Première partie : La fondation du mythe





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III ) Banalisation du mythe vampirique


Le vampire a particulièrement évolué depuis que Stoker a relancé le mythe en 1897. A présent, c’est un être qui pense, parle et se remet en question. Il n’est plus le symbole de l’altérité détestée, au contraire, il devient une icône valorisée, enviée par les témoins de ses aventures. La créature a connu de nombreux statuts : dispensateur de mort chez Stoker, monstre comique chez Polanski ou encore créature torturée chez Herzog. Aujourd’hui, le vampire est beau, mais en plus c’est un idéal de force et de longévité. Peu à peu, il s’est débarrassé de l’aspect animal rebutant qui le caractérisait, des symboles de la monstruosité inhérents à sa condition. A présent, le vampire a perdu la plupart des caractéristiques négatives qui faisaient de lui un personnage effrayant. Pire, le suceur de sang est bientôt apparu dans des domaines n’ayant strictement rien à voir avec le monde de l’épouvante. Cette prolifération de l’image du vampire par les médias, comme on va le voir, va achever la transformation de la créature. Le mythe a évolué, le vampire ne sera plus un monstre haït, mais un être différent et surhumain, plus divertissant et moins horrifiant.
a) Le vampire est partout

La prolifération de l’image du vampire dans les différents médias remonte à une dizaine d’années. A cette époque, la créature connaît un regain de faveur auprès du public grâce à la sortie du Dracula de Francis Ford Coppola. Dès lors, le vampire va faire irruption dans des domaines autre que le cinéma ou la littérature 118. La télévision s’empare du mythe et diffus des téléfilms tels que Le calice de Jade, de Farah Mann, et Le crépuscule des vampires, de Jim McBride. Les séries ayant pour thème l’horreur et le fantastique s’accaparent également le mort-vivant : “Les Contes de la crypte” diffusent un épisode intitulé Un vampire récalcitrant, il en va de même pour “Aux Frontières du réel” avec Le vampire. Ces exemples montrent l’apparition du vampire dans des séries dont il n’est pas le sujet principal. Cela change pourtant avec la diffusion, depuis 1998 sur la sixième chaîne de la série Buffy contre les vampires, qui met en scène une adolescente chasseuse de morts-vivants. Le monde du dessin animé n’échappe pas à la règle, les enfants peuvent ainsi se familiariser avec le mythe grâce à Draculito mon saigneur et à Ernst le vampire, diffusés respectivement par M6 et France 3. Le vampire est aussi régulièrement le sujet d’émissions télévisées, telles que la soirée thématique diffusée par Arte, le 10 janvier 1993 ou encore l’émission Mystère du 11 avril 1994. Le vampire est également mis à l’honneur dans de nombreuses publicités. Le spot pour Danone, avec son slogan « On se lève tous pour Danette », est ainsi illustré par un court extrait du Nosferatu de Murnau. La publicité pour le Boursin est un autre exemple : un veilleur de nuit est embauché pour surveiller le fromage à l’ail car il est le seul à ne pas succomber à sa saveur. On comprend que cela lui soit aisé lorsqu’il dévoile deux longues canines à la fin du spot. La société Nike quant à elle met en scène un vampire jouant au tennis en plein soleil grâce à l’un de ses tee-shirts anti-U. V. Le monde publicitaire fourmille encore de nombreux exemples mettant en scène le mort-vivant. Le vampire est devenu une icône et à ce titre, on le retrouve de plus en plus en tant qu’élément illustratif. Dans le n° 410 du magazine Femme Actuelle, un article intitulé “Mieux connaître l’ail” est illustré par le dessin d’un vampire, ce dernier étant repoussé par une guirlande d’ail. Il en va de même dans un quotidien, Le Pays de Franche-Comté daté du 14/02/1993, qui publie un article concernant les dons de sang en Autriche et en Allemagne. Celui-ci est accompagné d’une photo extraite du film de Coppola. Le tourisme s’attaque également au mythe, le “Dracula Tour” permet d’emprunter le même trajet que Jonathan dans le Dracula de Stoker, depuis l’auberge rustique jusqu’au célèbre château du voïévode transylvanien. Le vampire est partout et il possède visiblement un potentiel commercial énorme. Le Nouvel Observateur, dans son n° 1758 (juillet 1998), annonce ainsi que le ministère du tourisme roumain veut créer un parc d’attraction dans le nord du pays, il s’appellera “Dracula Land” et visera à rentabiliser l’image du comte. Alain Pozzuoli dans son Guide du centenaire cite encore de multiples exemples d’exploitation de l’image du vampire, telles que le Musée de Cire de Whitby, qui reconstitue les moments forts du roman de Stoker en dix tableaux. Devenu un véritable bien de consommation, on retrouve le vampire dans les jeux vidéos, comme sur Super Nintendo, où Jonathan doit empaler le comte Dracula pour sauver Mina. Dans une optique différente, certains jeux de rôles proposent d’incarner une créature de la nuit, c’est le cas de Vampire : Dark Age et de Vampire : The Masquerade, deux jeux de la firme White Wolf basés sur l’art du conte et de l’interprétation. Le premier de ces deux jeux permet d’évoluer dans un contexte médiéval, dans un environnement rappelant les décors du Dracula de Stoker. Le second met en scène des vampires modernes, plus proches du monde décrit par les Chroniques d’Anne Rice. On constate, à travers cette liste non exhaustive, que les apparitions du vampire sont de plus en plus fréquentes. Cette omniprésence s’explique par le fait qu’il s’agit d’un être fascinant, chargé de symboles et reconnu par tous. Les cent ans du roman de Stoker, fêtés en 1997, n’ont fait qu’accroître le phénomène. Conformément au courant moderne, les différentes exploitations du mythe vont achever de débarrasser le vampire de ses caractéristiques monstrueuses, dénaturant ainsi une créature conçue pour faire peur.
b) Mise en abîme de la monstruosité

