Un paysage académique en mutation





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Vers une histoire socio-culturelle ?


En 2006, le rapport de la section 33 « Mondes modernes et contemporains » du CNRS dressait un constat lucide, mais aussi désenchanté : « il n’existe pas (ou plus) de paradigme dominant commun aux différents champs de l’approche historique, et les fronts pionniers varient considérablement d’un domaine à l’autre, rendant tout effort de synthèse réducteur et inutile ». Pourtant, l’un des débats qui a animé ces quinze dernières années, et qui traverse les préoccupations de l’ensemble des contemporanéistes, a été la redéfinition de l’histoire sociale dans une conjoncture marquée par la montée en puissance de l’histoire culturelle (5 à 8). Cette dernière, qui se définit comme une « histoire sociale des représentations » (Pascal Ory), à la fois domaine spécifique de recherche et regard susceptible de colorer l’ensemble de la discipline historique, a été perçue, dans un premier temps, comme un danger pour les tenants de l’histoire sociale classique. La réception par ces derniers de l’« histoire conceptuelle du politique », qu’incarnent notamment les travaux de Pierre Rosanvallon (9), discutait une approche qui restait radicalement coupée de l’histoire de la société. L’histoire culturelle du politique, diverse dans ses formes, s’est affichée comme une étape supplémentaire de la réhabilitation d’une histoire du politique, particulièrement dynamique en histoire contemporaine6.

Pourtant, « La guerre froide entre histoire culturelle et sociale, si caractéristique des années 1990 a, pour Antoine De Baecque, pris fin dans le champ historiographique français »7 ; simple « paix armée » pour Louis Hincker et Jacques Rougerie (« Relations sociales et espace public », Revue d’histoire du XIXe siècle, 2006). Les malentendus semblent s’être progressivement dissipés. Les historiens du culturel ont montré que toutes les réalités sociales sont médiatisées par les représentations. De surcroît, les perspectives culturalistes ont été appropriées par les praticiens de l’histoire sociale. Les initiateurs du « tournant critique » des Annales, proposé à la fin des années 1980, ont également réaffirmé, au milieu des années 1990, l’ancrage de l’histoire culturelle au sein d’une histoire sociale rénovée (11 à 13). Ce nouveau consensus autour d’une « histoire culturelle du social » (Roger Chartier), appelée histoire socio-culturelle par certains, a sans doute été facilité, au sein du paysage historiographique français, par l’ancrage de la discipline au sein des sciences sociales, et le rejet très majoritaire des approches post-modernes issues des Nouveaux Mondes.

