’Mémoires d’Hadrien’’





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La fin de Marko Kralievitch’’
Nouvelle de cinq pages
Le héros serbe de la lutte contre les Turcs est mort au cours d'un de ces repas où il tenait table ouverte. Un vieil homme s'était présenté qu'il avait houspillé et frappé parce qu'il était venu sans écuelle et avec lequel il avait voulu se battre. Or il ne s'était pas défendu, mais ne souffrait pas des coups que lui donnait Marko qui lui, au contraire, s'affaiblit de plus en plus et mourut après que le vieux lui ait rappelé toutes les choses louches qu'il avait commises.

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‘’La tristesse de Cornelius Berg’’
Nouvelle de cinq pages
Dans la Hollande du XVIIe siècle, le peintre Cornélius Berg, qui avait été l’élève de Rembrandt, était célèbre pour ses portraits et était autrefois joyeux, se sent devenir vieux et se dégoûte, pour les avoir trop scrutés, des visages humains et même des animaux qui leur ressemblent trop. Il ne sait plus maintenant peindre que des paysages. Et, quand le seul ami qui lui adresse encore la parole, un amateur de tulipes, lui dit, en lui montrant une fleur qu'il vient de produire, que Dieu est le peintre de l'univers, il lui répond : « Quel malheur, monsieur le syndic, qu'Il ne se soit pas borné à la peinture des paysages ».
Commentaire
Le texte est conçu comme l’épilogue d’un roman que l’autrice aurait laissé inachevé.

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‘’La veuve Aphrodissia’’
Nouvelle de onze pages
Dans un village grec, un meurtrier, Kostis le Rouge, est enfin capturé et égorgé. Il est pleuré par la veuve Aphrodissia dont le mari, un vieux pope, a pourtant été une des victimes du bandit. Kostis était son amant secret et elle se remémore leurs relations. Surtout, elle va chercher son cadavre décapité qu'elle enterre à la place du pope. Puis elle recueille sa tête, mais elle est surprise par un paysan qui la prend pour une voleuse de pastèque, et, s'enfuyant, elle tombe dans un précipice : « elle plongea dans l'abîme et dans le soir, emportant avec elle la tête barbouillée de sang ».

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‘’Le dernier amour du prince Genghi’’
Nouvelle de quatorze pages
Le prince Genghi est un célèbre séducteur japonais d'autrefois qui, sentant sa beauté décliner (Son visage, vacant, désaffecté, terni par la cécité et les approches de l'âge, ressemblait à un miroir plombé où s'était jadis refleté de la beauté), devenu aveugle, se retire dans un ermitage. Seule une ancienne concubine qu’il n’a pas aimée, la Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent, continue à lui écrire des lettres et se présente à l'ermitage, mais sans succès. Elle revient travestie en paysanne, fait du prince de nouveau son amant, mais il la chasse quand elle fait allusion à sa gloire. Venue une troisième fois, elle peut rester en prétendant ne pas connaître le prince qui, évoquant, au moment de mourir, les femmes qu'il a aimées, l'oublie, elle !
Commentaire
Avec une audace comparable à celle qui consisterait à augmenter de quelques pages ‘’La princesse de Clèves’’, Marguerite Yourcenar a donné un épilogue à un célèbre roman japonais du XI°siècle, l'un des chefs-d'oeuvre classiques du roman d'amour japonais et universel, le ‘’Genghi-Monogatari’’ de Mourasaki Shikibu, qui rapporte en six ou sept volumes les aventures d'un don Juan asiatique. On apprend donc beaucoup de choses sur le Japon d'autrefois. On trouve, chez le prince, l'orgueil du don Juan qui ne veut pas montrer la déchéance de sa beauté, la perte de sa séduction. Le texte met en relief l'opposition entre le comportement typiquement masculin (l'orgueil et la domination) et le comportement typiquement féminin (l'humilité et l'amour).

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‘’Le lait de la mort’’
Nouvelle de treize pages
La Tour de Scutari, en Dalmatie, élevée au temps de la lutte contre les Turcs, s'était effondrée plusieurs fois. Pour assurer sa solidité, pour obéir à la coutume qui voulait qu’on y enterre quelqu'un, les trois constructeurs décidèrent d'y placer une de leurs femmes. Celle sur qui le sort tomba accepta d'être emmurée vivante, mais, comme elle allaitait encore son enfant, elle demanda que deux ouvertures soient ménagées pour que ses seins continuent à nourrir son enfant, le jaillissement miraculeux continuant deux ans, à l'aurore, à midi et au crépuscule, jusqu'à ce que l'enfant sevré se détournât de lui-même du sein. Au contraire, une mauvaise mère utilise son enfant pour mendier.

