Littérature et Philosophie mêlées





titreLittérature et Philosophie mêlées
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date de publication06.11.2017
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α. texte repris dans Lpm, Idées au hasard I [éd. James II, 79], avec les modifications suivantes : (1) une virgule remplace les deux points ; (2) un point remplace les deux points

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ils parviendront à détruire ou à modifier selon leur fantaisie α1, un ordre d’idées qui résulte nécessairement d’un ordre de choses. Ils ne comprennent pas que, de même qu’un orage change l’état de l’atmosphère, une révolution change l’état de la société. On les voit s’évertuant en efforts inutiles pour corriger la littérature et les arts, nés de cette révolution. Je serais curieux de savoir comment ils s’y prendraient pour repeindre l’arc-­en-ciel.

En attendant qu’ils aient résolu ce problème, l’arc-en-ciel brillera et ce siècle sera ce qu’il est dans sa destinée d’être.

a A côté de cette pléiade de jeunes b poëtes que Mr. Charles Nodier a c si bien caractérisée dans un de ses plus beaux articles, la France du dix-neuvième siècle peut placer aujourd’hui une pléiade de jeunes peintres qui ne rayonne pas de moins d’éclat. Nous savons fort bien que l’apparition de ces nouveaux talents sur l’horizon n’a pas été précisément saluée d’acclamations universelles. Plusieurs écrivains de feuilletons ont bruyamment protesté contre ces mains jeunes et vigoureuses qui nous arrachaient de l’engourdissement où nous tenait plongés la seconde école de Mr. David ; mais nous nous bornerons à rappeler à ces Aristarques d certain proverbe classique que nous aurons la politesse de ne pas traduire : oblatrant sidera canes β.

Mr. Eug. Delacroix vient de livrer à leur mauvaise humeur et à la haute attention du public éclairé, un nouveau

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a. à partir de ce début de paragraphe, le texte est rayé - b. jeunes, add. sup. - c. en sc sur une lettre illisible - d. à rappeler à ces Aristarques au dessus de : à leur rappeler, rayé

α. texte repris dans Lpm, Idées au hasard I [éd. James II, 81 et 369], avec les modifications suivantes : (1) la virgule est supprimée ; (2) à partir de : A coté de …, le texte, ici rayé, n’est pas repris

β. Les chiens aboient aux étoiles

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tableau où l’on retrouve à un éminent degré toutes les qualités de ce jeune et déjà grand coloriste. C’est la Grèce sur les Ruines de Missolonghi. Nous n’aimons pas les allégories ; mais celle là est d’un profond intérêt : Cette femme qui est la Grèce, est si belle d’attitude et d’expression ! Cet Égyptien qui triomphe, ces têtes coupées, ces pierres teintes de sang, tout cet ensemble a quelque chose de si pathétique ! et puis, il y a tant de science et d’art dans les hardiesses a de Mr. Delacroix ! son pinceau est si large, si fier, et surtout si vrai ! Pourquoi a-t-il fait disparaître si tôt son Marino Faliero, où tout était grave, simple et grand, où il y avait tant de nature et tant d’histoire ? La foule se passionnait pour ce tableau, qui était un drame.

Il y a dans les nouvelles compositions de Mr. Saint-Evre une grâce et un charme qui plaisent d’autant plus que son Job ne semblait annoncer qu’un talent énergique et peut-être trop inculte a. Son Don Juan, son Isabeau de Bavière sont des morceaux achevés comme, dans d’ a autres genres, les marines de Mr. Gudin, la chapelle sixtine de Mr. Ingres, le Louis XIV de Mr. Achille Devéria, le Turc de Mr. Bonington, les intérieurs de Mr. Granet.

Mr. Eugène Devéria, dont le frère aîné a déjà multiplié sous tant de formes les preuves de son beau talent, vient d’exposer, après plusieurs charmants tableaux, une composition d’une importance capitale. C’est une Marie Stuart écoutant son arrêt de mort au moment de le subir. Pour ceux

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a. en sc sur un mot illisible

α. tout le texte est barré d’une croix de Saint André. Il n’est donc pas repris dans Lpm. Cf. cependant l’édition critique donnée par James II, 369-370

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qui jugent un tableau d’après son ordonnance et non d’après sa dimension, la Marie Stuart de Mr. E. Devéria sera un grand ouvrage. Cet échafaud noir, cette royale a victime, ce cercle d’hommes b historiques entre lesquels on remarque Leycester, et jusqu’à ces vitraux, ces ogives, ces murs armoriés, tout émeut, tout intéresse dans le beau tableau c de Mr. Devéria. La manière de ce jeune artiste est libre, hardie, originale d. Il excelle à caractériser sur la figure des divers e personnages l’émotion particulière dont chacun d’eux est affecté.