D’un débat, l’autre


D’autres débats, plus circonscrits, ont mobilisé la communauté des contemporanéistes, et ont rencontré un écho bien au-delà des seuls cercles académiques. Nous en retiendrons trois, parmi d’autres, pour leur caractère d’exemplarité : l’histoire du communisme ; la notion de « culture de guerre » et le renouveau de l’histoire coloniale.
La fin des années 1990 enregistre de vifs débats à propos de l’histoire du communisme, à l’heure de la disparition de l’Empire soviétique, URSS et « démocraties populaires » ; et de l’émergence de la question des archives dites de Moscou. Les publications respectives du Passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au XXe siècle de François Furet (1995) et Du Livre noir du communisme, collectif dirigé par Stéphane Courtois (1997), suscitent un large écho. Le siècle des communistes, ouvrage collectif et pluridisciplinaire publié en 2000, s’affiche comme une réponse argumentée qui réfute la perspective criminogène (Stéphane Courtois), et souligne « la diversité des communistes et des communismes, la pluralité des motifs allégués et des espoirs fondateurs, tout en étudiant la chape de plomb qui progressivement vint enfermer les possibles ». Le débat entre historiens qui porte à la fois sur la manière d’aborder la question — histoire sociale versus histoire des idées — et sur les modalités, et de facto la légitimité, de la comparaison entre communisme et nazisme est marqué par la trajectoire propre des chercheurs, et contribue à fortement diviser la communauté des contemporanéistes. Les échos de ce débat contribuent à infléchir l’histoire du mouvement ouvrier, l’histoire des gauches plus largement, voire l’histoire de la Résistance.
Dans la même conjoncture, l’histoire de la Grande guerre enregistre un important renouveau, à partir de la notion de « culture de guerre ». Cette histoire culturelle de la Grande guerre possède deux caractéristiques : elle s’appuie institutionnellement sur une structure muséale (l’Historial de la Grande Guerre de Péronne inauguré en 1992) et s’inscrit dans une perspective internationale. Le groupe d'historiens, animé par Jean-Jacques Becker, qui a élaboré le discours de l'Historial a été pérennisé en Centre de Recherche international, fonctionnant indépendamment du musée. Ce réseau international de chercheurs allait impulser une véritable percée historiographique au service d’une histoire européenne de la guerre. En 2000, Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker publient 14-18. Retrouver la guerre, tentative de relecture de la Grande guerre à partir de trois entrées : la violence, la croisade et le deuil. Cette relecture de la Première Guerre mondiale suscite l’une des plus vives controverses historiographiques de ces dernières années. En forçant le trait, elle oppose ceux qui estiment que les combattants ont consenti à la guerre à ceux qui mettent au premier plan le rôle de l’appareil de répression. Par-delà cette ligne qui distingue « école du consentement » et « école de la contrainte », le débat est beaucoup plus large, interroge la méthode même de l’investigation historienne, en reposant notamment la question de la validité des témoignages ; en interrogeant les modalités de la construction et de la diffusion d’une culture commune. Certains chercheurs ont souligné la nécessité de dépasser cet antagonisme en développant des approches qui combinent analyses des comportements et des structures8. Le Collectif de recherche international et de débat sur la Grande Guerre (CRID 14-18) plaide, depuis 2005, pour « sortir résolument de l’alternative entre consentement et contrainte pour mettre en évidence d’autres attitudes faites d’indifférences, de résignation, de remise de soi ou, plus largement, de conformisme »9. L'un des développements les plus récents de cette approche consiste à s'interroger, à partir de la notion de « démobilisation culturelle », sur la façon dont les sociétés européennes sortent de la Grande Guerre. Mise en œuvre initialement à partir de la Grande Guerre, la notion de « culture de guerre », toujours discutée, est aujourd’hui considérée comme une clef heuristique susceptible d’être mobilisée pour l'ensemble des conflits du XXe siècle. Elle ouvre sur une approche anthropologique de la guerre. Sa capacité à articuler temps de guerre et temps de paix lui confère un caractère toujours opératoire.
Le renouveau de l’histoire coloniale n’échappe pas non plus à la réactivation de clivages idéologiques, plus ou moins masqués, et dément d’une certaine façon « l’éloignement », signe d’une plus grande sérénité enfin atteinte, pointé en 1992 par Daniel Rivet10. Des publications sur la « culture coloniale », à la charnière de la recherche scientifique et de la logique militante, débouchent à partir des années 1990 sur une remise en cause critique de la vulgate républicaine (14), alors que d’autres appellent explicitement à la « repentance coloniale ». Isabelle Merle et Emmanuelle Sibeud plaident pour « la nécessité des ‘jeux d’échelle’ en travaillant la question des liens et des articulations entre divers niveaux d’analyse, du micro-local à l’espace impérial en passant par le lien colonie/nation. Il s’agit de retisser les fils d’une histoire éclatée entre colonisés et colonisateurs, entre territoires et métropoles, entre nation(s) et empire(s), pour éclairer les cohérences et les tensions d’un univers à la fois mental et matériel, politique, juridique, économique, social et culturel, que fut l’univers colonial ». Cette perspective méthodologique est présentée comme une solution nécessaire afin de contrer les manipulations de la mémoire coloniale11.
Ces trois débats témoignent aussi de la volonté d’ouvrir le questionnaire au-delà de l’hexagone.

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