La plupart des caractéristiques symbolisant la nature démoniaque et monstrueuse du vampire moderne vont disparaître. Comme on l’a vu pour les vampires d’Anne Rice, les traits animalisés ne sont plus au goût du jour : les oreilles pointues, les crocs proéminents et les griffes ensanglantées ne font plus recette auprès du spectateur, qui veut pouvoir s’identifier à la créature. C’est là le changement fondamental qui s’est opéré dans la perception du vampire par la masse. Créé pour être un monstre détesté, un ennemi redoutable mettant en relief les différentes vertus du héros, le vampire a finalement évolué pour devenir le centre de l’attention. Ceci explique certainement le fait qu’il soit devenu une héros de roman d’apprentissage, ayant abandonné son statut de prédateur honni pour un rôle beaucoup plus convenable. Le thème du vampirisme est donc aujourd’hui totalement “perverti”, surtout depuis qu’on l’a dissocié de la notion de contamination, inhérente au mythe d’origine. Apparu avec les grandes vagues de peste, le vampire avait toujours été plus ou moins lié à ce fléau mortel. Murnau en particulier, avait su jouer de ce thème avec originalité, accompagnant la plupart des déplacements du comte Orlock de la présence métaphoriques des rats, symboles de contamination par excellence. Aujourd’hui, il est rarement fait allusion à cette constante plutôt embarrassante pour le “héros” vampire. Le mort-vivant abandonne son rôle de prédateur pour celui de protecteur de l’humanité, une tendance que l’on peut constater à travers deux vampires contemporains. Le premier se nomme Angel, il est apparu dans la série Buffy contre les vampire, diffusée depuis maintenant quatre ans sur M6. Ce personnage incarne parfaitement la plupart des stéréotypes liés au vampire moderne : il est beau, fort et surtout, il se retourne contre ses congénères qui veulent asservir l’humanité. Comme Louis, le personnage d’Anne Rice, Angel doit lutter contre sa condition et la soif de sang qui l’obsède. Il apparaît ainsi comme un vampire romantique, moderne et surtout populaire. En effet, le personnage a tellement plu au public qu’on a créé une série spécialement pour lui. Si les scénarios, de même que la mise en scène et les personnages, sont orientés dans le but de satisfaire un public adolescent, on ne peut nier le fait que la série reflète parfaitement l’évolution du mythe. Le second vampire à suivre la voie de l’humanité se nomme Blade. Ce personnage de comics 119, créé durant les années soixante-dix, a connu la consécration grâce à une adaptation cinématographique, parue sur les écrans en 1998. Le protagoniste est un chasseur de vampire singulier, puisqu’il est lui-même à moitié damné. En effet, sa mère s’étant faite mordre par un vampire juste avant de le mettre au monde, Blade naît en tant qu’être hybride, mi-homme, mi-vampire. Il dispose ainsi des avantages de chaque condition, ce qui fait de lui un chasseur redoutable, surnommé par les autres mort-vivants le “Day walker” (autrement dit, “celui qui marche le jour”). Le film, là encore clairement destiné à un public adolescent, privilégie l’action et adapte les constantes du genre en fonction de celle-ci : Blade se sert de bombes lacrymogènes à base d’ail, de pieux et de balles en argent (il semble ici y avoir confusion avec le mythe du lycanthrope). Pour conclure, il extermine le plus puissant des vampires grâce au sérum élaboré par une scientifique. Les vampires ne sont pas en reste en matière de trouvailles douteuses, ainsi, ils mettent de l’écran total pour pouvoir se battre durant la journée. On voit donc à travers ces deux exemples que le vampire est entré dans un nouveau cycle. Ce n’est plus un pestiféré, un marginal, c’est un héros toujours prêt à sauver l’humanité. Le problème, c’est que cette évolution semble ce produire dans les mêmes conditions que celle de la “période Hammer”. Les modifications qui sont apportées au mythe ne le sont plus pour des raisons artistiques, il n’y a plus de recherche ni d’innovation réellement intéressante. Dans une logique purement commerciale, l’évolution du mythe est à présent dictée par les attentes du public, et les spectateurs ne souhaitent plus que le vampire soit un être monstrueux.




