15ème Rendez-vous de l’histoire de Blois, 2012





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15ème Rendez-vous de l’histoire de Blois, 2012.

Les historiens et les mémoires de la guerre (d’indépendance) d’Algérie.

Dossier établi à partir de l’intervention de R. Branche, à l’invitation de l’APHG et de la présentation du film documentaire, Palestro, Algérie : histoire d’une embuscade, de Raphaëlle Branche et Rémi Lainé, France 2012, (adapté de l’ouvrage de Raphaëlle Branche l’embuscade de Palestro, Algérie 1956, Armand Collin, Paris, 201O), à Blois, par Christine Excoffier (APHG Aix-Marseille).

  1. Les historiens et la Mémoire de la guerre d’Algérie : documents présentés par R. Branche

Mémorial en Algérie et en France

En Algérie : Monument national des martyrs, Maqam-al-Châhid, (« flambeau des martyrs ») à Alger, érigé en 1982 pour le vingtième anniversaire de l’indépendance algérienne, par le président Chadli.

Ce monument est dressé sur une grande esplanade, faisant face à l’autre bout au musée de l’armée. A l’intérieur du monument se trouve une crypte circulaire, avec une roche, cœur de l’Algérie, censée être mouillée du sang des martyrs : lieu de commémoration, de recueillement et de ressourcement. Trois palmes se dressent, symbolisant les trois révolutions algériennes, agricole, industrielle et culturelle. Une statue est élevée au pied de chaque palme, les trois statues voulant symboliser, par la continuité monumentale, la continuité de l’histoire de l’Algérie et de son combat : en effet elle représente chacune un soldat,  celui de l’opposition à la conquête coloniale ; celui de ALN, Armée de Libération nationale, soldat de la lutte pour l’indépendance et de la Révolution algérienne ; celui de l’ANP, armée nationale populaire, armée de la République indépendante socialiste d’Algérie. Ainsi la Révolution algérienne est portée par le sang des martyrs et par une longue histoire de résistance à la colonisation.

Sous le monument se trouvait à l’origine un centre commercial qui n’existe plus actuellement correspondant à l’arrivée au pouvoir du président Chadli, successeur de Boumediene qui a ouvert l’Algérie au libéralisme économique.

Ce monument en l’honneur des martyrs peut permettre d’illustrer l’histoire officielle mise en place par l’Etat algérien, une histoire constitutionnelle écrite dès 1964, sélective et univoque. C ‘est un enjeu important car l’Etat algérien se bâtit sur la mémoire de la guerre d’indépendance. Les hommes qui prennent le pouvoir en 1962 sont les acteurs de cette guerre, comme dirigeants du FLN ou de l’ALN. Le FLN devient le parti unique, il bâtit sa légitimité sur la « captation » du souvenir de la Révolution.

Deux mythes fondateurs sont mis en avant, l’unanimité du peuple algérien contre les oppresseurs français (il faut donc gommer les divisions internes) et la lutte permanente des Algériens contre la colonisation, mais aussi le nombre des martyrs. Le nombre officiel des martyrs est fixé immédiatement à 1 million, et même dès 1963 1,5million dans la constitution de 1963. C’est un chiffre sacré, bien éloigné de toute réalité : on estime aujourd’hui entre 300 000 et 400 000 le nombre des victimes, sur une population de 8 millions d’Algériens, ce qui est considérable !

On peut aussi commenter le terme de « martyrs », terme qui renvoie à l’Islam. Cela a d’immenses échos dans l’Algérie contemporaine, mais aussi dans les années 1990, avec le FIS qui se réclamait d’un Islam et d’un patriotisme que le FLN aurait trahis.

Dans les années 1980 s’ouvrent en Algérie une période de crises qui divisent la société algérienne rompant avec le mythe de l’unanimité : le « printemps berbère » (1980), le soulèvement de la jeunesse (1988), amorcent un processus de libéralisation de la Mémoire et de l’écriture de l’histoire. Ce processus est interrompu par la violence extrême des années 1990 avec l’annulation des élections qui ont vu la victoire des islamistes en 1992, et la violente guerre civile qui a suivi, opposant les groupes islamistes à l’armée.

