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Catherine LANNEAU (°1977) est docteur en Histoire, titulaire d’un DEA en Relations internationales et Intégration européenne. Chargée de cours à l’Université de Liège depuis octobre 2009, elle enseigne l’histoire de la Belgique, de la Wallonie et de la France contemporaines ainsi que l’histoire de la presse. Ses principales recherches portent sur les relations franco-belges au XXe siècle et, en particulier, à l’action dans les médias de groupes de pression ou de réflexion. Elle a publié L’inconnue française. La France et les Belges francophones 1944-1945 (PIE-Peter Lang, 2008).
Les représentations de ses voisins européens par l’Espagne franquiste :

entre héritages de la Guerre d’Espagne et enjeux de la construction nationale

1939-1957
Maud Joly

FARE, Université de Lyon
« [N]osotros aspiramos a la paz de Europa y desde el primer momento lo hemos proclamado así. Nuestros enemigos, al contrario, desde el primer día han anunciado que, perdidos, desencadenarían la guerra europea ».

Francisco FRANCO, 27 août 19381.
Le 2 avril 1939, au lendemain de la proclamation de la victoire franquiste, un message est diffusé sur les ondes radiophoniques: « L’Espagne est toujours sur le pied de guerre face à tous les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur »2. Cette allocution rappelle combien parler de l’Espagne franquiste, c’est inévitablement parler de la Guerre Civile. En effet, le conflit constitue une référence idéologique fondamentale d’un régime né de et dans la guerre. Une guerre qui conditionna profondément les rapports à l’Autre, à l’ennemi intérieur mais également à l’ennemi extérieur. D’une part, parce que le conflit s’internationalisa rapidement, en raison de « la double présence d’une analogie essentielle et d’une synchronie temporelle entre la crise espagnole et la crise européenne de la seconde moitié des années trente »3. D’autre part, parce que la guerre d’Espagne fut une guerre perçue et interprétée comme une guerre contre l’envahisseur4. Et une des composantes de cette représentation est l’invasion personnifiée par la présence de pays voisins européens engagés – à des échelles et selon des modalités différentes – dans l’affrontement. Aussi, dans sa version négative, le voisin européen a pu symboliser la trahison, la corruption, le danger, le Mal communiste. Et dans sa version positive, le voisin européen a aussi pu figurer l’allié politique, militaire, économique et idéologique. Cette perception dichotomique du paysage européen et des relations de voisinage survit largement au lendemain de la guerre. La rhétorique de guerre est transposée, adaptée puis dépassée durant la période comprise entre 1939 et 1957.

Un autre élément fondamental façonne les liens aux voisins européens. A partir d’avril 1939, ce qui se joue dans les relations avec les voisins européens c’est la survivance et le devenir d’un régime dont la légitimité originelle est extrêmement fragile et contestée à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières nationales5. Franco a fait de la guerre un véritable processus d’affirmation nationale et de défense de l’indépendance nationale en formulant la croyance en la mission de la nation et en son pouvoir de régénération6. Et parce que « la nation ajoute l’imaginaire au symbolique en configurant avec précision l’espace de son identité et de sa souveraineté »7, elle détermine les contours et le contenu de l’espace de ses relations de voisinage. Le rapport aux voisins européens est largement déterminé par le projet doctrinal franquiste de construction nationale.

Entre 1939 et 1957 (de l’avènement de la dictature au début du rapprochement avec l’Europe1), les relations entre l’Espagne et ses voisins se structurent bien souvent autour d’une tension dialectique : une proximité géographique et historique versus un éloignement politique et économique, c’est-à-dire un anachronisme politique qui détermine une situation d’ostracisme à la fois provoquée, subie et dépassée2. L’enjeu majeur pour le régime franquiste est de se défaire progressivement du stigmate de « dernier résidu des totalitarismes européens »3, de cette discordance historique4, afin de gagner sa place dans le concert européen. Ainsi, les frontières et les espaces de voisinage avec les pays européens représentent simultanément « la barrière et le pont, le fossé et le trait d’union, la séparation et la coopération »5.

