Proposition d’étude (pour la construction du dernier cours sur l’œuvre)





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Gabriel Marcel, Les Nouvelles Littéraires, 18 Octobre 1945
J’ai toujours tenu Lorenzaccio pour un des plus authentiques chefs-d’œuvre du théâtre français : ce n’est pas l’admirable représentation de l’autre soir qui me fera changer d’avis. Il est tout simplement prodigieux que Musset, à l’âge de vingt-quatre ans, ait écrit ce dame où la profondeur de la vision psychologique ne le cède en rien à l’insigne beauté de la forme. C’est à Florence, en 1834, en feuilletant de vieilles chroniques, qu’il trouva le sujet de l’ouvrage. Il s’inspira aussi, mais dans une très faible mesure, de scènes dialoguées écrites par George Sand en 1831 et intitulées Une Conspiration en 1537. Lorenzaccio ne fut jamais joué du vivant de Musset. Son frère tenta d’en donner en 1863, à l’Odéon, une version abrégée, mais la censure en interdit la représentation. C’est en 1896 que l’œuvre, adaptée par Armand d’Artois, valut à Sarah Bernhardt un de ses triomphes. Elle a été reprise depuis par Mme Falconetti et, à la Comédie-Française, par Mme Piérat.

J’ai eu souvent, par le passé, l’occasion de formuler des réserves sur les conceptions théâtrales de M. Gaston Baty et sur telle ou telle de ses réalisations. Je ne me sens que plus à mon aise pour exprimer l’admiration que m’inspire la façon dont il vient de monter Lorenzaccio. Certes, il a pris avec l’ouvrage de très grandes libertés ; mais il ne faut pas oublier, d’une part, que l’œuvre n’a jamais été représentée intégralement ; d’autre part, comme M. Baty lui-même l’a dit dans une avant-première, qu’il ne peut être question de la jouer telle quelle en raison de sa longueur, de la multiplicité des personnages et des décors. Certes, il serait souhaitable que l’expérience fût un jour tentée ; mais on peut après tout se demander si la pièce ne perdrait pas en partie son relief et sa signification au cas où on tenterait de la restituer dans tout son pittoresque, en ne sacrifiant aucune des scènes épisodiques. M. Baty a pris le parti de laisser de côté toutes les scènes de foule : il a même coupé l’épisode du souper chez les Strozzi, si bien que la mort de Louise n’est plus représentée, mais seulement annoncée ; il a même supprimé la scène finale de la pièce, estimant peut-être à juste titre qu’elle affaiblirait l’impression et qu’il valait mieux rester sur la dernière phrase de Lorenzo : « Je vais faire un tour au Rialto », qui marque sa volonté de ne pas survivre à son acte.

Contrairement aux appréhensions qu’on ne pouvait guère manquer d’éprouver, le résultat de cet émondage est surprenant ; l’œuvre, ramenée à l’essentiel, jaillit avec une impétuosité extraordinaire, comme un arbre ou comme une source. M. Baty est ainsi pleinement récompensé d’avoir cette fois travaillé dans le sens d’un classicisme renouvelé. Nulle concession à ces à-côtés qui naguère prenaient dans la mise en scène une importance démesurée. Pas de décors : des draperies, des tapisseries, dont l’une représente Florence, dont l’autre reproduit un des Gozzoli du palais Riccardi ; un meuble, un accessoire suffit à créer l’atmosphère, parce que les costumes sont magnifiques et que l’art du groupement scénique n’a jamais été poussé plus loin.

Mme Marguerite Jamois a obtenu dans Lorenzaccio peut-être le plus beau succès de sa carrière. Sa silhouette est inoubliable. Elle a à la fois la gracilité et l’autorité ; le visage un peu marqué, la voix meurtrie traduisent de façon bouleversante le pathétique essentiel du rôle ; elle en a rendu toutes les nuances : l’ironie, l’âcreté et aussi par moments, en particulier dans la scène avec Philippe Strozzi, la grandeur tragique. Tous les rôles sont d’ailleurs bien tenus. Citons surtout M. Alexandre Rignaux (le duc Alexandre), Hubert Prélier (le cardinal Cibo), Mme Marie-Hélène Dasté (la marquise Cibo). Mais dans ce grand spectacle, rien n’est médiocre, rien n’est sacrifié. C’est une réussite en quelque sorte exemplaire. Il serait à souhaiter que plus tard M. Baty pût monter la pièce à l’étranger : ce serait un excellent moyen de servir l’art français à un moment où rien ne doit être négligé pour le répandre.

