1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900)





télécharger 102.29 Kb.
titre1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900)
page1/3
date de publication05.11.2017
taille102.29 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
  1   2   3


La Société générale en Espagne (des années 1860 aux années 1930) :

un eldorado rêvé, un marché de niches
Hubert Bonin, professeur d’histoire économique à l’Institut d’études politiques de Bordeaux (Centre Montesquieu d’histoire économique-ifrede-Université de Bordeaux 4) [h.bonin@sciencespobordeaux.fr]
Notre vaste étude consacrée à la reconstitution de l’histoire de la Société générale n’accorde que peu de place à l’Espagne ; c’est un paradoxe puisque la banque a montré beaucoup d’attention envers des pays hispanophones, mais ceux d’Amérique latine, où elle a participé, dans les années 1890-1920, au déploiement stratégique des intérêts français. Par ailleurs, en Europe même, elle n’est pas restée cantonnée dans l’Hexagone puisqu’elle a installé des filiales actives en Belgique (et en Allemagne), la Société française de banque & de dépôts (1898), en Suisse (1920), et surtout une filiale puissante en Russie (Banque du Nord en 1901 puis Banque russo-asiatique, en 1910-1918)1, tandis qu’elle s’assurait une tête de pont solide à Londres dès 1871 grâce à une succursale qui lui a servi durablement de relais pour les affaires financières et les affaires de change2. En revanche, l’Espagne est restée quelque peu terra incognita alors que le Crédit lyonnais a cherché à y prendre pied avec dynamisme. Nous allons déterminer les modalités du cheminement aléatoire de la Société générale en Espagne, en insistant sur les initiatives et en analysant leurs limites récurrentes3.
1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900)
Sans originalité, les grandes banques françaises ont suivi à peu près le même parcours en Espagne : Bouvier a par exemple déjà analysé la participation du Crédit lyonnais aux opérations d’émission de bons du Trésor4. L’Espagne procure de même à la Société générale des occasions de placement, en simple complément des grosses affaires françaises et londoniennes et des flux réguliers vers l’Europe centrale et orientale (Allemagne, etc.).
A. Des occasions d’affaires avec l’État
Peu de temps après sa création en 1864, la Société générale obtient des débouchés en Espagne ; elle y est accueillie par la communauté bancaire au sein de tranches de crédits d’une durée de quelques trimestres, dès l’année 1867 en particulier5, avec une avance à l’État de 25 millions de francs, dont 5 pour « le groupe espagnol qui a traité l’affaire », 20 millions, par tiers, pour la Société générale, la banque Oppenheim-Alberti et la Banque de Paris. Quelques mois plus tard, un groupe conduit par Blount et Hentsch, conclut un accord de conversion d’une partie de la dette espagnole ; la Société générale, qui a en fait négocié cet accord mais n’a pas obtenu l’autorisation du ministère des Finances pour la réaliser, proroge sa première avance de 25 millions de francs et fait une seconde avance de 25 millions6. Elle parvient parfois à négocier des contrats par elle-même ; elle tente même de se poser en 1867 en maître d’œuvre d’un vaste projet de remodelage d’une fraction des dettes espagnoles : En accordant une avance à l’État espagnol, « nous ne poursuivions pas seulement dans cette opération l’emploi rémunérateur de nos capitaux ; nous voulions aussi concourir à la réalisation du légitime désir qu’avait le gouvernement espagnol de restaurer son crédit en Europe, en donnant loyalement une équitable satisfaction aux porteurs de dettes amortissables ; nous avions encore pour objet de servir, en même temps, les intérêts français, en profitant des excellentes relations que nous avons établies avec le gouvernement espagnol pour plaider auprès de lui la cause des porteurs de titres de chemins de fer, et pour demander les compensations qu’il était possible d’obtenir à raison de tant de pertes. Le gouvernement espagnol se montrait animé des dispositions les plus bienveillantes, mais les circonstances ne nous ont pas encore permis de mener à bien une négociation qui présente des difficultés de diverses natures »7.
Le plus souvent, elle est sous-participante à des accords menés par des banquiers d’affaires ; plusieurs affaires espagnoles se succèdent en 1872 : en janvier, la Société générale fournit 6,7 des 25 millions d’une avance qui l’associe à Oppenheim-Alberti, une maison de banque, et à Paribas8 ; en juillet, la Société générale participe pour un million de francs à un crédit de 40 millions de francs sur 3 mois (à 12 %) conçu par la Banque des Pays-Bas9 ; quelques aléas surgissent car le régime espagnol connaît des troubles10 en 1872-1873, apaisés11 en 1874-1875. Un peu plus tard, Paribas12 mène une vaste opération de conversion de dette courante échue et d’apport d’argent frais de 60 millions de francs sur quelques mois, dont la Société générale fournit 7,5 millions de francs13. En 1875, c’est le Crédit lyonnais qui conduit une avance de 25 millions de francs, dont un million par la Société générale14, avant que toutes ces avances soient apparemment consolidées par l’énorme emprunt de 250 millions de francs lancé en 1876 ou transformées en bons bénéficiant de garanties quelque peu solides15. Enfin, l’Espagne réussit ainsi à placer en France nombre de titres d’emprunt, et la Société générale y participe16 dès 1865 avant d’être partie prenant à plusieurs syndicats d’émission d’obligations espagnoles.


