Hubert Bonin, professeur d’histoire économique contemporaine à l’Institut d’études politiques de Bordeaux []





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A. La création de la Société toulousaine



En effet, quand le krach bancaire éclate en automne 1930 et s’aggrave en 1931-1932, la chute de diverses banques mi-nationales mi-plurirégionales constitue soudain un danger politique et social pour les pouvoirs publics : les épargnants et déposants risquent d’être mécontents de perdre leurs avoirs ; les entreprises peuvent subir une déflation de crédit qui accentuerait encore la crise économique ; les PME régionales en particulier seraient désormais soumises à l’emprise des géants parisiens (notamment les deux grandes banques d’affaires et les trois grandes banques de dépôts). Enfin, la proximité des élections législatives du printemps 1932 incite à des mesures de sauvegarde. La Banque de France intervient en tant que prêteur en dernier ressort et assure un réescompte massif ; le Trésor public la relaye pour assurer la transition au sein de quelques établissements (BNC, bal) ; l’Etat prend en main la réorganisation du secteur bancaire en surmontant la grogne des gros banquiers désireux d’éliminer des concurrents trop combatifs et même malsains dans leurs pratiques de « banque mixte » et en passant outre aux propres théories libérales qui animent la majorité de centre-droit, au nom e l’intérêt général.
Aussi délègue-t-il au Crédit industriel & commercial (cic) la mission de sauver les meubles ; le cic était déjà devenu un groupe confédéral en devenant le parrain d’une douzaine de banques régionales dont il était actionnaire minoritaire, à qui il fournissait des cadres expérimentés, un refinancement régulier et dont il renforçait le « crédit » par le simple fait de son parrainage tant était bonne sa réputation de banque sage, cantonnée strictement dans l’escompte, la banque de dépôts liquide et une bonne gestion – jugée même un peu conservatrice sur la place parisienne. Le cic prend donc en charge les banques de l’Est en déconfiture et les insère dans deux maisons assainies (Société nancéienne et Crédit industriel d’Alsace-Lorraine) ; mais on lui confie aussi la Banque générale de Bourgogne et la Banque privée, en juin 1931. Il brise l’unité de cette dernière et réunit tous les tronçons situés dans le grand Sud-Est et la Banque générale de Bourgogne au sein d’une Société lyonnaise de dépôts et de crédit industriel métamorphosée de grosse banque locale en grande banque plurirégionale. Divers blocs de la Banque privée rejoignent les autres maisons régionales patronnées par le cic.
L’idée surgit alors de fédérer les agences de l’ex-Banque privée situées dans le Midi garonnais pour tirer parti de l’héritage d’influence et du fonds de commerce légués par l’ex-Klehe, pour tenir compte aussi certainement du « patriotisme de clocher » quelque peu « occitan » qui reste vivace dans ces contrées. Enfin, le maintien d’une entité autonome permettrait un accès aisé au réescompte de la succursale de la Banque de France, car le cic ne pourrait faire face à lui seul à tous les besoins de refinancement de toutes ses filiales provinciales. Des accords sont conclus entre le cic et la Liquidation de la Banque privée les 13 et 15 juin 1931, approuvés par l’assemblée générale du cic le 25 juin48. C’est ainsi que naît la Société toulousaine de cic, dès le 4 juin 1931, lors d’une assemblée constitutive, suivie de plusieurs assemblées générales extraordinaires pour ratifier les diverses étapes de l’opération d’apport de ses actifs par la Banque privée : elle regroupe 32 guichets permanents et 40 bureaux périodiques. « Elle a été constituée en vue d’exploiter les fonds de commerce exploités dans les agences de Béziers, Montpellier et Toulouse de la Banque privée et dans les sous-agences et bureaux en dépendant. »49 Elle reprend dès décembre 1932 la petite banque Roque, sur Béziers, qui lui apporte trois guichets supplémentaires (Béziers, Pézenas et Saint-Chinian)50. Elle mobilise alors 410 salariés.