Ce qui est peut-être le plus surprenant c’est l’extraordinaire actualité de l’ouvrage. Je ne songe pas ici simplement au conflit éternel entre la tyrannie et la liberté. Il y a beaucoup plus : le personnage même de Lorenzo est sans doute beaucoup plus compréhensible pour nous, spectateurs de 1945, qu’il ne pouvait l’être en 1896, et même lors des reprises ultérieures. Par une sorte d’anticipation vraiment géniale, c’est bien le désespoir des hommes d’aujourd’hui qui s’exhale du drame ; plus profondément, c’est à la conception contemporaine de l’acte que répond par avance ce crime que porte en lui le héros et dont il aura à se décharger, comme on se déleste d’un fardeau, sans plus croire aucunement à son utilité.

Vous vous en souvenez, c’est dans toute l’ardeur et la pureté de son âme républicaine que Lorenzo s’est fait à lui-même le serment de délivrer Florence du tyran qui l’opprime et la souille. Il est devenu le familier du duc Alexandre, il est pour lui plus qu’un complice, un véritable entremetteur. Il a ainsi fait l’apprentissage de la vilénie humaine. Bientôt celle-ci cessera d’être pour lui quelque chose que l’on constate du dehors, il l’a contractée comme on contracte une maladie ; et certes sa haine pour l’homme dont les vices l’ont peu à peu infecté n’a fait que croître et s’approfondir. Seulement il a cessé de croire qu’on peut vraiment délivrer les hommes, car ceux-ci ne sont pas des esclaves par accident mais par nature, les ignobles passions qui les mènent, la luxure, la cupidité, la lâcheté, sont inhérentes à leur misérable substance. Il sait donc que le meurtre du duc ne changera rien, et cependant il ne vit plus que pour cet acte à accomplir. Là est la découverte géniale de Musset. Ce meurtre à consommer devient pour lui un absolu, dans la mesure où il cesse d’être un moyen en vue d’une fin à laquelle il servirait : un absolu, dis-je, puisque aucune discussion, même intérieure, n’est plus possible à son sujet, puisqu’il ne peut plus être mis en question, puisqu’il est enfin un être qui s’est emparé de Lorenzaccio et le possède ; et lorsque Philippe Strozzi, qui, lui, est un idéaliste et un ingénu malgré son âge avancé, lui demande pourquoi il s’obstine à vouloir commettre un crime qu’il juge lui-même inutile à sa patrie, Lorenzaccio lui répond :

« Si je suis l’ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd’hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d’autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un rocher taillé à pic et que ce meurtre est le seul brin d’herbe où j’ai pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n’ai plus d’orgueil, que je n’ai plus de honte, et veux-tu que je laisse mourir en silence l’énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s’évanouir, j’épargnerais peut-être ce conducteur de bœufs. Mais j’aime le vin, le jeu et les filles : comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c’est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. » Ce meurtre à accomplir, cette idée qui le possède, devient donc comme le réduit de son identité, ce n’est que dans cette pensée qu’il se retrouve et qu’il peut encore s’estimer ; mais comment un jour ne passerait-elle pas à l’acte ?

On comprend dès lors qu’une fois l’acte accompli il ne puisse pas survivre et ne puisse surtout pas vouloir survivre. Certes, la bassesse des hommes hier encore asservis et qui cependant entendent maintenant venger la mort du tyran vient le confirmer dans son mépris et dans son pessimisme ; mais rien ne l’empêcherait après tout, s’il le voulait, de s’enfuir, d’échapper à cette vindicte infâme, de se réfugier en quelque contrée lointaine où peut-être il pourrait encore connaître la douceur de vivre. Mais non : le paradoxe profond de son être et de sa destinée, c’est que justement cela il ne puisse pas le vouloir. « En vérité, dira-t-il dans la dernière scène avec Strozzi, je porte toujours les mêmes habits, je marche toujours sur mes jambes et je bâille avec ma bouche ; il n’y a de changé en moi qu’une misère –c’est que je suis plus creux et plus vide qu’une statue de fer-blanc… J’étais une machine à meurtre, mais à un meurtre seulement ».

