Histoire d’une famille et d’une chanson





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Retenons ces deux dates, elles font partie de l'histoire de la famille Dagobert, car cette exécution militaire du 10 juin 1574, François Gilles Dagobert en avait entendu parler par ses parents, à Vitré, et celle du 10 juin 1944, j'en verrai les auteurs lorsque la division SS "Das Reich" montera sur la Normandie, venant du Languedoc, en passant par Limoges. Cette division dont un détachement détruisit Oradour et massacra ses habitants comme les troupes catholiques avaient détruit Saint-Lô et massacré les protestants quatre siècles avant.
Ainsi, et malgré les invocations des chefs de l'Armée Catholique et Royale, la Providence n'avait pas permis la réalisation de ce funeste projet. François-Gilles Dagobert survivra à la Révolution alors que son cousin normand trouvera la mort là-bas en Espagne après s'être livré, avec ses soldats à une exécution militaire contre un village de Cerdagne, Montella, refuge de terroristes.
Pareillement, Cathelineau, le Saint de la Vendée s'écroulera mortellement blessé par le coup de feu d'un ouvrier cordonnier embusqué à la fenêtre d'une maison de la place des Agriculteurs, maintenant la place Viarme à Nantes. Démoralisée, la colonne de Cathelineau battit en retraite vers le nord tandis que l'armée de Charette arrêtée devant la Loire se repliait sur le Pays de Retz. A Nantes, se fut la joie, l'enthousiasme :
Le siège de Nantes, dira Turreau, est peut être l'événement le plus important de notre Révolution. Peut - être les destinées de la République étaient-elles attachées à la résistance de cette ville. Tout ce qui avait précédé cette mémorable journée semblait garantir le succès du parti royaliste.
Turreau était un ami du général Dagobert qu'il sauvera de la guillotine. Mais, il ne savait pas que parmi les défenseurs de Nantes il y avait un autre Dagobert. Qui pouvait le savoir, d'ailleurs ? La chanson du roi Dagobert était encore inconnue par la majorité de la population et, autant le général Dagobert connaîtra la gloire et les honneurs avant de disparaître, autant mon aïeul, obscur sans grade dans la garde nationale, restera inconnu ainsi que ses descendants. Et, si leur nom n'avait pas été celui d'un roi mérovingien de curieuse réputation, qui, maintenant aurait parlé d'eux ?
Il y a longtemps que le tombeau de François-Gilles Dagobert n'existe plus dans le petit cimetière de Joué-sur-Erdre où il reposait depuis 1833. Le général Dagobert repose à Perpignan au cimetière Saint-Martin, avec Dugommier, sous un tombeau en forme de pyramide ; mais, il ne reste que les descendants de François-Gilles dont les aïeux quittèrent la Normandie au temps des guerres de religions.
Ainsi, l'histoire de cette famille a pu être retrouvée par ses "Cousins de l'An II" restés ignorés, malgré un nom dont la célébrité n'est reconnue que par une chanson enfantine.
Chapitre deux


LES COUSINS DE L'AN II

_________
O Soldats de l'An II ! O guerres ! épopées !

(Victor Hugo)


Je m'en souvenais de ces vers du vieux poète républicain, pourfendeur de l'arbitraire qui fustigea Napoléon le Petit, le tyran bonapartiste qu'il appelait par dérision, Badinguet …
Ce fut aussi le meilleur chantre de tous ceux qui, célèbres ou inconnus, luttèrent en ces temps héroïques pour faire triompher Liberté et Droits de l'homme.
Pourtant, les sacrifices de ceux que l'on a appelé les "Grands Ancêtres" n'ont pas toujours été compris ; même à présent trop de français sont intolérants, aveuglés par des croyances d'un autre âge, par idéologie, ce qui les amène au sectarisme, au racisme. Certes, il existe aussi un sectarisme et un racisme à rebours et cette intolérance se manifeste par des abus de langage que leur donne précisément cette liberté d'expression qu'ils refuseraient à leurs adversaires si elle n'avait pas été conquise voici deux siècles.
Ainsi, dans le Pays Nantais par un amalgame dont ils ont le secret, de pseudos-historiens, plus ou moins manipulés, parlent de "génocide" à propos de cette affreuse guerre civile qui secoua la Vendée, guerre allumée par des irresponsables dressés contre une République qui voulait affranchir le peuple d'une insupportable tyrannie !
C'est bien mal connaître l'Histoire et surtout bien mal la relater car si des innocentes victimes ont payé de leur vie des erreurs de jugements que des siècles d'obscurantisme et de fanatisme religieux avaient imposé à leurs esprits, d'autres victimes, non moins respectables, devaient aussi sacrifier soit leur vie de famille, soit leur existence, pour faire triompher les droits les plus naturels des Hommes.
C'est encore Victor Hugo qui a su le mieux exprimer l'enchaînement implacable des événements tragiques mis en marche par l'Histoire :
D'ailleurs, né d'un régime ou dominait l'effroi