A partir de l’élection à la présidence de la République en 1999 du président Bouteflika est reprise la réhabilitation posthume des acteurs de la Révolution qui avaient été écartés ou oubliés (processus entamé par le président Chadli mais interrompu par la guerre civile). Cependant la réforme constitutionnelle de 2008 et la loi d’orientation maintiennent une histoire écrite de manière officielle. « L’Etat est le défenseur de la mémoire des combattants ». Au même moment deux organisations ont été créées, les enfants des combattants et les enfants des martyrs, qui avec les anciens combattants forment «  la famille révolutionnaire ». Au moment où l’ère des témoins se termine (avec la disparition progressive des différents acteurs), les  enfants prennent le relai, dans la continuité de la ligne historique officielle.

Se sont rajoutés depuis quelques années les notions de crime contre l’humanité et de génocide: la notion de crime contre l’humanité est apparue non pas à propos de la guerre de libération mais à propos du 8 mai 1945 et de la répression des émeutes de Sétif et de Guelma. C’est à propos du 8 mai 1945 qu’une fondation privée est créée en 1988-90 (fondation privée mais contrôlée par l’Etat) qui a pour but de faire reconnaître par l’Etat français le 8 mai 1945 comme crime contre l’humanité. Pour aller dans ce sens on rappelle qu’il y avait des « fours » à chaux dans la région de Sétif ! Le génocide se retrouve aussi en Algérie mais pour désigner la conquête et la colonisation. Ces thématiques sont présentes dans la presse et dans les manuels algériens.

En France : Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie, de 1952 à 1962, inauguré le 5 décembre 2002, quai Branly à Paris.

Ce mémorial est constitué de trois colonnes lumineuses alignées de 6m de haut. Chaque colonne présente un afficheur électronique qui permet de faire défiler en continu des informations. Sur la colonne aux diodes bleues, à gauche, défilent les noms des 22 400 soldats, année par année et par ordre alphabétique ; sur la colonne centrale aux diodes blanches, les principaux faits historiques ; la troisième colonne aux diodes rouges, depuis une borne interactive, permet d’appeler le nom d’un disparu. Ce système permet de retrancher ou d’ajouter des noms sans que cela laisse de traces : c’est ainsi qu’en 2004 ont été rajoutés les noms des harkis, supplétifs morts pour la France en Afrique du Nord.

C’est le jour du 5 décembre que fut inauguré ce monument par le président de la République Jacques Chirac, jour qui devint la journée d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord.


Histoire et mémoire, un enjeu diplomatique entre la France et l’Algérie

L’historien se trouve confronté pour étudier comment évoluent et se répondent les mémoires de la guerre en France et en Algérie depuis 1962 à plusieurs difficultés. L’écriture de l’histoire de la guerre d’indépendance de l’Algérie et l’émergence des mémoires n’épousent pas les mêmes rythmes des deux côtés de la Méditerranée. Elles se heurtent aux difficultés et aux aléas des relations franco-algériennes, aux poids des contextes politiques et sociaux.

Au début des années 1980, il y a eu une volonté d’établir des relations apaisées entre les deux rives de la Méditerranée, ce qui s’est traduit par la visite du président algérien Chadli à Paris en 1983, l’hymne national algérien, hymne du FLN, étant joué pour la première fois officiellement en France. Au même moment était introduit l’enseignement de la guerre d’Algérie dans les programmes scolaires en France.

Après la décennie de la guerre civile et avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, au début des années 2000 on assiste à nouveau à un réchauffement des relations franco-algériennes ainsi qu’avec les autres pays du Maghreb. La France signe en 2004 et en 2006 des traités d’amitié avec le Maroc et la Tunisie : des accords de mémoire partagée, qui sont une manière de dire que maintenant on va pouvoir élaborer quelque chose autour d’un discours commun.

Il était question de signer un accord d’amitié et de mémoire partagée avec l’Algérie. Les choses avançaient bien. En 2003 il y a eu à nouveau la visite du président de la République algérienne en France, pour l’année de l’Algérie en France.