Vidé de son acte, Lorenzaccio se trouve vidé de lui-même, il n’existe plus puisqu’il n’a plus envie d’exister. C’est l’ennui, le taedium vitae qu’éprouvent et qu’exaltent aujourd’hui les « absurdistes ». De Lorenzaccio aux personnages de M. Sartre ou de M. Camus, le passage est immédiat. Mais il faut ajouter que Huis clos, Caligula ou même l’Antigone de Jean Anouilh, paraissent décharnés à côté de cette œuvre ruisselante de sève, somptueusement parée et qui cependant porte au fond de soi la mort comme un enfant condamné. Je ne saurai trop vous engager à aller voir Lorenzaccio, ou tout au moins à relire cette œuvre merveilleuse ; par delà les vicissitudes des modes littéraires elle porte témoignage ; elle atteste la pérennité du tragique ; elle démontre que les hommes d’aujourd’hui n’ont rien découvert sur la vie qui n’ait été déjà compris et éprouvé à la même profondeur –et, ajouterai-je, laissant cette fois de côté Musset, à quoi il n’ait été déjà et pour jamais répondu.


Robert Kemp, « Importance et actualité de Lorenzaccio », revue Erasme, janvier/février 1946
Que le Lorenzaccio d’Alfred de Musset soit un des chefs-d’œuvre les plus considérables du théâtre français, on ne l’a point découvert tout de suite. Un drame historique, selon la mode de 1833, -la même année Hugo écrivait Marie Tudor et Lucrèce Borgia, qui ne sont pas aussi faciles à réhabiliter, - tout effervescent de romantisme… un sous-produit de Shakespeare ; avec beaucoup d’hamlétisme et de byronisme… Bref, une pièce qu’on lisait avec indulgence, parce qu’elle a été écrite à vingt-trois ans par quelqu’un qui allait avoir du génie, et qui vivait, précisément en Italie, de Florence à Venise, son grand, son déchirant amour pour George Sand ; avec indulgence, oui, mais quelques bâillements… Injouable d’ailleurs, à cause de la surabondance des décors et de la foule des personnages, et qu’on avait, voilà un demi-siècle, taillée à longs coups de ciseaux pour que Sarah Bernhardt pût s’y exhiber en maillot… C’est ce que tout le monde, à peu près, se dispensant d’y regarder de très près et de rêver sur les pages, voyait en Lorenzaccio. Notamment Messieurs les Professeurs, à qui ce bric-à-brac de la Renaissance italienne ne disait rien de bon.

Or, depuis que Sarah ne le jouait plus, Lorenzaccio avait été plusieurs fois repris. A la Comédie-Française par Marie-Thérèse Piérat ; ailleurs par Mlle Falconetti. Hier, enfin, au théâtre Montparnasse, Gaston Baty le montra d’une façon neuve et curieuse, pour l’actrice qui est l’âme de sa troupe : Marguerite Jamois. Chaque fois l’impression a été plus forte, l’admiration plus lucide… Nous sommes sûrs maintenant des rapports de Lorenzaccio avec les tourments, les dégoûts, la philosophie du monde qui habitent notre jeunesse. Nous n’en revenons pas, qu’un gamin, si précoce qu’il fût, si bien préparé qu’on le soit à avoir du génie par les souffrances de la jalousie, les émotions indispensables de l’amour, ait pu voir si loin dans le pessimisme, et y découvrir, plus d’un siècle en avance, les nuances du pessimisme 1945… Si bien qu’écrire, à la même époque, cette Marie Tudor dont je parlais, et tous les Angelo, tyran de Padoue, ensuite, nous paraît un enfantillage…