Ton éducation sur ta tête affranchie

Pesait, et malgré toi, fils de la Monarchie

Nourri d'enseignements et d'exemples mauvais

Comme elle, tu versas le sang, tu ne savais

Que ce qu'elle t'avais appris : le mal, la peine,

La loi de mort, mêlée avec la loi de haine,

Et jetant bas tyrans, parlements, rois, capets

Tu te levais contre eux et comme eux tu frappais

En 1942, à Pâques, ces vers me revinrent en mémoire lors d'un voyage à Paris avec mon père lorsqu'il me fit visiter la capitale pour la première fois de mon existence.
Il était descendu dans un hôtel rue Servandoni, près du Luxembourg, à deux pas de Saint-Sulpice et comme il devait participer à des réunions au siège de sa Société, il m'avait laissé seul, la première journée, avec un plan de Paris, de l'argent, des conseils pour prendre le métro et l'adresse du siège social de sa Maison. Je ne risquais donc pas grand chose d'autant plus que la circulation était pratiquement nulle en cette période d'occupation allemande, quelques mois avant la tristement célèbre rafle des Juifs du 18 juillet de la même année.
Mon père m'avait conseillé de visiter Saint-Sulpice, tout près, et qui était selon lui très intéressante. C'est ce que je fis. Mais, j'avoue n'avoir pas compris les explications de mon père à propos des particularités de cette église qui ne m'intéressa pas outre mesure hormis la façade de style jésuite, un peu comme Sainte-Croix à Nantes, m'avait-il pourtant précisé brièvement. C'était un homme qui parlait peu et il fallait toujours essayer de traduire sa pensée au travers des mots qu'il employait. Ce n'est donc que beaucoup plus tard que j'ai fait certains rapprochements entre les propos de mon père et l'histoire de cette basilique.
Le lendemain, à ma plus grande joie, mon père me consacra toute sa journée et nous visitâmes bon nombre de monuments dont la Tour Eiffel cela va sans dire et l'Arc de Triomphe de l'Etoile.
Il n'était pas question à cette triste époque de la guerre d'aller au centre de la place voir la dalle du soldat inconnu ou visiter le monument. Celui-ci était entouré de barbelés et des sentinelles montaient la garde.
Aussi, je contemplais le monument sur le trottoir en haut des Champs-Elysées.
C'est Napoléon, me dit mon père, qui a ordonné la construction de cet édifice à la gloire des armées de la Révolution et de l'Empire. Toutes les grandes victoires sont inscrites ainsi que les noms des généraux et des maréchaux. Notre nom, Dagobert, y est inscrit.
Je me tournais incrédule vers lui et lui demandais quelques explications sur ce qu'il venait de m'apprendre et que je ne pouvais pas vérifier :
Oui, me répondit-il, le général Dagobert a vécu au temps de la Révolution, en même temps que notre aïeul François-Gilles et je crois que notre famille fut autrefois apparentée avec la sienne, bien qu'il était de petite noblesse et ajoutait un nom à particule à son patronyme : de Fontenille. Il faudrait pouvoir faire des recherches pour retrouver notre lien de parenté exact.
- Mais, lui dis-je, comment as-tu connu l'existence de ce personnage dont les livres d'histoire ne parlent même pas ?
- Tout simplement, lorsque je fus secrétaire au Cabinet du Ministre de la Guerre à Paris, durant près d'un an, du 18 mai 1920 au 21 mars 1921. En apprenant mon nom, le chef de service m'avais posé la question de savoir si j'étais de la même famille que ce général et, ne pouvant lui répondre affirmativement, il avait fait rechercher le dossier de celui-ci aux archives du ministère. C'est ainsi que j'avais appris qu'il s'appelait Luc Siméon Auguste Dagobert, dit de Fontenille et qu'il était né en Normandie près de Saint-Lô. C'est d'autant plus curieux que durant notre séjour à Rouen et à Cherbourg avec ta mère, au début de notre mariage, personne ne nous a parlé de cette célébrité qui paraît bien oubliée maintenant.
J'avais été frappé par cette révélation de mon père à double titre : d'abord de savoir qu'il s'en était fallu de peu que je sois natif de Cherbourg plutôt que d'Aurillac où je suis venu au monde après l'emménagement de mes parents dans cette dernière ville ; aussi, d'apprendre que la famille Dagobert était autrefois de petite noblesse ce qui ne l'avait pas empêché de faire la Révolution. Je comprenais donc mieux pourquoi François-Gilles Dagobert faisait inscrire son nom avec une apostrophe, ce que l'on pouvait lire sur les papiers le concernant que nous avions retrouvés : ceux des Fermes Générales lorsqu'il y entra en 1777 puis sur son acte de mariage à Joué-sur-Erdre en 1807 où l'on peut constater que son nom est écrit D'agobert. C'était donc un indice qui permettait de penser que lui-même connaissait fort bien les origines de sa famille, de petite noblesse.
Je m'étais donc bien promis en ce jour de printemps 1942 de compléter ces recherches après la guerre. Mais le temps passa, d'autres soucis m'absorbèrent et j'oubliais ce général révolutionnaire dont j'avais cependant lu la biographie sommaire dans le Larousse familial.
L'année qui suivit la fin de la guerre en 1946, je retournais à Paris avec mon père et ne manquais pas cette fois de contempler enfin mon nom de famille sur le pilier Ouest de l'Arc de Triomphe. Non sans fierté d'ailleurs, car je pensais à mon vieux poète, Victor Hugo qui n'avait pas connu cette satisfaction de vanité un peu puérile et l'avait exprimée en vers peu après l'inauguration du monument en 1836.
L'on sait combien Victor Hugo avait, lui aussi, d'admiration pour son père, ce héros au sourire si doux, et l'on sait aussi que ce dernier fut général d'Empire et fit la guerre d'Espagne. Aussi, devant ce monceau de pierres assis sur un monceau de gloire, en ne voyant pas son nom gravé sous les petites voûtes, il s'écria avec emphase :
- Je ne regrette rien, devant ton mur sublime, que Phidias absent et mon père oublié !
On ne sait, toutefois, si le poète fut aussi magnanime envers l'ingrat sculpteur que son père le fut pour l'Espagnol qui avait tenté de le tuer :
- Donne lui tout de même à boire … avait-il dit sans rancune à son aide de camp !
Ainsi, de ces temps héroïques qu'avaient vécu nos Grands Ancêtres, je ne pouvais faire mieux que d'en connaître l'histoire et de la relater. Il m'a fallu près de cinquante ans pour le faire … Mieux vaut tard que jamais !
Donc, parmi les obscurs participants (gens sans importance, dira Marcel Jullian) de ces luttes pour jeter à bas l'Ancien Régime se trouvaient ces deux cousins descendants d'une très vieille famille venant du temps obscur des Mérovingiens.
C'est par une belle journée de printemps en Bretagne, que saura si bien décrire Chateaubriand, le 26 mai 1753, que naquit à Vitré, François-Gilles Dagobert dont la famille d'origine normande était venue s'installer dans cette ville aux alentours de la Saint-Barthélémy, en 1572.

