Introduction (ou insérer dans les chapitres géogr et rédiger une introduction commune)





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Marcio Rodrigues Pereira



Le terme « voisinage », qui sert à désigner quelque chose qui est proche d’une autre dans l’espace, le temps ou la ressemblance, peut avoir connotation concrète et/ou abstraite. Dans le cas entre le Brésil et la France, ce terme a tant saune signification concrète, puisque le Brésil est le pays qui a la plus grande frontière terrestre avec la France (environ 730 kKm entre la Guyane et l’état brésilien du de l’Amapa), qu’abstraite, principalement en fonction de la ressemblance culturelle, soit à causeen raison de la même racines communes latines, soit à cause et de l’influence culturelle française au Brésil qui se s’est développée depuis le début du XIXe siècle.

Cependant, durant la Guerre froide, quand le monde devient est grosso modo partagé en deux blocus, quand les alliances entre les pays qui pratiquent la même politique économique signifient la formation d’un front contre l’ennemi commun, une autre idée de voisinage entre Brésil et France acquiert de l’importance : le voisinage idéologique. Mais comme celui-ci est déjà assuré depuis la fin de la Seconde Guerre, c’est-à-dire les deux pays s’opposent au blocus soviétique, la politique culturelle française appliquée au Brésil aura paradoxalement les Etats-Unis comme principal antagoniste. Complexe contradiction des relations internationales, le plus grand allié économique et militaire de la France pendant la Guerre froide est, dans la même époque, au Brésil (et certainement en d’autres régions du globe), le major ennemi. En 1948, le consul français au Brésil Henry Hulot a raison et manifeste déjà une conscience aiguë de ce que « nous [Français] n’avons pas à craindre la concurrence italienne ou allemande dans le domaine culturel. L’ennemi numéro un reste et restera le Dollar »1

Le voisinage culturel franco-brésilien

Le séculaire voisinage culturel entre le Brésil et la France -hors le fait de la latinité commune des deux pays-, qui est due à la présence culturelle française au Brésil (pas au sens inverse), se réalise durant tout le XIXe siècle de manière spontanée, mieux, conduite par la dynamique du capitalisme global et par le concept de « civilité » à la française, qui est introduit au Brésil en grande partie avec le transfert de la cour de Lisbonne à Rio de Janeiro en 1808. Ici, l’idée de « spontané » sert à différencier une deuxième période, à partir de laquelle la présence culturelle française au Brésil est conséquence, aussi, de la politique culturelle internationale de la France appliquée au pays. Cette deuxième période a sa phase embryonnaire dans la fin du XIXe siècle, avec la création de la première Alliance Française au Brésil en 1886, à Rio de Janeiro ; avance vers le pragmatisme aux années de 1930, avec la première mission universitaire en 1934, à São Paulo ; et atteint son sommet pragmatique, en raison du fait d’être la condition sine qua non pour que la France reste une grande puissance, au contexte de la Guerre froide.

Cette deuxième période de la présence culturelle française au Brésil est caractérisée par l’intervention de l’État français au transfert des éléments culturels de la France. Et ce qui nous intéresse dans cet article est comment l’État français pratique sa politique culturelle au Brésil pendant la Guerre froide, une époque où sa politique culturelle internationale sert comme son plus important atout dans les relations internationales afin que la France puisse maintenir son poids dans la géopolitique globale.

Le fait est que, depuis la fin de la Seconde Guerre, la France doit compter, plus que jamais, avec l’appui et l’aide des « voisins », et le Brésil est vu par les Français comme un important voisin géographique et –principalement- culturel.
L’origine de la politique culturelle internationale française

Au dernier quart du XIXe siècle, l’élite économique et politique française, traumatisée par la victoire allemande de 1871, se questionne sur le chemin à suivre pour maintenir et si possible étendre sa puissance internationale. En ce contexte, « un large consensus s’était opéré dans la classe politique sur une politique d’affirmation nationale hautement proclamée ; […] le sentiment de puissance s’étale dans le discours politique dès qu’il s’agissait d’évoquer la position internationale de la France »1.

