Rapport des sociétés à leur passé Etude de cas – L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en France





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date de publication19.10.2016
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Thème I – Le rapport des sociétés à leur passé

Etude de cas – L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en France

4-5 heures
Introduction

  • Définition des termes du titre : histoire et mémoire

Il ne faut pas confondre histoire et mémoire :

  • L’histoire se veut objective : l’historien s’efforce de croiser ses sources et de les critiquer afin de rester le plus neutre possible.

  • La mémoire est une représentation subjective du passé : elle rassemble des souvenirs qui peuvent être heureux, douloureux, partiels/oubliés, etc. Elle peut être individuelle ou collective. (déf. page 30)




  • Petit rappel : la France dans la Seconde Guerre Mondiale

Rappelons que la France a perdu contre l’Allemagne en juin 1940, défaite en six semaines après la Drôle de Guerre qui avait duré de septembre 1939 à mai 1940. Humiliée, elle est occupée pour moitié par l’Allemagne : toute la partie nord et le littoral atlantique (pour isoler la France du Royaume-Uni). Le sud est appelé « Zone Libre », dirigée par le maréchal Pétain, rappelé au pouvoir à 84 ans dès juin 1940 pour prendre la tête du pays. Il met fin à la Troisième République et établit l’Etat Français, un régime autoritaire qui collabore avec l’Allemagne nazie. En parallèle, le général De Gaulle organise la résistance depuis Londres (Appel du 18 Juin 1940) où il s’est exilé dès la défaite de la France.
Comment se construit, dès la Libération, une mémoire officielle de la Seconde Guerre Mondiale en France ? Comment ces mémoires se manifestent-elles depuis les années 1970 ?
I – Une mémoire officielle et sélective jusqu’aux années 1970

A – La mise en place du "résistancialisme"

1 – La mémoire gaulliste, à travers le discours Paris Libéré du Général de Gaulle, au soir du 25 août 1944 (doc. élèves)

Quelle image de la France donne De Gaulle dans ce discours ?

  • De Gaulle glorifie la France et la Résistance : 5 fois « Paris » ; 3 fois « libéré » ; 6 fois « France ». Toute la France a été résistante et unie dans la Seconde Guerre Mondiale, à l’entendre !

  • Il occulte le rôle des Alliés (Américains et Anglais notamment) dans la libération du pays : Paris a été libéré par ses habitants. Il occulte aussi Vichy et la profonde division de la France (entre collaborationnistes et résistants, entre Zone occupée et Zone libre).


2 - La mémoire communiste

Doc. 3 page 15, affiche du PCF pour les élections régionales d'octobre 1945

En quoi ce document montre-t-il le mythe d'une France résistante ?

L’affiche insiste sur la bravoure, sur l’héroïsme et le sacrifice de ces hommes, figurant une veuve avec sa fille, avec des croix évoquant des tombes militaires et le titre « Le Parti des Fusillés ». Mais l’affiche occulte le fait que l’URSS de Staline, dont dépend directement le PCF, avait signé le pacte de non agression germano-soviétique en 1939 (le pacte était valable dix ans, mais Hitler le rompt en envahissant l’URSS dès 1941).
Doc. 5 page 15 et extrait vidéo à partir de 40’, photo tirée du film de René Clément, La bataille du rail, 1946

En quoi ce document montre-t-il le mythe d'une France résistante ?

Les cheminots sont responsables de nombreux sabotages qui ont désorganisé l’occupant ennemi. Le film insiste leur lutte clandestine, efficace, au péril de leur vie. Le film dépeint les cheminots comme les héros de la Bataille du Rail (dont le titre est explicite). Mais le film occulte la participation des chemins de fer français à la déportation.
A la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, les communistes et les gaullistes instrumentalisent la mémoire en faisant le portrait d'une France entièrement résistante, en occultant la défaite, le régime de Vichy et la collaboration1. En effet, le but est des restaurer l’unité nationale de la France, son honneur et sa puissance. C'est le "mythe résistancialiste" (déf. page 18), formule élaborée par l'historien Henry Rousso pour désigner le mythe d’une Résistance unie dont les valeurs auraient été partagées par tous les Français durant la guerre.

