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Instrument des Autorités politiques ou indice des prix ?

Dès 1952, les Autorités politiques exercent des pressions sur l’INSEE pour tenter d’obtenir des aménagements de l’indice des 213 articles.

Les premières tentatives sont celles d’Antoine Pinay qui conteste les fortes pondérations attribuées au type de lait retenu dans l’indice à l’automne de 195237. FL Closon rappelle qu’il ne peut être question de changer des caractéristiques qui ont été définies en fonction d’une catégorie spécifique de ménages. Le gouvernement s’inquiète ensuite des prix de la viande car les prix moyens publiés par l’INSEE sont supérieurs aux tarifs imposés. Certains bouchers informés de cet écart par leur syndicat interdisent l’accès de leurs boutiques aux enquêteurs de l’INSEE38. D’autres ajoutent des déchets résultant du parage de la viande à la viande pesée (même lorsque le morceau n’a pas été paré), tandis que plusieurs accusent l’INSEE de collusion avec la direction des Prix. Comme le montrent ces exemples, les mesures de taxation sélectives des pouvoirs publics touchent essentiellement le monde agricole et spécialement le secteur des viandes et des produits laitiers.

Ces réactions accentuent les difficultés des enquêteurs de l’INSEE pour connaître le prix réellement pratiqué. Elles imposent également que les statisticiens démentissent, rééquilibrent l'échantillon, interrogent les détaillants et effectuent des achats. Ces parades sont efficaces puisque leurs relevés de prix sont confirmés par ceux des inspecteurs de la direction générale des Prix envoyés en tournée dans plusieurs boucheries parisiennes.

Durant l’été de 1955, le gouvernement s’inquiète de l’augmentation du prix du pain et il cherche à minimiser son impact sur l’indice (incidence de 0,7 points). Il demande à l’INSEE de tenir compte des changements de la consommation des familles modestes et de réévaluer les dépenses liées aux achats de pains dits fantaisies. Ces arguments sont pertinents39. En effet, contrairement à la situation de 1949 le prix des pains de différentes qualités n’évolue plus de façon parallèle et il est légitime de retenir plusieurs qualités de pain dans les 213 articles. Cette conclusion conduit le service des prix de l’INSEE à prendre en compte les achats de pains fantaisies fin septembre 1955, ce qui ramène l’incidence des augmentations du prix du pain sur l’indice général à 0,5 points. Après ce changement, le prix des différents pains ne figurant pas dans l’indice augmente nettement plus que celui des articles témoins40.

Les pouvoirs publics se tournent ensuite vers le prix des oeufs retenus par l’indice qui augmente d’avantage que d’autres. FL Closon rappelle les motifs qui ont poussé à choisir des oeufs dont la qualité semblait la plus stable en 1949. Malgré les demandes pressentes du secrétariat d’Etat aux Affaires Economique dont dépend l’INSEE, il confirme que ce choix ne sera pas modifié tant que l’indice des 213 articles restera en vigueur41.

Malgré cette fermeté, les écarts entre le rythme de croissance des différents prix suivis par les statisticiens s’accroissent à mesure des manipulations gouvernementales et des réactions des producteurs42.

L’indice des 213 articles reflète de moins en moins la réalité qu’il était sensé appréhender. Il est victime d’une obsolescence précoce. Les statisticiens qui le calculent dénoncent son usage politique qui lui fait perdre toute signification pratique. Ils précisent que l’indice est “ limité à la région parisienne alors que le salaire minimum est national ”. Ils critiquent une politique des prix qui semble ne s’appliquer qu’aux composantes de l’indice et non à l’ensemble des dépenses des salariés43. Les importations de denrées à bas prix (porc, oeufs, pommes de terre) sont effectivement réservées en priorité à l’agglomération parisienne. De la même façon, le prix du lait à Paris est moins élevé qu’à la ferme…

L’addition régulière par les pouvoirs publics de primes au SMIG parisien contribue à vider de son sens la règle de l’indexation44.

FL Closon met en garde contre ces pratiques qui nourrissent “ une dangereuse illusion en laissant entendre que la pression sur les prix est inférieure à la réalité”. Ces pratiques sont aussi dénoncées par plusieurs quotidiens. Un article du journal Le Monde du 13 octobre 1955 intitulé “ Inquiétudes au sujet des prix ” critique les pressions exercées par les producteurs qui parviennent à maintenir les prix au niveau le plus élevé sans apparaître dans l’indice officiel. Un rédacteur du quotidien Les Echos écrit ensuite que l’indice des 213 articles n’est plus représentatif de la consommation effective45.

