Histoire d’une famille et d’une chanson





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Chapitre six

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ROYALISTES ET "GRAND MONARQUE"
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Au cours de mon voyage dans le Languedoc et les Pyrénées sur le théâtre des recherches et des exploits du général Dagobert, j'avais donc visité Rennes-le-Château, haut lieu du mystère et de la franc-maçonnerie, gardienne d'un fabuleux trésor venant du Temple de Salomon lors de la destruction de Jérusalem en 70 de notre ère sous le règne de Titus.
Un historien romain, Flavius Josèphe, rapporta l'événement ajoutant que le butin que firent les Romains fut si grand que l'or ne se vendait ensuite en Syrie que la moitié de ce qu'il valait auparavant.
L'empereur Titus rapporta cependant les plus belles pièces de ce trésor dans la Ville Eternelle et Flavius Josèphe ajouta :
Parmi la grande quantité de dépouilles, les plus remarquables étaient celles qui avaient été prises dans le Temple de Jérusalem, la table d'or, qui pesait plusieurs talents et le chandelier d'or fait avec tant d'art pour le rendre propre à l'usage auquel il était destiné…
D'ailleurs, à Rome, de nos jours encore il est toujours possible de voir la représentation de ce triomphe sur des bas reliefs où l'artiste a sculpté la Menorah et la table portée par un esclave et des soldats.
Le 24 août 410, le roi Wisigoth Alaric, à son tour triompha de Rome en pleine décadence et s'empara du Trésor du Temple de Salomon. Après la mort d'Alaric l'Ancien, son beau-frère Ataulf prit le pouvoir, franchit les Alpes et occupa le sud de la Gaule jusqu'à la Loire.
Son successeur Wallia établit la capitale du nouveau royaume à Toulouse où il déposa le trésor ou plutôt les trésors dont celui du Temple de Salomon.
En 507, Clovis nouveau roi des Francs, écrasa les Wisigoths à Vouillé près de Poitiers et tua de ses propres mains le roi Alaric II. Il s'empara de Toulouse et la capitale du royaume fut transférée à Carcassonne que Clovis assiégea en 508.
Les Francs, écrit l'historien Procope, investirent la ville de Carcassonne ayant entendu dire qu'elle renfermait les richesses impériales qu'Alaric l'Ancien avait emportées lorsqu'il eut pris la ville de Rome. Parmi ces richesses se trouvait, dit-on, une bonne partie du trésor de Salomon.
Mais, les Ostrogoths d'Italie étant venus au secours des Wisigoths, Clovis dut lever le siège pour faire celui de Narbonne qu'il investit. Ainsi, après la prise de Narbonne par les Francs, les Wisigoths ne possédaient plus qu'un réduit, la Septimanie, simple province de l'Espagne wisigothique dont Tolède était devenue la capitale. Et, dans cette province ne restaient que deux villes fortifiées : Carcassonne, ville frontière continuellement menacée et Rhedae, l'actuelle Rennes-le-Château.
A partir de cette date, on ignore où fut caché le trésor du Temple de Salomon et c'est pourquoi il fut supposé qu'il ait été mis en sûreté dans la partie la moins vulnérable de la Septimanie, c'est-à-dire le Razès, dans l'actuel département de l'Aude.
Dès lors, l'imagination pouvait faire le reste d'autant plus que la légende d'Hiram, l'Architecte du Temple de Salomon, pierre symbolique de la franc-maçonnerie coïncidait parfaitement avec cette histoire de trésor, de même que l'existence de nombreuses loges avant la Révolution dont celle des "Commandeurs du Temple".
Il est incontestable que l'or, l'argent, la richesse ont de tous temps été le nerf de la guerre et derrière les plus belles causes se cache toujours cette impérieuse nécessité.
Le Grand-Orient dont faisait partie le général Dagobert, même s'il ne fut pas à proprement parler inspirateur de la Révolution, y avait malgré tout contribué ne serait-ce que par les idéaux d'égalité et de tolérance qu'il avait largement propagés dans les loges. Et, comme pour les partis politiques de notre époque, il lui fallait des moyens financiers pour continuer l'œuvre entreprise. C'est pourquoi, les révélations du général Dagobert à propos de ses origines et de ses relations avec les francs-maçons du Languedoc-Roussillon furent certainement fort bien accueillies. Imaginons que l'adhérent d'un grand parti politique actuel soit venu révéler au secrétaire général qu'il connaît la cachette d'un fabuleux trésor à la veille des élections présidentielles : je suis bien prêt à parier que celui-ci serait pourvu d'un poste très important si cette confidence s'avérait exacte et permettait la victoire de ce parti grâce au pactole ainsi tombé du ciel ou remonté des entrailles de la terre !