Pour Jean-François Daguzan, la politique extérieure du franquisme s’avère être une pratique à usage interne6. Et, le rapport aux voisins européens est à appréhender comme un élément constitutif du processus de construction et de modernisation de l’Etat7. La motivation centrale de la politique extérieure est le maintien d’un régime qui pâtit d’une illégitimité originelle. Aussi, pour penser le rapport de l’Espagne franquiste à ses voisins européens, il faut penser les rapports étroits entre le projet interne et l’environnement international8.

L’héritage de l’expérience de la Guerre Civile ainsi que la nécessité de construire le Nouvel Etat sont les deux données essentielles qui permettent de mettre en perspective ce qui se joue durant ces années, notamment dans la fabrication d’espaces de voisinage, en continue(s) recomposition(s). Une recomposition qui s’incarne dans le passage d’un discours paranoïaque à un discours volontariste9 dans la construction du rapport aux voisins européens. Afin d’esquisser quelques pistes de réflexion ponctuelle, il sera question dans un premier temps de montrer que pour saisir la singularité de cette période, le détour par la guerre d’Espagne est indispensable. Cela permet de penser le devenir des alliances, des relations « ami/ennemi » dans le temps de l’après-guerre qui est aussi celui de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre Froide. Puis dans un second temps, il s’agira de montrer comment dans le passage de l’autarcie à la modernisation nationale, le projet national conditionne le rapport à l’Europe et comment le contexte européen oriente le projet national.
Le détour nécessaire par la guerre : le devenir du diptyque « ami(s)/ennemi(s) » européen(s) durant la Seconde Guerre mondiale
Pendant la Guerre Civile, le gouvernement nationaliste fabrique l’image d’une Espagne guerrière et impériale qui rejette violemment la décadence de l’autre Espagne dite étrangère et corrompue en raison de ce que l’on nommait négativement le « virus étranger »10. L’hispanité, véritable idéologie-culture, est une « obsession pour l’unité nationale et la défense de la foi catholique qui s’inscrit dans une vision manichéenne de l’Histoire qui l’oppose au libéralisme, à la franc-maçonnerie, au socialisme et au communisme »1. Faire rempart au communiste: ce mythe mobilisateur de la Guerre Civile demeure un élément central du projet national et de la désignation des ennemis de la dictature franquiste. Le journal Arriba publie le 1er juin 1939 le discours d’adieux aux volontaires italiens :