Sans conditions de s’imposer lointaine à travers l’armée, pour des raisons économiques et à cause du grand pouvoir belligérant des ses deux principaux adversaires à l’époque (les Britanniques et les Allemands), la France devient pionnière, depuis la fin du XIXe siècle, à la pratique de la politique culturelle internationale.

Bien entendu, la politique culturelle internationale, cette quatrième dimension des relations internationales (les trois autres étant la politique, l’économique et la militaire), est née dans le contexte de l’expansion industrielle et du nationalisme que cette même expansion fait gérer. Elle sert donc à défendre les intérêts économiques et idéologiques de la bourgeoisie nationale, qui la subventionne à travers des institutions de l’État.

Appliquée dans un pays étranger, la politique culturelle française doit développer dans ce même pays l’admiration et la sympathie pour les éléments culturels crées par le peuple français, inclus les produits industriels et, comme conséquence logique, l’admiration et la sympathie pour la politique et idéologie existante en France.

La politique culturelle internationale deviendra déjà au début du XXe siècle un important outil adopté par les plus grandes puissances européennes dans ses relations internationales2.

Restons en France. En général est acceptée l’idée selon laquelle l’Alliance Française représente l’embryon de la politique culturelle internationale française. Fondée à Paris en 1883 par un groupe d’intellectuels, religieux et politiciens de premier échelon, l’Association est reconnue comme d’utilité publique en 1886. Dans son premier statut de mars 1884, on lit que « l’Association nationale [Alliance Française] sert au rayonnement de la langue française dans les colonies et à l’étranger », pour arriver à ce but, elle doit « créer et subventionner des écoles françaises, ou introduire cours de français à l’intérieur des écoles étrangères »3

Cependant, le premier effort, disons plus pragmatique, d’une politique culturelle internationale, débute en 1910 avec la création du Bureau des Écoles et des Œuvres Françaises à l’Étranger (BEOFE), « mettant ainsi fin à la phase où les initiatives privées ou semi privées dominent [Congrégations religieuses, AFAA, Alliance Française, etc.] »4. Durant le premier conflit mondial, on passe d’une politique culturelle sporadique à une phase de politique culturelle plus intense.


Le perfectionnement de la politique culturelle internationale

Après la Première Guerre, avec la projection des Etats-Unis comme principal acteur dans des disputes internationales, et le surgissement du premier État socialiste, qui s’oppose radicalement à l’idéologie bourgeoise dominant au globe, les relations internationales deviennent plus complexes. Dorénavant, outre le fait de la principale puissance politique et économique d’être localisée de l’autre côté de l’Atlantique, s’imposant ainsi au –antérieur- quasi-monopole des puissances européennes en ce qui concerne les décisions internationales les plus importantes, la naissance de l’URSS fait apparaître un nouveau type d’antagonisme dans les disputes entre les nations : État capitaliste versus État socialiste. En plus, à partir des années vingt, quelques-unes des nations périphériques tentent leurs premiers pas dans la politique culturelle internationale pour ne pas se laisser effacer complètement par les grands ; en ce sens, Brésil et Portugal servent comme deux exemples5.

On voit alors l’apparition de nouveaux protagonistes dans des relations internationales en même temps que diminue le poids politique des empires européens. Pour faire face à cette réalité, la France perfectionne et fortifie sa politique culturelle vers l’extérieur. Pour cela, elle créa en 1920, au sein du MAE, le Service des Œuvres Françaises à l’Étranger (SOFE).