Déjà, les aïeux de François-Gilles avaient à cette première révolution que fut la Réforme embrassé le protestantisme. Victimes des guerres de religions certains avaient quitté leur village natal près de Saint-Lô pour se réfugier à Vitré tandis que d'autres restaient en Normandie et résistaient tant bien que mal à l'intolérance des catholiques.
Mais, pas plus à Vitré, bien que refuge de nombreux protestants, qu'à Saint-Lô, les Calvinistes ne purent mieux résister aux formidables pressions de la Contre-Réforme, puis de la Révocation de l'Edit de Nantes. Bien plus tard en 1763, à la suite du désastreux traité de Paris une véritable crise révolutionnaire s'instaura dans le Royaume, crise à laquelle les habitants de Vitré n'échappèrent point.
Cette crise fut aggravée par la disette et les maladies ; elle s'accrut encore en 1770 et la misère frappa durement toutes les classes sociales surtout les artisans et petits bourgeois n'épargnant une fois de plus que le Haut Clergé et la Noblesse, privilégiés de l'Ancien Régime.
Le grand-père de François-Gilles se maria à Fougères. Il était alors artisan - couvreur "en ardoises" et avait fait partie d'une société compagnonique, probablement celle des Devoirants, ainsi que la plupart des apprentis et artisans de l'époque qui continuaient les traditions de la franc-maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales dans les associations corporatives.
Pourtant, devant la crise qui persistait, il se décida à changer de métier et s'engagea dans les Fermes Générales en 1777 où il débuta comme employé à la Direction de Laval sachant lire et écrire, fort bien d'ailleurs. Au bout de sept ans, il sollicita et obtint un changement pour Nantes. Pourquoi ce choix ? Il est probable que le prestige de cette grande ville fut déterminant dans sa décision. Quoiqu'il en soit, il rentra dans "l'emploi par première commission au poste de Chézine à la direction de Nantes", le 13 septembre 1784.
Le bureau de Chézine était un bureau sédentaire de traite avec "loyer de corps de garde, bois et chandelle", lequel se trouvait situé vers l'actuelle rue Mazagran dans un immeuble qui fut détruit par les bombardements, en 1943.
On peut facilement imaginer l'émerveillement de notre Vitréen en prenant son poste à cette grande époque où le port de Nantes était, par son trafic, le premier du Royaume. Regardons les gravures d'Ozanne pour découvrir le quai de la fosse, l'île Feydau, les majestueux voiliers, l'activité fébrile du port et aussi les magnifiques hôtels que venaient de faire construire négociants, armateurs et … négriers !
Oui, vraiment, François-Gilles dut apprécier la chance qu'il avait de découvrir une aussi belle ville, la Venise de l'Ouest, dira-t-on plus tard.
Car, en effet, les nombreux bras de la Loire, l'Erdre, la Sèvre, formaient un site comparable qui fut malheureusement gâché par les comblements du XXe siècle.
Mais la direction des Fermes ne laissait guère de loisirs à ses employés et surtout avait pour règle de ne pas laisser trop longtemps ceux-ci aux mêmes postes. Aussi, l'année suivante en 1785, François-Gilles fut nommé au poste de Pirmil à l'autre bout de la ligne des ponts franchissant les nombreux bras de la Loire. C'était alors, la seule voie d'accès vers le Sud, vers le Pays de Retz.
Mystérieux Pays de Retz ! Imaginons ce que pouvait représenter pour un citadin comme François-Gilles, ce pays du bout du monde quasiment inaccessible, au bocage impénétrable d'où était née la légende Barbe-bleue en la personne du satanique Gilles de Retz. L'ancien compagnon de Jeanne d'Arc fut brûlé en place du Bouffay pour avoir commis de si horribles forfaits que les braves gens se signaient encore en les évoquant, craignant de voir surgir le Démon !
Seule la frange littorale de la Loire de Rezé à Saint-Brévin et celle bordant la mer jusqu'à la baie de Bourgneuf étaient plus ouvertes aux idées nouvelles qui se faisaient jour surtout à Nantes, la grande ville. Leurs habitants pouvaient voir les grands voiliers revenir des Isles ou des Amériques ; ils pouvaient discuter avec les capitaines et les matelots. Des colonies de marins anglais et hollandais s'étaient installées à Trentemoult (North-House) et près de Paimboeuf (Berg op zoom) sur les berges de la Loire.
Enfin, des armateurs et négociants nantais, fortune faite, n'hésitaient plus à se hasarder de l'autre côté des ponts et venaient construire des résidences, des "folies" sur les bords du fleuve entre Rezé et Saint Jean de Boiseau, tel le Château d'Aux.
Mais, la vieille société monarchique craquait de toute part et la nécessité des réformes se faisait de plus en plus pressante.
C'est dans ce contexte pré-révolutionnaire que François-Gilles fit la connaissance du Pays de Retz au gré des nominations dans les bureaux de traite et de tabac jalonnant la Loire de Nantes à l'océan. Après Pirmil, ce fut Trentemoult puis Port Lavigne, Saint Jean de Boiseau en 1786 et Saint Père en Retz, en 1789 au début de la Révolution.
La vie d'un employé des Fermes n'était donc pas de tout repos et ne favorisait guère la vie de famille, mais François-Gilles, à 36 ans n'ayant toujours pas d'enfant avec sa femme, se trouvait beaucoup plus disponible que la plupart de ses collègues pour accepter sans rechigner les changements de postes imposés par la direction.
Cependant, lasse de cette vie errante, la pauvre Madeleine, toujours seule, se fixa définitivement à Saint Jean de Boiseau et vivra désormais séparée de son mari.
La Révolution avait donc éclaté bouleversant la société non sans heurter les esprits simples des "Paydrets" soumis depuis des siècles à leurs seigneurs et au clergé catholique. Les Fermes Générales étaient devenues les Douanes Nationales et dans ce domaine, la Révolution avait conservé l'acquit et les structures de cette administration ce qui ne changeait rien pour les habitants qui continuaient à regarder "les gabelous" d'un mauvais œil sans toutefois créer de troubles graves.
Pourtant en 1792, les lois concernant le Clergé, la déclaration de la Patrie en danger, l'instauration de la Première République et la levée des volontaires mirent le feu aux poudres dans le Pays de Retz mais rien ne laissait prévoir la tourmente qui allait s'abattre sur tout l'Ouest en mars 1793.
Pour la seconde fois depuis le début de sa carrière, François-Gilles allait franchir la Loire en sens inverse à l'estuaire de Mindin, à la fin de 1789 pour prendre poste à Saint-Nazaire qui était alors une bourgade de pêcheurs faisant partie de l'inspection des douanes de Paimboeuf.

