Première partie : La fondation du mythe





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I ) Le vampire d’Anne Rice


Publié en 1976, Entretien avec un vampire (Interview with the Vampire), marque le début d’une ère nouvelle pour le mort-vivant. Premier volet des désormais célèbres Chroniques d’Anne Rice 93, le roman met en scène un vampire qui dit “je”, abandonnant son traditionnel statut de “grand silencieux” pour livrer ses réflexions dans une interview. Outre les récits de sa vie et de sa mort, le vampire décrit sa métamorphose, sa renaissance au monde en tant qu’enfant de la nuit. Par cette approche singulière, la romancière a radicalement renouvelé le mythe, lui donnant un second souffle après ses dernières déconvenues cinématographiques. Pour donner au mythe l’essor dont il avait besoin, Rice a dû réactualiser les constantes du genre, permettant au vampire de s’adapter à notre fin de siècle. Plus particulièrement, nous verrons qu’elle a effectué un travail significatif sur le statut social du revenant et sur le motif du sang, deux thèmes qui ont dû évoluer pour que le vampire puisse survivre à notre époque.

a) La rénovation du mythe

La rénovation des constantes du mythe s’effectue essentiellement autour de trois thèmes : la religion, la morphologie du vampire et enfin, ses diverses capacités surnaturelles. Les romans d’Anne Rice, contrairement au Dracula de Bram Stoker, se caractérisent par un athéisme marqué. Cela permet à la romancière de faire renaître le mythe, dans le sens où elle présente une créature totalement différente du vampire traditionnel. Dans ses Chroniques, Rice représente l’athéisme par l’impuissance des symboles sacrés face au vampire. Ce dernier peut d’ailleurs pénétrer dans les lieux saints, pour s’apercevoir que : « Dieu n’habitait pas cette église ; ces statues ne donnaient qu’une image du néant. Il n’y avait, en cette cathédrale, d’autre présence surnaturelle que la mienne. » Le vampire n’est donc pas mal à l’aise dans les lieux sacrés. Serait-ce là une remise en cause de sa nature démoniaque ? On peut se poser la question lorsqu’on sait que ni Louis, ni Lestat n’ont été damnés par Dieu, alors que Dracula, selon Van Helsing, aurait entretenu des rapports avec le Malin. De plus, les vampires d’Anne Rice sont loin d’avoir une apparence démoniaque, ils ne sont pas affublés de griffes ni de crocs énormes comme Nosferatu par exemple. Contrairement au roman de Bram Stoker, Les Chroniques d’Anne Rice ne mettent en scène que des vampires extrêmement beaux. Cette beauté est avant tout le fruit de leur métamorphose. En effet la transformation, qui entraîne la mort de la victime et lui inflige une grande douleur, semble agir comme une sorte de chrysalide, permettant au vampire de s’épanouir en un bien funeste papillon. Suite à cette période de transition, le corps du vampire devient plus jeune, plus harmonieux et plus robuste que celui d’un simple mortel. Il semble avoir atteint un degré de perfection qui n’existe pas chez les vivants. Cette beauté surnaturelle, le vampire la revendique, affirmant son statut de créature sensuelle, usant de son charme androgyne pour piéger ses victimes. A l’inverse d’un Dracula qui soumet ses proies par la force, le vampire moderne introduit la notion de jeu, de subtilité dans sa traque. Une chasse qui ressemble davantage à une danse nuptiale, fondée sur la séduction plus que sur la force. Toutefois, si le vampire est beau, il n’en garde pas moins son légendaire teint blafard, signe distinctif de sa surnature. De plus, cette beauté restera littéralement éternelle. En effet, après la métamorphose, le corps du vampire ne peut plus changer. Ses ongles 94, ses cheveux et ses poils ne pousseront plus, son apparence restant figée pour l’éternité. Dans le roman, Claudia 95, qui se coupe les cheveux dans un accès de rage contre ses pères (Louis et Lestat) voit ainsi tout espoir de devenir femme s’envoler quand ses cheveux repoussent instantanément. Il en va de même dans Vampire Junction 96 où Timmy, jeune star du rock, vit depuis deux mille ans dans le corps d’un adolescent prépubère. On voit donc que la représentation du vampire moderne apparaît comme figée dans un dandysme décadent et une beauté androgyne accentuée, s’éloignant de l’archétype du vampire bestial et fortement animalisé que l’on a pu rencontrer auparavant. Cette évolution entraîne des modifications dans les capacités mêmes du vampire, qui ne va plus disposer du pouvoir de métamorphose. Ainsi, si Timmy Valentine, le mort-vivant de Vampire Junction, est capable de se transformer en chat ou en loup, les vampires d’Anne Rice ne démontrent aucun don pour la métamorphose. Leurs sens en revanche, paraissent bien plus aiguisés que ceux des animaux les plus perceptifs. Marius, un vampire proche de Lestat dira ainsi : « avec mes nouveaux sens je distinguais chaque teinte, chaque contour sous le mince voile de l’obscurité, j’entendais chaque note des hymnes, chaque cri de la foule 97 » Lestat fait également cette expérience quand il devient vampire :