Le SOFE est composé par des spécialistes sur les diverses parties du monde. Le groupe qui doit définir et guider la mise en place de la politique culturelle française dans l’Amérique latine comprend des personnalités comme George Dumas, Paul Rivet, Ernest Martinenche etc. George Dumas devient le principal représentant de l’application de la politique culturelle française au Brésil. Son idée de base est de créer des relations d’amitiés avec les élites et à travers celles-ci développer ses intérêts. La priorité est de participer à la formation des élites de l’éducation basique à l’université.

En comparaison avec la politique culturelle des autres puissances, la politique culturelle française appliquée au Brésil, jusqu’avant la Seconde Guerre, se développe avec facilité. Puis, différemment des autres nations, la France retrouve un « sol fertile » au Brésil, qui avait été nourri pendant tout le XIXe siècle par son rayonnement culturel spontané, c’est-à-dire du fait de sa culture, principalement littéraire, philosophique et artistique être déjà la culture étrangère prépondérante au Brésil –au moins chez l’élite1

Ici, le fondamental à retenir est que la politique culturelle française au Brésil, dans le contexte de la Guerre froide, tient sa place et doit son relatif succès, en grande partie, à l’ancienne image et prépondérance culturelle de la France au pays.
Présence culturelle française au Brésil aux années de guerre : Un hiatus ?
À partir des années quarante, on voit s’accentuer le changement du regard du Brésil sur l’Europe et sur lui-même. En conséquence des deux guerres mondiales, en même temps que l’on constate la décadence des vieux empires européens, se développent l’orgueil national brésilien et la présence culturelle Nord-américaine.

Déjà en 1939, l’Ambassadeur français à Rio de Janeiro voit avec pessimisme le projet de commémoration au Brésil du cent cinquantième anniversaire de la Révolution française : « Il y a peu de chances que la suggestion [du MAE à tous les postes diplomatiques] d’associer le gouvernement [brésilien à la commémoration] trouve au Brésil un accueil bien empressé pour trois raisons : le caractère résolument conservateur et antilibéral de l’Estado Novo, ses tendances nationalistes et la position de principe que le gouvernement brésilien a prise contre toute idéologie d’origine étrangère »2.

J’exprime quelques réserves sur l’adjectif « conservateur », qui ne me paraît pas convenir au gouvernement du Président Vargas ; de plus, il est important de rappeler que le nationalisme brésilien doit être nuancé en fonction du fait que la politique étrangère du pays, pendant l’Estado Novo (1937 à 1945), est guidée par l’idée du développement industriel, que favorise le pragmatisme au détriment de n’importe quelle idéologie qui puisse empêcher l’avance de la nouvelle bourgeoisie nationale (en opposition à l’antérieur énorme pouvoir de la vielle bourgeoisie agraire). Exactement pour cette raison-là, le gouvernement Vargas rompt avec l’Axe seulement en 1942, donc après l’entrée des Etats-Unis au conflit mondial. Or, dans les années de 1930 les Etats-Unis est le premier partenaire économique du Brésil, l’Allemagne est la seconde, donc, rien n’est plus cohérent dans une politique étrangère de pragmatisme industriel capitaliste, que rompre les relations diplomatiques avec l’Allemagne national-socialiste seulement après le blocus imposé aux Allemands par le principal allié économique et militaire brésilien : les Etats-Unis. Faites les nuances, le diplomate français semble fiable seulement pour une partie de son analyse.

En fait le Parti Communiste Brésilien est déjà dans l’illégalité depuis 1922, et le gouvernement Vargas avait placé aussi dans l’illégalité, au milieu des années trente, les partisans du nazisme-fascisme, c’est-à-dire, deux modèles politiques et économiques à l’époque identifiée avec les gouvernements totalitaires. Mais comme le Président Vargas est lui-même à la tête d’un gouvernement totalitaire, fêter l’anniversaire de la Révolution française deviendrait une gênante incongruité. Celle-ci serait faire la propagande des idéaux de Liberté, Égalité et Fraternité, serait aussi peut-être éclairer l’image de la situation politique française, qu’aux années trente a un peuple très lié aux partis de gauche et, comme on verra sous Pétain, aussi une forte sympathie pour le nazisme-fascisme. Alors, que reste l’image mythique de la « France éternelle », bien sur à la condition qu’elle n’ose pas s’imposer à la réalité du Brésil… (Et bien sûr aussi du propre Hexagone !).