C'est bien probablement ainsi que les choses se sont passées pour le général Dagobert : instruit par la tradition familiale sur ses origines, ulcéré de n'avoir pas réussi une belle carrière malgré sa bravoure parce que les Bourbons ne reconnaissaient pas sa famille comme d'ancienne noblesse, il souscrivit aux idéaux d'égalité du Grand-Orient puis à la Révolution.

Il épousa une jeune fille du Languedoc dont la famille était, elle aussi, hostile aux Bourbons par tradition ; les Bourbons se disaient descendre des Capétiens, donc de ces barons du Nord qui mirent le pays à feu et à sang au Moyen-âge. Elle se souvenait de l'Inquisition, des bûchers de Montségur et de la destruction des forteresses des seigneurs cathares, ses ancêtres. Son mari n'était pas en reste et remontait même plus loin dans son aversion de la monarchie absolue puisqu'elle datait des Carolingiens ou plutôt de Pépin le Bref qui, selon la même tradition familiale, avait cloîtré son ancêtre Thierry, fils du dernier roi mérovingien, Childéric III, au monastère de Fontenelle fondé par Saint Wandrille, ancien ministre du roi Dagobert.
C'est sans doute pour cette raison d'ailleurs qu'il avait pris le nom de Fontenille, contraction de Fontenelle et de Wandrille, nom d'un petit fief près de Carentan lui venant de sa mère alors que tous les aînés de la famille Dagobert prenaient le nom de Groucy, celui du manoir familial.
Et puis, il n'avait pas oublié que son arrière-grand-père était protestant comme toute sa famille à la Chapelle-Enjuger depuis le début de la Réforme au XVIe siècle, pas plus qu'il n'avait oublié la Saint-Barthélémy, la Révocation de l'Edit de Nantes et les dragonnades dont les dernières, sous Louis XV, étaient encore fraîches dans les mémoires ainsi que l'Affaire Calas à Toulouse, haut-lieu du catharisme autrefois.
Alors, pensa-t'il, quelle occasion unique de détrôner cette famille royale, de la "faire néant" à son tour et ceci avec d'autant plus de plaisir que c'était un Bourbon, Philippe d'Orléans, qui était le premier Grand-Maître du Grand Orient, cousin du roi Louis XVI, député à la Convention nationale ! On est jamais trahi que par les siens !
Voici donc pourquoi, dès 1780, après son mariage, il n'hésita pas à livrer les secrets de Rennes-le-Château au Grand Orient ce qui permettra plus tard à la Convention d'empêcher les puissances étrangères d'envahir la France et de remettre les Bourbons sur le trône en finançant une armée patriotique.
On a vu comment, un instant décontenancé par la mort soudaine du général Dagobert, le Grand-Orient lui avait trouvé un remplaçant en la personne de Bonaparte. Mais celui-ci, devenu empereur, avait été saisi à son tour par le vertige du pouvoir ; plutôt que de poursuivre l'œuvre entreprise, donner la liberté aux Français, il voulut lui-même fonder une dynastie. Sa chute fut dès lors inévitable et c'est Talleyrand qui limitera les dégâts en laissant revenir sur le trône les deux frères de Louis XVI sachant pertinemment qu'ils seraient chassés à leur tour par le peuple français définitivement allergique aux Bourbons, sauf quelques irréductibles "chouans" entretenus dans leur erreur par les hobereaux de l'Ouest, plus particulièrement en Vendée.
Au prix de cette concession apparente, la France conservera ses frontières de 1793, "le Rhin, les Alpes, les Pyrénées" avait dit Talleyrand à Alexandre.
Ainsi, le temps avait passé sur le Razès et la Révolution n'était plus qu'un souvenir. La famille Dagobert de Normandie était éteinte avec la mort du général qui n'avait eu que deux filles avec la charmante Jacquette Pailhoux de Cascastel. Ses deux filles se marièrent avec des notables normands qui à la Restauration firent valoir leurs droits pour être indemnisés sur le "Milliard des Emigrés", car Charles Dagobert de Groucy, le frère cadet du général, avait été porté sur la liste des proscrits en 1792. En réalité, il s'agissait d'une erreur puisque son frère était général de la Convention. Cela explique sans doute les difficultés des filles du général avec le gouvernement de Louis XVIII surtout en ce qui concerne les pérégrinations des cendres du général Dagobert de Montlouis à Perpignan.
