Histoire d’une famille et d’une chanson





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- Les Dagobert et la Réforme -
Lorsqu'en 1559, Henri II fut blessé mortellement dans un tournoi par Montgomery, capitaine de ses gardes, de graves événements se préparaient qui allaient mettre la France à feu et à sang pendant trente ans.
Les idées nouvelles prônées par Calvin et par Luther avaient conquis nombre de catholiques et les Dagobert à la suite de Montgomery avaient embrassé la religion nouvelle.
Au cours des siècles, leur sang nonchalant dût se renouveler en se mélangeant au sang entreprenant et belliqueux des Normands, et, ils étaient devenus fort combatifs, s'adonnant généralement au métier des armes.
Ils furent parmi les plus zélés partisans du protestantisme en Normandie et avaient fait élever à Mesnil-Durand, auprès de leur manoir, un Prêche fort réputé puisqu'on y venait même de Rouen.
Montgomery à la tête de ses bandes, pillait, brûlait les catholiques, lesquels brûlaient et pillaient les protestants. Chaque parti avait tour à tour le dessus et c'était comme chacun le sait, représailles sur représailles.
- La Caverne du Serpent -
Dans les flancs abrupts de la Vallée de la Vire face au château d'Agneaux se creusait sous les arbres du bois de Montcoq une caverne : la Caverne du Serpent.
Les protestants y venaient en cachette écouter le moine Soler et lorsque le pays était aux mains des catholiques, ils s'y terraient.
- Guerres - Représailles -
Pillages, incendies ! Destructions aveugles ! Vengeances fratricides.
Les combattants, tous brandissant la croix, s'en donnaient à cœur joie ! et notre France est encore meurtrie de cette sauvage folie !

Ayant été vaincus à Saint-Lô (le 10 juin 1574) par les catholiques, les Calvinistes en furent chassés.
Montgomery réussit à s'enfuir de la forteresse assiégée.
L'on montrait avant les bombardements du 6 juin 1944, près de la terrasse de Beaux-Regards, la tour Montgomery d'où ce fameux capitaine aurait à cheval sauté dans la Vire ! qui alors encerclait le rocher …
L'escarpement est si haut que vraisemblablement cet exploit est impossible.
Sans doute, Montgomery utilisa-t-il une poterne dérobée et un sentier quasi impraticable pour gagner la rivière par les pentes abruptes du rocher.
- Incendie du château de Mesnil-Durand -
L'Histoire ne relate pas auprès de Montgomery dans Saint-Lô assiégée la présence de nos Dagobert ; mais l'on sait que leur château sis à Mesnil-Durand sur les collines qui dominent la Vire, dût être particulièrement visé à cause du Prêche lorsque l'on pourchassa les vaincus.
Il fut envahi par les catholiques, pillé et finalement incendié.
L'on racontait, me disait ma mère que, autour du brasier, les vainqueurs faisaient la ronde, éclairés sinistrement par les flammes, accompagnés par le bruit sourd des murs qui s'écroulaient et, ils chantaient à tue-tête ; en gambadant avec de gros rires, la chanson populaire qui nous vient du fond des âges : "C'est le roi Dagobert qui a mis sa culotte à l'envers".
Hélas ! toutes les archives et le chartrier périrent dans les flammes et tous les souvenirs des siècles passés … et peut être les dernières preuves d'une royale ascendance ?
Jamais, le vieux manoir de Mesnil-Durand ne fut relevé de ses ruines !
Peu à peu, même les pierres disparurent et cela d'autant mieux que les murs sont édifiés dans cette région en terre rouge. Les embrasures des fenêtres et les tours seules étaient en pierre ?
Dans mon enfance, on montrait une mare … emplacement, disait ma mère, de l'antique manoir Dagobert.
Reste, sans doute, des douves ou des fossés …