Dans les années suivantes -realpolitik brésilienne à part-, à cause de l’Armistice, l’image de la France devient ambiguë au Brésil. Mais d’une ambiguïté asymétrique. Puis l’image traditionnelle, la séculaire, est celle qui reste imprégnée dans l’histoire des mentalités, donc, dans l’histoire de longue durée, et c’est celle-là qui restera après la guerre. Déjà l’image de l’alliance franco-nazie reste plutôt liée à l’histoire politique, donc celle de courte durée : Pour les brésiliens des années de Guerre froide, Vichy représente un hiatus dans l’histoire de la France.

Dans ce nouveau contexte, au Brésil, la politique culturelle internationale vichyste est conduite par l’ambassade française à Rio de Janeiro, ce qui n’empêche pas la diffusion, hors des milieux diplomatiques officiels, de la France résistante, qui a sa politique culturelle internationale dirigée à partir de Londres et ensuite d’Alger. Situation assez complexe, déjà que, a priori en opposition, les deux directions ont eu des occasions de voir ses intérêts aller vers la convergence.

Le meilleur exemple en ce sens est la défense et l’effort à sauvegarder l’image positive du « génie » français dans les arts et la pensée ; chose qui évidemment intéresse vichystes et résistants. La tournée théâtrale dirigée par Louis Jouvet, qui débute à Rio de Janeiro en 1941, est subventionnée par le gouvernement de Vichy et en même temps reçoit l’appui des résistants français à Londres et au Brésil. Quant à Louis Jouvet, dans ses nombreuses interviews et conférences au Brésil, il n’avoue jamais représenter la diplomatie de Vichy, ni être un sympathisant de la Résistance. À l’époque, il s’auto définit toujours comme porte-parole de l’art théâtral français1.

Il faut dire que, selon Denis Rolland, entre 1941 et 1945 « La troupe [dirigée par Jouvet] joue dans 11 pays de l’Amérique latine, elle donne plusieurs centaines de représentations (…). En 1941 et 1942, il s’agit d’une mission officielle, de la principale action de la propagande culturelle financée par l’État (gouverné par Pétain). En 1945 pourtant, l’acteur et quelques fidèles sont accueillis à Paris comme des héros de la France Libre, ils sont félicités par De Gaulle pour leur remarquable ‘ambassade itinérante’ »2.

Pendant les années de guerre, la tournée dirigée par Louis Jouvet est l’unique exception au hiatus de la pratique de la politique culturelle de l’État français au Brésil, qui jusqu’à 1939 consiste fondamentalement à créer des institutions et subventionner des artistes et intellectuels en mission au pays. Bien entendu, la présence culturelle française au Brésil reste constante dans la même période, mais cette présence est due aux institutions et aux personnes d’origine française déjà sur place avant la guerre : les Alliances Françaises de Rio de Janeiro (créée en 1886), São Paulo (1934), Curitiba et Porto Alegre (créées à la fin des années trente principalement pour faire concurrence aux langues italienne et allemande, qui sont très présentes au sud du Brésil à cause du grand nombre de migres de ces deux pays ) ; le Lycée français de São Paulo (fondé en 1925, actuel Lycée Pasteur), le Lycée franco-brésilien de Rio de Janeiro (fondé en 1915, rebaptisé comme Lycée Molière) ; les congrégations religieuses françaises ou dirigées par des français (en 1945 il en existe une vingtaine au Brésil) et les professeurs, chercheurs et enseignants qui ont été envoyés en mission au Brésil avant la guerre, dont la majeure partie reste jusqu’à la fin du conflit3.
États-Unis, principal allié économique, militaire et idéologique et majeur adversaire à la politique culturelle internationale française