Le sujet de Lorenzaccio, l’assassinat, en 1537, d’Alexandre, bâtard d’un Médicis, duc de Florence, par son jeune cousin Lorenzo, a été fourni à Musset par une chronique florentine de Varchi. George Sand avait, d’emblée, produit sur ce thème une demi-douzaine de scènes dont son jeune amant a su tirer le meilleur. Mais l’essentiel de Lorenzaccio, le génial, est bien de lui, de lui seul. La chronique lui a fourni le conspirateur qui, pendant des mois, s’est fait le compagnon de débauche de sa future victime ; qui se déshonorait par ses vices et par son cynisme ; mais qui, sous le masque, ne pensait qu’au tyrannicide. Mais le travail de psychanalyse, absolument merveilleux, de ce faux débauché, il est de Musset. Musset a imaginé tout, le « complexe » de l’âme de Lorenzo ; il a poursuivi, bien au-delà de ce que l’histoire suggérait, l’exploration de ses desseins. Il en a fait un personnage non point imité d’ Hamlet, mais très différent d’Hamlet, et qui serait égal d’Hamlet si seulement il était resté un peu plus mystérieux… Mais Musset, profondément latin, a éprouvé le besoin d’illuminer, de confesser complètement l’âme de Lorenzo. Lorenzo, lui-même, à plusieurs reprises, livre tous ses secrets au vieux Pierre Strozzi. Les commentateurs n’ont plus rien à faire. Ils sont vexés.

A dix-neuf ans, Lorenzo de Médicis est un étudiant fort sage. Le nez dans les livres ; toujours penché sur les poètes latins, sur Plutarque, sur Dante et Pétrarque. Brusque réveil. Florence, sa cité, sa terre maternelle, est esclave d’un tyran. Que ce tyran, qui porte son nom, qui se décore du nom de Médicis, soit un bâtard, une brute, qui exile les bons citoyens, et s’attaque aux nobles filles, c’est grave ; mais il y a pire. Alexandre est l’homme de l’étranger ; duc par la grâce de Charles-Quint, qui installe une garnison allemande dans la ville ; et par la grâce du Pape de Rome. Alexandre est comme ces misérables d’hier qui, en Norvège, ou ailleurs, en France même, sous apparence de « collaboration » avec des nations fortes, et d’amour de l’ordre, livraient leur pays à l’ennemi. Alors, l’ange de la liberté et de la patrie apparaît à Lorenzo. Il laisse là les livres, la vie studieuse, la contemplation. Il est pareil à ces étudiants de France qui, le 11 Novembre 1940, ont été se faire massacrer par les Allemands, pour saluer la tombe du soldat inconnu.

« Agir ! Agir ! ... » Il existe à Florence un parti républicain. Le secouer ; et lui offrir une occasion de révolte et de victoire, c’est le double but de Lorenzo. L’occasion, ce sera le meurtre d’Alexandre, qui sera suivi d’un désarroi profitable… Mais comment tuer cet homme bien gardé, et qui porte la cotte de maille la plus solide et la plus souple qui existe en Europe quand on est faible, frêle, et qu’on a des mains de femme ? L’action de Lorenzo ne peut être que masquée… Lorenzo entre dans la « clandestinité ». Son maquis sera la débauche ; il approchera sans cesse Alexandre, se fera aimer… On se demande même s’il n’aura pas pour lui les plus infâmes complaisances… Il lui servira d’entremetteur. Il dressera patiemment ses pièges. Il guettera l’heure.

Débauche mise à part, lisez les nombreux romans qui paraissent aujourd’hui sur la clandestinité ; en particulier le très remarquable Double Jeu de M. Roger Vailland. Emissaires de Londres et d’Alger, qui feignaient de traîner dans les boîtes de nuit parisiennes, et organisaient les coups de main, ou renseignaient la Résistance.