J'étais bien loin de la Normandie en relisant ces lignes et pourtant, si j'en croyais l'auteur, l'un des derniers descendants connus était Saint-Dagobert, vénéré à Rennes-le-Château !
Ainsi, le fil conducteur dont j'avais pris un bout à partir des "Cousins de l'An II" passait par Rennes-le-Château et le pays des Cathares …
A Cascastel, puis à Narbonne, j'eus de précieuses informations sur la famille Pailhoux de Cascastel et sur le franc-maçonnerie en puisant dans les archives de l'Aude : Joseph-Gaspard Pailhoux, fils d'un médecin des Etats du Languedoc et chevalier d'honneur au bureau des finances de Montpellier puis conseiller au Conseil souverain du Roussillon, se rendit maître au milieu du XVIIIe siècle de la Seigneurie de Cascastel qui avait appartenu jadis à l'abbaye de Lagrasse, puis, tout au moins à partir du XVIIe siècle à la maison d'Arse. Sa famille entra plus tard en possession de Castelmaure et de Saint-Jean-de-Barrou. C'est l'une de ses filles, Jacquette, qui épousa Luc-Siméon Auguste Dagobert de Fontenille, le futur général qui s'illustra en 1793 et 1794 dans les campagnes du Roussillon et de Cerdagne.
C'était un personnage assez considérable donc qui appartenait aussi en ce siècle des Lumières à une loge maçonnique de Narbonne, celle des Philadelphes et si Luc-Siméon Auguste Dagobert, son gendre, n'était encore que Capitaine, commandant du Royal-Italien en garnison à Perpignan, il n'en n'est pas moins vrai que celui-ci était également affilié à une loge militaire de ce régiment. Est-ce, ces loges réunies qui deviendront pendant la Révolution celle de "l'Amitié à l'Epreuve" ? Cela n'est pas impossible car sur le règlement particulier de "l'Amitié à l'Epreuve" du 30 thermidor An VIII se trouve, parmi les signatures des frères, celle du peintre Jacques Gamelin qui fit la gravure du diplôme en 1784 et le portrait du général Dagobert, en 1793.
Au demeurant, les loges du département de l'Aude étaient nombreuses puisque l'on trouve aux archives départementales des documents sur celles de Carcassonne, de Castelnaudary, d'Esperaza, de Lézignan, de Limoux, de Montolieu, de Narbonne, de Quillan et de Sigean. Une place de choix a été accordée à celles de Carcassonne et surtout aux "Commandeurs du Temple" en raison de son importance et de son rayonnement. Il est également traité de la loge du régiment de "Noailles Dragon" qui fut fondée en 1788 à Carcassonne sous le titre de "l'Aménité de Noailles", et celle du "Royal Piémont Cavalerie", qui s'affilia à la "Parfaite Union" de la ville, vers 1770.
Mystérieusement, on ne connaît guère la façon dont la Maçonnerie narbonnaise traversa la Révolution : les sources les plus riches de l'histoire maçonnique du XVIIIe siècle résident dans les archives du Grand Orient et dans celle de l'Ancienne Grande Loge de France qui ont été déposées au Cabinet des manuscrits et ne nous apprennent pas grand chose sur cette période tout au moins officiellement.
Ainsi, se précise le fil conducteur de toute cette histoire de la famille Dagobert : celui de la recherche de la Connaissance qui nous mènera jusqu'à la douzième tribu d'Israël, celle de Benjamin, dont la légende est racontée dans la Bible, au livre des Juges, tout comme est racontée celle de Hiram, l'architecte du Temple de Salomon.
Mais, pour en revenir à cette histoire étonnante d'une famille, le 8 août 1780, Luc-Siméon Auguste Dagobert épousait la jeune jolie et riche héritière des Seigneurs de Cascastel. Mariage d'amour assurément si l'on en croit les lettres enflammées de notre "vieux" capitaine-commandant du Royal Italien : il avait 42 ans et sa jeune femme, 28 printemps ! Mais, pourquoi pas aussi, mariage d'intérêts puisque gendre et beau-père tous deux francs-maçons fonderont aussitôt une société avec le cousin Duhamel, Commissaire du Roi pour les Mines et les Forges afin d'exploiter, les filons que possédaient les Cascastel dans l'Aude.
C'était donc, une belle-famille d'importance certes, mais notre capitaine-commandant, petit hobereau normand ne le cédait pourtant en rien car il avait un atout maître dans sa manche : le cousin Duhamel qui avait signé un acte de constitution de société avec Pailhoux de Cascastel et un certain Peltier de Paris, le 26 mars 1779 pour l'exploitation des filons de fer, plomb, cuivre et autres matières ainsi que du charbon de terre, marbre, etc … qui se trouvent non seulement dans les terres dudit sieur de Cascastel mais encore dans les environs dont les désignations sont plus particulièrement faites dans la requête par lui présenté au roy à l'effet d'obtenir concession et privilège pour l'établissement de plusieurs forges et fourneaux.
Dès le lendemain du mariage de Dagobert, le 31 octobre 1780, Duhamel lui vendait la moitié des forges moyennant la coquette somme de 110.000 livres dont 30.000 au comptant et 4.000 livres de rentes annuelles et perpétuelles. Dagobert plaçait ainsi dans une affaire maintenant familiale la dot de sa femme à laquelle il ajoutait 11.000 livres de sa fortune personnelle, ce qui n'était pas rien !
L'exploitation des mines de fer avait déjà commencée dès 1780, un an plus tard, le roi transformait la permission provisoire en concession trentenaire pour les mines de plomb et cuivre. Pourtant, on ne trouvera dans les archives aucune trace de l'exploitation des filons de ces deux minerais que l'on extraira cependant au cours des deux siècles suivants. Pas plus, bien sûr, que des "autres matières" indiquées dans l'acte de constitution de la société … Alors ? Peut-on vraiment croire que Dagobert se soit fait "pigeonner" par son cousin Duhamel qui lui aurait revendu fort cher des actions sans valeur ?
Non bien sûr, et c'est bien là que réside le véritable mystère de Rennes-le-Château si l'on veut bien reprendre le fil des événements qui survinrent après la mort de la marquise de Hautpoul en ce 17 janvier 1781, l'année suivant l'exploitation des mines après le mariage de Dagobert sur lequel nous revenons pour faire plus ample connaissance avec Jacquette Pailhoux de Cascastel, charmante inspiratrice d'un poète local qui écrivit ces vers au bas du plan de la forge de Padern :
Des forges d'autrefois, Vulcain était le maître