Le 17 février 1793, après l'exécution de Louis XVI, il prêta serment de fidélité à la République avec tous ses collègues :
Disons anathème aux Rois et au tirans, anathème aux dictateurs, triumvirs, aux faux défenseurs, aux protecteurs du peuple, anathème à tous ceux qui sous le titre de chef, de général, de stalhouder, prince ou quelqu'autres titres que ce soient, voudraient usurper une supériorité sur leurs concitoyens et nous jurons de les poursuivre jusqu'à la mort".
Nous jurons de défendre jusqu'au dernier soupir la liberté, l'égalité, la souveraineté du peuple dans toute son intégrité, l'unité et l'indivisibilité de la République, la sûreté des personnes et des propriétés et de dénoncer comme ennemis publics tous ceux qui tiendraient une conduite opposée à ces principes que nous avons juré de maintenir.
Déjà, le district de Guérande avait affecté les douaniers à la garde des batteries côtières :
Le Directoire, ouï le Procureur-Sindic, considérant qu'il serait dangereux de laisser les batteries de ces côtes sans gardes dans une circonstance où nous venons de déclarer la guerre au roi d'Angleterre et dont le voisinage exige une surveillance continuelle.
Considérant, en outre, que les ennemis du dedans qui ne sont pas moins à craindre que ceux du dehors ne manqueraient pas de profiter de cette occasion pour nous rendre au moins inutiles les canons placés à tant de frais et destinés pour la défense de nos côtes.
Arrêté, que le citoyen Saint, actuellement à Saint Nazaire sera autorisé a requérir pour la garde des batteries désignées dans sa lettre, le nombre d'employés des Douanes qu'il croira nécessaire pour le service des canons et que pour cet effet, il emploiera tous les moyens qui lui paraîtront les plus convenables et les moins dispendieux.
Le 11 mars 1793, les ennemis du dedans, ceux du Pays de Retz, se soulevèrent contre la République qui venait de décréter la levée en masse pour lutter contre les ennemis du dehors qui étaient non seulement les Anglais, les Prussiens, les Autrichiens mais aussi les Espagnols auxquels on venait de déclarer la guerre, le 7 mars.
Malgré les précautions prises, les Royalistes s'emparèrent de la presqu'ile guérandaise et d'une batterie de canons qui menaça la frégate "la Capricieuse" commandée par Savary. Celui-ci débarqua à Saint-Nazaire avec ses hommes, en chassa les rebelles tandis que Beysser les chassait de Guérande mettant ainsi fin rapidement au soulèvement du pays guérandais et de la Brière.
Le 31 mars, les Douanes étant désorganisées par la guerre, les employés furent en totalité intégrés à la garde nationale dont une grande partie fut envoyée en renfort à Nantes, menacée par l'Armée Catholique et Royale commandée par Cathelineau au Nord et Charette au Sud.
Dans le même temps, un bataillon de volontaires nantais recrutés en 1792quittait ses cantonnements de Carcassonne à destination du Roussillon pour renforcer l'armée des Pyrénées Orientales. La plus grande partie du 2ème bataillon fut affectée à la défense du fort de Bellegarde au col du Perthus ; une autre partie, sous les ordres de l'adjudant général Anne Mellinet (père du général) stationnera à Arles-sur-Tech.
L'armée des Pyrénées Orientales commandée par le général Barbantane, de l'aveu des représentants du peuple, était presque nulle composée de milices locales et de volontaires du Midi "ramas de gens impropres à tout service militaire". Seuls, les volontaires nantais du 2ème bataillon parmi lesquels se trouvaient d'ailleurs de nombreux jeunes gens du Pays de Retz, faisaient figures de vrais soldats, animés d'un patriotisme sincère qui les avait incité à s'engager sans hésitation pour défendre la République loin de leur pays natal au contraire de la plupart des "Paydrets", réfractaires à tout service militaire même au temps des milices royales.
Le 17 avril 1793, le général espagnol Don Antonio Ricardos commença les opérations de guerre en s'emparant de Saint-Laurent-de-Cerdans. Puis, il assiégea Bellegarde et fit faire une route pour relier le col du Perthus à Céret devenu son poste principal et sa place d'armes. Heureuse lenteur !
Devant le danger d'invasion, les autorités du département des Pyrénées Orientales écrivirent au général de l'armée d'Italie, Biron, duc de Lauzun sous l'Ancien Régime.
Vous accoutumez vos généraux à vaincre, envoyer nous en deux ou trois, les soldats que nous avons à leur donner sauront comme les vôtres les suivre à la victoire.
