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Deuxième partie : les acteurs de la défense locale au XVIIème siècle



Au-delà des infrastructures qui permettent à la ville de se défendre ; il faut des hommes, pour diriger les combats, porter les armes, occuper et gérer les infrastructures et les équipements militaires. C’est cette organisation humaine qui va maintenant être abordée. Cette organisation est hétérogène : on trouve d’un côté différents pouvoirs qui exercent des compétences militaires à l’échelle locale, de l’autre les acteurs de cette défense : les soldats, les miliciens et les divers entrepreneurs de cette défense, et enfin ce qui subissent la présence militaire à Béziers : la population, à des degrés d’intensité différents, par l’impôt, par le logement ou par le recrutement de la milice.

Plusieurs évolutions marquent cette organisation humaine dans la période étudiée : le pouvoir croissant des intendants face aux gouverneurs de province et aux diverses communautés, le poids croissant de la guerre sur toute la société et sur toute la population, et enfin la séparation entre les militaires et les civils qui s’accentue au cours du XVIIème siècle. Nous y reviendrons.
A) ceux qui décident : les différents pouvoirs qui interviennent dans les affaires militaires
La nature de ces pouvoirs est liée à l’histoire de Béziers, et au conflit continu, au Moyen-Âge, entre les deux seigneurs de la ville, le vicomte et l’évêque, et les Biterrois, qui obtiennent l’octroi d’une charte de privilèges en 1185.

A l’époque moderne, ce conflit perdure : le vicomte de Béziers a laissé ses pouvoirs au roi de France en 1247, représenté depuis cette date par un viguier qui intervient dans la police et la justice de la ville et dans celles des bourgs qui, par acte communal daté de 1230, divisent la ville en 7 parties ressortissant pour leur justice soit du roi, soit de l’évêque, soit des abbés de Saint-Jacques et Saint-Aphrodise. Le consulat entre dans cette compétition, pour les conséquences qu’il assure, à savoir la salubrité, l’approvisionnement et la sécurité, et dans une moindre mesure, l’industrie et le commerce de la ville22. Cette dernière compétence est la plus importante, elle occupe la majeure partie des débats du conseil général, assemblée délibérative de la commune, et la majeure partie des dépenses de la ville. Ainsi, à titre d’exemple, une étude des délibérations consulaires des années 1710/1720 indique que l’entretien de la caserne revient dans 30% des délibérations, celui des murailles dans 7% des délibérations et l’organisation des corps de garde dans 17% des délibérations23. Le rôle essentiel de la commune dans l’organisation de la défense semble démontré, il sera donc étudié en premier.
La commune intervient de manière directe et indirecte dans le domaine des affaires militaires. Directement d’abord, en organisant occasionnellement des milices bourgeoises pour faire le guet sur les remparts ou des patrouilles dans les rues, ou en assurant la construction et l’occupation des corps de garde, garants de la sécurité de la ville, de la surveillance des portes de la ville et des soldats qui y résident. Le consulat assure, par exemple, l’armement de la milice bourgeoise : 1984 livres et 12 sols sont ainsi dépensées pour armer 3 compagnies de bourgeoisie, suite à une délibération consulaire du 24 avril 170424. Indirectement aussi, en commandant à des entrepreneurs, soit l’entretien des murailles et des fossés de la ville, soit la gestion des équipements militaires que sont la caserne et l’hôpital mage. Nous avons d’ailleurs déjà évoquaient les délibérations consulaires qui commandaient à des artisans maçons la réfection des murs. Par ailleurs, des subventions étaient aussi accordées pour récurer les fossés, ou pour gérer l’hôpital mage. De la même manière, des caserniers obtenaient la gestion de caserne pour 6 ans, à charge pour eux d’organiser l’accueil des soldats et l’organisation de leur passage (vivres, mobilier, etc.). Comme on le voit bien, l’organisation locale de la défense dépend essentiellement de la commune.