En 1956, le directeur général de l’INSEE constate que la gestion de l’indice des 213 articles en a fait un “ objet de dérision ” qui dégrade le crédit de la statistique dans l’opinion. Il précise que ses collaborateurs, conscients du dépassement du seuil des 149,1 depuis près d'un an, sont placés dans une situation fausse qui ne correspond pas à leur éthique. La position des statisticiens est d’autant plus inconfortable qu’ils ont réuni les conditions nécessaires au changement d’indice.

IV. Freins politiques au changement d’indice

Le remplacement de l’indice des 213 articles est réclamé de toutes parts, les spécialistes de l’INSEE peuvent l’assurer mais les pouvoirs publics hésitent.

Tergiversations politiques autour du remplacement de l’indice

En 1955 et 1956, l’INSEE organise de solides enquêtes de consommation qui servent de point de départ à la préparation d’un nouvel indice des prix de détail. Le gouvernement donne son accord aux études préalables.

La première enquête de consommation concerne les dépenses d’équipement ménager et d’ameublement. La seconde enquête est effectuée en collaboration avec le Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie (CREDOC). Elle porte sur le logement. Ces enquêtes sont confiées à des enquêteurs spécialisés qui forment des équipes de ‘vacataires permanents’ de l’INSEE. Elles s’appuient sur des échantillons représentatifs de l’ensemble de la population définis d’après les résultats du recensement démographique de 1954. L’introduction des échantillons maîtres témoigne de la maîtrise des nouvelles méthodes d'enquêtes sur les conditions de vie.

En 1956, l’INSEE et le CREDOC font une enquête lourde sur les budgets auprès de 16 000 ménages. Trois visites d’enquêteurs et un carnet de compte détaillé servent à évaluer les dépenses effectives. Même si la méthode est perfectible (les dépenses déclarées sont souvent supérieures au revenu disponible), l’enquête fournit des éléments d’appréciations inédits qui facilitent la détermination des pondérations retenues dans le calcul du nouvel indice des prix de détail projeté46.

Au début de 1956, le gouvernement Mollet autorise l’INSEE à établir un nouvel indice des prix de détail à Paris47. L’indice retient 230 articles, il est établi à partir des prix moyens de 1955 et il prend en compte les ménages de toutes tailles (célibataires exclus) de la région parisienne dont le chef est ouvrier ou employé. Comparé à celui des 213 articles, cet indice réserve une part moins importante aux denrées alimentaires et il s’appuie sur un échantillon de magasins témoins élargi (une soixantaine de relevés par article, environ 1 300 magasins visités dont certains se trouvent en banlieue).

Les premiers résultats du calcul entrepris sont présentés au gouvernement en juillet 1956. Celui - ci revient sur sa décision de publier l’indice dans sa structure initiale et réclame d’y intégrer les fruits et légumes frais. L’indice devient alors celui des 250 articles. Le service des prix de l’INSEE étudie les modalités de l’introduction de ces denrées. FL Closon précise que leur prise en compte aura “ pour effet immédiat de faire monter le niveau du nouvel indice ” puisque les prix de ces biens augmentent fortement depuis un an. Fin septembre 1956, le gouvernement demande à l’INSEE de publier rapidement l’indice48. Or, cette publication n’est pas envisageable car le mode de calcul du groupe des fruits et légumes n’a pas reçu l’accord des partenaires économiques et sociaux. FL Closon réclame que l’on réunisse “ des représentants des patrons et des salariés et des personnalités scientifiques qualifiées afin d’examiner les propositions de ses collaborateurs ”49. Le gouvernement reste sourd.

Aucune décision n’a été prise au début de 1957 alors que l’indice des 213 articles est une “ machine explosive entièrement discréditée ”50. En juin, FL Closon suggère au gouvernement de publier l’indice des 230 articles comme élément d’information. Cette suggestion est rejetée car le nouvel indice, moins sensible aux manipulations dépasse celui des 213 articles51. La loi du marché est pourtant la plus forte puisqu’en juillet 1957, l’indice des 230 articles recalculé sur une même base que celui des 213 articles (1949) se situe à un niveau légèrement inférieur52. Les statisticiens et les gouvernants qui savent que les “ expédients ” n’empêcheront pas l’indice des 213 articles de franchir le seuil fatidique de 149,1 points avant la fin de 1957, n’en tirent pas les mêmes conséquences. Le gouvernement s’obstine à rejeter l’alternative proposée par l’INSEE qui consiste à remplacer l’indice des 213 articles. Il repousse ainsi l’occasion de disposer d’un outil essentiel de la décision économique et il finit par obliger l’INSEE à calculer un indice - SMIG dont la teneur est exclusivement politique.