Brunet, qui remplaçait Biron, envoya le général de brigade Dagobert et quelques autres officiers :
Tous ces officiers, écrivait Brunet, sont à même par leur civisme, par leur zèle et leur intelligence, d'organiser l'Armée des Pyrénées Orientales et de l'opposer avec succès aux ennemis de la République".
Luc-Siméon-Auguste Dagobert, né en 1736 à la Chapelle-Enjuger près de Saint-Lô, était le descendant de cette vieille famille normande et protestante dispersée au XVIe siècle dont était également issu François-Gilles Dagobert de Vitré, le douanier devenu garde national à Nantes. Ils étaient donc cousins.
Après avoir marché jour et nuit pour se rendre d'Italie à son nouveau poste, notre général Dagobert arriva le 11 mai 1793 à Perpignan et déposa l'ordre de mission sur le bureau du Conseil du Département.
Il exposa son plan d'opération avec d'autant plus de facilité qu'il connaissait fort bien la région ayant épousé une descendante des seigneurs cathares, Jacquette Pailhoux de Cascastel qui était, on l'a vu dans le chapitre précédent, cousine de Jean-Baptiste de Canclaux, le fougueux défenseur de Nantes lors de l'attaque de l'Armée Catholique et Royale, en juin 1793, soit un mois après la nomination de Dagobert à la tête de l'Armée des Pyrénées Orientales. Son projet était le suivant : s'établir dans les Aspres auprès du Canigou et, de là, secourir les forteresses bloquées comme Bellegarde défendue par les Nantais du 2ème bataillon, menacer le Col du Perthuis, inquiéter l'ennemi sur ses arrières par des manœuvres de "commando", le combattre sur un terrain accidenté où sa lourde artillerie ne briserait pas, comme en plaine, la fougue indisciplinée des français. Enfin, réduire à l'impuissance sa cavalerie et paralyser son infanterie par l'action de colonnes mobiles qui porteraient le fer et le feu au-delà des monts, en Cerdagne espagnole, même ce qu'il fera l'année suivante nous le verrons.
Mais, ce plan ne fut pas du goût des représentants qui estimaient qu'il fallait lutter dans la plaine en avant de Perpignan et à l'abri des remparts de la ville!
Dans l'impossibilité de mettre ce plan à exécution par la mauvaise volonté de deux représentants, Fabre et Gaston, les premiers combats tournèrent à l'avantage des Espagnols et seuls les volontaires nantais résistèrent au siège du fort de Bellegarde qui ne tomba que le 25 juin 1793. Le malheureux bataillon fut interné en Espagne dans divers camps et avec des conditions de vie épouvantables. Décimé par les combats et la captivité, il ne revint à Nantes que le 10 janvier 1795, une fois l'Espagne vaincue.
Après la reddition de Bellegarde, une division espagnole s'établit au Col de la Perche et après la prise de Villefranche, une autre division reçut de Ricardos l'ordre de marcher sur la forteresse de Montlouis par le village d'Olette. Les représentants, ayant enfin compris leur bévue en contrariant les projets du général Dagobert, l'avaient envoyé défendre la citadelle de Montlouis avec l'appui du conventionnel Cassanyès arrivé le 6 août dans la forteresse. Dès le 23 août, le général avait achevé de prendre toutes les dispositions qui devaient arrêter les Espagnols.
Ce plan d'attaque nécessitait la sortie des troupes à l'abri du fort et il fut mis à exécution dans la nuit du 27 au 28 août. Les Espagnols attaqués au Col de la Perche, à 5 heures du matin, fuyaient à 8 heures en laissant aux mains des Français huit canons, quantité d'armes et de munitions, soixante prisonniers dont quinze officiers. Ils avaient, en outre, deux cent cinquante morts et un grand nombre de blessés.
Le 29 août au matin, les Français assiégeaient Puycerda où ils entrèrent le 3 septembre. Le général comptait y passer la nuit lorsqu'un messager vint lui apporter la nouvelle que les Espagnols du Camp d'Olette se dirigeaient avec un train d'artillerie considérable sur Montlouis.
Aussitôt, le général Dagobert reprit la route avec les meilleures troupes de sa petite armée et le 4 septembre, à 4 heures du matin, 1600 français fondirent sur le camp d'Olette. Jamais surprise ne fut plus complète, nous arrivâmes comme des éperviers, dira Cassanyès. Une fois de plus, les Espagnols furent mis en pièces par la furia francese et le général Dagobert écrivait à la Convention :
- L'octave de la bataille du 28 août n'a pas été célébré avec moins de succès.
Cette double victoire du Col de la Perche et d'Olette sur les Bourbons d'Espagne fut chantée par le peuple catalan :
Tu recordaras, barbare