A la chute de Charle X en 1830, ce fut Louis Philippe qui devint roi des Français ou roi-citoyen, le fils du "régicide" Philippe d'Orléans, premier Grand-Maître du Grand-Orient. Celui-ci entreprit au début de son règne, une politique plus libérale et plus conforme aux idéaux des "Grands Ancêtres". Pour marquer sa bonne volonté, il fit donc achever l'Arc de Triomphe commencé par Napoléon en 1806 en l'honneur de la seule Grande Armée et il le consacra à la gloire des armées françaises, y compris celles de la Révolution, celles des "Cousins de l'An II" dont le nom se trouve gravé sur le monument, ce qui permet au Dagobert que je suis, d'associer les mérites de mon arrière arrière grand-père François-Gilles à la gloire du prestigieux général franc-maçon, son lointain cousin. Que l'on me pardonne ce petit sentiment d'orgueil qui compense les désagréments que m'avaient apportés la "Chanson du roi Dagobert" dont je n'ai pas encore dévoilé l'origine…
Mais patience !
Louis-Philippe 1er, le roi-citoyen, avait aussi gardé le drapeau tricolore de la Révolution et de l'Empire. Mais, il devint bien vite un roi-bourgeois, puis un roi tout court avec les sentiments absolutistes qu'ils ne pouvaient cacher plus longtemps, ceux des Bourbons. Si bien qu'en 1848, à la suite des Trois-Affreuses, les Français le prieront d'aller finir ses jours en Angleterre lui et sa maudite famille, 18 ans après ces "Trois Glorieuses" journées de 1830 qui avaient vu le départ de Charles X, dernier Bourbon en ligne directe.
La République allait-elle enfin triompher ? Elle fut en tout cas proclamée. Mais, un petit-neveu de Napoléon attendait avec impatience le moment d'agir. C'était un comploteur-né qui voulait profiter du prestige de l'empereur devenu le martyr de Sainte-Hélène : Louis-Napoléon Bonaparte se fit élire premier président de la Seconde République au suffrage universel.
Comme l'a justement écrit, le duc de Castries, ce prince en exil, ce condamné politique, cet aventurier sans troupe devenu soudain chef de l'Etat, ne connaissant à peu près personne dans une France sans Bonapartiste, en était réduit à se faire indiquer par Thiers les ministres conservateurs. On se trouvait dans la situation la plus insolite de notre histoire et les meilleurs esprits déconcertés ne virent pas sur-le-champ où elle conduisait.
Bientôt, le Prince-Président leur ouvrit les yeux, il fit un coup d'Etat qui fut exécuté au petit matin du 2 décembre 1851, anniversaire d'Austerlitz !
La III République mourait de sa propre impuissance et une nouvelle fois les Français se remettaient entre les mains d'un "sauveur" …
Quel sauveur, grands dieux !


Le Deux Décembre suscita une abondante littérature et les pamphlets de Victor Hugo ont gardé, de nos jours mêmes, une puissante résonance. Le Second Empire fut l'apogée au XIXe siècle de ce que l'on appellerait maintenant le capitalisme sauvage : régime appuyé par une solide organisation préfectorale, une armature policière serrée, un contrôle sévère de la presse, une utilisation de la persuasion cléricale, toutes méthodes que ne désavouerait pas Pinochet, dictateur bien connu des Chiliens.
Mais, que devenait la famille Dagobert au cours de ces événements politiques importants qui marquèrent tout le XIXe siècle et le début du XXe jusqu'à la Grande Guerre ?
Nous l'avons vu, les Dagobert de Normandie n'avaient plus de descendance mâle, que deux filles dont une seule laissera postérité.
Il ne restait que François-Gilles, le garde national qui s'était remarié en 1807, l'année où l'empereur, "le Grand" et non pas "le petit" de Victor Hugo, avait décidé de chasser les Bourbons d'Espagne pour y installer un "roi Bonaparte".