Celle-ci chercha à faire reconnaître ce rôle, ce qu’on peut démontrer par certaines délibérations consulaires : le 26 avril 161425, par exemple, la commune décide l’union des charges de gouverneur, lieutenant et capitaine de la garnison, au sein d’un gouvernement de la ville qui lui sera encore plus subordonné qu’auparavant. En 1644, la ville achète au baron de Cailar d’Espondeilhan la charge de gouverneur de la ville que la famille détenait depuis 1582, pour 24 000 livres. En 1653, les consuls prennent officiellement le titre de gouverneur de la ville. Il convient maintenant de s’intéresser à ce titre. Il existe des gouverneurs dans toutes les villes fortifiées du royaume. Ils commandent aux habitants et aux gens de guerre présents pour défendre la ville, par délégation du gouverneur de la province et donc du roi. Dans certaines villes, où la fonction militaire prime, ils contrôlent l’administration municipale. Ils commandent aussi la citadelle de la ville, quand elle existe, et la garnison qui l’occupe. En revanche, s’il supervisent les corps de garde et la milice urbaine, des officiers sont nommés spécifiquement pour les commander, comme nous le verrons plus tard. Le pouvoir de la commune dans les affaires militaires n’est pas toujours accepté par ses autres concurrents, l’évêché et le roi : la responsabilité de la police fait constamment l’objet d’un litige avec l’évêque26, et les représentants du roi chercheront à réduire les prérogatives de la commune : c’est en partie l’objet de la création de l’office de gouverneur héréditaire de la ville en 1696, acheté à Béziers par Louis-Hercule de Solas, seigneur de Montlauretz, issu d’une famille de la robe installée à Montpellier27.
En second lieu, le pouvoir du roi dans les affaires militaires, même au niveau local, se manifeste aussi. Cependant, ce pouvoir est d’abord limité à l’organisation de la défense au niveau de la province : le gouverneur, assisté de trois lieutenants du roi, chargés chacun d’une circonscription (Bas-languedoc, Haut-languedoc, Cevennes) sont chargés de maintenir la province, frontalière jusqu’en 1659, en état de défense. Le gouverneur, au début du XVIIème siècle, est le personnage le plus important de la province. C’est souvent un prince de sang, officier, il représente le roi et sa charge est héréditaire. Ainsi, en Languedoc, depuis le milieu du XVIème siècle, c’est la prestigieuse famille des Montmorency qui occupe cette charge. Si son rôle décline, notamment à l’époque de Richelieu, très méfiant à l’égard de ces grands aristocrates, qui ont profité des guerres de religions et de la déliquescence du pouvoir royal pour accroître leur influence, il n’en reste pas moins primordial dans le domaine de la défense : ainsi, les ordonnances des gouverneurs successifs, Henri II de Montmorency jusqu’en 1632, le duc d’Halwin jusqu’en 1644, Gaston d’Orléans jusqu’en 1660, en charge dans la première moitié du XVIIème siècle, promulgueront des ordonnances destinées à organiser la défense des villes de la province : en 1622 pour adjoindre aux villes « loyales » de se fortifier pour pouvoir se défendre contre les révoltes des protestants, que Béziers appliquera en renforçant les remparts du nord et la citadelle, en 1633 pour faire détruire la même citadelle, en 1635 pour remettre en état les défense des villes les plus proches de la frontière espagnole, alors que la France vient de se lancer dans la guerre de 30 ans.

Après cette date, qui coïncide avec l’apparition de Bousquet, premier intendant de la police, de la justice et des finances dans la province, les gouverneurs jouent un rôle effacé, mais sont toujours présents dans l’organisation de la défense. Pour autant, l’intendant qui s’investit dans ce domaine, et, à partir de 1660, signe les ordonnances relatives à l’organisation de l’étape languedocienne. Cette primauté se dessine plus particulièrement avec l’arrivée de Lamoignon de Basville à ce poste en 1685. Ainsi, ce dernier mènera la lutte contre les protestants du « désert », pourchassés dans les Cévennes après la publication de l’édit de Fontainebleau, en 1685, qui interdisait l’exercice de la « religion prétendue réformée » en France. C’est l’intendant qui fait construire des forts au pied des Cévennes, à Alès, à Nîmes et à Saint Hyppolite28, c’est aussi lui qui élabore un plan de construction de casernes dans la région, dans les années 1690, et c’est même lui qui intervient pour rejeter les anglais à la mer, quand ceux-ci débarquent à Sète en 1710.

