Discours d’Henri Guaino





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Discours d’Henri Guaino

Inauguration de la place Charles Pasqua

12 mars 2016

Mes chers amis,
En donnant à l’une de ses places le nom de Charles Pasqua, la ville du Plessis-Robinson est la première à honorer une personnalité hors du commun qui a profondément marqué l’imaginaire politique de son temps.

Aux Invalides, devant le cercueil recouvert du drapeau tricolore, j’ai rappelé que cet homme avait été de son vivant une sorte de légende.

Certains l’aimaient, d’autres pas.

Mais, c’était un de ces personnages familiers qu’on finit par avoir l’impression de connaître depuis toujours.

Car Charles Pasqua était d’abord un personnage.

Chose si rare en politique, il incarnait ce qu’il défendait : ce vieux courant bonapartiste et gaulliste que l’on ne rencontre nulle autre part ailleurs qu’en France parce qu’il doit tout à l’Histoire et rien à l’idéologie.

L’aigle impérial et le Croix de Lorraine.

La garde qui meurt mais ne se rend pas et la Résistance.

La France de Cambronne et celle de Moulin. Celle de Victor Hugo et du chant des Partisans.
La France de Victor Hugo qu’il connaissait par cœur :

« Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d'un seul cri, dit : vive l'empereur !
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,
Regardait, et, sitôt qu'ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d'acier
Comme fond une cire au souffle d'un brasier
. »
La France du chant des Partisans, celui de son adolescence :

« Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.

Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.

Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes,

Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute… »
Il était de ceux pour lesquels l’Histoire et la politique se confondent toutes deux dans l’épopée. Son amour de la France était charnel comme l’était son amour de la Corse.

Mais, c’était la Corse du Serment de Bastia  « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français. »

Ce « vivre et mourir français », sa mère l’avait brodé sur sa chemise. Lycéen, il entre dans la résistance, comme toute sa famille.

A quinze ans, il effectue des missions de repérage. A dix-sept, il porte des courriers de Grasse jusqu’à Nice.

Ceux qui ne connaissent pas l’histoire de la Résistance y verront des missions anodines.

Ceux qui la connaissent savent que lui et ses camarades risquaient leur vie.

En juillet 44, il est arrêté avec son père par les Allemands.

Son père a la mâchoire brisée. On les relâche, faute de preuves. Ils montent au maquis.

Ils en redescendent en août pour se battre après le débarquement de Provence et aider les parachutistes américains.

Charles Pasqua n’a pas 18 ans quand il reçoit la médaille de la France Libre.

Plus tard, il écrira : « je suis Gaulliste comme je suis Français : sans complexe.

J’ai donné ma foi au Général de Gaulle, je ne l’ai jamais reprise. »

Beaucoup plus tard, il confiera à une journaliste : « je n’ai été inconditionnel qu’une seule fois dans ma vie : c’était du Général de Gaulle. »

Toute sa vie, il sera un militant de cette cause qui à ses yeux se confondra toujours avec celle de la France.

Mais, un militant d’une espèce particulière : celle des Grognards.

Grognard du Gaullisme comme il aurait pu être grognard de l’Empereur, ceux que Chateaubriand voit présenter les armes à Louis XVIII en 1814.

«  Un régiment de la vieille garde à pied formait la haie depuis le Pont-Neuf jusqu’à Notre Dame, le long du quai des Orfèvres. Je ne crois pas que figures humaines aient jamais exprimé quelque chose d’aussi menaçant et d’aussi terrible. Ces grenadiers couverts de blessures, vainqueurs de l’Europe, qui avaient vu tant de milliers de boulets passer sur leurs têtes, qui sentaient le feu et la poudre ; ces mêmes hommes, privés de leur capitaine, étaient forcés de saluer un vieux roi, invalide du temps, non de la guerre (…) Les uns, agitant la peau de leur front, faisaient descendre leur large bonnet à poils sur leurs yeux comme pour ne pas voir ; les autres abaissaient les deux coins de leur bouche dans le mépris de la rage ; les autres, à travers leurs moustaches, laissaient voir leurs dents comme des tigres. Quand ils présentaient les armes c’était avec un mouvement de fureur, et le bruit de ces armes faisait trembler. Jamais, il faut en convenir, les hommes n’ont été mis à une pareille épreuve et n’ont souffert un tel supplice. Si dans ce moment ils eussent été appelés à la vengeance, il aurait fallu les exterminer jusqu’au dernier, ou ils auraient mangé la terre. »
De cet homme aussi, de ce « terrible Monsieur Pasqua » comme l’appellera un jour François Mitterrand, on avait l’impression qu’il aurait pu « manger la terre » lorsqu’il avait le sentiment que l’héritage du gaullisme était dilapidé.