Retraité des Douanes à 54 ans et assuré d'avoir des ressources suffisantes pour entretenir une famille, notre gaillard n'hésita pas à faire sept enfants à sa jeune femme ce qui était, même pour l'époque, une jolie performance ! Il maria tous ses enfants dont ses quatre fils et il mourut tout benoîtement en 1833 à l'âge de quatre vingt ans dans la petite maison qu'il avait acheté près de Nantes, à Nort-sur-Erdre.
Sa jeune femme était tailleuse d'habit (on ne disait pas couturière à cette époque), comme son père Louis Malgogne, le vieux Chouan de l'An II. C'est pourquoi, sans doute, leur plus jeune fils né en 1817 prit-il le métier de son grand-père maternel.

C'était un bel homme, mon arrière-grand-père, Pierre-François, d'une taille peu commune puisque mon père m'avait dit qu'il mesurait près d'un mètre quatre vingt dix ! Sans doute fit-il le "Tour de France" comme Compagnon et, au cours de ses pérégrinations, il fit la connaissance de la fille d'un pêcheur de Pornic, Anne-Marie Caillaud.

Il l'épousa et s'installa à Pornic en 1845 au 7, Grand-Rue comme "maître tailleur". Lui-même eut neuf enfants nés entre 1848 et 1860 dont mon grand-père Jean Marie qui servit de modèle à Evariste Luminais, peintre académique, pour son tableau « le Dernier Mérovingien » qui est exposé au musée des Beaux Arts de Carcassonne depuis la fin du XIXe siècle.
C'étaient donc de bien modestes français vivant à une époque pour le moins difficile où la République était combattue à la fois par les Royalistes et les Bonapartistes, ce qui les incita à ne pas se faire remarquer pour leurs opinions.
Il est curieux de constater que de nos jours, les choses n'ont guère évoluées. Certes, nous sommes en République, la Vème du nom, mais elle reste toujours critiquée à défaut d'être renversée par ce que l'on appelle "droite et extrême-droite" qui rêve, plus ou moins, de tordre le cou à la "gueuse"… La démocratie est un régime fragile et trop d'exploiteurs et de privilégiés profitent de la liberté qu'elle nous donne.
A l'époque de mon arrière-grand-père, Napoléon représentait l'extrême droite nationaliste et ultra-catholique. Quant à la droite, les Royalistes, elle était partagée entre les Orléanistes et les Légitimistes, c'est-à-dire deux branches de la famille Bourbon, l'une pour une monarchie constitutionnelle, l'autre pour le retour pur et simple à l'Ancien Régime, à la Monarchie absolue.
Les Républicains, quant à eux, étaient les héritiers des Jacobins partisans d'une République laïque et libérale que l'on appellera bientôt la Gauche. Mais, il fallait un certain courage voici seulement cent ans, même en France, pour protester contre l'injustice et l'arbitraire. Il n'y avait toujours qu'une seule loi pour ceux qui n'avait pas de fortune, celle du travail et du silence.
Aussi, se gardaient-ils bien les Dagobert du XIXe siècle et de ce début du XXe siècle de parler des exploits des "Cousins de l'An II" : pour vivre heureux, vivons cachés, telle fut leur seule philosophie. C'est pourquoi nul n'entendra parler d'eux, pas plus que du général, même s'ils étaient parfois excédés d'être brocardés à cause d'une chanson satirique qui devenait à ce point populaire qu'elle faisait partie désormais du répertoire des rondes enfantines et du folklore national de la France.
Ce furent donc de petits bourgeois sans histoire plus soucieux de tranquillité et de respectabilité que de gloire et d'honneurs, oublieux de leur appartenance à une vieille famille qui avait fait preuve depuis des siècles d'une certaine continuité dans son ouverture d'esprit aux idées nouvelles, qu'elles soient religieuses, philosophiques ou politiques. Sans autre ambition donc, que d'éviter les ennuis et les sarcasmes en vivant sans ostentation, ils se soucièrent beaucoup plus, j'allais écrire beaucoup trop, de ne pas être la cible des gens malintentionnés plutôt que de connaître la véritable origine de ces couplets burlesques n'ayant en apparence aucune signification politique ou historique, hormis celle d'attirer sur eux une attention dont il voulait se passer à tout prix.
On a vu dans le premier chapitre que cet état d'esprit ne me convenait guère. J'aime aller au fond des choses, connaître le "pourquoi" et le "comment" et cette affaire de diffamations dont je fus victime, à cause principalement de mon nom, fut pour moi un détonateur qui m'a permis de renouer avec une tradition familiale vieille, sans doute, de plus d'un millénaire.