Dans le tableau géopolitique d’après-guerre, l’importance économique, belliqueuse et politique de la France recule. Et comme l’importance culturelle d’une nation, entre ses contemporains, est toujours liée à son poids économique, belliqueux et politique, la prépondérance de la culture française chez l’élite brésilienne périclite. D’un autre côté, sa relative faiblesse dans ces trois niveaux des relations internationales peut être atténuée par sa traditionnelle brillante réputation culturelle au Brésil. Conscient de cet atout, plus que jamais en son histoire, l’État français développe un grand effort en fonction de sa politique culturelle vers le Brésil –et le monde-. Dès ce début, ses principaux obstacles sont le nationalisme brésilien et la culture nord-américaine, qui s’impose beaucoup moins par la tradition que par sa force économique et belliqueuse, donc aussi politique.

En même temps que la politique culturelle internationale devient un des atouts les plus importants pour les relations internationales de la France, elle doit aussi être plus maîtrisée que jamais, elle doit êtres appliquée de façon plus subtile. Dorénavant la France doit exporter sa culture, son image, tout en se souciant de ne pas faire croire qu’elle est en train d’imposer une culture supérieure.

L’expression « action civilisatrice » d’une nation, qui à travers sa culture « civilise » un peuple étranger, les habitantes des États perçus comme retardataire, doit être remplacée par le concept de « échanges culturels ». Les barbaries (mot qu’est utilisé souvent pour définir les pratiques des peuples vues comme « non  civilisés ») des deux Grandes Guerres, qui sont causées par et se passent principalement entre les pays qui se croient les plus avancés, les plus « civilisés », réveillent avec force, en particulier aux pays qui à partir du début des années cinquante passent à êtres nommés de Tiers Monde, la conception de « relativisme culturel ». Cette même conception qui sert à nourrir les luttes d’indépendance en Asie, Moyen-Orient et Afrique, et que en Amérique latine fait renforcer les nationalismes -inclus le nationalisme brésilien.

Le second souci qu’a la France dans sa politique culturelle appliquée au Brésil –et au monde- à partir de 1945, qui reste une constante pendant la Guerre froide, est d’avoir la culture anglo-saxonne comme majeur adversaire et, en même temps, besoin des Etats-Unis comme principal allié économique et militaire.

La victoire française contre les Allemands est possible grâce à l’entrée en guerre des Soviétiques et Nord-américains en 1941. La France a donc comme alliés, immédiatement après-guerre, les deux majeures puissances du globe. Mais rapidement elle réalise que les Etats-Unis est le plus grand adversaire à surmonter, en ce qui concerne l’influence culturelle dans la géopolitique, pour qu’elle puisse récupérer sa traditionnelle importance dans des relations internationales. De la même façon, en 1947 elle constate la nécessité et agit en fonction de s’éloigner carrément de l’URSS, entre autres, licenciant ses ministres communistes (pro- soviétiques) en mai de la même année, pour bien s’adapter aux suggestions de Washington et, quelques mois plus tard, à la doctrine Truman et son complément économique le Plan Marshall ; cette énorme aide nord-américaine qui entre décembre de 1947 et octobre de 1951 transfert à la France 2.756 milliards de dollars, soit 22, 2 % de tout le financement américain à la reconstruction européenne (Montant seulement inférieur à ce que reçoit la Grande-Bretagne à la même période : 2.825 milliards, soit 22, 9 % du total des 12.321 milliards dépensés par le Plan Marshall. Le restant étant partagé entre les autres 15 pays européens)1

Encore en 1947, la France intègre depuis son origine l’Organisation européenne de coopération économique (OECE). Institution composée par tous les pays bénéficiaires du Plan Marshall et que représente la première ébauche d’alliance libérale occidentale face à l’Europe socialiste. Dans le plan de la défense, en conséquence de l’expansion du pouvoir soviétique à l’Est, les Européens occidentaux insistent auprès des Nord-américaines pour un nouvel accord militaire. Celui-ci est concrétisé avec la signature du traité de l’Atlantique Nord, en avril 1949, auquel participent outre les Etats-Unis et le Canada, la France et plus neuf pays européens.