Le timbre commémoratif ci-dessous, édité à cette occasion, témoigne de ce rapprochement


On distingue, entrecroisés, deux monuments symbolisant la France et l’Algérie, la tour Eiffel et le Maqam-al-Châhid et deux drapeaux nationaux. (Petit détail : les deux monuments sur le timbre ont la même taille).

Mais le 23 février 2005, l’article 4 de la loi votée par une poignée de députés sur la question des rapatriés d’Algérie stipule « Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit... ».

Cette loi a été vivement condamnée et finalement l’article 4 a été finalement supprimé.

L’Algérie a pris la tête de la contestation internationale avec une position très critique à l’égard du gouvernement français et la perspective du traité d’amitié a été enterrée. Ensuite l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy n’a pas arrangé les choses.

L’Algérie s’est alors livrée à une surenchère dans ses revendications, le président Bouteflika demandant à la France de demander pardon aux Algériens pour les exactions commises lors de la colonisation de l’Algérie de 1830 à 1962. «  Si vous nous demandez pardon, nos cœurs sont assez vastes pour l’accepter, mais hormis cela, chacun défend ses intérêts avec ses moyens qu’il jugent appropriés ». « Pour peu que la France reconnaisse ses responsabilités dans les dégâts de la colonisation et de la guerre de libération nous sommes prêts à signer un traité d’amitié définitif ». Propos cités par une dépêche de l’AFP, 20 septembre 2005. 

Dans ce contexte , l’élection de François Hollande à la présidence la République et son dernier communiqué sur le 17 octobre ainsi que son voyage officiel en Algérie prévu en décembre prennent une signification particulière . Permettront-ils de créer des conditions qui pourraient lever le contentieux mémorial entre les deux Etats et de créer des conditions pour l’écriture d’une mémoire apaisée et d’une histoire partagée ?
Histoire et mémoires de 17 octobre 1961

Pour une étude sur ce sujet voir le compte rendu du colloque de Nanterre du 17 octobre 2011 publié sur le site de L’APHG Aix-Marseille et les actes du Colloque de Lyon de juin 2006 sur l’histoire franco-algérienne. Il y a en particulier une intervention de Jim HOUSE et de Neil MAC MASTER qui résume leur ouvrage Paris 1961, les Algériens, la République et la terreur d’Etat, Tallendier, 2008 et constitue une mise au point sur cet événement et les mémoires de cet évènement
L’actualité a permis à Raphaëlle Branche de faire une comparaison entre la plaque commémorative venant de la municipalité de Paris de 2001 et le communiqué venant de la présidence de la République.
La mémoire du 17 octobre 1961.

Il faut rappeler l’effacement, sauf pour une poignée de militants, du 17 octobre 1961 en France, occulté en particulier par Charonne qui a fait l’objet d’une commémoration prise en charge par les organisations syndicales et partisanes, en particulier la CGT. Même oubli du côté algérien pour le 17 octobre et de manière plus générale, pour la mémoire qui serait celle de l’immigration algérienne et de son rôle dans la lutte pour l’indépendance, ceci étant lié sans doute au fait que les membres de la fédération de France du FLN ne sont pas ceux qui sont arrivés au pouvoir ni en 1962 ni en 1965.


  • Pour le mécanisme de l’occultation du 17 octobre, j’ai reproduit un extrait de l’intervention des

  • historiens anglais au colloque de Lyon.