De retour de ce voyage où j'avais glané tant de renseignements et mesuré tous les efforts qu'il y avait encore à faire pour conserver les conquêtes de la Révolution dans l'application des Droits de l'Homme, je pris contact avec ce fameux Cercle Saint-Dagobert II dont j'avais eu connaissance à Rennes-le-Château avec l'abondante bibliographie dont j'ai déjà parlé.
J'ai donc ainsi appris qu'il y avait un prétendant mérovingien au trône de France, un certain Plantard de Saint-Clair, comte de Rhedae dont la généalogie est imprimée dans un ouvrage intitulé "Rois et Gouvernants de France" par Louis Vazart, 1964, hors commerce. Cette généalogie est tirée, paraît-il, des fameux manuscrits de la marquise de Hautpoul, cachés par l'abbé Bigou, retrouvés par l'abbé Saunière et maintenant en dépôt à Londres et naturellement toujours invisibles…
Le moins que l'on puisse dire, c'est ce que cette prétendue généalogie est hautement fantaisiste, d'abord pour une raison simple, c'est que le roi Dagobert II, petit-fils de Dagobert 1er, assassiné en 679 n'a pas eu de descendance mâle puisque son fils unique Sigebert est mort un an avant son père, accidentellement.
J'aurais pu en rester là si, curieusement, cette prétendue filiation ne faisait état d'alliances avec Elisande de Gisors, Richard de Carrouge et Marie de Saint-Clair, descendante du premier duc de Normandie, Rollon. Ce serait donc Sigebert IV, fils de Dagobert II, cru mort, dit le "Plantard", c'est-à-dire le "Rejeton Ardent" qui se serait réfugié après l'assassinat de son père, à Rennes-le-Château d'où était originaire sa mère Giselis, seconde femme de Dagobert II. Sigebert aurait épousé Magdala, descendante de Madeleine (la femme du Christ), fille du roi wisigoth Wamba. Puis, par une descendance couvrant la période de 651 à 1243, voici que nos "Plant-Ard" se retrouvent en Normandie, tout comme les vrais Dagobert, et s'allient aux descendants des Vikings !
Enfin, pour couronner le tout, exactement comme les Dagobert normands, les "Plant-Ard" eurent leur château brûlé et leurs archives détruites, non pas par les ligueurs le 10 juin 1574, près de Saint-Lô mais par les sbires de Mazarin, en 1659, lequel craignait de voir resurgir le roi-perdu, empêchant l'avènement de Louis XIV son protégé et peut être fils bien aimé…
Tant et si bien que nos "Plant-Ard" devinrent plus prosaïquement des Plantard simples laboureurs du Nivernais au patronyme archi-courant dans toute la France (le château de Barbarie se trouvait situé dans cette province, paraît-il) dont descend notre comte de Rhedae, concurrent du Comte de Paris et du duc d'Anjou en sa qualité de descendant des Mérovingiens, rois de la première dynastie.
On peut se demander par conséquent, si les manuscrits de la Marquise de Hautpoul, soigneusement cachés par l'abbé Bigou et révélés aux Bourbons d'Espagne pendant la campagne des Pyrénées Orientales en 1793-1794 n'étaient pas les doubles ou les copies de ceux du chartrier des Dagobert brûlés en 1574 lors de l'expédition punitive des Ligueurs et mentionnés par la descendante du général dans ses "Notes et histoire de la Famille Dagobert". Ceci est d'autant plus plausible que ces manuscrits mystérieux restent toujours invisibles depuis leur découverte par l'abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château en 1891.
Pourtant, au chapitre IV d'un ouvrage de Louis Vazart intitulé "Dagobert II et le mystère de la cité royale de Stenay", on peut lire :
N'oublions pas que ces parchemins, portant ce sceau (celui de Blanche de Castille) furent découverts en 1891 par Bérenger Saunière dans la petite église de Rennes-le-Château. Ceux-ci disparurent jusqu'en 1955, date où il existe un acte notarié, enregistré au consulat de France à Londres, nous précisant que les documents étaient en possession de Madame James, nièce de l'abbé Saunière et héritière de celui-ci.
Ce manuscrit capital, daté de 1244, mentionne la généalogie des comtes de Rhedae comme étant descendants de Sigebert IV, fils de Dagobert II !