Un autre peintre, non moins jeune, non moins original et non moins hardi f, quoique sa manière soit absolument différente de celle de Mr. E. Devéria, c’est Mr. Louis Boulanger. On doit regretter que Mr. g Boulanger n’ait encore exposé que deux très petits tableaux (Cimabué rencontrant le Giotto, Salvator Rosa pris par des brigands). Il faut espérer qu’il enrichira bientôt de quelque nouvelle production le Salon, où tant de détestables tableaux, à commencer par le Mars et Vénus de Mr. David, occupent une si grande place ; ce qui, soit dit en passant, ne prouve guère pour le goût de MM. du Jury. h Nous ne pouvons également nous empêcher de demander quel est ce monsieur chargé par le jury de recevoir les tableaux des artistes, à la porte du salon Grec ? Quels sont ses droits, quelles sont ses fonctions pour qu’il se permette de substituer je ne sais quelle morgue impertinente au respect qu’il doit au public et aux artistes ? Un comité comme celui qui dirige le salon Grec devrait mieux choisir ses employés. Nous avons sous les yeux un récépissé, délivré par i ce commis discourtois, où on lit anecdotte pour anecdote. En France, quand on se mêle de beaux-arts, ne fut on qu’un simple commis, il est deux choses qu’il n’est pas permis d’ignorer, l’orthographe et la politesse.

En attendant, nous signalons aux amateurs les deux compositions de Mr. j Boulanger comme deux véritables j petits k chef-d’œuvre. Il est impossible d’unir plus d’effet à plus de finesse, plus d’harmonie à plus de couleur.

Nous voudrions pouvoir faire ressortir en l détail tout ce que présentent de beautés neuves les paysages de Mr. Van-Os, qui semble avoir les rayons du soleil au bout de son pinceau, ceux de Mr. Gassier et ceux de Mr. Gué 1, qui s’est déjà placé au premier rang parmi les peintres de décorations, beau genre dont l’importance s’accroîtra encore, à mesure que notre théâtre marchera vers la régénération dont il a si grand besoin.

Voilà bien des éloges ; mais qui répondent à bien des critiques. Chacun des peintres que nous venons de nommer mériterait un article à part. Cette jeune école, si l’on peut donner le nom d’école à une réunion de talents si diversement inspirés, promet un grand siècle à la peinture. m

Que la nouvelle génération n laisse donc des journaux accrédités ou non affirmer, avec une grotesque assurance, que l’art o est chez nous en pleine décadence. Il faut se souvenir que l’académie a condamné le Cid ; que MM. Morellet et Hoffmann 2 ont donné des férules à p l’auteur du q Génie du Christianisme ; que la Revue d’Édimbourg 3 a renvoyé lord Byron à l’école. Il faut laisser la médiocrité peser de toutes ses petites forces sur le talent naissant : elle ne l’étouffera pas. Et à tout prendre, est-ce donc r un spectacle moins s amusant qu’un autre, que de voir t un homme de génie foudroyé par un professeur de gazette ou d’athénée u ? C’est l’aigle dans les serres du moineau­-franc β.

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a. au dessus de : belle, rayé - b. au dessus de : personnages, rayé - c. le beau tableau au dessus de : le tableau, rayé - d. ici, rayé : xxxxx et irréprochable - e. au dessus de : chaque, rayé - f. au dessus de : irréprochable, rayé - g. en sc sur : ce je[une] - h. le texte qui commence ici et finit avec le paragraphe est écrit dans la marge gauche ; sa place est indiquée par un renvoi : (N) - i. délivré par au dessus de : du comité di, rayé - j. add. sup. - k. add. en fin de ligne - l. en sc sur un mot illisible - m. ici s’achève le texte barré de plusieurs traits depuis le sommet de la page - n. Que la nouvelle génération au dessus de : Qu’elle, rayé - o. au dessus de : la peinture, rayé - p. donné des férules à au dessus de : anathénisé, rayé - q. l’auteur du add. post. - r. est-ce donc au dessus de : c’est, rayé - s. au dessus de : aussi, rayé - t. que de voir un au dessus de : qu’un, rayé - u. ou d’athénée add. sup.
α. texte repris dans Lpm, Idées au hasard I [éd. James II, 81 et éd. Bouquin, Critique, 161], sauf, bien évidemment, la partie supérieure, rayée (cf. l’édition critique de cette partie dans James II, 370-371)