Un lieu de mémoire commun aux Gaullistes et aux Communistes existe : c’est le Mémorial de la France Combattante situé au Mont-Valérien (banlieue ouest de Paris), inauguré le 18 juin 1960, qui abrite les dépouilles des héros gaullistes, dont Pierre Brossolette, et rappelle aussi le souvenir des fusillés du PCF, dont Gabriel Péri.
B – Ce que la mémoire officielle occulte

1 – La mémoire de Pétain : la thèse de Robert Aron dans son Histoire de Vichy, 1954 (doc. élèves)

La France de Vichy est loin d’être une glorieuse page de l’histoire de France : défaite, régime autoritaire, collaboration avec l’Allemagne nazie.

Certains cherchent donc à réhabiliter le régime de Pétain : c’est le cas de Robert Aron (journaliste, aux côtés de De Gaulle pendant la guerre, historien, membre de l’Académie française) dans son Histoire de Vichy, paru en 1954, qui restera une référence jusque dans les années 1970. Robert Aron s’appuie sur des propos que De Gaulle aurait dits en 1946 : la France avait deux cordes à son arc, la corde Pétain (le « bouclier ») et la corde De Gaulle (« l'épée »). De Gaulle n’a jamais formellement démenti ces dires : il commue même la peine de Pétain en détention à perpétuité (se démarque des excès de l’épuration, qu’il veut faire porter aux communistes). Ainsi, Robert Aron soutient la thèse du « bouclier et de l’épée » :

  • Pétain, le bouclier, aurait mené un « double jeu » vis-à-vis de l'occupant allemand : il aurait collaboré avec les Allemands en accord avec De Gaulle de façon à protéger les Français du pire et à préparer l’action gaulliste. Pétain n’aurait pas eu d’autre choix que de collaborer.

  • De Gaulle, l’épée, serait la Résistance dont le succès aurait été permis car Pétain avait préparé le terrain, au préalable, par sa politique de collaboration.

Robert Aron, pourtant historien, déforme donc la mémoire en cachant, ou en minimisant, la collaboration de Vichy afin d'apaiser les conflits qui restent encore vifs dans la population française.
2 – La mémoire des génocides

    • Le génocide des juifs, une mémoire familiale

Doc. 1 page 16, témoignage d’une fille de déportés, Rachel Jédinak

« Nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes ». Dans la société française d’après-guerre, les déportés « raciaux » ont du mal à se faire entendre : la déportation politique l’emporte sur la déportation raciale, et les camps d'extermination (comme Auschwitz) sont moins connus que les camps de concentration (comme Dachau ou Buchenwald) où avaient été déportés des résistants. En 1959, le Vélodrome d'Hiver est détruit sans soulever beaucoup d'émotion2.

Ainsi, jusque dans les années 1960, la mémoire juive du génocide est une mémoire familiale ; elle ne s'exprime pas sur la place publique. Les survivants, peu nombreux, ressentent une certaine culpabilité à avoir survécu.

    • Le génocide des Tziganes, une mémoire occultée

Le génocide des Tsiganes a fait 250.000 victimes (1/4 des Tziganes vivant en Europe). Mais ce génocide est, juste après la Guerre, oublié. En effet, les Tziganes, apatrides et nomades, vivent en marge des sociétés européennes : personne ne s’identifie à eux. En outre, ils ont surtout une tradition orale, ce qui rend difficile le comptage précis des victimes du génocide.
3 – Les soldats français de 1940

Ils n’ont pas l’aura des poilus de 1914 qui étaient victorieux. En effet, ils incarnent la débâcle de 1940 (qui a fait 2 millions de prisonniers). Pourtant, ils se sont battus héroïquement : 90 000 morts et 120 000 blessés dans les six semaines qu’il faudra à l’Allemagne pour vaincre la France.
4 – Les "malgrés-nous"