Jean-Pierre Deloux, dans sa passionnante revue (Rennes-le-Château, capitale de la France secrète - éditions Atlas 1982) affirme que le parchemin de la reine Blanche de Castille fut donné en échange de la reddition de la citadelle de Montségur.
Suivent, pages 040 et 041 du même ouvrage, des photocopies d'actes notariés datés du 5 octobre 1955 et du 23 juillet 1956, voici donc plus de trente ans! Alors, puisque les preuves de cette généalogie existent, pourquoi ne pas les montrer ?
Louis Vazart est le président du Cercle Saint Dagobert II, une association loi 1901, fort sympathique au demeurant dont les buts sont, selon les statuts, de promouvoir la connaissance de l'histoire mérovingienne, perpétuer le souvenir de Dagobert II (pourquoi lui, plus que Dagobert 1er autrement plus célèbre ?) d'étudier les différents hauts lieux se rattachant à cette histoire et de développer l'éveil et l'esprit initiatique de ses membres par la suggestion d'un travail personnel.
Je m'employais donc à cette tâche compte tenu des nombreuses recherches que j'avais faites et des nombreux documents que j'avais réunis et c'est pourquoi j'écrivis le 28 juin 1987 une lettre de mise au point à la suite d'un article paru dans le bulletin trimestriel n° 19 :
Cher Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le dernier bulletin n° 19 édité par le Cercle et particulièrement l'étude sur les Mérovingiens, de Paul Guisan.
Permettez-moi de vous dire en toute amitié que je ne suis pas du tout d'accord sur plusieurs points de cette étude :
1) C'est Pépin d'Héristal qui a donné l'ordre d'assassiner Dagobert II et non pas Pépin le Gros ( ?) encore moins Grimoald, maire du palais d'Austrasie.
2) Il n'y a aucune preuve de la survivance de Sigebert IV, pas plus que de l'existence de Béra II et de Sigebert VI.
3) Godefroy de Bouillon ne fut jamais Roi de Jérusalem mais seulement avoué du Saint Sépulcre. En outre, c'est l'Archevêque de Pise, Dagobert qui fut nommé patriarche de Jérusalem et revendiqua le titre de roi après la mort de Godefroy de Bouillon. Cette revendication entraîna un conflit avec Baudouin, le frère de Godefroy, le patriarche fut accusé de simonie et expulsé "manu militari" de son église.
Il revint à Rome en compagnie de Bohémond et obtint du pape Pascal II (ami de la comtesse Mathilde) une lettre le disculpant de ces accusations et le confirmant dans son titre). Il mourut subitement (lui aussi, le pauvre !) à Messine en retournant à Jérusalem pour rentrer en possession des droits qu'il estimait légitimes.
Le patriarche Dagobert était d'origine normande, descendant des chevaliers proches de Guillaume le Conquérant, tel que Tancrède de Hauteville dont les fils fondèrent le royaume des Deux-Siciles.
La famille Dagobert de Normandie dont je suis issu, était originaire de cette province avant l'arrivée des Vikings et bien des indices laissent supposer que celle-ci descendait effectivement des Mérovingiens de Neustrie, seuls survivants de cette dynastie puisque celle d'Austrasie est éteinte depuis la mort de Saint-Dagobert II dont vous étudiez si bien l'histoire.
De même, j'étudie l'histoire de cette famille normande dont le général Dagobert (1736-1794) fut le plus connu et dont la biographie a fait l'objet de plusieurs ouvrages.
Or, il s'avère que ce général a été mêlé de très près aux recherches dans les mines de l'Aude à partir de 1782 jusqu'à la Révolution après la mort de la marquise de Hautpoul laquelle était apparentée par les Voisins avec la femme du général Dagobert, Jacquette Pailhoux de Cascastel.
D'autre part, le général Dagobert, franc-maçon, fut très proche de Sieyès, lui-même membre de la Loge des Neufsoeurs à l'Orient de Paris et de toute évidence sa mort soudaine à Puycerda, le 18 avril 1794, a été déterminante pour la carrière de Bonaparte.
J'ai commencé la rédaction d'un livre comprenant trois parties. Vous trouverez ci-joint, les photocopies de quelques pages.