Ceux pour lesquels les mots « engagement », « honneur », « patrie », n’ont pas vraiment de sens, ceux pour lesquels, il n’y a pas de plus grande cause que soi, n’ont jamais compris les colères et les ruptures de celui qui connaissait tous les ressorts de la politique politicienne mais qui ne fut jamais un politicien parce qu’au fond de lui il resta le petit corse résistant de 15 ans dont le père aimait la France comme sa propre mère.

Il servira sa grande cause par tous les moyens. Il prendra tous les risques. Il gardera tous les secrets.

Non sans ressentir cette intime blessure qui fait souffrir ceux qui attendent longtemps avant d’être reconnus pour leur valeur et pas seulement pour les services qu’ils rendent, même si Charles Pasqua avait trop de dignité et de pudeur pour laisser paraître la moindre amertume.

Comme il n’en laissera jamais paraitre quand, à la fin de sa vie, ceux auxquels il avait tout sacrifié le trahiront.

Quand il s’associera avec Philippe Séguin, au début des années 90, ces deux hommes d’apparence si différente - l’un ombrageux, l’autre jovial - auront en commun la Méditerranée, le soleil, mais aussi et plus profondément, ce même orgueil blessé qu’éprouve toute leur vie, les enfants pauvres auxquels on fait sentir qu’ils n’appartiennent pas au monde de ceux dont la naissance, l’éducation, les relations semblent les vouer à occuper une position supérieure.

Ils avaient autre chose en commun : le Gaullisme pour eux, ce n’était pas la droite, ce n’était pas la gauche, ce n’était pas le centre, c’était la France et tous les Français.

N’avait-il pas dit un jour : «  Si être pour la justice sociale, c’est être de gauche, je suis de gauche. Si être pour l’ordre et l’autorité, c’est être de droite, je suis de droite ».

Il écrira un jour : « L’égoïsme va mal aux Français. Ils sentent bien qu’ils ont tout à espérer ensemble, et tout à redouter s’ils s’isolent les uns des autres. Ce sera l’honneur de la politique de le leur dire, et le propre d’une démocratie vivante de leur permettre. »

Homme d’un parti, il le fut plus que personne.

Mais, sans jamais céder sur sa conviction que son pays était plus important que son parti et se battant pour faire gagner ce dernier que lorsqu’il était convaincu que ce combat était bien celui pour une « certaine idée de la France ».

Ce grognard qui connaissait par cœur des milliers de vers et de paroles de chanson, comme il connaissait par cœur l’Histoire de France, sous ses aspects terribles de Ministre de l’Intérieur qui connaissait les secrets de tout le monde, était un homme bien à la morale simple et vraie.

Pour faire de la politique disait-il, il faut aimer les gens.

Cette phrase résume toute l’humanité de cet homme bienveillant et généreux, toujours présent pour ceux qui étaient dans la difficulté et dans la peine.

Ministre de l’Intérieur, Ministre d’Etat, Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, il vécut d’éclatantes réussites et de terribles échecs.

Il ne se découragea jamais.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la République, comme certains de ses amis, ne lui rendirent pas toujours ce qu’il leur avait donné.

Il ne demandait d’ailleurs rien sinon un peu d’estime et de respect, la reconnaissance du cœur.

Mardi dernier dans la cour des Invalides, en assistant aux honneurs militaires rendus à Yves Guéna, soldat de la France Libre, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ceux qui avaient refusé à Charles Pasqua ces mêmes honneurs militaires dont il aurait été fier et qu’il avait mérités.

Et, j’ai eu honte pour eux.

Avec son attachement aux valeurs du Gaullisme, à une haute idée de la France, avec sa bonté, sa générosité, sa fidélité en amitié, son courage, avec son accent du midi, sa féconde méditerranéenne, il était pour moi l’une des incarnations la plus élevée du sens de l’Etat et la plus attachante de ma France. Et je crois qu’il l’a été pour beaucoup de Français.

L’Hommage que lui rend aujourd’hui la Ville du Plessis-Robinson ne compensera pas tous ceux que l’on ne lui a pas rendus.

Mais, il fait plaisir à tous ceux qui l’ont aimé.

Pour la Campagne de Maastricht, il avait choisi pour slogan : Liberté, je chéris ton « non » ! Que ne l’a-t-on entendu. Mais, il savait bien que l’histoire de France n’était pas finie.
Chantez, Compagnons dans la nuit, la Liberté nous écoute !
Merci, Monsieur le Maire

Merci, cher Philippe

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