Et, comme les humains, l'effrayant Jupiter

Y forgeait les carreaux, suite de son courroux

Mais, il doit aujourd'hui se désister de l'être

Vous seule ici régnez, charmante Dagobert

Ici, ni loi, ni droit qui n'émane de vous

Sous vos heureux auspices

Y trouvent les secours propices

Pour fertiliser nos guérets.
La femme de notre capitaine n'était pas seulement charmante, elle avait, paraît-il, les goûts simples. Un jour, en l'absence de son mari, son beau-frère Charles de Groucy lui offrit un grand dîner.
Un grand dîner, écrivit Dagobert à son frère, et pourquoi ? La pauvrette aurait été mille fois plus sensible à quelques honnêtetés et à quelques marques d'amitié qu'au plus grand dîner qu'on puisse donner. (Lettre du 17 juillet 1787 - A.D.)
Elle disait qu'elle n'était pas riche mais elle avait un trousseau magnifique, une dot de 19.000 livres que Dagobert plaça, on l'a vu, dans la forge de Padern et l'exploitation des mines du pays.
Enfin et surtout, elle avait de très belles relations : elle était nièce du comte de Ros, un des grands propriétaires du Roussillon, cousine de Madame Canclaux, de Monsieur d'Ortaffa, colonel et inspecteur général des canonniers garde-côtes et du prince de Montbarey, ministre de la guerre. C'était donc bien la plus riche descendante d'une vieille famille de la région dont l'aïeul, Edouard de Durban avait épousé en 1575, Gabrielle de Voisins. Or, la famille de Voisins fut apparentée aux ducs de Joyeuse, les seigneurs de Couiza dont le château fut transformé en hôpital, en 1793 sur l'ordre de Dagobert.
Les Hautpoul, descendants de ces familles Voisins et Joyeuse furent les derniers seigneurs de Rennes-le-Château et c'est la mort de la marquise de Hautpoul de Blanchefort en ce 17 janvier 1781, quelques mois après le mariage de notre "charmante Dagobert", qui fut à l'origine de toute l'affaire de Rennes-le-Château et de l'abbé Saunière.
En effet, sur le point de mourir sans descendance mâle pour perpétuer le nom des Hautpoul, la marquise appela le curé de Rennes-le-Château, l'abbé Bigou et lui confia des parchemins ainsi qu'un très grand secret. Après la mort de la marquise, le curé de Rennes-le-Château dissimula ces parchemins dans l'un des piliers wisigothiques soutenant l'autel de l'église Sainte-Madeleine ou un balustre, on ne sait.
L'année suivante, en 1782, alors que Dagobert exploitait dans des conditions restées obscures son affaire familiale, un certain Dubosq, originaire de Normandie (son aïeul Jean Dubosq, avocat, avait souscrit en 1635 des rentes en faveur de l'église de Groucy) fit rouvrir les mines de Roco Negro et du Cardou faisant partie des biens légués par la marquise de Hautpoul à son gendre le marquis de Fleury, époux de la plus jeune de ses filles, Gabrielle.
Aucune autorisation n'ayant été demandée au propriétaire, le marquis de Fleury protesta, mais Dubosq répondit :
J'agis en vertu d'un ordre du roi qui m'a conféré le privilège de l'exploitation.
Et de ce fait, l'intendance du Languedoc soutint la cause de Duboscq déjà concessionnaire d'autres mines dans la région et commandé par le commissaire du roi qui n'était autre, on l'aura deviné, que le cousin Duhamel ! Ainsi, le mystère est en partie levé : Duboscq n'était qu'un homme de paille travaillant pour le compte de Luc-Siméon-Auguste Dagobert qui connaissait fort bien le secret des parchemins de la marquise de Hautpoul et l'existence du fabuleux trésor, propriété, selon la légende, des Mérovingiens et provenant du Temple de Salomon à Jérusalem.
Ainsi, s'explique parfaitement le mariage d'une jeune et riche héritière avec un obscur gentilhomme normand qui se disait descendre des Mérovingiens, connaître le secret du trésor de Jérusalem et qui de plus appartenait à la franc-maçonnerie dont la référence au premier livre des Rois et au livre des Chroniques de la Bible est bien connue :
Le roi Salomon fit venir de Tyr, Hiram qui travaillait sur l'Airain. Hiram était rempli de sagesse, d'intelligence et de savoir. Il arriva auprès du roi Salomon et il exécuta tous les ouvrages. (Rois I. 13-14).
Les anciens textes, manuscrits Cook (XVe siècle) et Tew (XVIIe siècle) des Old Charges, font mention de la construction du Temple et d'Hiram, fils du roi Hiram de Tyr, accompli dans l'art de la géométrie à qui fut confié la direction suprême des travaux.
Les rituels modernes ont considérablement élargi la légende biblique et celle du métier en créant le récit de la mort tragique d'Hiram dont le commentaire constitue l'essentiel du cérémonial de réception au grade de maître. Voici la légende dans l'une des version les plus anciennes :
Adoniram, Adoram ou Hiram, à qui Salomon avait donné l'intendance des travaux de son Temple, avait un si grand nombre d'ouvriers à payer qu'il ne pouvoit les connaître tous, il convint avec chacun d'eux de mots, de signes et d'attouchements différents pour les distinguer …
Trois compagnons pour tâcher d'avoir la paye du Maître, résolurent de demander le mot du Maître (Salomon) à Adoniram, lorsqu'ils pourroient le rencontrer seul, ou de l'assassiner. Pour cet effet, ils se cachèrent dans le Temple, l'un au Midi, l'autre au Septentrion et le troisième à l'Orient. Adoniram étant rentré comme à l'ordinaire par la porte de l'Occident, et voulant sortir par celle du Midi, un des trois compagnons lui demanda le mot du Maître en levant sur lui le bâton ou le marteau qu'il tenoit à la main. Adoniram lui dit qu'il n'avoit pas reçu le mot du Maître de cette façon. Là, aussitôt, le compagnon lui porta sur la tête un coup de son bâton ou de son marteau.
Le coup n'aiant pas été assez violent, Adoniram se sauva du côté de la porte de Septentrion où il trouva le second qui en fit autant. Cependant, comme ce second coup ne l'avait pas encore terrassé, il fuit pour sortir par la porte de l'Orient mais il trouva le dernier qui après lui avoir fait la même demande, acheva de l'assommer. Après quoi, ils se rejoignirent tous les trois pour l'enterrer. Mais, comme il faisait encore jour, ils n'osèrent transporter le corps sur le champ, ils se contentèrent de le cacher sous un tas de pierres et quand la nuit fut venue, ils le transportèrent sur une montagne où ils l'enterrèrent et afin de pouvoir reconnaître l'endroit, ils coupèrent une branche d'acacia et la plantèrent sur la fosse.
Salomon ayant été neuf jours sans voir Adoniram ordonna à Neuf Maîtres de le chercher. Ces neuf maîtres exécutèrent fidèlement les ordres de Salomon et après avoir cherché longtemps, trois d'entre eux furent justement se reposer près de l'endroit où il était enterré. L'un des trois, pour s'asseoir plus aisément, prit la branche d'acacia qui lui resta dans la main, ce qui leur fit remarquer que la terre en cet endroit avait été remuée nouvellement et voulant en savoir la cause, ils se mirent à fouiller et trouvèrent le corps d'Adoniram. Alors, ils firent signe aux autres de venir vers eux … Il y en eut un qui prit le cadavre par un doigt, mais la peau se détacha et lui resta dans la main. Le second le prit sur le champ par un autre doigt qui en fit autant.
Le troisième le prit par le poignet, la peau se sépara encore, sur quoi il s'écria "Machenac" qui signifie selon les francs-maçons, "la chair quitte les os, le corps est corrompu". Aussitôt, ils convinrent ensemble que ce serait là, dorénavant le mot du Maître. Ils allèrent sur le champ rendre compte de cette aventure à Salomon qui en fut fort touché, et pour donner des marques de l'estime qu'il avoit eue pour Adoniram, il ordonna à tous les Maîtres de l'aller exhumer, et de le transporter dans le Temple, où il le fit enterrer en grande pompe. Pendant la cérémonie, tous les Maîtres portoient des tabliers et des gants de peau blanche pour marquer qu'aucun d'eux n'avoit souillé ses mains du sang de leur chef.