L’équilibre entre les représentants du roi en province évolue donc : si de grands aristocrates étaient parfaitement aptes à diriger et à défendre des provinces aux frontières du royaume au début du XVIIème siècle, ce n’est plus le cas sous le règne de Louis XIV, pour plusieurs raisons : l’intendant est d’abord préféré au gouverneur car c’est un commissaire dont la charge dépend directement du roi, alors que le gouverneur est irrévocable et héréditaire. Le triomphe de l’intendant dans les affaires militaires est donc aussi le triomphe de l’absolutisme et de l’essor du pouvoir royal. L’administration militaire, c’est à dire la gestion des infrastructures, des équipements, des déplacements et de l’approvisionnement des soldats s’est développée de telle sorte que de grands commis de l’état issus de la noblesse de robe ou même parfois de la roture tels que les intendants sont plus aptes à s’en occuper que de prestigieux aristocrates, issus de la noblesse d’épée. En conclusion, le rôle des représentants de l’état dans la défense locale s’est accru. Si au début du XVIIème siècle il n’intervient qu’en cas d’urgence, on le retrouve de plus en plus souvent, par exemple pour organiser le système de l’étape, tout au long du XVIIème siècle. Le fait que les gouverneurs des villes fortifiées, dont l’office est créé en 1696, doivent prêter serment, non devant les consuls ou le gouverneur de la province, mais devant l’intendant, est particulièrement significatif.
En dernier lieu, l’évêque de Béziers a aussi son rôle dans l’organisation de la défense locale, en tant que comte et seigneur de la ville. Ce rôle a fortement décliné depuis le Moyen-âge, mais il s’est accru vers le milieu du XVIème siècle, alors que des évêques proches du pouvoir – Laurent de Strozzi, nommé en 1547, est cardinal et cousin de reine de France Catherine de Médicis – sont nommés pour garantir le loyalisme de Béziers, place forte stratégique dans une région où les protestants sont très puissants, puisque le cercle du Bas-Languedoc est après celui de la Saintonge, celui où la proportion de protestants dans la population est le plus important. Les prélats ont un rôle important dans les affaires temporelles en Languedoc, ainsi c’est l’archevêque de Narbonne qui préside les états de la province. A Béziers, l’évêque intervient dans ce domaine pour organiser la justice et la police dans les 7 bourgs qui relèvent de sa juridiction, pour soutenir le roi, comme en 1637 quand l’évêque Clément de Bonsi prend le parti du roi lors de la révolte de Montmorency, en 1632, et fait armer un régiment composé de 130 mousquetaires et de 70 piquiers pour participer à la défense de Leucate, assiégée par les Espagnols en 163729, ou encore quand l’évêque Armand Rotondy de Biscaras, fils d’un colonel d’infanterie proche du cardinal Richelieu, fait agrandir de son propre chef l’hôpital mage dans les années 167030, et participe pour un tiers au financement de la construction de la caserne, en 1695.
B) ceux qui agissent : soldats, miliciens et entrepreneurs de guerre
S’intéresser au soldat au XVIIème siècle, c’est s’intéresser à une évolution majeure : le déclin des mercenaires et l’essor de la milice provinciale, véritable précurseur du service national. C’est aussi l’essor d’une administration militaire qui amène une séparation plus nette entre le monde du militaire et le monde du civil. Les soldats, au début du XVIIème siècle, se comportent comme des soudards, vivent sur la population, amie ou ennemie. La souffrance de la population, la plainte des communautés amène le roi et ses représentants à chercher des solutions : ainsi le système de l’étape naît dans les années 1640, limite les déplacements des soldats aux suivis de route sur lesquels des lieux d’étapes définis permettent l’approvisionnement et le logement des troupes. Nous y reviendrons.

