Première partie : La fondation du mythe





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Conclusion
Né dans l’imaginaire de plusieurs générations de paysans superstitieux, la littérature et le cinéma ont fait d’une légende d’un autre âge un mythe moderne. A travers cette étude, nous avons tenté de dégager des éléments pouvant nous aider à comprendre cette évolution. Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion que l’évolution et la pérennité du mythe reposaient essentiellement sur trois facteurs. Le premier d’entre eux se trouve être la capacité du mythe vampirique à se nourrir de lui-même. Contrairement au monstre de Frankenstein, le vampire n’est pas resté ancré dans l’Angleterre victorienne qui l’a vu naître. Il a évolué à travers l’espace et le temps, la littérature et le cinéma, s’imprégnant de chaque œuvre lui étant consacrée, de chaque époque traversée. Le personnage de Stoker reste l’archétype du vampire et pourtant, chaque auteur a tout de même apporté sa pierre à l’édifice. Polidori introduit le concept du vampire mondain alors que Le Fanu lui, dote la créature de ses désormais célèbres canines. Murnau met en scène un vampire monstrueux et solitaire, Browning reprend le thème du vampire théâtral et Fisher transforme le mort-vivant en un être irrésistible. Toujours en mouvement, le mythe du vampire apparaît dans chacune de ses représentations comme le reflet du contexte socioculturel de son auteur. La Seconde Guerre mondiale confronte ainsi le vampire à la notion de génocide, alors que les années quatre-vingt le mettent face aux problèmes de la drogue et du sida. Cette capacité à s’adapter nous rappelle que les vampires, comme « les bactéries peuvent muter 122 », qu’ils peuvent évoluer tant au niveau mental que sur le plan physique, transcendant leur nature de mort-vivant pour devenir plus humains. Ainsi, la représentation du vampire va s’orienter vers une humanisation du personnage, qui va quitter son statut de créature gothique pour devenir une être romantique et torturé par sa condition. Le second facteur de l’évolution du mythe découle de cette perspective. En effet le vampire, en devenant plus humain, a démontré qu’il était un être capable de se transcender. D’abord simple revenant, puis comte vampire conquérant, le mort-vivant est parvenu à s’humaniser, accédant à la parole et à la conscience, se créant une identité propre et retrouvant son âme et son reflet. A travers ses différentes apparitions dans la littérature et le cinéma, le suceur de sang n’a eu de cesse de dépasser sa condition. Depuis Stoker déjà, on savait qu’il avait transcendé la frontière primordiale à laquelle tout être est normalement assujetti, celle qui sépare la vie du néant, de la mort. Mais le vampire est depuis parvenu à se dépasser dans bien d’autres domaines. En effet, le mort-vivant a également réussi à échapper à son statut de créature exclue et incomprise. Aujourd’hui, le suceur de sang n’est plus tenu à l’écart de la civilisation comme le symbole d’un archaïsme déchu. Réinventé par des auteurs tels que S. P. Somtow et Anne Rice, il évolue désormais aux côtés des humains, intégré dans une société qui le considère moins comme un monstre que comme un être différent par son métabolisme, un surhomme aux pouvoirs obscurs et colossaux. La malédiction s’est donc transformée en une source de pouvoir alléchante pour les mortels, qui divinisent le vampire et envient son statut d’enfant de la nuit. Celui-ci devient alors plus une sorte de héros qu’un monstre détesté, illustrant les propos de Christopher Lee, l’un des plus célèbres interprètes de Dracula, qui dit du vampire qu’il est « un héros malveillant, un homme d'une immense […] force, d'un immense pouvoir […] une sorte de superman 123. » Cette réflexion démontre à quel point le mythe a pu se transformer. Le vampire n’est plus aujourd’hui une manifestation du Mal à l’état brut, et cela parce que la notion de monstruosité a beaucoup évolué. C’est là le troisième facteur qui influencera la représentation du mort-vivant. De nos jours, le vampire semble s’être éloigné de son statut de créature monstrueuse, se rapprochant de plus en plus de son humanité perdue. Paradoxalement à cette situation, nous assistons à un renversement total des valeurs puisque ce sont les hommes qui semblent être devenus les véritables monstres. En effet, si le vampire tue pour survivre, on constate chaque jour que l’homme lui, est capable d’assassiner pour une question de religion, de pouvoir, ou pour toute autre forme de désaccord. Ainsi, on peut constater que l’humanisation du vampire alla de paire avec une certaine banalisation des crimes et de la violence. Comment le vampire, créature mythique et fictive, pourrait-elle désormais effrayer les masses alors que chaque jour, les journaux télévisés font de nous les témoins de massacres et de génocides en tous genres ? Ainsi privé de son domaine privilégié (l’horreur), le vampire s’est donc tourné vers de nouveaux horizons, entamant un nouveau cycle plus divertissant en devenant une sorte de superhéros pour adolescent, luttant pour sauver le monde de ses congénères mais aussi de la folie des hommes.