Si par voie de règle les historiens acceptent l’idée que la Guerre froide a son début le plus évident en 1947, c’est dans cette même année que le gouvernement français fait carrément le choix de son champ. A l’intérieur de l’Hexagone doit prévaloir l’idée de voisinage idéologique au American way of life, en opposition aux voisins géographiques de l’Est. Par contre, pour augmenter son importance et faire valoir ses intérêts à l’extérieur, qui durant notre période s’opposent à plusieurs occasions aux intérêts Nord-américains, la France s’efforce énormément, principalement à travers sa politique culturelle internationale, en fonction de garder son image de pays de « grande culture » millénaire et autonome, qui s’occupe des choses d’esprit, de la philosophie, des arts, de la littérature, en opposition à la culture Nord-Américaine, qui est souvent décrite, par les français, dans la documentation consultée, comme la culture de la technique, des besoins plus immédiats et superficiels des hommes.

D’ailleurs ce type de critique, qui a l’intention de diminuer l’importance de la culture nord-américaine, a sa problématique accentuée au Brésil du fait de la politique culturelle française appliquée dans un pays qui vit exactement une phase d’accéléré développement industriel, où les techniques et les sciences physiques, chimiques et d’ingénieries sont prioritaires. Là encore on est devant une autre grande difficulté trouvée par les français au Brésil pour maintenir son influence culturelle : ajouter à sa traditionnelle image de voisinage culturelle linguistique, littéraire, philosophique et artistique, l’idée qu’elle peut aussi servir aux intérêts plus urgents du contexte socio-historique brésilien, au développement industriel du pays.

Plutôt une différence de marchandise qu’une différence culturelle

On est ici devant une situation très délicate à analyser. Le contexte de Guerre froide nous permet de constater plus nettement l’importance de la politique culturelle internationale française, il nous fait percevoir de façon plus claire que les alliances dans les relations internationales au monde capitaliste cachent toujours l’antagonisme, qui reste latente, entre les alliés. Espèce de antagonisme que, s’il y ne peut pas se concrétiser militairement (avec la guerre) ou économiquement (avec sanctions, blocus économiques, protectionnismes…), il se réalise en toute plénitude à travers la politique culturelle internationale, à travers du soft power. La documentation consultée nous montre cette constante ambiguïté (alliés dans les relations internationales en général et féroces adversaires dans la dimension culturelle), au Brésil, aux relations entre la France et les Etats-Unis.

Mais il faut néanmoins nuancer l’idée d’antagonisme culturelle entre ces deux pays, déjà qu’il se réalise plus dans la rhétorique des représentants de la politique culturelle française que dans la constatation empirique, mieux, empiriquement, l’un veut exporter Astérix et l’autre John Wayne. Puis, dans contexte de Guerre froide, les deux pays sont des avatars dans la défense de la culture capitaliste de masse engendrée de manière extraordinaire après la Seconde Guerre. Dans leurs politiques culturelles internationales, en même temps qu’ils insistent sur le besoin de valoriser les particularismes culturels de chaque peuple1, ils « imposent », en pratique, que de tels particularismes culturels doivent s’adapter aux exigences de l’idéologie de marché. Ainsi, les particularismes culturels se métamorphosent en simples marchandises, c’est-à-dire, Astérix, John Wayne et Macunaíma2 ont le même esprit qu’un Big-Mac. Ce qui nous fait aboutir à la très connue « pensée unique », qui s’impose avec la fin de la Guerre froide.