Del général Dagobert

Del général intrépide

Defenseur de nostres drets

Quan alli, al camp de la Perxa

Sa valor se démostra

Quan alli desavuyt cent hommes

Six mills ne va destrossar

Gloria li sigui donada

Alli, al nostre général

Quan à la batalla d'Oletta

Sa valor se demostra tal

Que tota la flor d'Espanya

Fou morte o prisonera

Général y artilleria

Tot resta al nostre poder
Malheureusement, si la victoire de Dagobert donna à la France Puycerda et la Cerdagne espagnole, Ricardos ne se tint pas pour autant battu. Profitant de l'impéritie des représentants Fabre et Gaston ainsi que de l'incompétence des généraux chargés de défendre Perpignan, celui-ci remporta plusieurs victoires à Trouillas et surtout à Céret défendue par l'adjudant-général Mellinet, un nantais, qui fut blessé au cours de son héroïque résistance.
Le général Dagobert avait pourtant été rappelé de Cerdagne mais une fois encore, les instructions maladroites des représentants avaient contrarié son action bien qu'il fut nommé général en chef, dès le 12 septembre 1793. Mais surtout, une véritable cabale s'était formée contre lui : ci-devant noble, il était ni plus ni moins que suspecté de complot avec les émigrés français qui étaient sous les ordres de Ricardos à la suite de rumeur qui s'était répandue à Perpignan. Cette rumeur affirmait que le dauphin, le petit Louis XVII, avait été extrait de la prison du Temple à Paris pour être amené au Castillet de Perpignan afin d'être rendu aux Bourbons d'Espagne ! Dagobert, soupçonné d'être un nostalgique de l'Ancien Régime était chargé, selon Fabre et Gaston, de mener à bien cette affaire et c'est pourquoi il fut accusé de trahison, destitué, puis arrêté pour être incarcéré dès le 22 novembre suivant à la prison de l'Abbaye à Paris en attendant son jugement devant le Tribunal Révolutionnaire. Il était promis à la guillotine …
C'est Turreau, général de l'armée de l'Ouest, qui fut nommé à sa place le 8 octobre 1793 mais il échoua à son tour devant Ricardos à l'attaque du camp du Boulou, le 16 octobre suivant. Il regagna aussitôt la Vendée, le 4 novembre, préférant un champ d'action qu'il jugeait plus à la portée de ses talents militaires …
Ricardos en profita pour se ruer vers les Corbières et il atteignit bientôt Rivesaltes aux pieds des montagnes qui conservaient les vestiges des anciennes forteresses cathares. Quel était donc l'objectif du général espagnol ? Nous le verrons bientôt.
Turreau de vingt ans plus jeune que Dagobert, normand comme lui, avait beaucoup d'amitié pour ne pas dire d'admiration pour son aîné. D'ailleurs, comment en aurait-il été autrement ? Tous deux étaient du sérail, de petite noblesse : Dagobert de Fontenille et Turreau de Garambouville, fait plus tard baron de Linières sous l'Empire. Enfin et surtout, tous deux appartenaient à des sociétés d'obédience maçonnique, des loges militaires, ainsi que de nombreux officiers de l'Ancien Régime ayant suivi l'exemple de Philippe d'Orléans, duc de Chartres et d'Etampes, cousin du roi, le futur Philippe Egalité, Grand-Maître alors de la Grande Loge de France en 1771, puis du Grand Orient en 1773.
Aussi, lorsque le Général Dagobert fut inquiété par les Représentants en mission qui l'accusaient de trahison en raison de son appartenance à la noblesse et sans doute aussi à cause de son nom qui rappelait plus qu'un autre la royauté, il ne dut d'être sauvé des griffes du Comité de Salut Public qu'aux interventions de Turreau auprès du Ministre de la Guerre, Bouchotte et de Barère, président du comité et rapporteur à la Convention.
Le soldat, écrivit Turreau, chérit Dagobert ; à sa voix il ne s'est jamais refusé à aucune fatigue, sa présence est un gage de succès et Dagobert est écarté ; Dagobert est frappé, Dagobert qui a garanti de l'invasion le département de l'Ariège, éloigné l'ennemi de Perpignan, conquis la Cerdagne espagnole. Dagobert a qui de longs et importants services, de grands talents militaires et une infatigable activité avaient assuré la confiance du soldat et devait assurer celle des représentants et des généraux !
Aux notes de Turreau, s'ajoutaient les protestations des militaires et des clubs. La Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité de Saint-Lô, apprenant les terribles accusations portées contre Dagobert, se plaignit à la Convention que celui-ci ait été calomnié.
Enfin, la société Populaire de Perpignan estimait le général et faisait fi des rumeurs à propos du petit Louis XVII au Castillet ; dès qu'elle apprit la nouvelle de sa disgrâce, elle dépêcha quatre de ses membres à Paris pour en demander les causes et les noms de ceux qui l'avaient dénoncés.
Heureusement aussi, Bouchotte, le Ministre de la Guerre, avait un faible pour le général, il était donc pour lui contre les représentants : il avait soin de communiquer toutes les lettres de protestations en faveur de Dagobert au Comité du Salut Public et il rappela son attention sur l'état lamentable de l'Armée des Pyrénées Orientales depuis son départ. En pleine Terreur, il échappa ainsi à l'échafaud.