« Le système répressif déploie un dispositif d’occultation, notamment en matière des responsabilités policières, administratives et politiques… On peut formuler l’hypothèse selon laquelle il existait un ensemble de pratiques administratives d’occultation qui forment un répertoire dans lequel puisent la Préfecture de police et le gouvernement après chaque tuerie à partir du début des années 1950, tout en s’inspirant d’autres exemples, comme celui de Sétif en 1945. Dans ce répertoire on trouve ainsi : l’ouverture d’une information judiciaire contre X ou d’une commission d’enquête pour créer une diversion et empêcher la divulgation d’informations détaillées à la presse ; notons aussi, par exemple, que Papon porte plainte non pas contre le document de l’Union régionale parisienne - Confédération française des travailleurs chrétiens (URP-CFTC) Face à la répression qui est trop précis et bien argumenté mais sur le texte Un groupe de policiers républicains déclare, qui contient des inexactitudes ; signalons aussi le prolongement des enquêtes judiciaires, tactique qui anticipe sur des amnisties qui vont aboutir à des non-lieux ; enfin, la destruction de documents compromettants - quand de tels documents ont existé -, qui fait que, plus on monte dans la hiérarchie politique, plus le nombre de documents manquants est élevé… On voit également la diffusion de versions mensongères à tous les échelons de la police et du gouvernement pour manipuler l’opinion publique ; la censure des publications de gauche et de symboles de protestation - par exemple de graffiti - et la criminalisation de la protestation qui incite à l’autocensure journalistique ou militante ; une stratégie de communication - comme l’on dirait aujourd’hui - extrêmement réussie comme lors des manifestations de femmes algériennes du 20 octobre, ou de l’expulsion à Orly d’Algériens après le 17 octobre.

Ces différentes stratégies de déni, d’informations partielles et partiales et tentatives de manipulation de l’opinion, cherchent à limiter et influencer ce qui se sait, faciliter l’oubli, et imposer le silence ; bref, elles ont joué à la fois à l’époque et depuis, un rôle important dans la marginalisation d’octobre 1961, et la canalisation du regard militant et/ou historien porté sur les événements. »




51 ans après le 17 octobre 1961, il y a reconnaissance officielle par le président de la République François Hollande du 17 octobre.

Il est intéressant d’en étudier les termes et de les comparer à ceux que l’on trouve sur la plaque déposée sur le pont Saint Michel, à l’initiative du Maire socialiste de Paris François Delanoë.
Plaque du pont Saint Michel :



« à la mémoire de nombreux algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 Aout 1961 ».
Communiqué de François Hollande : « "Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."

Dans les deux cas, la formulation est très prudente. On utilise le terme manifestation alors qu’il s’agit d’un boycott du couvre-feu imposé quelques jours plus tôt par Maurice Papon préfet de police de Paris, boycott organisé par la fédération française du FLN. Ne pas dire cela, c’est oublier qu’il y a eu un couvre-feu au faciès et un responsable de ce couvre-feu. La plaque est fixée sur le pont Saint Michel sur un des piliers tournant le dos à la préfecture de police ! Le terme « Nombreux », devant « Algériens » a disparu. Et dans les deux cas, on n’en sait pas beaucoup plus sur cet événement.
Le 17 octobre concentre la problématique histoire et mémoires :

  • illustration d’un effacement, d’une occultation des évènements pour différentes raisons, alors que cet événement a été couvert médiatiquement en octobre 1961 et qu’une mémoire militante s’est maintenue

  • « réveil » de la Mémoire avec des publications et documentaires

  • importance du procès de Maurice Papon, jugé pour complicité de crime contre l’humanité pour son rôle dans la déportation de juifs de Bordeaux entre 1942 et 1944 : le 17 octobre s’est invité à ce procès (comme Charonne), à cause de sa fonction de préfet de police de Paris

  • la diversité des mémoires : les anciens manifestants et plus généralement les Algériens en région parisienne, l’Etat algérien, les soutiens français au FLN et la gauche anticoloniale radicale, la gauche modérée, les descendants d’immigrés algériens à partir des années 1980 en particulier.

  • l’organisation d’un réveil mémoriel, autour d’un collectif, « 17 octobre contre l’oubli », luttant contre l’oubli et pour une commémoration, luttant pour la reconnaissance officielle de l’Etat .

  • l’importance du contexte politique, social, international dans le cheminement de la mémoire et la reconnaissance et commémoration officielles

  • le travail des historiens qui n’attendent pas la pression médiatique pour entreprendre leur recherche, mais qui sont cependant solliciter par les Mémoires de cet événement ; la différence entre le temps court de l’émotion médiatique et le temps long de la recherche historique

  • la sollicitation des historiens comme « experts », ou leur engagement dans le débat public.


  1. Palestro


Raphaëlle Branche : l’Embuscade de Palestro, Algérie 1956. Paris, Armand Colin, 2010.