En ce sens, la politique culturelle française et nord-américaine sont plutôt alliées. Elles ont en commun la défense du capitalisme national / libéral en opposition aux idéaux universalistes et progressistes soviétiques. Au Brésil, où le Parti Communiste est dans l’illégalité et où les relations diplomatiques avec l’URSS resteront rompues pendant toute la période ici analysée3, la France et les Etats-Unis ont l’avantage d’exercer leur politique culturelle avec la quasi-absence, au moins directe et légale, de la concurrence soviétique.

La France face au nationalisme brésilien et les autres puissances culturelles européennes

La nouvelle politique culturelle française dirigée au Brésil est élaborée en 1945, ayant comme une des instructions fondamentales le rapport fait par la mission dirigée par Pasteur Vallery Radot et Raymond Ronze. Cette mission a eu comme fonction « évaluer l’image de la France et ses institutions aux pays latins de l’Amérique ». La conclusion du rapport dit que « l’accueil chaleureux que la mission a reçu, s’explique par l’affection que les nations latino-américaines ont pour la France et par le désir qu’elles ont de lutter contre l’expansion intellectuelle des Etats-Unis »1.

A partir de la lecture de ce rapport, on peut comprendre pourquoi, en plusieurs moments, les responsables de l’exécution de la politique culturelle française essayent de s’utiliser du nationalisme brésilien contre les éléments culturels venus des Etats-Unis, perçus par beaucoup de brésiliens comme partie de la politique impérialiste Nord-Américaine. On voit que, même si le nationalisme brésilien (qui s’accentue aux années cinquante et soixante) est un obstacle à la culture française, son majeur obstacle est et restera les Etats-Unis. Loin de pouvoir dispenser le même budget que les Nord-américains, les Français vont utiliser de la stratégie de lancer une force (le nationalisme brésilien) contre l’autre (l’impérialisme Nord-américain).

Au Brésil, contre la présence culturelle Nord-américaine, les Français s’appuient sur leur vielle rhétorique sophiste, selon laquelle la culture française est universelle et les autres sont soit impérialistes soit régionalistes. Mais on constate que, comme à la fin du XIXe siècle, après la Seconde Guerre et en particulier au gouvernement De Gaulle, le nationalisme français, surnommé de façon euphémique « culture universaliste », canalisé à l’étranger par sa politique culturelle, aide énormément la France à maintenir son importance dans des relations internationales.

Avant et durant la Seconde Guerre, la France pouvait même considérer les Allemands et les Italiens comme des adversaires de poids en ce qui concerne l’influence culturelle au Brésil. Il y avait une raison à cela, le Sud du pays, particulièrement l’État de Rio Grande do Sul, comptait un taux important d’immigrants italiens et allemands. Dans cet État, les Allemands arrivent à représenter entre 14 et 20 % de la population. La réputation des immigrants allemands, selon les observateurs français, est celle d’un peuple s’intégrant difficilement. La création et le maintien d’écoles laïques et religieuses où l’on ne parle que la langue germanique donne raison à cet argument. Cependant, comme le note le consul de France à Porto Alegre, avec la défaite du Reich et le décret du Président Vargas « prohibant l’emploi de langues étrangères ayant été abrogé, on ne peut que reconnaître en toute objectivité que l’influence allemande est en décroissance dans la circonscription », et le consul de conclure que, dans ces circonstances, la culture allemande « perd son caractère combatif »2.

Si la position de la culture allemande au Brésil après la déroute de l’Axe n’était pas confortable, celle de la culture italienne n’était pas très différente. Même si celle-ci ne souffrit pas de l’antipathie encourue par la communauté allemande, peut-être à cause du fait que « très peu d’Italiens ont répondu à l’appel de leur pays lors de son entrée en guerre »3. En 1948, le consul général italien rencontre de sérieuses difficultés pour réactiver l’Instituto de Cultura Italo-Riograndense, qui avait été créée en 1935 avec le nom de Instituto Dante Alighieri4.

