au 13 octobre 1931 (en milliers de francs)

Directement à la direction de Toulouse

20 077

A l’agence de Montauban

3 357

A l’agence d’Auch

1 623

A l’agence de Pamiers

598

A l’agence de Castres

189


Courtois maintient sa fidélité envers nombre de maisons d’escompte et continue à réescompter leur papier, tandis que les partenaires s'assurent le recouvrement réciproque de leurs effets : G. Castéra à Lectoure (Gers), « client assidu de la banque Courtois, dont il a souscrit 167 actions et à laquelle il réescompte son papier » ; F. Delort, à Martres-Tolosane, « remet à Courtois du papier concernant une clientèle locale », etc. Elle manie donc d'épaisses brassées de papier de commerce et de chèques, sur plusieurs grosses places, ce qui la met en contact avec les succursales de la Banque de France pour en obtenir un refinancement rapide, notamment à Montauban, mais surtout à Auch et bien sûr à Toulouse. Fondamentalement, les activités de Courtois restent tournées vers ces innombrables PME de l’industrie légère et du négoce, qui constituent le cœur de l'économie du Midi toulousain. Mais ces firmes voient leurs flux de papier commercial s’épaissir, soit qu’elles travaillent pour des donneurs d’ordres extrarégionaux, voire parisiens, soit qu’elles se consacrent à l’approvisionnement des besoins locaux ou à la collecte des ressources du cru. « La banque a conservé une bonne et fidèle clientèle commerciale, qui n’oublie pas les services rendus »32 : c’est le socle de son fonds de commerce, car « Toulouse est plus que jamais le centre régional d'approvisionnement et de consommation ; les transactions commerciales y sont des plus actives ; les maisons de commerce qui les assurent, celles d’alimentation, de nouveautés et de tissus notamment, sont très prospères ; par ailleurs, les agriculteurs ont largement profité de la hausse des prix »33. Les négociants en tissus et habillement constituent un pan essentiel de la clientèle de Courtois, avec une douzaine de maisons particulièrement importantes34. Le secteur agroalimentaire est aussi, de façon classique, un débouché vaste, notamment grâce aux marchands de vins en gros et surtout aux firmes d’épicerie en gros, qu’elles soient traditionnelles, comme Barousse, avec son « papier commercial divisé tiré sur une bonne clientèle de détaillants, qu'il approvisionne » (1926), ou qu’elle reflète une forme moderne de distribution succursaliste, telle L’Épargne, une grosse société dotée de 200 magasins et même cotée à la Bourse de Toulouse. Nombre de grossistes accompagnent ces leaders pour animer les opérations de la banque en crédits saisonniers ou découverts pour financement de stocks35. L’industrie diffuse consomme de bonnes quantités de crédit, des crédits saisonniers et de campagne : le monde du cuir est une source d’activité abondante, surtout grâce aux fabricants de chaussures36. Des dizaines de sociétés s’occupent de niches spécifiques, sans dimension nationale ni même méridionale, mais chacune sait exploiter ses ressources locales ou son marché captif, dans l’industrie du papier, de l’habillement, du fer, de l’agroalimentaire, etc.37 On mesure mal le rôle joué par Courtois sur Mazamet, forte place textile, mais il semble qu’elle y finance quelques flux de papier de commerce, sans apparemment y être toutefois la banque leader.
Comme toute banque provinciale, Courtois manie une énorme quantité de papier de commerce dont elle assure le recouvrement et l'escompte ; elle reste une banque d'escompte, attachée à des règles de qualité strictes et à la présentation de beaucoup d’effets à courte échéance, aisément mobilisables à la Banque de France. Cependant, forte de ses dépôts relativement stables, car ils comportent une part importante de dépôts de familles proches (quelques millions de francs) et de dépôts à terme, elle reste fidèle à sa politique traditionnelle de patronage des initiatives des milieux d’affaires régionaux ; elle aussi, à une bien moindre échelle que les banques du Nord et avec plus de discrétion que les banques dauphinoises ou alsaciennes, elle pratique la ‘banque régionale’, si ce n'est la ‘banque à l’allemande’, c'est-à-dire une distribution active de découverts, souvent durables. Dans le Midi toulousain, trop de firmes locales ont été dopées par la guerre, qui leur a ouvert des débouchés amples mais éphémères grâce aux commandes militaires (chaussures, habillement, surtout). D’autre part, des hommes d’affaires se