Sous le règne de Louis XIV, tout est fait pour encadrer le soldat plus rigoureusement : au delà du pas cadencé, introduit en 166831, du port de l’uniforme, du développement des corps de garde pour empêcher les soldats de sortir de la ville, des travaux faits aux remparts dans la même perspective, l’apparition du casernement va bouleverser la vie des soldats : leur vie devient réglée par un emploi du temps strict (4 heures d’exercice, 7 heures de sommeil), qui réduit les contacts avec la population, même s’il leur reste 10 heures pour se détendre à la caserne ou en ville. Ces soldats sont chargés occasionnellement de suppléer la milice bourgeoise pour occuper les corps de garde ou participer aux patrouilles. Ils sont aussi utiles à la société biterroise : utilisés pour les grands travaux, tels que la construction du canal ou l’entretien des murailles, ils participent à la lutte contre les crues. Béziers est aussi une forte zone de recrutement : parce que proche de la frontière tout d’abord, mais aussi car bon nombre d’officiers issus de la noblesse d’épée biterroise recrutent dans les environs pour des régiments tels que Vermandois, Fleury ou encore Penthièvre- Cavalerie32.
La milice, à Béziers, recouvre deux réalités : il existe d’abord une milice bourgeoise, dirigée par des officiers communaux et par des officiers de bourg. Ces officiers sont une véritable hiérarchie militaire parallèle. Leur mode de nomination est complexe : il dépend généralement du consulat, mais fait parfois l’objet d’une validation par le lieutenant du Roi33, et peut même être retouché par le roi, qui à plusieurs reprises nomme ses anciens gardes du corps au majorat de Béziers34. Le major est chargé d’assurer le maintien de l’ordre35 et le bon déroulement du passage des troupes. Dans d’autres villes, telles que Narbonne, les officiers de la milice sont désignés autrement : quarteniers, dizainiers, chef de la milice ou encore capitaine des portes36. A Béziers, le major est assisté par des majors et des sergents de bourgs qui sont souvent des meuniers, des boulangers, des artisans issus de la petite bourgeoisie, voire du peuple. Le major de la ville a surtout pour responsabilité la surveillance des portes : empêcher les soldats de sortir, les étrangers et les pauvres de rentrer. Cette fonction est négligée, car elle rapporte peu. Une délibération du conseil général datée du 10 décembre 1681 annonce que 3 livres par an sont versées à Monsieur de Saint-martin, major de la ville.

Tous les habitants taillables de la cité, c’est à dire ceux dont le compoix a une valeur égale ou supérieure à quatre livres, participent à cette milice. Elle joue un rôle important en cas d’urgence, si la ville est menacée, un guet est organisé sur la tour consulaire, tout comme des patrouilles nocturnes sur les chemins de ronde. Les sources sur l’existence d’une garnison à Béziers sont rares, du moins après la destruction de la citadelle en 1632. A titre de comparaison, en 1675, 128 soldats composent la garnison de la place forte voisine de Narbonne37. Une garde bourgeoise, constituée notamment d’hallebardiers, est issue de cette milice, elle a un rôle essentiellement honorifique, elle assure la sécurité des consuls et accueille les visiteurs importants, comme le duc de Berwick, de passage à Béziers en 170438.
Le même terme de milice recouvre les levées de civils menées ponctuellement ou continuellement à partir de 1688 pour suppléer les troupes régulières. Ce terme peut ainsi désigner les 4000 hommes levés dans la région de Béziers pour combattre les rebelles protestants du duc de Rohan en 1622, ou encore le régiment envoyé par Clément de Bonsi à Leucate en 1637, les 50 hommes demandés à la ville pour participer au siège de Perpignan39, en 1641, ou enfin la levée de l’arrière-ban en 1674, pour renforcer les effectifs de l’armée royale, engagée en Hollande, alors que les Espagnols ont déclenché une attaque sur le port de Collioure, en Roussillon40. La milice, qui devient permanente par une ordonnance de 1688, devient de plus en plus importante à l’échelle locale : c’est elle qui surveille les places de la frontière, c’est elle qu’on envoie mater les camisards au début du XVIIIème siècle, dans les Cévennes, et c’est aussi elle qu’on envoie repousser les anglais débarqués en 1710 à Sète.

Au-delà de la milice, si seuls les nobles et les soldats sont autorisés porter des armes, il n’en est pas de même dans la réalité : en 1635, au début de l’intervention française dans la guerre de trente ans, une ordonnance du gouverneur exige que des armes soient achetées par le consulat et distribuées aux habitants. Cette ordonnance crée d’ailleurs des problèmes : en 1644, une délibération consulaire du 27 octobre 1644 indique que trop d’habitants de Béziers sont armés, et un arrêt du conseil royal de 1668 interdit aux sujets du Roi, excepté aux nobles, de porter des armes41.
C) ceux qui subissent : le poids des impôts, des réquisitions et du logement des gens de guerre sur la population
La guerre, la présence des militaires et la défense de la ville sont une plaie pour la majorité de la population. Si les cabaretiers se réjouissent de la présence militaire, tout comme les entrepreneurs des grands travaux tels que le canal du midi, creusé de 1666 à 1681, et les entrepreneurs de guerre, qui assurent l’approvisionnement des armées, par le biais du système des étapes ou par l’équipement des casernes - tels les caserniers, qui reçoivent l’entretien des casernes pour 6 ans, et font des bénéfices en les négligeant - ce n’est pas le cas d’une reste de la population, qui souffre, plus ou moins, du fait que Béziers soit une ville fortifiée, un lieu d’étape, en un mot une ville militaire.