β. cf. Carnet de 1820-1821, à la date du samedi 24 février 1821 : Lord Byron fustigé par Duviquet, c’est le vautour dans les serres du pierrot [Corr. familiale, I, 752]
1. On se souvient que le jeune peintre Gué avait fait, l’année précédente (1825), le voyage aux Alpes dans la voiture de Nodier, en remplacement du baron Taylor [note M02, 985) - 2. L’Abbé Morellet (1727-1819) a publié en 1801 des Observations critiques sur le roman intitulé Atala, Paris, Denné, an XI, in-8° ; F.-B. Hoffmann (1760-1828) a fait dans le Journal de l’Empire un compte rendu des Martyrs où il fait la part au talent de Chateaubriand, surtout pour la description, mais conclut : « Enfin ce roman, tel qu’il est, mérite d’être conservé comme un modèle à fuir, et d’être montrer aux jeunes littérateurs, comme un exemple des folies dont les grands sont coupables, lorsque leur imagination n’est pas guidée par le bon goût et par le bon sens . » (Œuvres de F.-B. Hoffmann, Critique, t. 6, Paris, Lavignet et Ducollet 1834, pp. 125-171.) Dans un nouvel article (ibid., pp. 171-187) sur la seconde édition, il dit que Chateaubriand, malgré son apologie de l’ouvrage, a corrigé plusieurs des défauts signalés. [note James, II, 366] - 3. Cette revue, fondée en 1802, continua de paraître jusqu’en 1929. Elle passe pour avoir rehaussé le niveau de la critique littéraire en étant plus indépendante que celle qui la précédaient. Elle condamna, en tout cas, les tentatives, comme les premiers essais de Byron. L’article sur ce dernier, que cite ici Victor Hugo, parut en janvier 1808 (t. X, pp. 285-289) ; il n’est pas signé, mais on l’attribue à Henry Peter Brougham (1778-1868), l’un des fondateurs de la revue. Son titre est celui du recueil de Byron: Hours of Idleness : A Series of Poems, Original and Translated. By George Gordon, lord Byron, a Minor. 8 vo. pp. 200. Newark, 1807 [note James, II, 359]

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sc * * feuille blanche (in-folio) pliée en deux, portant le filigrane : J. Berger * 1824

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Amours — à Elle Avec cette épigraphe

L’amour n’enfante que les larmes ;

Les Amours sont frères des Ris.

(Victor Hugo)

Un petit vol. in-18 chez Pélicier, place du palais royal. prix + + +
II a
L’expression de l’amour, dans les poètes de l’école antique (à quelque nation et à quelque époque qu’ils appartiennent), a1 manque en général de chasteté et de pudeur. Cette observation, peu importante au premier aspect α2 se rattache, α3 cependant aux plus hautes considérations. Si nous voulions l’examiner sérieusement, nous trouverions au fond de b cette question toutes les sociétés payennes α4 et tous les cultes idolâtriques. L’absence de chasteté dans l’amour est peut-être le signe caractéristique des c civilisations et des littératures que n’a point purifiées d le christianisme. Sans parler de ces poésies monstrueuses par lesquelles Anacréon, Horace, Virgile même, ont immortalisé d’infâmes débauches e et de honteuses habitudes, les chants amoureux des poètes payens α5 anciens et modernes, de Catulle f, de Tibulle, de Bertin, de Bernis, [/] de Parny, ne nous offrent rien de cette délicatesse, de cette modestie, de cette retenue sans lesquelles l’amour n’est plus qu’un instinct animal g et qu’un appétit charnel. Il est vrai que l’amour chez ces poètes est aussi spirituel α6 qu’il est grossier : α7 il est difficile d’exprimer plus ingénieusement ce que sentent les brutes ; et c’est sans doute pour qu’il y ait une différence entre leurs amours et ceux des animaux que ces galans diseurs h font des élégies. Ils en sont même venus à convertir en science ce qu’il y a de plus naturel au monde ; et l’art d’aimer a été enseigné par Ovide aux payens α5 du siècle d’Auguste, par Gentil-Bernard 1 aux payens α5 du siècle de Voltaire.

i Avec quelque attention, on reconnaît qu’il existe une différence j entre les premiers et les derniers artistes en amour. A une nuance près, leur vermillon est le même. Tous chantent la volupté matérielle ; α8 mais les poètes payens α8, grecs et romains, semblent k le plus souvent des l maîtres qui commandent à des esclaves, tandis que les poètes payens α5 français sont toujours des esclaves implorant leurs maîtresses.
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* Gaspard de Pons avait publié son volume de poésies amoureuses le 21 février 1824. Dans le numéro 9 de la Muse française, c’est un article d’Alfred de Vigny qui en fera l’éloge. Notre hypothèse serait donc que V. H., ayant commencé un article sur le livre de son ami, se soit vu retardé par les soucis de la publication imminente des Nouvelles Odes et puis se soit effacé devant l’article que Vigny envoyait de sa lointaine garnison. Vigny, officier comme Pons, était son plus ancien ami dans le groupe de la Muse et pouvait ignorer que V. H. se proposait de faire le compte-rendu. [note de M02, 979]
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