« Chaque modification de l’air ambiant était une caresse. Quand un cœur de cloches assourdies, au loin, me parvenait de la ville, égrenant les heures, il ne marquait pas le passage du temps. Pour moi, hébété, les yeux au ciel, c’était une pure musique. 98 »

On remarquera également que chez certains vampires, tels que Lestat 99, les sens sont si développés qu’ils permettent de lire les pensées des mortels dans une sorte de télépathie. En dehors de ses sens affûtés à l’extrême, le vampire peut également compter sur sa force surnaturelle, caractéristique récurrente, mais aussi sur sa célérité hors du commun. Ultime prédateur, le vampire d’Anne Rice est ainsi capable de maîtriser n’importe quelle proie humaine, sans que les témoins de la scène ne s’aperçoivent de rien. Enfin, le vampire moderne se débarrasse de certaines entraves instaurées par Stoker : il n’est pas vulnérable à l’ail, possède un reflet, peut entrer dans une demeure sans y être invité et bien sûr, se moque de la marée montante. En fait, seuls le feu et la lumière du jour se révèleront efficaces contre lui. Le vampire moderne apparaît donc comme un être beaucoup plus libre que Dracula et il pourra, grâce à cette liberté d’action, s’infiltrer plus facilement dans la société humaine.
b) Statut social du vampire

La fin du XXe siècle apparaît comme une période rêvée pour le vampire. Stoker avait dépeint un univers où le noble était le seul marginal, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. A notre époque, le vampire n’est plus un seigneur, et cela s’explique simplement par le fait que les nobles, de nos jours, vivent comme tout le monde. Ils ne passent plus leur temps à conquérir des territoires ou à défendre leurs terres contre des envahisseurs barbares. Comme le dit très justement Denis Buican dans ses Métamorphoses de Dracula, les vampires modernes « ont délaissé les châteaux mythiques de Transylvanie pour se fondre dans la perspective bourgeoise des rues des grandes villes où, souvent ils passent inaperçus 100. » Paris, Londres, ou New York, apparaissent ainsi comme des villes toutes désignées pour accueillir les errances du vampire. Les morts-vivants n’ont plus grand mal à se cacher dans ces immenses agglomérations, à dissimuler leur nature parmi les milliers de personnes qui peuplent les cités modernes. En outre, de telles villes regorgent de marginaux. Considérés par la plupart des gens comme la lie de la société, personne ne s’aperçoit plus de la disparition d’une prostituée, d’un dealer ou d’un sans-abris qui représentent une foule anonyme et nocturne, source de sang intarissable pour le vampire. Les actes de ce derniers peuvent même se fondre dans la masse des centaines de crimes perpétrés chaque jour par les hommes. Le vampire, qui n’est plus noble peut aussi gagner de l’argent en travaillant dans le monde de la nuit. Actuellement, on peut exercer une telle profession sans que cela soit surprenant, et la vie nocturne propose de plus en plus d’activités grâce à la prolifération des boîtes de nuits et autres établissements de ce type. On constate ainsi que le vampire apprécie particulièrement le statut de “star du rock”. En effet, la vie décadente et stéréotypée d’un chanteur de rock peut être une parfaite couverture pour les “excentricités” du mort vivant. Lestat, ainsi que Timmy Valentine ont ainsi choisi ce statut, puisant leur inspiration musicale dans leur nature et leur vécu. On peut aller plus loin et affirmer qu’aujourd’hui, le vampire peut assumer de multiples professions. Plusieurs personnages des Chroniques d’Anne Rice, vampirisés au cours des années quatre-vingt à quatre-vingt dix, illustrent ce propos : Daniel est journaliste, Jessica est employée dans une société secrète et David Talbot est le supérieur général de celle-ci. Cette évolution des statuts sociaux contribue à la mise en place d’une société calquée sur celle des hommes. Les vampires tentent ainsi de s’organiser par petits groupes, comme c’est le cas dans les Chroniques avec le “Théâtre des Vampires”, les “Enfants des Ténèbres” ou encore avec la secte de Santino. Ces communautés de vampires s’organisent de manière hiérarchique autour d’une philosophie et d’un ensemble de règles de conduites. Au delà de ces groupes, isolés et souvent éphémères, il existe une véritable communauté vampirique, constituée par tous les morts-vivants. A l’instar du peuple humain, les vampires possèdent leurs propres légendes, ainsi qu’une genèse qui les regroupe auprès de “Ceux Qu’il Faut Garder”, le couple des premiers vampires qui n’est pas sans rappeler les Adam et Eve de La Bible. On constate donc que le vampire, qui évolue maintenant en société, nous ressemble de plus en plus. Néanmoins, il reste un être différent de l’homme car il se nourrit de sang, élément indispensable à sa survie, qui a également fait l’objet d’une nouvelle approche par les auteurs modernes.
c) Le thème du sang