Les principaux emprunts méditerranéens auxquels participe la Société générale entre 1864 et 1890

Date de décision du Conseil

Bénéficiaire

Part de la Société générale

Total de l’opération

Maisons associées

31 mai 1865

emprunt espagnol

12,5 millions de francs

150 millions de francs

1/5 pour General Credit

juillet 1876

emprunt espagnol

?

participation de la Société générale à la tranche parisienne de 45 millions de francs




30 octobre 1883

Compagnie du Nord de l’Espagne

10 000 titres

50 000 obligations




18 décembre 1883

Chemins de fer andalous




60 000 obligations entre quatre banques (Société générale, cic, Crédit lyonnais, Comptoir d’escompte de Paris)




juin 1885

Chemins de fer andalous

participation de la Société générale








Dans les années ultérieures, la banque de dépôts intervient à plusieurs reprises dans des opérations espagnoles aux côtés de Paribas, parce que la banque d’affaires s’est affirmée en chef de file de la prospection du marché ibérique17 : c’est elle qui s’y est constitué un réseau relationnel, des leviers d’influence, des outils d’information. La Société générale n’investit pas pour se doter en direct de tels relais et elle se contente de se « faire servir » des participations dans les affaires montées par sa consœur. Ainsi, c’est Paribas qui négocie une avance de 50 millions de francs au gouvernement espagnol18, dans laquelle la Société générale prend 10 %.
B. Des occasions d’affaires financières
En parallèle, la Société générale s’appuie sur des banquiers-financiers qui, dans les interstices laissés par la banque d’affaires, réussissent à grignoter des parts de marché pour les émissions de titres financiers des sociétés actives outre-Pyrénées. L’on devine des filières relationnelles spécialisées ou privilégiées, quand des hommes d’affaires et des banquiers parviennent à entretenir un capital d’influence et d’information propre à leur faire obtenir des contrats auprès d’entreprises espagnoles, généralement placées dans des réseaux de relations tournés vers l’Europe septentrionale.
Les chemins de fer conservent une relative importance comme débouchés. C’est ainsi la Banque internationale de Paris, une banque d’affaires petite mais combative pour les opérations internationales, qui devient le chef de file d’une avance (4 millions de francs) à la Compagnie du Nord de l’Espagne, où le cic et la Société générale prennent chacun 1,250 million19. Cette même Banque internationale de Paris est partenaire de la maison de Haute Banque Ephrussi pour résoudre les difficultés financières de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest de l’Espagne qui n’assure plus le service d’un emprunt de 1888 et doit laisser l’exploitation du réseau à une société dont la bip fournit le capital, tandis que le cic, la Société générale, le Crédit lyonnais et la Société lyonnaise de dépôts placent 8 millions de francs d’obligations (dont 656 000 francs pour la Société générale) en avril 1893. Mais c’est le cnep, une autre grosse banque de dépôts parisienne, qui monte le prêt de 7 millions de francs à Compagnie du Nord de l’Espagne en 1894 (le cnep pour 3,5 millions, la Société générale pour 1,5 millions, avec aussi le Crédit mobilier espagnol et le cic)20. En fait, dans ces affaires, l’on pressent la présence des intérêts de la famille Pereire21, encore active sur la place parisienne et en Espagne ; d’ailleurs, la Société générale accorde un crédit de 3,5 millions à Gustave Pereire garantie par 14 000 obligations Nord de l’Espagne22.
L’on retrouve les Pereire dans l’émission d’actions de Gaz de Madrid23 pour 5,6 millions de pesetas, où la Société générale apporte sa garantie pour 500 000 francs de garantie (650 000 pesetas) aux côtés des Pereire (pour 1,8 million pesetas). Et c’est par le biais d’un autre banquier-financier, Albert Ellissen, que la Société générale participe pour moitié à une avance de 3 millions à Compagnie madrilène de gaz24 ; l’entrée de son associé Alexandre Ellissen au conseil d’administration de la Société générale en 1879 est un signe de cette volonté de la banque de renforcer ses liens avec ce monde de la Haute Banque auquel appartient Ellissen et dont la force clé est précisément son capital de relations ; Ellissen a été par exemple envoyé en Espagne au nom de la Société générale pour négocier un projet d’emprunt cubain en 1879.
D’autres opérations se succèdent, sans guère d’originalité (placement d’actions de la Société franco-espagnole de dynamite en juin 1896, etc.). Bref, l’Espagne constitue seulement un « petit marché » pour la Société générale, une « niche » modeste, sans l’envergure des débouchés russes, sud-américains, nord-américains ou allemands. D’ailleurs, à la Belle Époque, les affaires espagnoles disparaissent quasiment des rapports annuels et des procès-verbaux du conseil d’administration : d’autres débouchés ont pris une telle ampleur que la banque ne considère plus l’Espagne financière comme un enjeu stratégique. Ce n’est pas la contribution de la Société générale au renflouement du Banco Hispano Americano en 1913-1914, aux côtés d’autres maisons, dont le Crédit lyonnais et le cnep, qui a inversé le cours de cette tendance.
C. Une cliente exceptionnelle, la Barcelona Traction, Light & Power Company