sentent grisés par cette accumulation (à leur échelle locale, toutefois) de bénéfices et par le boum d’après-guerre ; des sociétés se créent ou se développent fortement, parfois sur la base de regroupements d’intérêts. Le Midi garonnais éprouve une certaine fièvre de croissance au début des années 1920, ce qui suscite des investissements, mais ce qui nécessite aussi des apports de fonds temporaires, donc des crédits bancaires. En sus des grands établissements de crédit et de Klehe, Courtois ne peut que participer à ce mouvement. Courtois est confrontée aux aléas d’une croissance rapide, peut-être trop forte. Les déchets d’une distribution de crédit trop active s'avèrent en effet nombreux au milieu des années 1920 : nombre de firmes emportées par l'élan de l'après-guerre et l’inflation ne peuvent plus supporter le poids de leurs erreurs de gestion, de la concurrence et des soubresauts monétaires.
La maison se retrouve confrontée à des comptes de découverts délicats, à quelques clients plutôt « lourds ». Elle « a eu à supporter des mécomptes résultant de pertes importantes éprouvées par certains clients38 trop facilités dans leurs entreprises, et qui a dû affecter le montant des bénéfices du dernier exercice à des amortissements de créances et à la constitution de provisions rendues nécessaires par les circonstances (clients en liquidation, moins-value du portefeuille, etc.) »39, pour un montant de presque 2 millions de francs en 1925-1926... Par chance, Courtois trouve tous les refinancements nécessaires pour mobiliser ses découverts, soit auprès de sa marraine, la BUP, soit auprès d'autres banques parisiennes (CIC, Paribas, en particulier) ; elle n’a pas donc pas besoin, comme d’autres banques régionales en difficulté à cette époque, de faire appel au refinancement de la Banque de France. Les bénéfices d’exploitation permettent d'absorber les provisions, voire les pertes, sans trop d’inquiétude : il reste encore 802 000 francs de profit net en 1926, après 1 million d'amortissements sur pertes, et le dividende, de 50 francs en 1925, est encore porté à 60 francs en 1926, tandis que le cours de l’action augmente de 600 à 800 francs à la Bourse de Toulouse.
Toutefois, des mesures s’imposent pour redresser la barre en 1925-1926 ; les Courtois réussissent à maîtriser la situation, sans que soit remises en cause l’indépendance de la maison, leur légitimité familiale, leur compétence managériale. Armand et Louis Courtois doivent révoquer leur directeur, Laromiguière, et assumer seuls la conduite de leur maison. Il semble qu’Armand Courtois II n’exerce plus de pouvoir exécutif direct ; Louis Courtois, désormais administrateur-directeur général, mène le combat d'assainissement ; mais il recrute comme directeur en 1927 Louis d’Esparbès, « ancien chef de service du Crédit lyonnais, jeune, intelligent et actif, mais dont l'expérience doit encore s'affirmer »40. Assiste-t-on dès lors à quelque transfert progressif et implicite du pouvoir managérial au sein de la banque familiale ? Aucune conclusion ne peut être formulée puisque la seule source disponible, l’opinion du directeur de la succursale de la Banque de France, peut paraître trop critique... : selon lui, il semble que Louis Courtois laisse D’Esparbès prendre en main la gestion des risques bancaires ; il « se charge surtout des relations extérieures » 41 de la banque, en « homme du monde, sans doute assidu, mais confiant et superficiel »42...
A la fin des années 1920, le redressement de Courtois est indéniable, mais elle manque d’assise financière et humaine ; son capital est devenu insuffisant par rapport à l’extension de ses affaires ; son équipe dirigeante reste trop maigre – même si l’on n’est pas tenu d'adhérer à l’opinion cinglante de la Banque de France : « Les deux directeurs, Louis Courtois, et D’Esparbès, ancien démarcheur, actif, loquace et glorieux, s’attribuant volontiers l’amélioration de la situation de la banque qui ne tient qu'aux événements, peuvent se compléter au point de vue social, mais ne constituent pas à eux deux l’homme d'affaires qui serait nécessaire à la tête de cette importante maison »43. Or la BUP se contente d’un rôle fort effacé de refinanceur parisien, sans aucune interférence dans la conduite de la société ; et nulle augmentation de capital n'est décidée avant 1932-1933 (pour la reprise de la banque Gheusi), sans doute parce que les Courtois craignent de voir leur part dans le capital se diluer.