Les deux départements de l'Alsace et de la Moselle sont annexés à l'Allemagne nazie en juin 1940. En 1942, 130.000 « malgrés-nous », habitants de ces régions, sont enrôlés dans l'armée allemande et sont envoyés sur le front de l'Est et en France. Le 10 juin 1944, 13 d'entre eux participent au massacre de 644 villageois à Oradour-sur-Glane (doc. 3 page 25). Le procès de Bordeaux les condamne en 1953, mais l'Etat les amnistie3.

5 - Les travailleurs du STO

Les travailleurs du STO revendiquent le statut de « déporté du travail », comme les résistants ont le statut de « déportés politiques ». Ils sont en mal de reconnaissance, et leur revendications suscitent de vifs débats. En 2008, l’Etat leur accorde le titre de « Victime du travail forcé en Allemagne nazie », ce qui met fin, sans satisfaire totalement l’ensemble des travailleurs du STO, à soixante années de conflit mémoriel !
C – Le triomphe du résistancialisme après le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958

Doc. 4 page 15, discours d’André Malraux, transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, 19 déc. 1964

  • Présentons le document et le contexte

C’est un discours d'André Malraux, alors Ministre de la Culture du Général de Gaulle et écrivain engagé. Le contexte est le 20ème anniversaire de la Libération de la France et la fin des décolonisations sanglantes (la guerre d’Algérie est finie depuis à peine deux ans).

  • Qui était Jean Moulin ?

Chef de la Résistance intérieure et représentant de De Gaulle en France, il a permis aux divers mouvements résistants de s’unir (création du CNR en 1943). Il fait figure de héros car, capturé et torturé, il n’a pas parlé. Il rejoint les grands hommes déjà présents au Panthéon comme Victor Hugo ou Jean Jaurès.

  • Quel est l’enjeu de ce discours ?

André Malraux entretient ici le résistancialisme en glorifiant Jean Moulin, et à travers lui, De Gaulle. En effet, il veut renforcer le prestige du Président en faisant cet éloge de son ami mort sous la torture.
Ainsi, le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958 renforce la place centrale de la Résistance dans la mémoire nationale. Les discours, la littérature, le cinéma glorifient les résistants :

  • Création d'Astérix en 1959, qui résiste encore et toujours à l'envahisseur.

  • La Grande Vadrouille de Gérard Oury sort en 1966, avec Bourvil et Louis de Funès : le Français est résistant et l'Allemand idiot et toujours vaincu.

  • L'armée des ombres de Jean-Pierre Melville en 1969, offre une vision réaliste et sombre des mouvements de résistance.

  • En outre, de nombreux monuments sont érigés à la gloire des résistants (comme le Mont Valérien, dominé par une imposante croix de Lorraine, inauguré en 1960), des stations de métro sont rebaptisées pour rappeler le souvenir de Colonel Fabien, Guy Moquet, Gabriel Péri, etc.



II – Le réveil des mémoires dans les années 1970

A – La remise en cause du mythe résistancialiste après la mort de De Gaulle

1 – Le nouveau contexte politique des années 1970

Le contexte change :

  • Après Mai 1968, l’autorité du vieux Général, homme d’un autre temps, est largement critiquée par la jeunesse française née après la Guerre (pendant le « baby boom » des années 1945-50). En 1969, le Général démissionne, et il meurt en 1970 à l’âge de 80 ans.

  • En outre le PCF recule.

George Pompidou (1969-74) lui succède : il ne reprend pas le mythe résistancialiste. En 1971, il gracie le milicien Paul Touvier pour mettre fin à une période "où les Français ne s'aimaient pas" (doc. 5 page 13).