Elargi, mais toujours suspendu de ses fonctions, Dagobert était à Saint-Lô dans sa maison de la rue Torteron (il ne résidait au manoir de Groucy que l'été) auprès de sa femme et de ses filles lorsqu'un courrier de Bouchotte, en date du 24 janvier 1794, le convoqua à Paris. Le 31 janvier, il était réintégré et renvoyé à l'armée des Pyrénées Orientales. A leur tour, Fabre et Gaston furent destitués et remplacés par Milhaud et Soubrany. Nous verrons dans les chapitres suivants que son retour dans le Roussillon fut un triomphe : de Pézennas à Narbonne, d'Auberneuil à Salces, du Vernet à Perpignan, les gens l'acclamaient et lui jetaient des branches de laurier.
Il était plus républicain que jamais, disait-il et il avait pris un prénom du nouveau calendrier, Piment, qui convenait mieux, selon lui, à son caractère un peu âpre et emporté.
Le 12 mars, il apprenait que son plan d'invasion de l'Espagne était adopté et il en commença l'exécution avec le général Dugommier nommé en son absence général en chef.
Le 28 mars, Dagobert regagnait Puycerda en brûlant d'en découdre. Le 6 avril, il apprit qu'un de ses soldats, un de plus, avait été haché en morceaux par les Catalans espagnols. Aussitôt, de son autorité sans informer Dugommier et les représentants, il décida d'ouvrir la campagne sans plus attendre : il ne pouvait souffrir de laisser impunie la mort de ses fidèles soldats, ses compagnons d'armes.
Après une journée de marche dans la neige, il arriva sous Montella qu'il livra à une exécution militaire et au pillage. Le 10 avril, les Français se portèrent sur Urgel qu'ils investirent. Mais le général était tombé malade inexplicablement en quittant Montella, d'une fièvre inexprimable écrira-t-il qu'il avait gagné en gravissant les pentes neigeuses à l'assaut du village. Aussi, la mort dans l'âme et dans le corps, il ordonna la retraite et celle-ci fut exécutée dans l'ordre et sans précipitation alors qu'il avait prévu d'aller jusqu'à Barcelone. Cette retraite, cependant, ne se fit pas sans dégâts, ni cruauté : d'Urgel à Bellver, les soldats furieux de voir leur chef bien-aimé agonisé brûlèrent tout sur leur passage, des villages entiers, Montella, le Martinet et ce fut à la lueur des flammes allumées par ses bataillons que Dagobert porté sur une civière remonta la Cerdagne espagnole.
Le 16 avril, il arriva à Puycerda où il s'alita pour se soigner. En vain, il expira le 18 avril 1794 dans les bras de son aide de camp.
Le général Turreau de retour en Vendée avait de son côté organisé les sinistres colonnes infernales qui portèrent aussi le fer et le feu dans un pays insurgé contre la République. Il croyait mettre en pratique le plan de Dagobert qui préconisait de lancer chez l'ennemi des colonnes mobiles, des "commandos" chargés de semer l'effroi dans la population afin d'obliger Ricardos à ramener ses troupes en Espagne. D'ailleurs, les Espagnols surpris par les mouvements rapides de ces colonnes, de leurs soudaines apparitions, avaient surnommé Dagobert "El Demonio".
Mais, Turreau faisait malheureusement une grave confusion entre l'ennemi espagnol, "l'Etranger" que repoussait son "alter ego" et les Vendéens, malheureux compatriotes égarés par le clergé réfractaire et les nobles nostalgiques de la royauté : déjà décimés par la malencontreuse "virée de Galerne", organisée par leurs chefs, puis par la défaite de Savenay ; ils furent achevés par les colonnes de Turreau au lieu d'être ramenés à la raison.
Aussi, la Terreur passée, le même Barère auteur du texte adopté le 1er avril 1793 par la Convention nationale, texte préconisant "d'exterminer la race rebelle et de détruire la Vendée", disait après les multiples plaintes contre les exactions des Colonnes infernales :
Le Comité de Salut public espérait toujours que l'Armée de l'Ouest s'occuperait bien plus de détruire les brigands que de sacrifier les habitants et détruire les fermes, les villages et les récoltes et la troupe royaliste, naguère éparse, s'est grossie de tous les mécontents que l'on doit à l'exécution barbare d'un décret dans un pays qu'il fallait seulement désarmer et administrer avec les bras nerveux d'un pouvoir militaire et révolutionnaire ...
Barère aussi, rendant un dernier hommage devant la Convention à la valeur militaire du général Dagobert fit adopter un autre décret, le 1er mai 1794, qui ordonnait dans son article III :
Le nom du général Dagobert sera inscrit sur une colonne élevée au Panthéon.
Turreau fut relevé de son commandement, le 18 mai 1794 et le 30 septembre décrété d'arrestation à la suite de rapports particulièrement accablants émanant du Comité révolutionnaire des Sables, de la Société populaire de Fontenay et de l'Administration du district de Challans. Il échappa cependant à la guillotine et par la suite fit malgré tout une belle carrière sous l'Empire même si Napoléon ne l'appréciait guère.