La légende d'Hiram est une des pierres symboliques de la franc-maçonnerie. Et, cette pierre s'intègre dans la construction du Temple idéal tel que le conçoivent les francs-maçons.
L’art opératif (la construction d’édifices matériels comme les cathédrales) ayant cessé pour nous, nous en tant que maçons spéculatifs, symbolisons les labeurs d’un temple spirituel dans nos cœurs, temple pur et sans tâche, digne d’être la demeure de celui qui est l’auteur de toute cette pureté ... Cette spiritualisation du Temple de Salomon est la première de toutes les instructions de la franc-maçonnerie la plus importante et la plus profonde de toutes.
Une autre légende touche à l’histoire de la franc-maçonnerie et revêt une grande importance du moins spirituelle dans les rites maçonniques écossais : celle qui attribue les origines de la « franc-maçonnerie à l’Ordre des Templiers ». Ainsi, la franc-maçonnerie se présente comme la continuation et la transformation de l’organisation de métier du Moyen-Age qui était « opérative » véritable groupement professionnel dont on trouve la trace chez les Égyptiens, chez les Grecs et aussi chez les Romains où les « collégia » d’artisans, dont ceux des « tiguarii », charpentiers et constructeurs de maisons furent créés par le roi Numa vers 715 avant Jésus-Christ. Nous reviendrons sur ce roi Numa qui institua aussi le collège des douze Saliens chargés de la garde du Palatin, dans la « Curia Sahirorum », des douze boucliers sacrés dont l’un était miraculeusement tombé du ciel.
Mais, pour l’heure, revenons au « Frère Dagobert » qui pouvait grâce à son mariage faire discrètement mais légalement des recherches afin de trouver le fameux trésor ou extraire des minerais précieux sans se soucier des protestations du marquis de Fleury.
En effet l’abbé Bigou, bien qu’il exerçait toujours son ministère à Rennes-le-Château, gardait le silence sur tout ce qu’il avait appris de la défunte marquise à savoir l’existence d’un trésor fabuleux mais aussi la révélation d’une généalogie capable de remettre en cause la légitimité des Bourbons, rien de moins ! Soit que l’abbé Bigou n’ait pu déchiffrer les parchemins qui lui avait été confiés, soit qu’il ait voulu les ignorer sans les détruire, nous avons vu qu’il les avait cachés dans un pilier de l’autel. Ce qui est probable donc, c’est que la marquise de Hautpoul, avant de fermer les yeux et sachant que Jacquette Pailhoux de Cascastel avait épousé un Dagobert, avait donné à son confesseur le secret qui était celui perpétué par la tradition familiale depuis le 10 juin 1574 lorsque les ligueurs avaient brûlé le manoir de Mesnil-Durand et le chartrier, dernière preuve d’une royale ascendance des Dagobert.
C’était pourtant, presqu’un secret de polichinelle qui avait déjà été percé par Vincent de Paul, Poussin, Nicolas, Fouquet et bien d’autres et qui était sans doute à l’origine du Mystérieux Masque de Fer, au temps de Louis XIV, le roi-soleil. Enfin, l’abbé Bigou du être fort impressionné par les recherches faites par Duboscq en vertu d’un ordre du Roi ...
L’exploitation des mines de Roco Negro et du Cardou se poursuivit jusqu’en 1789 à la veille de la Révolution, soit durant sept années ! Le marquis de Fleury avait intenté un procès qui traîna en longueur et se termina en queue de poisson, le subdélégué Rives concluant ainsi son rapport :
Du reste, je suis instruit qu’il existe dans les mêmes terres des mines d’or et d’argent, mais il ne m’a pas été possible de découvrir si leur exploitation serait avantageuse ou préjudiciable et si les minéraux qui en ont été autrefois extraits par le sieur Dubosq étaient abondants.
Les événements de 1789 ne permirent pas au marquis de Fleury de mener plus avant ce procès. En août 1792, l’abbé Bigou refusa de prêter serment à la République. En septembre de la même année, il émigra clandestinement à Sabadell en Espagne où il mourut en 1794. Le marquis de Fleury avait pris, lui aussi, le chemin de l’exil.
L’An II de la République, les forges de Padern, exploitées par Dagobert devenu général révolutionnaire, valaient cent cinquante mille francs et elles trouvèrent acheteur à ce prix. Pourtant, Dagobert ne les vendit pas alors qu’il avait paru, sans doute donner le change, vouloir s’en défaire par deux fois en 1787, l’année où son cousin Duhamel publiait dans un ouvrage en deux volumes intitulé « Géométrie souterraine » toute la connaissance qu’il possédait de l’exploitation minière. En 1789, il en proposera 120.000 livres mais cette fois-ci sans succès. A cette date, de la forge établie depuis 7 à 8 ans par permission du roi au confluent du Verdouble et du Trogan, on tire un fer d’assez bonne qualité. Pour qu’elle raison Dagobert avait-il donc changé d’avis alors qu’il était à l’apogée de sa carrière militaire et qu’il pouvait espérer, grâce à l’avènement de la République, obtenir enfin non seulement la reconnaissance de ses talents militaires mais aussi celle du peuple, celui dont il se disait le serviteur dans une lettre qu’il adresse de Perpignan le 10 Ventôse An II de la République une et indivisible (1er mars 1794, un mois et 17 jours avant sa mort) ?
« Dagobert, général de division » au citoyen Henry Bataille, juge de paix à Caudiès :
Les témoignages de ton attachement citoyen, les vœux que tu veux bien faire pour mon bonheur me pénètrent de reconnaissance. Je tâcherai de justifier les empressements du peuple en me vouant au peuple et en redoublant de zèle pour le service de ma Patrie. Je n’ai jamais varié dans mes principes, je ne varierai jamais, heureux si je puis être utile, satisfait de l’être. Offre je te prie mes hommages à ton épouse et fait lui agréer mes remerciements pour l’intérêt qu’elle veut bien prendre à un sans-culotte qui vit et qui mourra Républicain.
Salut et fraternité. Dagobert.
Pour essayer de comprendre, il nous faut revenir en cette année 1792 où le major Dagobert était en garnison à Romans, puis après plusieurs emplois, nommé le 27 mai colonel du 51ème régiment d’infanterie. Il fut envoyé à Nice et nommé commandant de la place, maréchal de camp le 23 novembre de la même année. Désormais, le nom de Dagobert revint à chaque instant dans le récit des opérations de l’armée d’Italie, commandée par le général en chef, Biron.
C’était peut être la raison pour laquelle il envisageait de vendre la mine de Padern dont il ne pouvait surveiller lui-même l’exploitation n’imaginant pas revenir un jour vers Perpignan. (D’ailleurs, il avait fait construire en 1780 une maison à Villerouge-Termenes où était logé le gérant des mines des Corbières. Cette maison existe encore, elle est la propriété de la famille Azalbert).