Par le passé, la noblesse et le vampirisme reposaient tous deux sur le même fondement : le sang. Mais les temps ont changé. Le vampire d’aujourd’hui n’est plus un noble et il n’entretient plus les mêmes rapports au sang. Dans ses Chroniques, Anne Rice traite le sujet avec une certaine ambivalence. Dans un premier temps, on peut dire que le thème du sang est mis en abîme. En effet, boire le sang d’un humain apparaît comme un véritable tabou, car c’est ce qui fait du vampire un monstre aux yeux de la morale. Ainsi, à plusieurs reprises dans les Chroniques, le vampire se passera de sang humain pour subsister, que ce soit pour se raccrocher à son humanité perdue ou pour d’autres raisons. Dans Entretien avec un vampire, Louis contourne la malédiction et se nourrit sur des animaux 101, n’ayant plus besoin de tuer ses anciens congénères pour survivre. En effet, Louis incarne le vampire romantique par excellence, torturé par sa condition de prédateur, il tente ainsi désespérément de renier sa nature. Lestat lui, dans La Reine des Damnés, devient un vampire si puissant qu’il ne lui est plus nécessaire de boire du sang pour survivre. Dans un second temps, le sang va être mis en valeur, et doté de propriétés inconnues jusqu’alors. D’abord, il apparaît comme une drogue pour le vampire. Son ingestion chez Anne Rice est synonyme d’extase, de plaisir incomparable à tout ce que l’on peut ressentir en tant que mortel. La romancière modifie donc le thème du sang en l’associant aux notions de dépendance et d'exaltation, ce qui renforce son importance dans le mythe. Le sang annihile toute souffrance, mais comme pour une drogue, son manque se traduit par une douleur physique intense. De plus, le vampire peut faire une sorte d’overdose s’il abuse de la substance vitale. En effet, s’il continue à boire le sang de sa victime alors que le cœur de celle-ci s’est arrêté, il peut être entraîné dans la mort par sa proie. Dans Entretien avec un vampire, Lestat insiste sur ce point lorsqu’il fait l’éducation vampirique de Louis :

« Il est mort, espèce d’idiot ! […] Il ne faut plus boire quand ils sont morts ! Mettez-vous bien cela dans la tête ! […] Vous mourrez si vous n’y prenez pas garde, continuait Lestat. Votre victime vous aspirera dans la mort avec elle, si vous ne vous retirez pas au moment où la vie le quitte 102. »

Outre l’évolution effectuée sur le thème de la drogue, le motif du sang a également subit l’influence de la multiplication des maladies sanguines à la fin du XXe siècle. Comme l’être humain, le vampire devient vulnérable aux infections qui lui sont liées. L’exemple qui symbolise le mieux cette tendance reste le roman de Ray Garton, Tapineuses vampires, dans lequel un vampire est détruit après avoir mordu une jeune fille atteinte du sida. Une dernière variation enfin, consiste à faire du sang un lien universel entre tous les vampires. En effet, on apprend dans le second opus des Chroniques que le sang de la “Mère”103 coule dans les veines de chaque vampire. Ce lien s’avère possible grâce au rite de création, qui nécessite que le futur vampire boive quelques gorgées du sang de son géniteur. Ainsi, les morts-vivants forment une sorte de dynastie vampirique, grande et sombre famille liée par le sang du premier d’entre eux.

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