C’est bien suffisant pour alimenter un drame. Musset, -ici commence à briller le génie, - est allé au-delà. Lorenzaccio, en jouant sa partie, a étudié les hommes. La plupart des femmes consentent aux désirs d’Alexandre ; l’église, incarnée par le Cardinal Cibo, est, à Florence, complice de l’empereur, et « collabore » pour d’obscurs desseins. Les républicains ne sont pas des Brutus… « O bavardage humain ! O défonceur de portes ouvertes ! O hommes sans bras ! » Ce peuple, pour qui Lorenzo sacrifie son honneur et sa vie, est indigne de tant d’héroïsme. En dehors de sa mère et de la pure Catherine, « le monde me fait horreur », crie Lorenzo. Ses maximes deviennent : « Prends garde à toi, tu as pensé au bonheur de l’humanité. » ou « J’ai vu les hommes tels qu’ils sont, et je me suis dit : Pour qui est-ce donc que je travaille ? » Lui-même, il se méprise. Car le vin est bon, les femmes donnent du plaisir ; et Lorenzo maintenant aime la débauche. Vautré dans la boue pour sauver Florence, il se roule dans la boue, heureux comme un pourceau.

Que lui reste-t-il à faire ? Renoncer à son dessein ? Ou, au fond du pessimisme, à se tuer ? ... Il est au bord du désespoir ; comme les jeunes Allemands du Mal de la jeunesse, de Bruckner, après l’autre défaite du Reich ; ou comme, depuis quelques années, en France, les disciples des philosophes « existentialistes », Sartre ou Camus. Si vous ignorez l’existentialisme, renseignez-vous. C’est le dégoût de la condition humaine. C’est une forme nouvelle du pessimisme de Schopenhauer, de Rimbaud et de Nietzsche. Il aboutit au besoin du néant. Mais les existentialistes ont trouvé une autre solution : l’homme écœuré se sauve par un acte gratuit, qui affirme sa libre volonté et, à tout hasard, peut servir au mieux-être de ces méprisables hommes. Par exemple, travailler à la libération, s’engager dans le parti des révoltés, les révoltés étant les seuls qui voient clair et refusent la condition humaine telle qu’elle est …

Cette solution, Lorenzaccio, -par mépris, les Florentins ont défiguré son nom, - l’a trouvée avant eux. Non, il ne s’avouera pas vaincu par l’écœurement. Il suivra son dessein, « Le meurtre est tout ce qui me reste de ma vertu ». Après cela, que les Républicains manquent l’occasion ; que le Cardinal Cibo, en un tournemain, substitue à Alexandre un autre Médicis, inféodé lui aussi à l’Allemagne et à la papauté, Côme, qu’importe ? C’était prévu. Un des esclaves qu’il a voulu délivrer tue Lorenzo. Il ne fait rien pour échapper à la mort. Il a accepté toute la logique de l’ignominie humaine.

Notre expérience récente, le trouble qui, ces années d’oppression, avait envahi la jeunesse, et auquel elle commence à peine à s’arracher, nous ont-ils livré tous les secrets de cette belle pièce, de ce caractère neuf, profond, humain, actuel ? Je le crois. Cependant, bien des spectateurs de la répétition générale n’y ont pas fait écho, déçus dans leurs habitudes par la simplicité et la gravité de la mise en scène. Cela aussi est actuel, qu’en dépensant plus d’un million de francs, Gaston Baty n’ait pu donner à une œuvre qu’il aime qu’une décoration de voiles noirs, un rideau représentant une vue de Florence, quelques marches sur lesquelles s’étagent les personnages, et trois ou quatre meubles indispensables. Mais de ce peu, éclairé par de savantes lumières, des lumières créatrices de mystère, d’émotion et de volupté, il a tiré beaucoup. Ce noir, ces brouillards lumineux, les quelques notes dorées d’un costume ou d’une couverture de lit, une torche éclairant un visage, voilà tout ce qu’il faut au drame. Voilà la poésie du drame …

Quelques interprètes dociles, -moyens ; et une vibrante et voluptueuse artiste, dans le rôle de la marquise Cibo (Mme Dasté, la fille de Jacques Copeau) ; et une très grande comédienne, avec une voix profonde et embrumée, une silhouette qu’on croirait modelée par Cellini : Mme Jamois … Le chef-d’œuvre est bien servi. Il fait honneur à la littérature française ; et l’effort de Gaston Baty fait honneur à Paris.
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