Cependant, grâce à Hoche son successeur, la pacification de l'Ouest était en cours et des mesures de clémence envers les insurgés furent décrétées le 12 grumaire An III (2 décembre 1794).
Toutes les personnes connues dans les arrondissements de l'Ouest, des Côtes de Brest et des Côtes de Cherbourg sous le nom de rebelles de la Vendée et de Chouans, qui déposeront les armes dans le mois qui suivra le présent décret ne seront ni inquiétés, ni recherchés par la suite pour le fait de leur révolte.
Le 17 février 1795, Charette lui-même, signa le traité de paix de la Jaunaie :
Nous déclarons formellement à la convention nationale et à la France, nous soumettre à la République française une et indivisible que nous reconnaissons ses lois et que nous prenons l'engagement formel de n'y porter aucune atteinte.
Fait sous la tente, le 29 pluviose l'An III de la République"
C'était à peu près les mêmes termes que le serment de fidélité à la République signé par François Gilles Dagobert et ses collègues, le 7 février 1793, deux ans auparavant et ils respectèrent leur engagement solennel.
Charette lui, renia sa signature le 26 juin suivant et reprit les armes contre la République sous prétexte de la mort du Dauphin Louis XVII emprisonné au Temple.
Le général Hoche, qui avait été chargé par le Directoire, d'en finir avec la pacification de la Vendée traqua Charette qui fut enfin arrêté par l'adjudant général Travot, le 23 mars 1796. Ramené à Nantes blessé, il fut fusillé après jugement sur la place des Agriculteurs (Place Viarme) en présence de cinq mille soldats et garde-nationaux dont François-Gilles Dagobert le cousin du général, héros de la guerre contre l'Espagne et les Bourbons. Avec la mort de Charette s'éteignit la grande guerre de Vendée qui agonisait depuis deux ans déjà.
L'année suivante, la pacification étant enfin assurée, les douanes reprirent leur activité avec le commerce et le trafic portuaire. C'est au Pays de Retz que François-Gilles reprit du service à Port-Lavigne, le 1er brumaire An VII (22 octobre 1797) à Saint-Michel où il prendra sa retraite le 23 septembre 1805 après 24 années passées dans les Fermes Royales et les Douanes puis plus de quatre ans dans la garde nationale à cause de la guerre de Vendée.
Sa femme, Madeleine, avec laquelle il n'avait pas repris la vie commune, mourut seule dans une petite maison de la Rive à Saint Jean de Boiseau, le 29 Pluviose An XIII. Sans enfant, François-Gilles se retira à Saint-Brévin.
Ainsi, il ne semblait pas devoir transmettre son nom pas plus que son illustre cousin, le général, mort à Puycerda sans héritier mâle. Un nom qui s'était transmis de génération en génération depuis le haut Moyen-Age en Normandie puis à Vitré.
Mais la Providence lui fit connaître Marie, une jeune fille de Joué-sur-Erdre, commune de chouans assassins et voleurs d'après le registre de délibérations du Conseil du Département en l'An II de la République. Et le père de Marie, Louis Malgogne, figurait en bonne place sur le même registre dans la liste des scélérats contre lequel un mandat d'arrêt fut lancé, le 23 août 1795 !

Pourtant, à 54 ans, l'ancien douanier, le patriote de la garde nationale, oublia les haines d'autrefois lorsqu'il tomba amoureux de la jolie rebelle de 29 ans sa cadette, fille d'un brigand … Et, il l'épousa en devenant le meilleur ami de son scélérat de beau-père, du même âge, qui avait Dieu merci déposé les armes, reconnu la République et... l'Empire ! François-Gilles Dagobert et Louis Malgogne prouvèrent ainsi, à leur manière, que la paix était bien revenue entre les Bleus et les Blancs … ce que 150 ans plus tard, nos jeunes "révoltés" de Mai 68 traduirons par "faites l'amour, pas la guerre !"
Et comme toutes les histoires d'amour, celle-ci se termina le mieux du monde. Les deux époux furent heureux encore longtemps et ils mirent sept enfants au monde dont Pierre-François, mon arrière grand-père qui raconta bien plus tard à ses petits enfants l'histoire de ces "Cousins de l'An II" dont le nom était aussi celui d'un "tyran", un certain roi Dagobert exécré par les révolutionnaires de quatre vingt treize avec la famille Capet.
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