Raphaëlle Branche et Rémi Lainé : Palestro, histoire d’une embuscade, Arte/ Les poissons volants 2012.
Quand on s’interroge sur les Mémoires des Anciens combattants de la guerre d’Algérie, un élément récurrent est l’embuscade de Palestro. Pourquoi cette embuscade-là ? Aurait-elle quelque chose de particulier ? Elle n’est pourtant pas la seule, ni la première, ni la plus meurtrière.

Quand on interroge les Algériens, cette embuscade est connue sous un autre nom, l’embuscade de Djerrah. Pourquoi deux noms pour désigner un même événement ? L’embuscade n’a pas eu lieu ni à Palestro ni dans les gorges de Palestro mais à quelques kilomètres plus loin à Djerrah.

Palestro s’appelle désormais Lakhdaria, du nom d’un héros mort au combat, dont elle a adopté le nom de guerre, Si Lahdar qui fut à l’origine du maquis de Palestro.
Que s’est –il passé ? 

« Partie à l’aube du 18 mai 1956 pour une mission de pacification des gorges de Palestro, à quatre-vingts kilomètres au sud-est d’Alger, une section de militaires français, commandée par un sous-lieutenant, tombe dans une embuscade. D’abord guidés par un homme du coin, les Français avaient ensuite progressés seuls, empruntant un chemin qu’ils ne connaissaient pas. Aux abords d’un col en V, près du village de Djerrah, ils furent surpris par les maquisards de l’armée de Libération nationale algérienne dissimulés par des rochers en aplomb. L’échange de coups de feu fut bref et meurtrier laissant à terre dix-sept corps criblés de balles. Dépouillées de leurs armements et vêtements, les Français sont mutilés. Certains visages rendus quasiment méconnaissables complètent le spectacle de désolation que découvrent les troupes parties à leur recherche. Une opération militaire s’ensuit afin de retrouver les quatre soldats faits prisonniers. L’un d’eux est tué accidentellement lors de son sauvetage tandis que deux autres sont portés disparus. Leurs corps n’ont toujours pas été retrouvés. Le bilan est donc impressionnant : un seul survivant côté français. Impossibles de connaître les pertes des maquisards. En revanche, le 19 mai au matin, une vaste opération de ratissage conduit à la mort quarante-quatre personnes. » R. Branche, l’embuscade de Palestro.
Désigner cet événement par embuscade de Palestro réveille une mémoire coloniale associée à la violence. En effet, en 1871, a eu lieu la dernière grande révolte armée en Algérie avant 1954, la révolte dite de Mokrani où la population de deux villages fut massacrée, dont celui de Palestro, avec des corps mutilés et des prises d’otages.


Doc. 1 : monument commémorant la résistance et le sacrifice des colons de 1871, (détruit en 1962)


La répression qui suivit, au delà de la répression militaire et judiciaire, aboutit à une spoliation massive et un appauvrissement brutale de la population locale, par le système des séquestres de guerre et des impôts de guerre. Pour s’en acquitter, les paysans durent vendre leur troupeau et leurs récoltes et sont devenus ouvriers agricoles sur les terres des colons. Il y eut donc un vaste transfert de propriété et d’appropriation des terres par les colons.
Doc. 2 : l’extension de la colonisation autour de Palestro après la révolte de 1871


De l’embuscade au massacre : le dénomination médiatique

Le mot massacre dénie tout caractère militaire à l’action des fellaghas, alors que l’embuscade est une opération militaire tactiquement réussie. Les Français n’ont pas été battus mais massacrés.

Il permet d’assimiler cet événement à des massacres de civils, comme ceux du Constantinois du 20 aout 1955. A la suite de ces évènements, le rappel des disponibles et l’Etat d’urgence furent décidés. Puis l’envoi du contingent.

Il permet de justifier la nécessité de se battre pour l’Algérie sans accorder la moindre considération aux revendications politiques des rebelles. Ainsi, cet événement a-t-il était opportunément exploité par le propagande officielle française pour justifier par la menace que représentaient les indigènes, les pires violences.
Doc. 3 : la Une De France Dimanche, mai 1956.

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