c) Un être transcendant
Aujourd’hui, les vampires présents dans la littérature et le cinéma n’ont plus rien en commun avec leurs ancêtres du folklore slave. Dracula lui-même s’est transformé, laissant son statut de monstre gothique pour devenir une créature humanisée et romantique. Le vampire moderne, qu’il se nomme Lestat, Blade, Angel ou Timmy semble être devenu un symbole de perfection. Comme le dit très justement Jean Marigny dans l’un de ses articles 120 :

« On voit ainsi que, dans la littérature contemporaine, le vampire apparaît non plus comme un démon attaché à entraîner ses victimes dans la damnation, mais comme un être nouveau supérieur à l’homo sapiens et destiné à plus ou moins long terme à le remplacer. Dans un tel contexte, la mort est considérée non pas comme la fin de l’existence, mais comme un seuil permettant d’accéder à une forme d’existence supérieure où l’esprit triomphe enfin sur la matière. »

Le vampire est donc désormais un être supérieur. S’étant débarrassé du fardeau de la mortalité et de ses contingences matérielles, il accède au statut de surhomme, sinon de dieu et incarne par là même l’un des plus grand rêves de l’humanité. Capable de transcender les lois de la nature, il possède une force incroyable et défie l’éternité. Le temps devient d’ailleurs un élément primordial dans la représentation du vampire moderne. Dans les romans d’Anne Rice et dans celui de Somtow, c’est l’élément essentiel de l’intrigue puisque le vampire raconte sa vie et ses éternelles pérégrinations, dignes de celles du Juif Errant. Le mort qui se raconte à travers les âges nous permet ainsi de comprendre pourquoi son rapport au Mal a évolué. Chez Somtow, on apprend que Timmy s’est fait violer par Gilles de Rais, mais aussi qu’il a survécu aux camps d’extermination nazis. Ces expériences lui ont démontré que l’homme pouvait être plus monstrueux que le vampire, l’amenant ainsi vers une réflexion sur sa nature, sur sa place dans le monde en tant qu’archétype du Mal. Ce procédé définit le roman de Somtow mais reste irrémédiablement occulté chez Stoker, qui lorsqu’il évoque le passé de Dracula, ne fait allusion qu’à des points négatifs, tels que sa cruauté ou son intérêt pour la magie noire. C’est pourtant bien le thème du temps qui réhabilitera le vampire dans le film de Coppola. On y apprend en effet pour quelles raisons le comte est devenu un monstre, et l’on en éprouve que plus de pitié. Le temps permet également au vampire de parfaire ses capacités. Il développe des compétences impensables pour un être humain. Il peut ainsi lire un livre en quelques secondes et en retenir le contenu pour l’éternité. La damnation semble apparaît donc davantage comme un privilège que comme une malédiction. Cela est renforcé par le fait que les inconvénients inhérents à la condition vampirique peuvent être contournés. Blade par exemple, est insensible à la lumière du jour (tout comme Timmy Valentine d’ailleurs) ; il n’a pas non plus besoin de tuer pour survivre puisqu’il lutte contre la soif à l’aide de divers sérums. Angel lui non plus n’agresse pas les passants pour leur voler leur sang, il vit avec son temps et trouve désormais ce dont il a besoin dans les hôpitaux, par l’intermédiaires de poches de sang. Mais le meilleur exemple reste celui de Lestat, qui dans La Reine des damnés (The Queen of the Damned, 1988), transcende la condition vampirique. Le protagoniste, après avoir bu le sang de la “Mère” devient un être fabuleux. Immortel, il devient tellement puissant qu’il peut vivre sans boire le sang des humains. Il peut également supporter les rayons purificateurs du soleil : plus qu’un être mythique, il devient ainsi l’équivalent d’un dieu.
Conclusion de la quatrième partie

Les vampires d’aujourd’hui ne sont plus des monstres. Depuis Dracula, la tradition littéraire voulait que l’on représente le suceur de sang comme un être fondamentalement malfaisant, plus ou moins inspiré par le Diable. Dans la vision d’Anne Rice, ces créatures ne sont pourtant ni des démons ni des anges. Certes, il tuent pour survivre, mais leur conscience d’êtres intelligents et sensibles les pousse à se remettre en question. Ils sont capable d’aimer, de souffrir, mais aussi d’éprouver de la pitié pour leurs victimes. Comme le dit Jean Marigny dans son article concernant les Chroniques 121 :

« Le mérite principal des “Chroniques” est incontestablement d’avoir dépoussiéré le thème du vampire. De même que Bram Stoker a ouvert la voie avec son “Dracula” en imposant une image du vampire qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours, mais qui s’est quelque peu sclérosée, Anne Rice, en publiant “Interview with the Vampire”, a inauguré une ère nouvelle pour le thème du vampire en littérature. »

Ainsi, Le vampire de notre époque nous ressemble, il parle, pense et se remet en question. Loin du monstre représenté traditionnellement, il apparaît comme une hyperbolisation de l’homme. Ses sens comme la plupart de ses traits paraissent magnifiés par la malédiction du vampirisme, damnation éternelle qui a dû se plier aux contingences de la loi du commerce.
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