Son successeur Valéry Giscard d’Estaing (1974-81) supprime toute commémoration du 8 mai 1945 (qui n'était plus férié depuis 1959) au nom de l'amitié franco-allemande. Comme tous ses prédécesseurs, il fait fleurir tous les ans la tombe de Pétain.
2 – Les avancées historiographiques

Jusqu’aux années 1970, les Français travaillent peu sur le régime de Vichy. En effet, cette période dérange et reste tabou. Et beaucoup d’archives ne sont pas consultables (avec un minimum de 30 ans de prescription).

    • Le Chagrin et la Pitié, Marcel Ophuls, 1971 (doc. 4 page 13)

Ce film est un montage d'archives de 1940-1944 (films allemands, films de propagande de Vichy, interviews de personnes, etc.) montrant le quotidien dans la ville de Clermont Ferrand et sa région. Refusé au petit écran, il sort au cinéma en 1971 et ne sera diffusé à la télévision qu’en 1981. En effet, ce film remet en question le résistancialisme, ce qui va à l’encontre de la mémoire officielle.

Marcel Ophuls montre que tous les Français n'ont pas été résistants : il met en évidence que 90% des Français étaient attentistes (ni résistants, ni collaborateurs).

Ce film n’est pas le seul : Louis Malle réalise Lucien Lacombe (histoire d'un fils de paysan qui se met au service de la Gestapo) en 1974 et Claude Lanzmann réalise Shoah en 1985 (doc. 3 page 17). Le cinéma montre une image moins héroïque de la guerre.

    • La révolution paxtonienne (doc. élèves)

Robert Paxton est un historien américain qui publie La France de Vichy, 1940-44, en 1973. Robert Paxton a utilisé les archives allemandes de la Seconde Guerre Mondiale conservées aux Etats-Unis. Son travail a renouvelé la vision qu’on a de Vichy. En effet, il montre que le régime de Pétain, loin d’être le « bouclier de la France, a fait du zèle en collaborant de façon volontaire avec l’Allemagne nazie, notamment en ce qui concerne la déportation des Juifs. Il montre également la passivité des Français sous l'occupation. Paxton se détache du mythe résistancialiste : c'est la fin du mythe d'une France unie et résistante. Son travail change la mémoire collective des Français, qui adoptent une vision plus réaliste et s’éloignent du mythe gaullien.
B - La mémoire de la Shoah

1 - Avant les années 1960

100.000 juifs ont été déportés, dont 75.000 par le régime de Vichy. Seuls 2500 reviennent des camps. On assiste à l’affirmation d'une mémoire juive mais qui n’est pas diffusée en dehors de la communauté juive :

  • 1943, Isaac Scheersohn, juif français d'origine russe, crée un Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) à Grenoble pour regrouper les preuves de la persécution des Juifs,

  • 1946, La revue d'histoire de la Shoah est fondée et réunit les chercheurs du monde entier,

  • 1953, le mémorial du martyr juif inconnu est créé, qui deviendra en 2005 le Mémorial de la Shoah.


2 - Le tournant des années 1960

Doc. 1 page 20 et doc. vidéo

En quoi le procès Eichmann permet la libération de la mémoire juive?

Le tournant des années 1960 est lié au procès du nazi Adolf Eichmann (1961-1962). Adolf Eichmann est le grand responsable de la logistique de la solution finale (il organise les déportations des Juifs de toute l'Europe vers les camps d'extermination). Il se cache en Argentine jusqu’à son enlèvement par les Services Secrets israéliens en 1960. Ramené en Israël, il sera jugé et condamné à mort en 1962.

Ce procès créé l'émotion en Israël et dans le monde en mettant fin au « grand silence » (qui désigne le fait de ne pas parler de la Shoah, comme c’était le cas depuis la fin de la guerre). Ce procès attire pour la 1ère fois l'attention de l'opinion internationale sur la Shoah, pour deux raisons :

  • Adolf Eichmann est le seul nazi à avoir participé activement à son procès en prenant des notes et en réfutant les preuves avancées contre lui, contrairement aux autres dirigeants nazis jugés au procède de Nuremberg de 1946. Il a laissé des mémoires, rédigées pendant son incarcération.