Mais, nous l’avons vu, devant le danger d’invasion, la Convention déclara la guerre le 7 mars 1793 à l’Espagne et la médiocrité de l’armée des Pyrénées Orientales incita les autorités de Perpignan à écrire à Biron pour lui demander de bons officiers capables de redresser une situation critique. Dagobert, nous l’avons vu aussi, fut donc envoyé dans le Roussillon afin de réorganiser l’armée et repousser les Espagnols. C’est ainsi qu’il fit transformer le château de Couiza, ancienne demeure des ducs de Joyeuse ancêtres de sa femme, en hôpital militaire pour ses soldats.
Vainqueur à Montlouis, au col de la Perche puis à Olette en septembre 1793, il commençait l'invasion de l'Espagne lorsqu'il fut destitué par les représentants du peuple Fabre et Gaston qui l'accusèrent de trahison en sa qualité de "ci-devant noble" par suite d'une rumeur qui s'était répandue à Perpignan au sujet du jeune Louis XVII qui devait être restitué aux Bourbons d'Espagne. Nous avons vu que Turreau et diverses sociétés populaires de Perpignan et de Saint-Lô étaient intervenues auprès de Bouchotte, le Ministre de la Guerre ainsi que la loge de "l'Amitié à l'Epreuve" dont faisait partie le peintre Jacques Gamelin, auteur d'un portrait du général Dagobert.
Celui-ci fut donc disculpé et réintégré dans ses fonctions le 2 février 1794 à l'Armée des Pyrénées Orientales dont Dugommier avait pris le commandement en chef en son absence. Dagobert était chargé de mettre à exécution le plan de Carnot qui prévoyait l'invasion de l'Espagne fâcheusement interrompue par les représentants Fabre et Gaston et, surtout la destitution des Bourbons.
Les amis et admirateurs de Dagobert saluèrent avec allégresse son élargissement et son retour par les cris répétés de Vive la République Française et décidait sur proposition du curé Rouquette de lui offrir une couronne civique lorsqu'il viendrait fraterniser avec le club. La société populaire de Foix, lui mandait que les sans culottes de l'Ariège avaient appris sa réintégration avec un vrai plaisir :
Tu justifieras l'opinion qu'elle a de tes sentiments civiques et révolutionnaires. Ce n'est pas en vain qu'ils ont brisé les traits de la calomnie. Allons, brave guerrier au pas de charge !.
Les sans-culottes de Lavalenet lui marquaient que leurs vœux étaient au comble :
Nous avons employé tous nos moyens pour cela, continue de mériter notre estime et nous nous ferons toujours un devoir de te défendre contre la calomnie.
Les membres du club de Mont-Polyte ou de Saint Hypolyte du Gard l’assuraient que son retour à l’armée des Pyrénées Orientales les remplissaient de la joie la plus pure :
Ton civisme nous est connu, nos frères d’armes t’appellent leur père, conduis-les à la victoire, Dagobert à leur tête, ils seront invincibles, la République triomphera, la patrie te décernera des couronnes et ta mémoire sera éternelle dans le souvenir des vrais républicains !
Les administrateurs du district de Lagrasse lui écrivaient qu’ils connaissaient son dévouement à la cause du peuple et qu’ils n’avaient jamais été dupes des traîtres qui machinaient sa perte.
D’Osseja en Cerdagne, les soldats du 2ème bataillon des Pyrénées Orientales félicitaient leur général qu’un « Sénat auguste » l’avait vengé de la calomnie, ils lui témoignaient de leur affection, de leur confiance :
Compagnons de tes travaux, ils n’ont cessé de reconnaître en toi l’ennemi mortel des féroces Castillans et des traîtres qui les favorisent, leurs vœux seraient parfaitement remplis si tu venais les conduire à la victoire : ils espèrent que tu n’oublieras pas qu’ils étaient de la colonne de gauche à la Perche. (Allusion à la victoire du Col de la Perche, le 28 août 1793).
Son arrivée dans le Midi fut par conséquent un véritable triomphe et il écrivit aussitôt à sa femme le 3 Ventôse An II de la République (22 janvier 1794) :
Voilà chère amie deux jours que je suis arrivé. A peine ai-je le temps de t’écrire.