Ceci étant, loin de moi l'idée saugrenue de prétendre à une quelconque revendication "monarchiste" comme cela semble à la mode depuis quelque temps. Pour ma part, comme mon père et mes aïeux depuis la Révolution, je reste sincèrement attaché au régime démocratique qui est le nôtre et je trouve dérisoires, voire ridicules certains écrits et ouvrages apparaissant deci delà, plus encore dans notre pays de l'Ouest si sensibilisés par les Guerres de Vendée et la Chouannerie.
Aussi, que Monsieur Plantard affirme sans la moindre preuve qu'il descend des Mérovingiens me semble particulièrement cocasse et je trouve un peu dommage qu'un cercle aussi sympathique que le vôtre se fasse l'écho de telles balivernes.
J'espère avoir prochainement l'occasion d'aller à Paris…
Cette lettre est parue intégralement dans le n° 20 du bulletin trimestriel et la réponse ne s'est pas fait attendre puisque dans le n° 21, paraissait un article intitulé pompeusement "mise au point de Monsieur Pierre Plantard de Saint Clair".
En vertu de droit de réponse dont je croyais bénéficier, je répondis à cet article par une lettre, le 29 juin 1987, confirmant les termes de la première, appuyés non par des élucubrations fumeuses mais par des documents authentiques tels que ceux des archives municipales ou départementales de la Manche, de l'Aude et des Pyrénées Orientales. J'ajoutais :
Il n'y a donc de ma part aucune tromperie, pas plus que je ne revendique le moindre "trésor" ni la moindre "couronne" ce que semble craindre l'illustre descendant de Jésus Christ ! (Enigme Sacrée Henri Lincoln, pages 366-367).
Bien entendu, le Cercle Saint Dagobert II ne daigna pas publier ma propre mise au point. Mais, en mai 1988 Gérard de Sède, journaliste écrivain publiait chez Robert Laffont un nouvel ouvrage sur Rennes-le-Château sous le titre "le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses".
J'avais écrit à plusieurs reprises à Gérard de Sède, de même que j'avais adressé un premier manuscrit sur l'histoire de la famille Dagobert aux éditions Robert Laffont par l'intermédiaire de Max Gallo. Je fus donc très agréablement surpris du "retournement" de cet auteur qui semble enfin avoir compris que le pseudo-descendant de Saint-Dagobert II n'est qu'un fumiste, ce que l'on peut lire sous sa plume dans la deuxième partie de ce livre : impostures et phantasmes.
Alors à quoi bon toute cette mascarade sur l'affaire de Rennes-le-Château ?
Il me semble que j'avais vu assez juste dans le manuscrit précité adressé aux éditions Robert Laffont puisque j'écrivais, page 71 :
Napoléon qui chaussa pour ainsi dire les bottes du général Dagobert a-t-il aussi puisé dans le trésor de Rennes-le-Château ? C'est un point d'histoire qui mériterait d'être étudié, car cela semble probable.
Quoiqu'il en soit, ce n'est qu'en 1885 (ou 1891 ?) que les parchemins de la marquise de Hautpoul cachés dans le pilier wisigothique (ou le balustre) par l'abbé Bigou furent découverts par Saunière et celui-ci compris rapidement tout le parti qu'il pourrait tirer de ces manuscrits.
Sachant qu'il n'y avait plus d'héritiers capables de déchiffrer ces documents, il entreprit de manipuler certains milieux monarchistes proches des Habsbourg, descendants des ducs de Lorraine.
Il put ainsi s'assurer la fortune car il savait bien que le trésor était depuis longtemps épuisé. C'est en se servant du magot personnel caché par l'abbé Bigou avant son exil qu'il put faire croire à la découverte du fabuleux trésor.
Son coup de génie fut aussi d'utiliser le prieuré de Sion qui revendiquait, comme les autres, l'héritage des Templiers en ce XIXe siècle romantique friand d'ésotérisme, d'hermétisme et d'occultisme.
Enfin, et surtout, certains soi-disant Grands Maîtres de ce "Prieuré de Sion" étaient intéressés à faire croire à une généalogie prouvant la descendance de Dagobert II parmi les descendants des Seigneurs de Rennes-le-Château, l'antique Rhedae wisigothique.
Il ne lui restait plus qu'à monter le décor et ce fut en soignant les aménagements intérieurs de son église qu'il réalise un chef d'œuvre à l'usage de ses dupes qui lui versèrent beaucoup d'argent pour poursuivre ses "recherches".