Bibliographie

Romans

-Joseph Sheridan Le Fanu, Carmilla, trad. Gaïd Girard, Actes Sud, Ed. Babel, 1996.
-Richard Matheson, Je suis une légende, Folio science-fiction, 2001.

-John Polidori, Le Vampire.

-Anne Rice, Entretien avec un vampire, éd. Pocket, 1995, traduit de Interview with the vampire (1976) par Tristan Murail.

-Anne Rice, Lestat le vampire, Presses Pocket, traduit de The Vampire Lestat (1985).

-S. P. Somtow, Vampire Junction, 1984 Paris, J’ai Lu, 1990.

-Bram Stoker, Dracula, trad. Lucienne Molitor, Ed.Marabout, 1975.

Etudes et essais sur le mythe du vampire

-Dom Augustin Calmet, Dissertation sur les vampire (1751), texte présenté par Roland Villeneuve, Grenoble, Jérôme Million, 2ème édition (1998).

-Tony Faivre, Les Vampires, Essai historique, critique et littéraire, Paris, Le Terrain Vague, E. Losfeld1962.

-Sabine Jarrot, Le Vampire dans la littérature du XIXe au XXe siècle, l’Harmattan, 1999.

-Claude Lecouteux, Histoire des Vampires, Ed.Imago, 1999.

-Barry Pattisson, Dracula, les vampires au cinéma, trad. de l’anglais : The Seal of Dracula, Paris, 1976.
-David Pirie, Les Vampires au cinéma, Ed. Oyez,Bruxelles, 1978.


-Les vampires, Colloque de Cerisy, Albin Michel, Cahiers de l’Hermétisme, 1993 (réédition).





Articles

-Jean Gattegno, « Folie, croyance et fantastique dans Dracula », Littérature n°8, 1972.

-Jean-Jacques Lecercle, “Une crise de sorcellerie”, dans Dracula : insémination dissémination, Presses de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière.

-Jean Marigny, « Vampirisme et initiation », dans Esotérisme, gnoses et imaginaire symbolique : Mélanges offerts à Antoine Faivre, R. Caron, J. Godwin, J. Hanegraaff et J-L. Vieillard-Baron (Ed.), Leuven, Peeters, 2001.

-Jean Marigny, “Les chronique d’Anne Rice”, dans Dracula : insémination dissémination, Presses de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière.
-Gilles Ménégaldo, « Quelques aspects de la parodie dans les films de vampires : l’exemple de Tod Bowing (« Mark of theVampire » et de Roman Polanski « The Fearless Vampire Killers »)dans
Esotérisme, gnoses et imaginaire symbolique : Mélanges offerts à Antoine Faivre, R. Caron, J. Godwin, J. Hanegraaff et J-L. Vieillard-Baron (Ed.), Leuven, Peeters, 2001.

-Gilles Ménégaldo, « Renfield et la folie », dans Dracula : insémination dissémination, Presses de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière.

-Gérard Stein, « Dracula ou la circulation du sans », dans Littérature n°8, 1972.

Filmographie

-John Badham, Dracula (1979).

-Roy Baker, Les cicatrices de Dracula (Scars of Dracula, 1970) ; The Vampire Lovers (1970) ; Les sept vampires d’or (The Seven Golden Vampires, 1974).

-Mel Brooks, Dracula: mort et heureux de l’être (Dracula : Dead and Loving It, 1995).

-Tod Browning, Dracula (1931).

-Francis Ford Coppola, Dracula (1992).

-Terence Fisher, Le cauchemar de Dracula (Horror of Dracula, 1958) ; Les fiancées de Dracula (Brides of Dracula, 1960) ; Dracula, Prince des Ténèbres (Prince of Darkness, 1965).

-Freddie Francis, Dracula et les femmes (Dracula has Risen from the grave, 1968)

-Alan Gibson, Dracula 73 (Dracula AD 1972, 1972) ; Dracula vit toujours à Londres (The Satanic Rites of Dracula, 1973).

-Werner Herzog, Nosferatu, fantôme de la nuit, (1978).

-Edouard Molinaro, Dracula père et fils (1976).

-Murnau, Nosferatu, une symphonie de l’horreur (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens, 1922).

-Roman Polanski, Le Bal des vampires (Dance of the Vampires, 1967).

-Stephen Norrington, Blade (1998).

-Peter Sasdy, Une Messe pour Dracula (Taste the blood of Dracula, 1970) ; Comtesse Dracula (Countess Dracula, 1970).

Table des illustrations

Page 46 : Nosferatu, la créature de Murnau, tiré du film éponyme (1922).

Page 50 : Bela Lugosi incarnant Dracula dans le film de Browning (1931).