« [L]’Espagne, qui désire la paix pour l’Europe, doit dire, que si de nouveau comme en juillet 1936, les ours du Kremlin, ou tout autre espèce de barbare de ce siècle, voulaient fouler de nouveau cette rive de la Méditerranée et les voyous du monde entier crier de nouveau le cri de « Moscou », vous et nous nous crierons un seule, éternelle et sainte parole : « Rome ». Et avec ce cri, très vite une forêt de baïonnettes s’hérisserait sur nos côtes pour défendre et sauver de nouveau les valeurs éternelles de notre civilisation »2.
Cet extrait est significatif à bien des égards et il formule une double obsession : obsession de la menace communiste russe et obsession de la préservation de l’intégrité territoriale – espagnole et méditerranéenne. Au travers d’une rhétorique belliciste et manichéenne, l’Espagne de Franco, « belligérant moral »3, se proclame défenseur d’une Europe menacée de décadence et de contamination face à la menace de la colonisation communiste4. Le rappel des convergences de valeurs avec l’Italie sert la réaffirmation des contours du diptyque « ami/ennemi » né dans la guerre. Cette représentation stéréotypée de l’antagonisme participe de la consolidation des « espaces de préférence dans l’ordre idéologique, dans l’ordre des valeurs »5 et la « médiation de l’histoire permet de constituer ces espaces de voisinages identitaires »6. La vision belliciste des relations internationales s’accorde avec la poursuite des espaces de coopération bâtis dans la guerre et donne sens aux liens forgés avec l’Italie et l’Allemagne. C’est en raison de cette interprétation que l’Espagne franquiste prolonge ses liens d’amitié avec l’Italie et l’Allemagne (scellés par la signature de traités d’amitiés avec Rome et Berlin en mars et novembre de l’année 1936, par la décision d’abandonner la Société des Nations et par l’adhésion, en avril 1939, au pacte anti-Kominterm) et décide d’envoyer la « División Azul », créée en août 1941, sur le front Est jusqu’en août 1943. Cependant, la généalogie de cette coopération (neutralité, non-belligérance, neutralité) illustre le fait que l’Espagne franquiste, dans un contexte d’illusion impérialiste, est restée très prudente en raison de sa volonté d’éviter tout risque d’invasion par la guerre de son territoire national et « d’intégrer l’Espagne dans un nouveau schéma de pouvoir européen et de participer au partage territorial de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord »7. C’est aussi pour des raisons de défense de l’intégrité nationale que l’Espagne franquiste se rapproche de son voisin portugais, en 1942, avec qui est signé un pacte défensif visant la sauvegarde de la paix et de l’inviolabilité péninsulaire. Le rapprochement avec le Portugal, allié de la Grande-Bretagne, permet aussi de se positionner en situation de rapprochement avec les Alliés dans un contexte de revirement des rapports de force à l’échelle européenne. Notons que les ennemis d’hier ne demeurent pas forcément figés dans ce statut une fois la Guerre Civile espagnole terminée. Pragmatisme, réalisme, opportunisme : ce sont des éléments fondamentaux qui motivent les relations avec les voisins européens et qui (re)définissent les antagonismes idéologiques et politiques.
Penser l’Espagne franquiste, c’est aussi penser la dissidence, la résistance anti-franquisme au-delà des frontières nationales. Parce qu’elle est une réalité du régime. Et parce qu’elle construit des représentations singulières des voisins européens. Le nouvel ordre franquiste instaure le principe de « l’espace fermé »8 dans le projet de consolidation de la « forteresse nationale ». La relation aux voisins européens se pense dans un « espace de défiance et de méfiance ». Le contexte de la Seconde Guerre ouvre pour les exilés – de l’intérieur ou à l’étranger – un horizon démocratique et un espoir de renversement du régime franquiste. D’une part, les réfugiés espagnols1, notamment sur le territoire français, se construisent des « espaces de voisinage fantasmés ». D’autre part, le gouvernement en exil travaille à la mise en œuvre d’espaces de reconnaissance internationale dans l’espoir de voir tomber le régime franquiste et de rétablir la République. L’existence de ces réseaux – véritables « espaces de la dissidence » – conduit le gouvernement franquiste à estimer que la neutralisation des voix de l’exil devient une priorité dans la défense nationale. La « frontière » se situe au cœur du dispositif de défense nationale en raison de la peur de la mise en péril de la souveraineté nationale espagnole. La frontière des Pyrénées est extrêmement surveillée et consolidée2. Et les relations se tendent largement avec la France perçue comme le camp de retranchement des mouvements antifranquistes. En effet, pendant la Seconde Guerre mondiale s’exprime la certitude que la France s’est convertie en refuge et en plate-forme pour les activités renaissantes de la résistance antifranquiste (novembre 1944). La présence d’exilés dans l’espace de la frontière avec la France est perçue comme un danger sérieux pour la nation espagnole.

La première moitié de l’année 1940 est marquée par la forte empreinte idéologique des de la Guerre Civile espagnole dans les relations de l’Espagne franquiste avec ses voisins européens. Seulement, la victoire des Alliés inaugure une période d’incertitudes pour l’Espagne franquiste. Quid de la pérennité de ce régime politique anachronique sur cette nouvelle scène internationale ?3 Aussi, entre le refus du voisin et la nécessité du voisin, la dialectique espagnole se complexifie face aux défis de la construction nationale.
De l’autarcie à la modernisation de l’Etat : quand le projet national conditionne le rapport à l’Europe et quand le contexte européen oriente le projet national.
L’Espagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, se retrouve marginalisée en raison de sa discordance politique4 et du « stigmate de l’Axe »5 qui l’exclut de la reconstruction pacifique de l’Europe. À l’issue de la Conférence de Potsdam, la « question espagnole »6 détermine alors la politique d’isolement et d’autarcie espagnole. Ainsi au lendemain de la victoire des Alliés, dans un contexte d’euphorie antitotalitaire, se révèle la « contradiction entre la forme politique du régime franquiste et le triomphe militaire de la démocratie libérale »7. L’ostracisme européen est présenté par Franco – via une vision conspiratrice des relations internationales – comme une conjuration internationale communiste et antiespagnole, résultat d’une décomposition morale et matérielle du monde8. Ce discours sert en premier lieu la consolidation du consensus intérieur espagnol. Et cela fonctionne : le 9 décembre 1946, des manifestations de protestation nationale rassemblent la population qui accuse l’exclusion de l’Espagne de l’Organisation des Nations Unies.