Un seul gros dossier émerge, celui consacré à une entreprise d’une dimension substantielle, la Barcelona Traction, Light & Power Company. Cette firme canadienne se déploie autour de projets d’aménagement hydroélectriques par le biais de sa filiale Ebro Irrigation & Power Company, pour aménager un affluent de l’Èbre, le Rio Sègre, et un affluent de ce dernier, et participer au développement agricole et surtout industriel en aval, d’autant plus que, au fil des mois, elle s’est constitué un véritable groupe intégré verticalement dans les services publics en acquérant la Barcelonesa de Electricidad (ou Compagnie barcelonaise d’électricité), l’Energia Electrica de Cataluna25, les Ferro Carillas de Cataluna et enfin en obtenant le contrôle des Tramways de Barcelone en 1913. Ce groupe devient un important bénéficiaire des attentions de la Société générale dans ces contrées, par le relais de sa succursale de Londres, toujours placée à l’affût des grosses opérations26.
Tout d’abord, la Société générale est partie prenante en 1913 dans une première avance à court terme de dix millions de francs à la Barcelona Traction, car la cliente doit rembourser un prêt accordé par la Deutsche Bank ; la Société générale, pour 5 %, sa filiale belge sfbd, pour 70 %, et la maison Stallaerts & Loewenstein, assurent cette avance27. En parallèle, un groupe bancaire accorde en 1913 une seconde avance, cette fois à la filiale Barcelonesa de Electricidad28 et pour un montant de 920 000 livres, remboursable en 1915 par des obligations et en liquide, par moitié. La Société générale fournit 37,69 % de la somme – par le biais de sa succursale de Londres -, aux côtés de Paribas (18,84 %) et de trois maisons de Haute Banque « internationalisées », Spitzer (4,3465 %), Dunn Fisher (21,7375 %) et Stallaert & Loewenstein (17,386 %). Ces établissements parviennent à réaliser dès 1917-1948 les obligations qu’on leur remet en 1915 pour solder la moitié de cette avance.
Ces opérations de court terme accompagnent et parfois facilitent des opérations de long terme. La Société générale participe ainsi au placement de titres lors d’une première émission d’obligations en décembre 1911 : elle place au sein de sa clientèle française et belge (par le biais de la sfbd) d’investisseurs et épargnants 40 000 des 70 000 titres (de 20 livres) émis, les 12 500 obtenus à l’origine par la sfbd et les 25 000 cédés par Stallaerts & Lowenstein. Lors d’une seconde émission, en février 1913, elle vend 50 000 des 75 000 titres, ce qui prouve la puissance de courtage de la deuxième banque de dépôts française et son aptitude à saisir avec réactivité les occasions d’affaires, aux côtés de ses consœurs elles aussi impliquées dans l’opération de garantie (Paribas, Banque internationale de Bruxelles, Banque d’Outremer, Banque privée), mais moins aptes qu’elle à séduire la clientèle de base pour l’opération de placement ; le groupe en est récompensé il est vrai par un bénéfice de 1,3 million de francs pour la seule émission de 1911. La Société générale participe ensuite à l’augmentation de capital de 10 millions de dollars effectuée en juillet 1913 – car la société vient de reprendre la gestion des tramways de Barcelone et doit investir dans des équipements hydroélectriques par le biais de la Barcelenosa de Electricidad. La Société générale est invitée par les deux chefs de file, la banque anglaise Dunn Fischer et la maison belge Stallaerts & Loewenstein, à participer à cette émission : son groupe gère 55 % de l’opération, dont sa filiale belge, Société française de banque & de dépôts, elle-même pour 1,3 million de dollars et sa filiale allemande et alsacienne, la Sogenal, pour un million de dollars ; le recours à ces deux filiales s’explique car cette opération constitue un moyen d’« européaniser » quelque peu une firme indirectement (par un relais canadien « neutre ») proche des intérêts allemands (aeg)29.
Toutefois, si l’opération a lieu, elle constitue un échec pour les banques, car l’éclatement de la guerre empêche la réussite du placement en Bourse, ce qui coince les titres dans leur portefeuille ; les engagements du groupe Société générale n’ont pu être soldés qu’en 1920-1921 car il était « collé » avec près de 52,1 millions de francs d’obligations et d’actions, dont il réussit à céder la majorité à Dunn Fischer pour réduire sa perte comptable à 8,7 millions. En outre, la Barcelona Traction doit suspendre le payement de ses coupons en 1914-1918 et cette dette est transformée en bons de dix ans. La Société générale se montre fort impliquée dans toutes ces opérations et dans les réunions qui les préparent, tant à Paris qu’à Barcelone, où une banque, Arnus-Gari, ne parvient pas, dans ces années 1913-1918, à imposer des règles strictes de gestion au nom de la communauté des banquiers et des investisseurs à la communauté des ingénieurs qui engagent le groupe dans des investissements industriels imposants mais consommateurs de capitaux abondants.
Cela dit, non seulement ce dossier reste une exception, mais il se conclut par une relative déception, malgré le dynamisme et l’efficacité de la Société générale dans plusieurs de ses étapes. Quoi qu’il en soit, à part lui, c’est quelque peu le vide ; puis rien ne transparaît sur des liens financiers entre la Société générale et l’Espagne dans les procès-verbaux du conseil d’administration des années 1919-1930... L’on ne peut pas prétendre que, pendant le premier tiers du xxe siècle, l’Espagne ait été un vaste marché pour les opérations financières de la Société générale.
  1   2   3