L’accueil que l’on m’a fait ne se conçoit pas !
Dès Montpellier à la Société populaire on me comble.
A Pezenas, tout le monde se précipitait autour de ma voiture pour me voir ! Pour m’embrasser ! Hommes et femmes !
Ne nous abandonnez pas, pécaïre ! Et de Vergne à Narbonne, et d’Aubenas à Salces, je crois que quelqu’un courrait au devant de ma voiture pour avertir tout ce qui se trouvait dans la campagne et sur les chemins de crier : « Vive Dagobert ».
Pour arriver ici, j’avais dès le Vernet des personnes qui faisaient retentir l’air des mêmes cris et qui me fourraient des branches de laurier dans ma voiture.
Je descendis de l’autre côté du pont et, à travers une foule innombrable qui me témoignait de sa joie et de son enthousiasme, que je remerciais, que j’embrassais, je fut porté jusque chez les représentants du Peuple.
Toute cette démonstration de joie était, me dit-on, le triomphe de l’innocence parce qu’un scélérat avait fait tous ses efforts pour faire croire que j’avais trahi la Patrie jusqu’à assurer qu’il avait les preuves matérielles pour faire tomber ma tête sur la guillotine.
Tu sens bien que ce monstre est parti détesté et que c’est une félicitation continuelle de m’être esquivé de ses griffes.
Encore aujourd’hui, en passant dans les rues je suis arrêté à chaque pas.
Je n’ai pas trouvé ici ta belle-sœur d’Ortaffa, elle est allée à Cascastel. On m’a dit que tes proches se portent bien.
Mon empressement à me rendre à mon poste a fait que je marchais la nuit, ce qui m’a valu une fluxion de la mâchoire, j’avais beaucoup de peine à mâcher.
A mesure que le climat se trouvait plus doux, ma fluxion s’est dissipée.
Je t’embrasse et ta sœur et tes amis.