Le poids qui pèse sur la population est d’abord celui de l’impôt : la taille quintuple sous le règne de Louis XIV, tandis que le contrôleur des finances Colbert (1661-1683) fait le choix d’augmenter les aides indirectes (aides, gabelle, etc.), censées être de meilleur rapport. Enfin, en 1695, un nouveau impôt qui devait peser sur tous les sujets du roi est créé : la capitation. En 1702, la gabelle augmente, les français sont obligés d’en acheter une quantité minimum chaque année. en 1710, un autre impôt est créé : le dixième. Ces augmentations sont logiques : l’augmentation des effectifs de l’armée, la fréquence des guerres, le développement de l’administration ont amené une augmentation sensible des dépenses. Pour ne pas creuser le déficit, on doit augmenter les impôts.

Au-delà de cette situation nationale, les Biterrois doivent acquitter une taxe supplémentaire, la subvention42, taxe pesant sur les produits de consommation courante tels que la viande, le poisson et le vin, qui sert à financer le fonctionnement des infrastructures militaires, les corps de garde notamment. Cet impôt local a été accordé aux communautés par ordonnance royale, en 1638. Béziers, situé dans le pays d’Etat de Languedoc, souffre moins des impôts que les autres provinces : Les états collectent des impôts qui constituent d’un côté leur budget, de l’autre un « don gratuit » qu’ils remettent chaque année au roi. Le poids de l’impôt, de la milice et du logement des gens de guerre font monter la grogne dans la population. Ces plaintes sont relayées lors des séances des états, et la ville de Béziers obtient en 1681 70 000 livres de remise sur le don gratuit, et en 1684 100 000 livres de remise43.
L’autre poids qui pèse sur la population est celui des réquisitions : d’abord les réquisitions en nature : la guerre de la ligue d’Augsbourg (1688/1697), tout comme la guerre de succession d’Espagne (1701/1714) amène des combats en Italie. Pour traverser les Alpes, l’armée a besoin de mules, ceux-ci seront collectées dans le sud de la France. C’est ainsi que les délibérations consulaires font état de réquisitions de mules, dans les années 1690 et 171044. Après la défaite navale de la Hougue, en 1693, c’est le bois qu’on réquisitionne pour reconstruire la flotte française45. De plus, le système de l’étape amène des réquisitions fréquentes de voiture dans la ville. Enfin, les réquisitions en hommes s’organisent : au début du XVIIème siècle la population est confrontée à un racolage plus ou moins volontaire (moyens détournés des sergents recruteurs pour amener les jeunes gens à s’engager)46, activé surtout occasionnellement, comme par exemple en 1641, quand 50 hommes sont recrutés à Béziers pour participer au siège de Perpignan. A partir de 1688 et de la mise en place de la milice provinciale, la population participe régulièrement à l’effort de guerre : les paroisses doivent désigner des volontaires (les chefs de famille, tout comme d’autres privilégiés tels que les notables urbains sont exemptés) et les équiper. L’assemblée des chefs de famille choisissent souvent les mauvais sujets. Le recrutement par tirage au sort se généralisera progressivement. La milice est mal vue de la population. Près d’un cinquième des miliciens désertent en 1688 / 168947. A la fin du XVIIème siècle, on recrute encore des « remplaçants » issus de la Rouergue, des Causses ou du Haut-Languedoc.
Le dernier poids qui pèse sur la population est celui du logement des gens de guerre. Ce logement, d’abord, a subi des évolutions tout au long de la période étudiée : son organisation d’abord largement défaillante, , même si des commissaires des guerres existaient depuis la fin du règne de François Ier, débouche sur le système de l’étape, dans les années 1640, et amène à la fin du XVIIème l’encasernement des soldats. Ce processus permet d’une part de donner plus de rigueur au système, d’autre part de mieux encadrer les soldats et de réduire le poids de la présence militaire sur la population. Comme nous le verrons, il ne touche pas également toutes les catégories de la population.