  • Ce procès fait venir à la barre des témoins directs du génocide, permettant ainsi aux historiens de connaître de nombreux aspects du processus d'extermination des Juifs d'Europe : shoah par balles, camion à gaz, chambre à gaz, etc.


3 - La naissance du négationnisme

En parallèle de ce réveil de la mémoire de la Shoah, on assiste au développement des thèses négationnistes, qui nient donc l’existence de la Shoah. En 1978, dans L'Express, Louis Darquier de Pellepoix (ancien commissaire aux affaires juives sous le régime de Vichy, 1897-1980) affirme qu'à Auschwitz « on a gazé que des poux » ou en 1979, l’historien (agrégé de lettres) Robert Faurisson (né en 1929) parle des « prétendues chambres à gaz ».
C - La reconnaissance des responsabilités de la France

1 - Les grands procès des années 1980-90 (doc. 4 page 25)

Les années 1980-1990 voient la tenue de procès qui réveillent les mémoires et relancent une réflexion sur les notions de culpabilité et de responsabilité de la France.

Citons les grands procès :

  • En 1987, Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon et tortionnaire de Jean Moulin et pourchassé par les Klarsfeld4, est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

  • En 1994, Paul Touvier, ancien chef de la Milice lyonnaise (qui avait été gracié par Pompidou) est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'exécution de 7 otages juifs.

  • En 1997, Maurice Papon, ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde, est condamné à 10 ans de réclusion et à la privation de ses droits civiques pour avoir supervisé la déportation de 1 700 juifs. Ce procès, le dernier des grands procès des années 1980-1990, est un symbole car il est très tardif, ce qui montre les réticences de la France à revisiter son passé. En outre, il pose la question de la responsabilité de l'Etat français.

Ces procès font émerger un « devoir de mémoire », un devoir de transmission aux jeunes générations. L’historien Henry Rousso fait paraître deux livres : en 1987, Le syndrome de Vichy ; en 1994, Vichy, un passé qui ne passe pas. Il y parle du développement d'un sentiment de culpabilité au sein de la France qui a du mal à tourner la page de Vichy, un passé qui dérange.  
2 – Le rôle ambigu de Français Mitterrand

Depuis la Libération, l'Etat a toujours affirmé que la République n'avait rien à voir avec les crimes de Vichy. Mais dans les années 1980 est révélé le passé trouble du Président Mitterrand :

  • Admirateur du maréchal Pétain, il a travaillé pour l’administration de Vichy (au Commissariat de reclassement des prisonniers de guerre) pendant quelques mois avant d'entrer dans la Résistance.

  • En outre, il aurait freiné les procédures judiciaires contre son ami René Bousquet, ancien secrétaire général de la police de Vichy et un des organisateurs de la Rafle du Vel' d'Hiv' en 1942 (qui est finalement inculpé en 1991 mais assassiné en 1993 à 84 ans).

Afin de faire oublier ce passé douteux, François Mitterrand fait plusieurs choses :

  • Il rétablit la commémoration du 8 mai.

  • Il est le premier président à assister le 16 juillet 1992 à la commémoration de la Rafle du Vel' d'Hiv', même s’il refuse de reconnaître la responsabilité de l'Etat français.

  • Il créé une journée nationale, le 16 juillet, à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises durant la France de Vichy.