similaire:

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconLa représentation de la France des années 1920 aux années 1950

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconLa construction d’un système socio-mental impérial par le monde des...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconPolitiques d’immigration – les années soixante jusqu’aux années quatre-vingt dix

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconCette exposition cible la mode des années 50 en France, et plus précisément...
«allurent» la silhouette ainsi recomposée, les épaules menues, les gorges avantageuses modélisent une féminité nouvelle qui servira...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconIV. La vie politique en France, thème 4 : La Vème République à l'épreuve de la durée
«années Mitterrand», «années Chirac» dans le contexte d’absence de forte croissance depuis la fin des années 1970. Comprendre et...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconLa culture visuelle du mouvement ouvrier dans son rapport a la republique
«d’incarnation sociale4», celle des années trente et de l’après Libération jusqu’à la guerre froide des années cinquante, vue à travers...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconI la société de consommation naît au cours des années 60, l’émancipation...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconL’émergence de la coopération industrielle, bancaire et commerciale...
«Georges Pompidou accorde en effet au facteur économique une place clef qui le conduit tout au long de son mandat à encourager le...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconLes banquiers français en Chine (1860-1950) : Shanghai et Hong Kong,...

1. L’Espagne, un modeste eldorado bancaire et financier (des années 1860 aux années 1900) iconDepuis le temps où Simon et Alain se voyaient interdire les novilladas...
«sans peur et sans reproche», tel un chevalier médiéval. En un mot, IL est noble, au sens de gentilhomme. Pour tous, IL doit être...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com