Première partie : La fondation du mythe





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titrePremière partie : La fondation du mythe
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Cette réflexion de J.-J. Lecercle démontre à quel point B. Stoker, à travers d’insignifiants détails, a chargé son personnage de symboles forts, expliquant par là même que Dracula ai pu à ce point marquer les esprits. Stoker reprend également le thème du magnétisme vampirique, qui provoque à la fois attraction et répulsion chez les victimes. Les trois femmes vampires sont l’illustration parfaite de ce concept, notamment lorsqu’elles surprennent et séduisent Jonathan Harker au château de Dracula :

« La blonde s’approcha, se pencha sur moi au point que je sentis sa respiration. L’haleine en un sens, était douce, douce comme du miel, et produisait sur les nerfs la même sensation que sa voix, mais quelque chose d’amer se mêlait à cette douceur, quelque chose d’amer comme il s’en dégage de l’odeur du sang. […] Sur ses traits était peinte une volupté à la fois émouvante et repoussante 25. »


Cet exemple nous permet d’examiner la technique descriptive de B. Stoker. Pour donner à son lecteur l’impression d’attraction-répulsion éprouvée par les victimes, l’auteur utilise successivement et systématiquement deux adjectifs opposés pour décrire ses vampires. Mina décrit ainsi le visage de Dracula comme étant à la fois « cruel, dur, mais sensuel ». Ce sentiment ambigu va jusqu’à prendre des proportions extrêmes lorsque Mina se « demande s’il ne faut pas, après tout, avoir pitié d’une créature traquée comme […] le comte 26. » De la même manière, Dracula, s’il ne provoque pas l’envie des hommes, force néanmoins le respect. Van Helsing, érudit, sage et détenteur d’un certain savoir occulte, exprime d’ailleurs à plusieurs reprises son admiration pour l’intelligence du comte, notamment quand il note que Dracula est parvenu à réaliser son “invasion” « seul, tout seul, à partir d’un tombeau en ruine quelque part dans un pays oublié ». Bram Stoker reprend également les principaux pouvoirs et handicaps du vampire. Dracula possède ainsi une force exceptionnelle et peut se transformer en loup et en brume. Il est vulnérable aux symboles sacrés tels que l’hostie, le crucifix, l’eau bénite et le pieu, qui demeure l’arme suprême contre le vampire. Stoker a donc disposé des caractéristiques essentielles du vampire pour créer le personnage de Dracula, mais au-delà d’une simple synthèse, il a apporté sa contribution, distillant ça et là de nouveaux éléments, de nouvelles règles pour régir l’existence du revenant, apportant par là même un renouveau salutaire pour le mythe.
b) Les règles instaurées par Stoker

Le vampire créé par Bram Stoker se démarque de tous ses prédécesseurs. A l’inverse d’un Lord Ruthven ou d’une Carmilla, Dracula ne fait pas partie de la même société que ses victimes. Ce n’est pas un vampire mondain, ni un paysan rustre : le comte avant tout un noble, un valeureux conquérant et un fin stratège. Pourtant il apparaîtra pour le lecteur victorien comme l’incarnation du barbare venu de contrées lointaines pour piller, dépraver et répandre le sang. Le sang qui, dans le roman de Stoker, prend une nouvelle dimension grâce à deux nouveaux éléments. D’abord, on apprend que le sang donne au vampire le pouvoir de rajeunir. Véritable fontaine de jouvence, il permet ainsi à Dracula de retrouver sa jeunesse avant de partir pour “envahir” l’Angleterre. Cet nouvelle “fonction” apporte une autre dimension au pouvoir du sang, donnant au vampire une emprise plus forte encore sur le temps et mettant en relief sa non-appartenance au cycle de la vie. Ensuite, et là Bram stoker lève un voile soigneusement ignoré par ses prédécesseurs, on découvre qu’un vampire privé de sang trop longtemps peut mourir. L’auteur pose donc des limites matérielles à la supposée immortalité du non mort. Et ce ne sera pas là sa seule entrave, même si celui-ci, grâce à Stoker, a gagné le pouvoir de s’envoler en se transformant en chauve-souris. Tel Fenris, loup légendaire de la mythologie germanique, Dracula se retrouve enchaîné, ses mouvements et sa non vie même en sont dès lors affectés, Van Helsing le fait remarquer à ses compagnons : « Il est prisonnier, plus qu’un homme condamné aux galères, plus qu’un fou enfermé dans son cabanon 27. » D’abord, Stoker élimine la notion d’omnipotence jusqu’alors associée au revenant et répandue par des vampires invulnérables tels que Lord Ruthven. L’auteur démontre, à travers le personnage de Van Helsing, qu’il est possible de se préserver des vampires. On apprend ainsi que l’ail repousse les non--morts grâce à son odeur, insupportable pour les mauvais esprits. De même, une rose sauvage déposée sur sa tombe en interdit l’accès au vampire. Si l’ail a toujours été réputé pour éloigner le mauvais œil, il n’en avait encore jamais été question dans un roman de vampires. Stoker introduit ici un élément récurrent, indissociable du vampire par la suite (même s’il est parfois tourné en dérision). La rose sauvage est également une pure invention de l’auteur, mais elle ne connaîtra pas la même pérennité que l’ail. En dehors de ces moyens de protection, qui empêchent le vampire d’accéder à la substance qui le maintient dans un état de non mort, il existe dans Dracula de nombreuses autres barrières bridant le pouvoir du comte. On apprend que l’eau vive pourrait le détruire, que « s’il y avait un naufrage, les eaux vivantes l’engloutiraient sans qu’il puisse rien faire, et il serait perdu. » On apprend aussi que le vampire, s’il n’est pas (on devrait dire pas encore) vulnérable au rayons du soleil, perd tous ses pouvoirs durant la journée. Là encore, Stoker éclairci un point resté vague chez ses prédécesseurs. Dracula est encore limité par le fait qu’il doit reposer, durant la journée, dans la terre de sa patrie. C’est d’ailleurs ce qui le poussera à quitter l’Angleterre lorsque la “sainte coterie”, guidée par Van Helsing, procédera à la purification de ses refuges. Un autre handicap pour le vampire selon B. Stoker est celui de l’invitation à entrer. En effet, tant que le non-mort n’est pas invité dans une demeure, il ne peut y pénétrer, d’où le rôle déterminant de Renfield qui, en implorant le comte, lui a permis de s’infiltrer dans l’asile et de s’attaquer à Mina. Enfin, c’est également l’auteur de Dracula qui a introduit le problème du reflet chez le vampire. Ce dernier ne se réfléchit pas dans les miroirs, de même qu’il ne projette pas d’ombre. On pourrait voir dans cette absence de projection de l’image la disparition de l’âme, preuve irréfutable de la damnation, ce qui rendrait le comte plus démoniaque encore. On voit donc que Stoker dans son Dracula, a instauré des règles qui rendent la non vie du vampire sinon périlleuse, au moins difficilement enviable : le comte est un monstre damné, il ne faut pas l’oublier, le lecteur ne doit pas s’identifier à lui, ni envier sa condition et son pouvoir.
c) Le thème de la bête

Le thème de la bête tient une place importante dans le roman de Bram Stoker. Les vampires semblent sans cesse passer d’un plan à l’autre, flottant ainsi entre le monde des hommes et celui des animaux, de la même manière qu’ils errent entre la vie et la mort. La description de Dracula peut être considérée comme la première manifestation de cette bestialité :
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