Dans son dernier livre, Gérard de Sède abonde tout à fait dans ce sens dans le chapitre "les hypothèses" qu'il conclut ainsi :
L'on peut, au demeurant, se demander à bon droit quel mobile anime les propagateurs de cette fable à la fois grossière et savante (celle de la descendance de Dagobert II) nourrie de faux documents depuis plus de vingt ans, le goût de la mystification gratuite serait une réponse un peu courte : on ne se donne point tant de peine pour le seul plaisir de monter un gigantesque canular.
En revanche, si l'on examine les choses de près, on constate que le thème central des apocryphes est celui des documents généalogiques secrets dont la divulgation fait apparaître un prétendant inattendu. En somme donc, le roman mérovingien est une transposition, une parodie de l'affaire telle qu'elle s'est déroulée dans les années 1900 si notre hypothèse est exacte. En effet, dans le roman mérovingien, Dagobert II assassiné, remplace Louis XVI, son fils Sigebert cru mort, mais nous dit-on, rescapé, remplace Louis XVII et les prétentions prêtées par les auteurs des apocryphes à Pierre Plantard remplacent celle de Charles-Guillaume Naundorff.
Dès lors tout se passe comme si, dans ce langage dont le code n'est guère difficile à percer, certaines personnes en avertissaient d'autres, leur disant de façon voilée à peu près ceci :

Prenez garde car nous savons très exactement de quelle nature étaient les faux documents négociés par Saunière auprès des Habsbourg qui fermèrent les yeux sur ce trafic et pourquoi. Qui, enfin furent ceux à qui l'abbé fut contraint d'en verser en partie les bénéfices.
Il faut croire qu'il existe encore des gens, voire des institutions que peut inquiéter ce discret chantage et que celui-ci est profitable à ceux qui l'exercent.
En même temps, la fable mérovingienne offre l'avantage de faire diversion et, tout comme la cape détourne le taureau, de lancer dans de fausses directions les amateurs de romanesques, profanes qui n'ont pas à connaître le dessous des cartes.
Ce qui est le plus curieux dans cette fable mérovingienne, c'est qu'elle est construite à partir de documents et de faits bien réels car les révélations de la Marquise de Hautpoul à l'abbé Bigou et le dépôt des manuscrits dans l'église de Rennes-le-Château sont des réalités historiques. Mais, celui qui pensait en être le principal bénéficiaire, c'est-à-dire Pierre Plantard, n'avait pas songé un seul instant qu'il puisse exister des descendants de la famille Dagobert pouvant revendiquer une origine mérovingienne authentique, d'une manière désintéressée, sans autre ambition que de découvrir la vérité sur l'origine d'une chanson et connaître leurs ancêtres comme le fait n'importe quel généalogiste.
Le général Dagobert, acteur de la Révolution qui était appelé à jouer un rôle politique dans le cadre de la franc-maçonnerie, étant mort sans postérité mâle, le "rejeton ardent" ne pouvait évidemment pas supposer que les obscurs Dagobert de Vitré, puis de Nantes, appartenaient aussi à la même famille, eux-mêmes ne le sachant pas d'ailleurs et n'ayant rien fait pour le savoir jusqu'à ce jour.
Par contre, Pierre Plantard s'était intéressé de bonne heure à l'idéologie royaliste. Il fit ses premières armes en 1942 pendant l'Occupation dans l'Ordre Alpha Galatès et il édita un journal "Vaincre pour une jeune chevalerie". Ainsi, apparaît-il comme le partisan d'un retour au système féodal avec l'appui de l'église catholique romaine et traditionnelle représentée par les partisans de monseigneur Lefèbvre, les "Intégristes". Inutile de préciser quelles sont les idoles historiques de ces gens-là : Charles Martel, le vainqueur des Arabes à Poitiers qui sauva la civilisation occidentale, Charlemagne, le grand empereur germanique, Hugues Capet, Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine et "roi de Jérusalem", Jeanne d'Arc qui "entendit des voix" pour sauver la France, Louis XIII qui voua la France à la Saint Vierge pour la remercier de la naissance de son fils (après 23 années de mariage !) Louis XIV qui eut raison de l'Hérésie, enfin Louis XVI, le roi-martyr de l'hydre révolutionnaire.
Malheureusement, toutes ces images d'Epinal dont on abreuve les cerveaux de nos chères têtes blondes apparaissent un tantinet désuètes. Il faut trouver autre chose pour donner aux français l'envie de redevenir les humbles sujets du roi !
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