Dagobert
Quel était donc ce mystérieux avant-coureur qui, depuis Montpellier avertissait les populations de l’arrivée du héros ?
N’y avait-il pas une sorte de propagande savamment orchestrée par une organisation occulte dans le but de plébisciter le général Dagobert en le portant en triomphe à la manière d’un empereur romain ? N’y a-t-il pas la répétition de ce processus qui porta quelques années après un autre général inconnu nommé Napoléon Bonaparte ?
Souvenons-nous de cette période de la Révolution en septembre 1793, alors que Dagobert combattait les espagnols à Puycerda, Bonaparte arriva devant Toulon dont les royalistes s’étaient emparés et qu’ils avaient ouvert aux flottes et aux troupes anglo-espagnoles. L’Armée française commandée par Carteaux était en réalité sous la direction, comme à Perpignan, de l’un de ces représentants en mission que la Convention envoya en province pour défendre la jeune République attaquée sur toutes les frontières. Il s’agissait en l’occurrence d’un corse, Christophe Salicetti qui remarqua son jeune compatriote et lui confia l’artillerie dont le commandant avait été grièvement blessé. Puis, il accorda à Bonaparte des pouvoirs de plus en plus étendus au point d’évincer Carteaux remplacé par Dugommier qui donna lui aussi sa confiance au jeune artilleur corse : Bonaparte fit merveille avec ses canons et le 28 frimaire (16 décembre 1793) à toutes voiles les anglais abandonnèrent Toulon.
Le lendemain, les troupes républicaines entrèrent dans la ville transformée en gigantesque brasier, mais pour tous les témoins de l’action, le vrai vainqueur était Bonaparte. Il fut nommé en récompense général de brigade comme le général Dagobert quelques mois auparavant avant qu’il quitte l’armée d’Italie pour rejoindre Perpignan et l’Armée des Pyrénées Orientales.
Pourtant, pendant deux ans, le jeune général demeura inconnu de l’opinion et oublié de ceux qui l’avaient un moment considéré jusqu’à ce 13 vendémiaire de l’An V (5 octobre 1795) où il s’illustra dans l’affaire de l’église de Saint Roch à Paris. Dix jours après, le 23 vendémiaire, l’abbé Sièyes présenta Bonaparte, promu général en chef de l’armée de l’intérieur à Joséphine de Beauharnais. On connaît la suite : le mariage de Bonaparte avec Joséphine, puis la campagne d’Italie, l’Egypte, enfin l’aventure orientale ...
Ensuite, ce fut le retour en France et, le 18 brumaire, le coup d’Etat qui le porta au pouvoir grâce à l’abbé Sieyes, le principal organisateur.
Mais, revenons en arrière, après le 3 ventôse de l’An II de la République, après le retour triomphal du général Dagobert dans le Midi, un Sans-Culotte plus républicain que jamais au point de se donner un prénom choisi dans le nouveau calendrier : Piment, convenant mieux selon lui à son caractère peu facile.
Quelques jours plus tard, on lui confirma que son plan d’invasion de l’Espagne était adopté et le Comité du Salut Public, conseillé par Carnot, arrêtait le 12 mars qu’un corps composé de 12.000 hommes de troupes d’élites et 600 cavaliers seraient tirés de l’Armée des Pyrénées Orientales et mis à la disposition de Dagobert. Le 28 mars, il informa le ministre qu’il se préparait à se porter sur Urgel sans attendre les bataillons et escadrons que le général Dugommier resté commandant en chef de l’armée des Pyrénées Orientales devait lui envoyer :
Je suis venu de Cerdagne, écrivit-il, pour former une ligne d’attaque avec l’élite des troupes qui s’y trouvent.
Le général Dagobert était depuis plusieurs jours à attendre les ordres de Dugommier pour mettre son plan d’invasion de l’Espagne à exécution lorsque le 7 avril un étrange incident lui fit commettre une erreur qui lui sera fatale en précipitant l’exécution de son plan.
Les montagnards de la Cerdagne espagnole se livraient sur ceux de nos malheureux soldats qui tombaient dans leurs nombreuses embuscades à des actes de férocité révélant l’incroyable état de barbarie dans lequel était encore plongées ces contrées à demi-civilisées. Approuvés dans leurs monstrueux excès par des gens sans aveu et des émigrés français qu’au début de la guerre les Bourbons d’Espagne n’avaient pas rougi d’enrôler, que ce soient des nobles et des prêtres réfractaires, ces misérables prenaient plaisir à étaler la nuit sur des sentiers fréquentés le jour par nos troupes, les dépouilles de leurs victimes : tantôt des tronçons de cadavre, tantôt des lambeaux de chairs à demi-consummés ou bien le corps éventré d’une jeune femme dont les entrailles avaient fait place aux restes mutilés de son enfant. Cette horrible rencontre vint jeter l’exaspération parmi les troupes de Dagobert. Le général qui partageait toutes les colères de ses soldats ainsi que toutes leurs souffrances ne put résister à leurs cris de vengeance.
Sur le champ, il sortit de Puycerda, passa la journée en marche, la nuit suivante en reconnaissance et, avant le jour, arriva en silence au pied de la montagne sur laquelle s’élevait le bourg de Montella, repaire des assassins. Avec un emportement juvénile, il ‘élança dans la neige en tête de sa colonne et au milieu des ténèbres escalada la montagne avec elle.
Au lever du jour, la diane battait comme à l’ordinaire au camp des Espagnols. Leur réveil fut douloureux, surpris, ils abandonnèrent armes et bagages et s’enfuirent par le pont du Bar où Dagobert avait dépêché le général Charlet en avant garde.
Charlet avait été retardé par les neiges et il n’atteignit le pont du Bar que dans la soirée ce qui avait permis aux Espagnols de se replier sur Urgel. Il retrouva le général Dagobert en proie aux plus cruelles souffrances, saisi par une fièvre aux symptômes les plus alarmants ; c’était d’autant plus curieux que Dagobert était parti à l’assaut de Montella en pleine forme physique.
Malgré ses souffrances, le général ordonna de continuer la marche sur Urgel. Le lendemain donc, 9 avril à sept heures de matin, les deux colonnes se remirent en marche. Dagobert suivit le fond de la vallée. Charlet prit le chemin frayé en 1719 par le duc de Noailles pour le siège d’Urgel sur la berge droite de la Sègre. Vers midi, les deux généraux opéraient leur jonction dans la conque d’Urgel du Val d’Andorre.
Dagobert envoya au général de Saint-Hilaire, un émigré français commandant la place, une sommation rédigée en ces termes :
Le général français demande au commandant espagnol s’il veut se rendre ou s’il préfère exposer sa troupe aux suites d’un assaut général.

De la part du général en chef, Dagobert.
En réalité, le général espagnol ainsi interpellé par Dagobert était un émigré français enrôlé par les Bourbons d’Espagne : Henri de la Haye, chevalier, comte de Saint-Hilaire, issu d’une très ancienne famille de Haute-Bretagne, près de Vitré, qui blasonnait d’argent au lion de sable et avait pour devise Epargne le petit et ne craint pas le grand ... tout un programme !
Son neveu, Louis-Joseph-Benigne de la Haye, chevalier, comte de Saint-Hilaire était sous-lieutenant au régiment de Penthièvre-infanterie en 1785. Il fut l’organisateur des premières bandes de chouans pendant la Révolution puis colonnel d’un régiment de hussards des armées « catholiques et royales » de l’Ouest, passé en Angleterre en janvier 1793, envoyé par les Princes en Vendée, il rejoignit l’armée vendéenne au passage de la Loire, le 18 octobre, pour la fameuse « Virée de Galerne ». Blessé à Savenay, en protégeant la retraite, réfugié en forêt du Gavre, il se rétablit et prit le commandement de la division royaliste de la Guerche de 1794 à 1796.

Courrier des Princes dans les départements insurgés, prisonnier des « Bleus », évadé de la Tour-Lebât à Rennes, il fut fait prisonnier par les Anglais sur le corsaire malouin « Le Furet » en voulant passer en Espagne où il avait accepté une commission de capitaine à la suite d’un désaccord avec le comte de la Puisaye.