3 - En 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’Etat français

Doc. 4 page 17. Ce discours est une étape majeure dans la mémoire de l’Occupation : pour la première fois, Jacques Chirac reconnait officiellement la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des Juifs de France. En effet, pendant plus de 50 ans, l'Etat a refusé de reconnaitre sa responsabilité dans l'organisation de la rafle, au motif de la contrainte allemande. Chirac ici parle des « fautes commises par l'Etat », fautes commises par l'administration française sous Vichy. Cela officialise la thèse de la collaboration active et autonome de l’Etat français déjà démontrée par Robert Paxton dans les années 1970.
III - L'historien devant les enjeux mémoriels (1990 à nos jours)
A force de reconnaître ses responsabilités et de s’estimer coupable de la politique du régime de Vichy, on en arrive parfois à ce que les historiens eux-mêmes qualifient d’excès. Donnons deux exemples :

  • En 1990, la loi Gayssot (déf. page 24) punit toute contestation des crimes contre l'humanité commise par un groupe de personnes ou un individu. En vertu de cette loi, les négationnistes ne peuvent plus contester les chambres à gaz.

Mais de nombreux historiens (comme Max Gallo) s'inquiètent et estiment que cette loi porte atteinte à la liberté de travail des historiens. Pour eux, il n'est pas acceptable que l'Etat dicte l'histoire correcte, celle qui doit être enseignée. Le travail de l'historien n'est pas de rédiger les mémoires mais de les confronter. La transmission de la mémoire suscite de l'émotion tandis que la recherche historique privilégie la démarche scientifique. Les historiens ne sont pas des policiers ni des juges.

  • En 2007, Nicolas Sarkozy décide de faire lire, dans tous les lycées français, chaque 22 octobre, la lettre d’adieu de Guy Môquet. Ce résistant français, militant communiste, fut fusillé à l’âge de 17 ans le 22 octobre 1941 et a écrit, la veille de sa mort, une lettre déchirante à ses parents.

Cette décision suscite la vive opposition des historiens (comme des milieux éducatifs) car leur rôle est de comprendre et d'expliquer les faits, et non de commémorer le passé et de diffuser le patriotisme. En outre, Guy Môquet est mort en raison de ses activités politiques au sein du PCF et non pour des faits de résistance.
Conclusion

Rappel chronologique :

  • Immédiat après-guerre : le résistancialisme a pour but de panser les blessures d’un pays bouleversé. On occulte les responsabilités françaises dans la défaite et dans la guerre. De Gaulle véhicule l’image d’une France unie et résistance (alors que les résistants n’ont représenté que 140.000 personnes sur les 40 millions de français à l’époque)

  • Tournant des années 1970 : l’histoire participe à l'évolution des mémoires par sa recherche de la vérité, en reconnaissant la France coupable. Cela aboutit par la reconnaissance officielle de la culpabilité française par le président Chirac en 1995.

  • Dérives mémorielles depuis les années 1990 : confusion entre histoire, neutre, scientifique, objective, et mémoire collective. La mémoire officielle, dictée par l’Etat, cherche à faire accepter une certaine vision de l’histoire.

1 De Gaulle mène une rapide épuration et fait condamner les principaux acteurs de la collaboration (Pétain et Laval), sans faire de vagues.

2 La rafle du Vel’ d’Hiv se produit à Paris, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1942 : à quatre heures du matin, 9000 policiers français pénètrent en pleine nuit chez les Juifs en plein sommeil, et les conduisent au Vélodrome d’Hiver dans le XVème arrondissement. Ils sont ensuite transférés au camp de Drancy d’où partent les trains de déportation. C’est la « rafle du Vel’ d’Hiv » : 12.884 hommes, femmes et enfants sont arrêtés cette nuit-là, dont 4000 enfants. En tout, 100.000 Juifs français seront déportés, dont 75.000 par le régime de Vichy. Seuls 2500 reviendront.

3 L’amnistie est un acte législatif qui arrête les poursuites et supprime les condamnations.

4 Le réveil mémoriel des procès encourage la traque des criminels de guerre, notamment par Beate et Serge Klarsfeld (nés en 1939 et 1936). Ce fils de déportés crée avec sa femme Béate, dès 1972, l'Association des filles et fils de déportés juifs de France. Celle-ci mène des enquêtes afin d'établir la liste des victimes et rechercher les coupables.


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