L’indice des 179 articles

Il est reproché à l’indice des 230 articles de l’INSEE de ne pas tenir compte des seuls revenus correspondant à ceux des manoeuvres légers et un mouvement syndical soutenu par Alfred Sauvy propose de lui préférer un indice des 170 articles représentatif des dépenses de cette catégorie53. FL Closon précise alors que ce niveau de revenus correspond à celui du prolétariat algérien et qu’il est beaucoup moins bien représenté à Paris que le revenu mensuel moyen des ménages retenus dans l’indice des 230 articles. Il met en garde contre le caractère arbitraire d’un indice qui ne reposerait sur aucune enquête scientifique de consommation puis il le “ déconseille formellement ” dans une note adressée au gouvernement fin juin 195754.

Le principe d’un indice - SMIG fait pourtant des adeptes et le directeur de l’INSEE demande à ses collaborateurs d’en étudier un canevas.

L’indice des 179 articles (base 100 en juillet 1957) est imposé comme référence à la fixation du SMIG par la loi du 26 juin 1957. Sa composition est définie de façon arbitraire par le gouvernement fin juillet (décret du 17 septembre 1957). Il retient des coefficients de pondération correspondent au budget réduit d’un ouvrier manoeuvre célibataire. L’INSEE est chargé de procéder aux relevés de prix selon les instructions gouvernementales, de le calculer et de le diffuser55. L’indice est publié sous le nom “ d’indice défini par le décret du 17-09-1957 ”, ce qui rappelle la nature purement technique du rôle des statisticiens dans son élaboration. Les enquêteurs du service des prix reçoivent deux directives : faire “ la bonne ménagère ” pour relever les prix des 179 articles et continuer à travailler avec objectivité pour noter les tarifs des 213 articles. La loi du 26 juin 1957 ayant réintroduit la distinction d’avant guerre entre un indice arbitraire destiné à l’application des conventions de salaires et un indice établi à des fins d'informations, le gouvernement n’a plus de raison d’interdire la publication d’un nouvel indice des prix de détail.

L’indice des 250 articles

L’indice des 250 articles (base 100 en juillet 1956 - juin 1957) est présenté à la fin de 195756. Il se réfère aux ménages de toute taille (célibataires exclus) dont le chef est ouvrier ou employé et il tient compte de la diversification des marchandises disponibles. Les relevés de prix sont effectués dans 1 300 points de vente de l’agglomération parisienne. Outre les fruits et légumes frais, ils incluent des secteurs négligés jusqu’alors (notamment : conserves alimentaires, repas pris à l’extérieur, appareils d’équipement ménager), et de nouveaux produits comme les textiles artificiels et les articles en matière plastique. Il ne tient pas compte des consommations lorsque le choix d’un témoin précis est impossible (cadeaux) ou quand les dépenses sont trop peu importantes (glace à rafraîchir ou fleurs) ou susceptibles de gêner l’application des mesures d’hygiène sociale (achats d’alcool et consommations au café).

Tableau 8. L’indice des 250 articles

Groupes




Nombre d’articles




Pondérations

I. Aliments

dont : légumes et fruits

restaurants


95

34

1



443

76

38

II. Boissons et stimulants

dont vin rouge



8

1



85

42

III. Habitation




40




175

IV. Hygiène, soins

dont soins médicaux



29

6




72

29

V. Transports

dont transports publics



15

9



62

31

VI. Habillement et linge




40




104

VII. Distraction et divers

spectacles

Lecture distractions

Divers



23

3

10

10



59

9

24

26

Ensemble




250




1 000


Avec toutes les réserves qu’imposent les différences des populations de référence et du nombre de postes retenus, la comparaison de ses pondérations avec celles de l’indice des 213 articles permet d’apprécier les changements des habitudes de consommation entre 1949 et 1956 – 1957.
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