Il fut échangé après 6 mois de captivité sur les pontons d’Angleterre à la demande d’Henri de la Haye, chevalier de Saint-Hilaire, son oncle, lieutenant général en Espagne, celui-là même qui défendait la place d’Urgel assiégée par le général Dagobert, en ce 9 avril 1794.
Ainsi, le hasard de la guerre mettait en présence deux vieilles familles normande et bretonne, l’une ralliée à la Révolution, l’autre fidèle à son Roi et à sa Foi. Et le plus étonnant, c’est que le neveu du général, comte de Saint-Hilaire, avait fait partie des Armées Catholiques et Royales combattues par un modeste garde national, François-Gilles Dagobert, cousin du général qui assiégeait l’oncle en Espagne !
Mais, François-Gilles Dagobert survivra à cette guerre civile alors que Luc-Siméon Auguste va bientôt mourir sur l’ordre du général espagnol, émigré français, comte de la Haye Saint-Hilaire. Le général-comte connaissait donc bien son adversaire de même que ses prestigieux états de service dans les armées royales, pendant la guerre de Sept Ans, puis en Corse et en Italie. Il savait que la famille Dagobert, vieille famille autrefois huguenote, avait fait parlé d’elle à la cour de Louis XIV et de Louis XV où l’on connaissait ses origines et son franc-parler. Un oncle du général, Hector Dagobert de Boisfontaine, avait tué en duel le marquis de Saint-Vallier qui lui avait fait des remarques désobligeantes sur sa famille. Hector, un grand gaillard de plus de six pieds s’était alors enfui en Prusse où il était devenu officier dans la garde personnelle du roi Frédéric-le-Grand, l’ami de Voltaire. C’est sous le nom de comte de Saint Germain qu’il réapparaîtra à la Cour de Louis XV en 1750.
C’est pourquoi, le général-comte avait écrit quelques jours auparavant à Dagobert pour lui rappeler ses nobles origines et lui demander d’émigrer, de renoncer à commander ce qui n’était pour lui qu’une armée de va-nu-pieds, de sans-culotte, de sans Dieu, ivre de sang et de vengeance !
Et puis, il savait plus qu’un autre que le dessein du général Dagobert était d’envahir l’Espagne et de renverser les Bourbons : l’abbé Bigou l’avait parfaitement informé, ce curé de Rennes-le-Château qui avait émigré en 1792, refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé et détenteur des secrets de la Marquise de Hautpoul consignés dans les parchemins cachés dans le pilier wisigothique de l’église Sainte-Madeleine à Rennes-le-Château ou le balustre du chœur, on ne sait trop.
Le général Dagobert n’avait pas répondu à la lettre de Saint-Hilaire : il l’avait froissée et mise dans sa poche sans même la lire quelques jours avant de lancer son attaque sur Montella puis sur Urgel afin d’en finir avec les traîtres français. Saint-Hilaire se sentit perdu. Il fit soudoyer un cuisinier catalan de l’armée de Cerdagne qui empoisonna la nourriture du général Dagobert, le jour de l’attaque sur Montella. Son forfait accompli, le misérable s’empressa de disparaître avant que le poison produise son effet ; c’est pourquoi, le général Charlet trouva son supérieur en proie à de vives souffrances au pont de Bar. Lorsque Saint-Hilaire reçu la sommation de Dagobert qui était devant Urgel avec sa troupe, il répondit en ces termes :
Le général espagnol répond au général français qu’il ne craint pas plus ses ennemis, qu’il n’est intimidé par leurs menaces.

De la part du général espagnol, son aide de camp, Tord.
Ce misérable parachevait sa traîtrise en se qualifiant lui-même de général espagnol. Malgré cela, les Français investirent la ville où ils restèrent une trentaine d’heures. Ils brûlèrent la maison où avait logé Saint-Hilaire, assassin de leur général.
Un autre émigré français, Louis de Marcillac, décrira à sa manière l’occupation de la ville par les soldats de Dagobert dans un livre paru peu après la Révolution sur l’histoire de la guerre entre la France et l’Espagne.
Pendant trente heures que les Français restèrent à Seu-d’Urgel, ils commirent toutes les profanations et pillages dont étaient capables des soldats aussi impies que féroces et insubordonnés. Ils brûlèrent la maison où avait logé le général espagnol (Saint Hilaire) et en abattirent plusieurs autres. Les vases sacrés des églises furent pillés, les hosties foulées aux pieds et il n’est sorte de profanation qui ne fut commise par ces vandales effrénés. Dagobert mit une imposition de cent milles livres par habitant, et comme ils étaient incapables de payer cette somme en se retirant d’Urgel, il emmena les principaux d’entre eux, les faisant attacher quatre par quatre, crainte d’être poursuivi par les paysans, il détruisit les ponts de Bar et d’Arsegel.
La vérité était différente de celle de ce royaliste à la solde des Bourbons d’Espagne que Napoléon tentera lui aussi de renverser 14 ans plus tard en 1808. En effet, le général Dagobert après le refus de Saint-Hilaire de se rendre, se rabattit effectivement sur la ville qui fut occupée par ses troupes dans l’espoir d’assiéger tranquillement la forteresse où s’était réfugié le traître Saint-Hilaire. Mais sentant son mal empirer, au risque de mourir sous le regard de son ennemi, il ordonna la retraite qui commença dans l’après-midi du 12 avril.
Seulement, nos soldats exaspérés par la fatigue et l’inquiétude que leur donnait la maladie de leur général qu’ils voyaient mourant sous leurs yeux, achevèrent de disperser à coups de fusils tous les rassemblements suspects qu’ils voyaient se former dans la montagne. De même, ils pillèrent et incendièrent tout ce qu’ils rencontrèrent sur leur passage.
Ce fut donc au bruit des armes, à la lueur des incendies qui attestaient la vengeance de ses soldats partout où ils passaient, que porté par eux sur une litière, entouré des plus touchants témoignages d’amour et de regrets, le glorieux agonisant remonta cette Cerdagne qu’il avait si souvent parcourue en vainqueur. Comme les héros de l’An II, ils ne savaient que ce qu’on leur avait appris :
Le mal, la peine, la loi de mort, mêlée avec la loi de haine.
C’est pourquoi, nourris d’enseignements et d’exemples mauvais que leur avait donné, une fois de plus, un traître à la solde des tyrans, ils frappèrent, versèrent le sang, incendièrent ...
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