Les années quarante sont marquées par la mise en œuvre de la politique d’autarcie/d’autosuffisance par le régime franquiste. Ce choix politique peut être analysé comme un instrument qui s’accordait parfaitement avec la croyance selon laquelle l’Espagne, au sortir de la guerre, devait rester isolée culturellement et politiquement du monde extérieur9. Souvent analysé comme une réponse à l’ostracisme international dont est victime l’Espagne franquiste au lendemain de la défaite des puissances de l’Axe dans la Seconde Guerre mondiale, ce choix de l’autosuffisance puise davantage ses racines profondes dans l’expérience fondatrice de la Guerre Civile.

Mais l’idéologie de l’autosuffisance est poreuse en raison de l’obsession de Franco de trouver une reconnaissance internationale et donc européenne1. La période de la Guerre Froide lui offre cette opportunité : parce que l’antifascisme se transforme en anticommunisme et parce que les considérations idéologiques ainsi que les dénonciations morales cèdent le pas aux nécessités géostratégiques de la Guerre Froide2. De principale menace pour la paix européenne, c’est-à-dire « de bête fasciste, l’Espagne devient la sentinelle de l’Occident »3.

L’Espagne franquiste développe des relations privilégiées avec l’Amérique du Sud et les États arabes du Moyen Orient et cherche la voie de l’homologation aux enceintes multilatérales. Ce détour constitue un point central de la stratégie visant à recouvrir une légitimité aux yeux de l’Europe de l’après-guerre et aux yeux des Etats-Unis. Franco a exploité le contexte singulier de la Guerre Froide pour se rapprocher des Etats-Unis et ainsi sortir progressivement de l’isolement international. À partir de 1945, l’Espagne se dote de ce que les historiens ont appelé le « maquillage démocratique ». En effet, l’Espagne franquiste instaure un réaménagement ministériel et une transformation juridico-politique qui vise à octroyer au régime une image démocratique et ce faisant la rapprochent des démocraties chrétiennes européennes4. Aussi, le régime de Franco s’évertue à construire des espaces de légitimation politique. Et les années cinquante correspondent au processus de normalisation des relations internationales. Antonio Moreno Juste a montré combien à partir de ce moment, dans la propagande franquiste, l’Europe passe de l’incarnation de la franc-maçonnerie internationale à l’incarnation du « miracle économique »5. Ainsi, la cosmologie héritée de la Guerre Civile se transforme partiellement pour servir pragmatiquement le projet de développement économique national. Cependant, cette transformation ne l’est qu’en surface. Les ennemis d’hier – et la France par excellence – continuent de figurer pour le régime franquiste (consolidé de l’intérieur par sa politique répressive) le contre-modèle politique et idéologique de l’Espagne éternelle. La « déconfiance » vis-à-vis de l’extérieur demeure une composante de la conduite des relations extérieures. Une « déconfiance » partagée par les voisins démocratiques européens De fait, l’Espagne est largement absente de la construction européenne des années cinquante.
Ce rapide et très partiel survole montre combien les modalités d’inclusion et d’exclusion dans l’espace européen6 sont multiples, complexes et motivées tantôt par des considérations idéologiques, tantôt par des intérêts économiques et/ou politiques.

Une chose est certaine : Franco, dans une gestion personnaliste7 et pragmatique8 de la politique extérieure, a su relever le défi : il a conjointement préservé l’essence de son régime et amorcé une normalisation des relations extérieures. Mais le « retour à l’Europe »9 est loin d’être réalisé.
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