Page 59 : Illustrations de Chistopher Lee, dans Le cauchemar de Dracula, de Fisher (1958).

Page 60 : Photo tirée du Bal des vampires, de Roman Polanski (1967).

Page 67 : T. Cruise, sous les traits de Lestat, dans Entretien avec un vampire (1992).

Page 74 : G. Oldman et W. Rider, respectivement Dracula et Mina chez Coppola (1992).

Page 81 : Angel, incarné à l’écran par D. Boreanaz.

Page 82 : Le personnage de Blade, tiré du comics qui le met en scène.



1 Jean-Jacques Lecercle, “Une crise de sorcellerie”, dans Dracula : insémination dissémination, Presses de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière, p. 9.

2 Philosrate, Vie d’Apollonios de Thyane IV, 25, trad. P. Grimal, dans : Romans grecs et latins, Paris, 1963 (Bibliothèque de la Pléiade, 134), p. 1158 sq.

3 Les Vampires, Colloque de Cerisy, Albin Michel, Cahiers de l’Hermétisme, 1993, p. 94.

4 Ibid., p.93.

5 Claude Lecouteux, Histoire des vampires : autopsie d’un mythe, Ed. Imago, 1999, p.30.

6 Ibid., p. 7.

7 Ibid., pp. 63 à 85.

8 Ibid., p. 20.

9 Les Vampires, Colloque de Cerisy, Albin Michel, Cahiers de l’Hermétisme, 1993, p. 19.

10 Denis Buican, Les Métamorphoses de Dracula, Ed. Du Félin, Paris, 1993, pp. 78-81.

11 Gaïd Girard, « Lecture de Gaïd Girard », dans Carmilla, de Sheridan Le Fanu, éditions Babel, 1996, p. 140.

12 Claude Lecouteux, Histoire des vampires : autopsie d’un mythe, Ed. Imago, 1999, pp. 23-24.

13 La Bible, “Lévitique” (17, 11, sq.).

14 Sheridan Le Fanu, Carmilla, éditions Babel, 1996, p. 47.

15 Cela à travers l’œuvre de Bram Stoker, mais aussi grâce aux films de Murnau (Nosferatu, 1922) ou de Browning (Dracula, 1931).

16 Dom Augustin Calmet, Dissertation sur les vampires, Atopia (1998), pp. 185-186.

17 Sheridan Le Fanu, Carmilla, éditions Babel, 1996, p. 39.

18 Sabine Jarrot, Le Vampire dans la littérature du XIXe au XXe siècle, l’Harmattan, 1999, p. 133.

19 Jean-Jacques Lecercle, “Une crise de sorcellerie”, dans Dracula : insémination dissémination, Presses de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière, p. 22.

20 Des règles établies et recensées par Dom Augustin Calmet dans ses Dissertations sur les vampires parues pour la première fois en 1746.

21 Claude Lecouteux, Histoire des vampires : autopsie d’un mythe, Ed. Imago, 1999, pp. 109-110.

22 Bram Stoker, Dracula, trad. Lucienne Molitor, Ed. Marabout, 1975, introduction de Tony Faivre, p. 12.

23 Ibid., p. 215.

24 Jean-Jacques Lecercle, “Une crise de sorcellerie”, dans Dracula : insémination dissémination, Presses de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière, p. 12.

25 Bram Stoker, Dracula, trad. Lucienne Molitor, Ed.Marabout, 1975, pp. 90-91.

26 Ibid., p. 326.

27 Ibid., p. 340.

28 Ibid., p. 65.

29 Ibid., p. 337.

30 Ibid., p. 91.

31 Sabine Jarrot, Le Vampire dans la littérature du XIXe au XXe siècle, l’Harmattan, 1999, p. 110.

32 Bram Stoker, Dracula, trad. Lucienne Molitor, Ed.Marabout, 1975, p. 399.

33 Jean-Jacques Lecercle, “Une crise de sorcellerie”, dans Dracula : insémination dissémination, Presse de l’UFR CLERC, université de Picardie, articles regroupés par Dominique Sipière, p. 11.

34 Harry Ludlam, A biography of Dracula, the life story of Bram Stoker, éd. the fireside Press, Londres, 1963, p. 100.

35 Ami proche de Van Helsing, le professeur Arminius Vambery, qui enseigne à Budapest dans le roman, a réellement existé. Bram Stoker a suivi avec passion les différentes conférences qu’il donna à Londres. Il est notamment l’auteur du Péril jaune et d’une Histoire de la Hongrie.

36 Bram Stoker, Dracula, trad. Lucienne Molitor, Ed.Marabout, 1975, p. 417.



37 Ibid., p. 303.

38 Gilles Ménégaldo, « Renfield et la folie », dans Dracula, insémination dissémination, articles rassemblés par Dominique Sipière, 1998.

39 Jean Gattegno, « Folie, croyance et fantastique dans Dracula », dans
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