Une ambiguïté fondamentale entoure toutefois la jeune Société toulousaine ; l’on ressent en effet la méfiance du cic devant la fragilité économique de la région et donc devant les risques auxquels est promise sa filiale, d’autant plus que, pendant les premiers mois, il lui procure un découvert permanent qui refinance ses opérations, puisqu’elle manque de dépôts pour assurer le contrepartie de ses crédits. Il reste quelque peu écartelé entre une volonté de contrôle strict et méticuleux et son désir de laisser émerger un pôle de gestion déconcentré : est-ce que cette filiale peut s’émanciper quelque peu ? acquérir une marge de manœuvre ? ou n’est-elle de facto qu’un prête-nom pour recouvrir une simple succursale du cic ? La Banque de France elle-même décèle cette alternative : « L’ancienne clientèle de Klehe & C° maintiendra vraisemblablement à la Société toulousaine la confiance qu’elle avait témoignée à la Banque privée. On peut cependant percevoir, notamment de la part de firmes importantes, une certaine hésitation qui se traduit par la diminution sensible des dépôts. A cet égard, la nouvelle société, qui n’a encore de toulousaine que le nom, gagnerait à ne pas se confirmer dans cette formule [mi-autonomie mi-centralisation de la gestion] sans doute inspirée à l’origine par des considérations d’un ordre particulier [politique, en fait]. L’affirmation du caractère régional de l’organisme par le choix judicieux de quelques points d’appui [des administrateurs issus des milieux économiques locaux] aurait certainement un effet salutaire. »51 C’est que, loin de disposer d’autonomie, la Société toulousaine n’est alors qu’une excroissance parisienne : son siège lui-même est installé d’emblée au siège du cic, qui gère en direct ce qui semble n’être qu’une simple entité administrative... « N’a de Toulousaine que le nom. Capital entièrement aux mains du cic, siège social et direction générale à Paris. »52 Le patron opérationnel est un homme du cic, Fernand Arnaud, qui exerce la direction générale depuis Paris ; puis, quand il devient directeur général adjoint à la Société nancéienne le 12 juin 1934, lui succède Jean Magnin, l’inspecteur général au sein de la direction des relations régionales du cic, direction qui exerce le pouvoir de facto. Cependant, nous l’avons dit, il est essentiel de maintenir les apparences pour conserver la clientèle et pour obtenir le relais du refinancement de la succursale locale de la Banque de France, qui atteint en avril 1933 un montant de 13,855 millions de francs, soit presque autant que ce qui est alors accordé à Courtois (14,668 millions) et encore 14,097 millions en décembre 1934.
Cela dit, un cadre local, le dirigeant de la succursale de Toulouse, « Amilhau, directeur de valeur et homme de relations agréables »53, bataille pour renouer les liens avec la clientèle : « La réussite tient pour une large part à la personnalité des directeurs, très Toulousains, qui, aux yeux de beaucoup, représentent encore la banque Klehe. »54 « Ses deux directeurs, [Jules] Amilhau et [André] Péridier, connaissent particulièrement bien la place et se montrent toujours prudents et actifs. »55 L’antenne toulousaine enclenche un processus de développement de l’activité bancaire, qui bénéficie de bases réduites mais solides et saines : « Les bordereaux remis [au réescompte de la Banque de France] sont composés en majorité d’excellents effets créés à Toulouse ou dans le voisinage immédiat »56, en particulier dans la branche des tissus et de la bonneterie, dans la distribution ou le secteur de la papeterie et de l’imprimerie. « Divisés et provenant d’une clientèle sérieusement choisie dans l’ensemble, les escomptes commerciaux sont en général de bonne tenue. »57 La principale vocation de cette jeune maison semble en fait devenir le placement de titres : c’est une banque de courtage qui vient solliciter les fortunes bourgeoises des cités du Midi toulousain et languedocien ; elle place ainsi 78,6 millions de francs de titres en 1932 et 65,4 millions en 1933.

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