Sur les britanniques, ils sont peu mentionnés dans la documentation consultée. Quand les Français les citent, c’est presque souvent en les incluant comme une sorte de renforcement à la présence culturelle Nord-Américaine. Même que le British Conseil travaille de façon active au Brésil pendant notre période, principalement à travers des cours dans la Cultura Inglesa (au Brésil, espèce de version britannique de l’Alliance Française), les Français le perçoivent plutôt comme un représentant mineur –mais bien sûr important- de la culture anglo-saxonne.

L’importance du Brésil pour la France


Et quelle est l’importance du Brésil pour la France à la période de Guerre froide ?

Au contraire du changement qui se passe avec la France, la fin de la Seconde Guerre fait augmenter le poids politique de l’Amérique latine dans des relations internationales, particulièrement du Brésil. Les Français constatent la nouvelle réalité. Les correspondances entre les diplomates au Brésil et le MAE la montre avec fréquence, par exemple dans le plan « ultra secret » de sa politique culturelle définie pour la région en 1947, où l’on peut lire : « Depuis 1939, le Brésil, l’Argentine, le Chili et l’Uruguay, se sont très nettement industrialisées. Les ressources minières, en fer surtout, promettent au Brésil un avenir industriel de premier plan […] Toutes sont représentées à l’ONU, où elles comptent 20 voix sur 51 [en 1947], près de 2/5 des votes. On peut dire sans exagération qu’aucune décision importante n’est prise à l’Assemblée de l’ONU sans l’accord de l’Amérique latine.

[…] Faire de ce continent, non seulement un grand foyer de la langue française, mais encore un centre de rayonnement de nos arts, sciences, idées […] serait donner à notre culture dans le monde une possibilité d’expansion infiniment accrue.

Enfin, du point de vue politique, l’Amérique latine peut nous apporter une aide précieuse […] Elle nous l’a en fait déjà donnée. La décision d’adopter aux grandes conférences la langue française comme langue de travail, sur pied d’égalité avec l’anglais, celle aussi d’installer à Paris l’organisation intellectuelle mondiale [UNESCO], n’auraient sans doute pas été prises sans l’appui des Républiques latino-américaines.

Même à l’égard des grandes puissances, surtout les USA, notre position peut être infiniment renforcée, si nous disposons d’une influence [culturelle] solide dans ces Républiques »1

Outre de représenter un grand marché, on vient de voir que l’Amérique latine peut servir énormément aux intérêts politiques de la France aux relations internationales, inclus et peut-être principalement si bien instrumentalisée comme alliée attachée à l’idée de voisinage latin ; qui est en fait la raison pour laquelle la France reçoit l’appui de la région pour maintenir sa langue comme langue officielle –avec l’anglais- dans des institutions multinationales et pour l’installation de l’UNESCO à Paris. Ainsi le Brésil, comme majeure puissance territoriale, démographique et économique de la région, doit donc recevoir une attention spéciale de la politique culturelle française.

Immédiatement après la Libération, encore en 1944, la France envoie au Brésil son premier attaché culturel (Poste crée dans la même année, l’attaché culturel doit s’occuper entièrement de tout en ce qui concerne la divulgation de la culture française au pays où il travaille). Déjà l‘année suivante, la France organise une méga exposition pour montrer ce qu’est devenue la « nouvelle France », occupant les salles du Musée des Beaux Arts, de l’éminent bâtiment du ministère de l’Éducation (l’actuel édifice Gustavo Capanema, à Rio de Janeiro) et au Casino de Copacabana. Sont exposés tableaux, sculptures, arts décoratifs (céramiques, bijoux, mobiliers etc.), disques, livres et films ; outre des produits comme vins, champagnes, parfums, haute couture etc. Pour clôturer, une grande tournée de La Comédie Française. Je n’ai pas pu le confirmer, mais étaient inclus dans le projet grands concerts pour casinos ou music-hall2.

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