Au début du XVIIème siècle, les soldats de passage à Béziers se logent comme ils peuvent, sans billet de logement. Les habitants se plaignent, voire se rebellent au début des années 1640, tout comme les communautés, qui demandent aux états du Languedoc de faire remonter leurs plaintes. Ces plaintes seront entendues : par des ordonnances de Sublet des Noyers de 1636 et 1640, un système, appelé « l’Etape », se met progressivement en place à l’échelle du royaume : on définit 4 lignes d’étape, appelées « brisées », qui traversent la France pour permettre le transfert des troupes, avec des « lieux d’étape », distants entre eux de 3 à 7 lieux, villes où les soldats sont hébergés le temps d’une nuit, avec obligation de présenter un billet de logement. Dans la province de Languedoc, un système d’étape spécifique, organisé par les Etats, est mise en place de 1638 à 1641, avec l’ordonnance royale du 22 avril 1638 qui permet au gouverneur, Charles de Schomberg, de l’établir, et avec le règlement qui ce dernier propose aux états le 26 septembre 164148. Les lieux d’étape permettent aussi aux régiments de prendre leurs quartiers d’hiver, en 1640, 1674 et 168549. Le logement des gens de guerre sert aussi de moyen de pression : ainsi on l’utilise pour convertir les protestants, de 1681 à 1685.

Le système de l’Etape est réglé ainsi : les logeurs doivent fournir aux soldats « l’ustensile » et le fourrage, c’est à dire le pot, la cuillère, la place au feu, le lit et sa garniture, la chandelle et le repas50. Le logeur est fourni par forfait, par soldat hébergé (2 sols pour un fantassin, 3 sols pour un carabin, 4 sols pour un chevau-léger), en nature ou en espèces, par le diocèse, qui se fait rembourser par les Etats de Languedoc ou par un entrepreneur qui a obtenu la fourniture de l’étape à ferme. Le gouvernement organise le contrôle du système, par le biais de commissaires à la conduite51. La présence des militaires à Béziers est constante : situé à la croisée des chemins d’étape d’Oupia (Carcassonne), Montpellier et Nébian ou Sigean (Perpignan), le diocèse de Béziers est le seul à être choisi à trois reprises au XVIIème siècle pour accueillir les troupes en quartier d’hiver. Des règlements successifs établissent qui héberge et qui n’héberge pas les soldats de passage, mais dans tous les cas, les consuls en sont exemptés. Le gouverneur de Languedoc, duc d’Halwin, décide en 1641 que seuls les sujets dont le compoix a une valeur égale ou supérieure à 4 livres, à l’intérieur des villes d’étape, seront soumis au logement des gens de guerre52. En 1645, une autre décision amène l’hébergement des gens de guerre par les habitants des faubourgs53, qui sera de courte durée car ces habitants, pauvres, ne sont pas en état de l’assurer. la liste des exemptions est arrêtée par ordonnance royale datée de 1653, concernant notamment les consuls, puis les officiers des bourgs, après 1678, et les greffiers, les régents et les maîtres d’école, à partir de 169554. Le bien-être de la population est aussi assuré par le règlement : demander plus, dégrader le logis ou s’attaquer aux habitants est puni de mort.

Par ailleurs, les logeurs de la ville hébergent deux fantassins, tandis que ceux des campagnes hébergent un cavalier. Dès 1663, l’évêque de Béziers réclame à l’Etat la construction d’une caserne pour soulager le peuple. Il n’obtient gain de cause qu’en 1693, quand le roi demande aux communautés d’assurer la construction de casernes. Le syndic général des Etats, M. Joubert55, indique dans sa lettre au subdélégué de l’Intendant à Béziers, Boussanelle qu’il espère que cette construction soulagera le peuple. Les soldats répugnent toutefois à se laisser enfermer, et le casernement ne se généralise partout en France qu’au début du XVIIIème siècle. Les officiers continuent à être hébergés par des notables. Ce système porte ses fruits, réduisant les conflits entre la société militaire et la société civile, mais les plaintes des habitants contre la présence militaire continuent : Dans les années 1710 on les retrouve encore dans 7% des délibérations consulaires56.

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