Évolution des grands postes du bilan de Courtois

(en millions de francs)




1920

1922

1929

1930

Fonds propres

7

10,3

11,5

11,8

Dépôts

15,6

25,9

54,9

40,9

Escompte

7,6

14,3

23

14,3

Crédits durables

12,2

14,3

39

32,5

Bilan

28

41







Profit net

0,525

0,588

1,606

1,633


Il est vrai que leur capital de relations, leurs racines régionales, leur réseau, peut-être la moindre combativité des agences des grands établissements de crédit, procurent à Courtois une force incomparable sur les places du Midi toulousain ; d’autre part, cette clientèle reste divisée, tournée surtout vers le négoce de gros et demi-gros, sans beaucoup de comptes importants ; c’est une myriade d'affaires moyennes qui alimentent des flux de taille modeste mais sans anicroches et apparemment fort rentables, car il semble que les tarifs entretenus pour les crédits par découvert aient été relativement élevés, dès lors que nombre de firmes locales, manquant de fonds propres et assoiffées de fonds de roulement, devaient se résigner à accepter de telles charges d'intérêt : « Les profits substantiels et faciles des dernières années, intéressants par eux-mêmes et par les larges amortissements qu’ils permirent, ont trop souvent incité la banque Courtois à assumer des risques hors de proportion avec les mérites des engagés et avec ses propres moyens. »44
Si le fonctionnement des opérations courantes peut se déployer dans de telles conditions, en raison même de la spécificité de cette clientèle éclatée, disparate, d’où émergent quelques grands clients de qualité – une demi-douzaine de comptes débiteurs seulement bénéficient de découverts supérieurs à un million –, on ne voit pas pourquoi les Courtois ne persévéreraient pas dans leur politique. On comprend mal pourquoi les Courtois ne parviennent pas à élargir peu à peu la base de leur capital, en s’appuyant sur des notables locaux. Ils ne disposent pas d'un vivier d’industriels, aptes à placer quelques dizaines ou centaines de milliers de francs dans le capital de leur banque ; aucune communauté des affaires industrielles et bancaires ne peut ainsi se constituer comme dans les grandes régions industrialisées (Est, Lyon45, Isère46, et, bien sûr, Nord, par exemple), faute de capitalistes... Les rares industriels du cru ne paraissent pas disposer eux-mêmes d’une envergure suffisante, ni les négociants en gros brasser assez de fonds pour en détourner une fraction en un investissement dans le capital de leur banque.
Ces limites apparaissent au grand jour quand surgit la crise bancaire du début des années 1930 : Courtois est alors victime d’une ruée sur ses dépôts ; la couverture de ses risques durables, les découverts par compte débiteur, est de moins en moins assurée par le simple jeu de la compensation entre les comptes de dépôts, le bilan devient malsain ; un encours de 9 millions de francs de comptes débiteurs litigieux doit être supporté tout au long des années 1934-1936, soit l’équivalent des deux tiers des fonds propres. Pour maintenir Courtois à flot, il faut un refinancement important de la BUP et de la Banque de France ; celle-ci lui procure par exemple, à la date d’octobre 1931, un réescompte généreux d’un montant de 25,844 millions de francs, dont 20 millions sur Toulouse même et 5,8 sur ses quatre succursales d’Auch, Castres, Montauban et Pamiers ; et encore en avril 1933 un soutien de 14,668 millions de francs.


Évolution de la situation de Courtois en 1929-1932 (en milliers de francs courants)




Dépôts et comptes courants créditeurs

Dépôts à échéance

Comptes courants débiteurs (découverts)

Décembre 1929

42 500

12 400

39 000

Décembre 1930

30 300

10 600

32 500

Octobre 1931

26 500

10 100

31 000

Décembre 1931

24 000

9 700

29 300

Décembre 1932

23 900

9 400

27 800

Recul en trois ans

44 %

24 %

29 %




Évolution de la situation de Courtois (en millions de francs)




Décembre 1934

1935

1936

Fonds propres

15,97

16,3

15,3

Dépôts à terme

14,1

13,6

13,2

Total de ces deux postes

30,07

29,9

28,5

Comptes débiteurs litigieux

9

9

8,8

Comptes débiteurs sains

23,5

23,3

23,3

Comptes de dépôt à vue

24,6

21,8

23


En fait, son papier de crédit est plutôt sain, mais il faut du temps – plusieurs trimestres – pour recouvrer les créances, recréer des liquidités, assainir le bilan ; heureusement, le capital immatériel dont dispose la maison est intact grâce à la réputation de la famille, puisqu’elle n’est pas impliquée dans des scandales, des spéculations, de mauvaises affaires, contrairement à nombre de banques familiales à l’époque (comme en Isère).
3. Une révolution : une grande banque moderne à Toulouse ?
Face à cette maison familiale classique mais dorénavant adaptée à la banque « moderne » et aux succursales des banques d’autres places (parisienne, lyonnaise ou marseillaise) – sans parler de l’agence de la Banca Commerciale Italiana, tournée vers la clientèle des immigrés transalpins ni des banques mutualistes –, le modèle de la banque moderne, celui de la banque de dépôts à statut de société anonyme et à capital dégagé de l’emprise de familles d’investisseurs et gestionnaires, n’a pas percé à Toulouse, contrairement à l’Alsace, le Nord47 ou Marseille. Or la crise bancaire elle-même fournit à Toulouse l’occasion de devenir un pôle bancaire substantiel en accueillant une « banque nouvelle ».

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