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‘’Le sourire de Marko’’
Nouvelle de onze pages
Dans les Balkans se perpétue la légende de Marko Kraliévitch, un héros serbe qui, pour mieux combattre les Turcs, cédait au désir de la vieille veuve du pacha de Scutari, jusqu'au jour où il se mit en colère contre elle. Elle le fit traquer et, quand il fut pris, elle le fit supplicier sans qu'il trahisse la moindre douleur. Mais, quand vinrent des danseuses du village, il ne put s'empêcher de sourire à la plus belle qui fit tomber son foulard sur sa bouche. Il put ainsi se relever plus tard et tuer la veuve.

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‘’Notre-Dame-des-Hirondelles’’
Nouvelle de onze pages
Le moine grec Thérapion, aveuglé par le désir d'évangéliser, entreprend de chasser les Nymphes qui habitent la forêt et auxquelles les paysans restent attachés. Aussi leur fait-il construire une chapelle, les enfermant ainsi dans une grotte où elles agonisent. Une femme vient alors le voir, lui remontrant que Dieu a aussi créé les Nymphes, et, entrée dans la grotte, elle les libère sous la forme d'hirondelles, leur demande de revenir chaque année à la chapelle et commande à Thérapion de les accueillir car elle est Marie : « Et Marie s'en alla par le sentier qui ne menait nulle part, en femme à qui il importe peu que les chemins finissent, puisqu'elle sait le moyen de marcher dans le ciel. »
Commentaire
Ce texte, qui s'inspire du seul beau nom d'une petite chapelle isolée dans un vallon perdu de l'Attique, est une fantaisie personnelle à partir d'une légende religieuse.

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Commentaire sur le recueil
Ce n'est pas l'oeuvre d'une orientaliste, mais d'une romancière qui aime l'Orient. Les nouvelles sont inspirées du folklore et de faits divers des Balkans, de la Grèce que Marguerite Yourcenar aimait particulièrement, et de l'Asie dont elle se rapprochait intellectuellement et spirituellement. Ces histoires singulières, dramatiques, extraordinaires, cruelles, sont en quelque sorte des allégories, destinées à illustrer deux sujets complémentaires (De même qu'il n'y a pas d'amour sans éblouissement du coeur, il n'y a guère de volupté véritable sans émerveillement de la beauté, 86), qui courent à travers le recueil (ce n'est pas un hasard s'il s'ouvre et se referme sur une histoire de peintre). On y trouve l'idée de la beauté qu'on ne peut détruire, à laquelle on ne résiste pas (Comment Wang-Fô fut sauvé, Notre-Dame-des-Hirondelles, La Tristesse de Cornélius Berg, Le Sourire de Marko, L'Homme qui a aimé les Néréides) ; l'idée de l'amour plus fort que tout où plane l'ombre omniprésente de la mort (Le Lait de la mort, Le Dernier amour du prince Genghi, La Veuve Aphrodissia, Kâli décapitée, La Fin de Marko Kraliévitch). Mais rien n'est morbide parce que la poésie illumine les nouvelles  : Ce soir-là, Ling apprit avec surprise que les murs de sa maison n'étaient pas rouges, comme il l'avait cru, mais qu'ils avaient la couleur d'une orange prête-à-pourir - Je dois te promener le long des couloirs de ma mémoire - Le paquebot flottait mollement sur les eaux lisses, comme une méduse à l'abandon - les diverses jeunes filles levant leurs bras blancs où des poils blonds interceptent le soleil, l'ombre d'une feuille se déplaçant sur un ventre nu, un sein clair, dont la pointe se révèle rose et non pas violette; les baisers de Panégyotis dévorant ces chevelures qui lui donnent l'impression de mâchonner du miel, son désir se perdant entre ces jambes blondes - Sa taille est si fine que les poètes qui la chantent la comparent au bananier - Jadis, Kâli, nénuphar de la perfection, trônait au ciel d'Indra comme à l'intérieur d'un saphir.  L’autrice y trouve déjà cette perception du « moi incertain et flottant » qu'elle prêtera plus tard à l'empereur Hadrien, ce sens aigu du flou et du passage. Elle se révèle une nouvelliste à part entière dans la lignée de ses prédécesseurs du XIX°siècle, n'hésitant pas à recourir à la formule du cadre pour introduire quatre de ses textes :

- «Une bizarre histoire, dit l'archéologue. Mais la version que nous vous offrons est sans doute récente.» (‘’Le sourire de Marko’’) ;

- «Racontez-moi une autre histoire, vieil ami. J'ai besoin d'un whisky et d'une histoire.», «Il ne reste plus ici qu'un vieux Français [...] qui rabâche au premier venu cette histoire.» (‘’Le lait de la mort’’) ;

- «Il n'est pas sourd, répéta Jean Démétriadis en reposant devant lui sa tasse à demi-pleine.» (‘’L'homme qui a aimé les Néréides’’) ;

- «Puisque tu as envie de raconter, raconte pendant que je travaille.» (‘’La fin de Marko Kraliévitch’’).

Et nouvelliste M.Yourcenar l'est encore totalement parce qu'elle sait tout dire en peu de mots (les textes dépassent rarement la dizaine de pages). 

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‘’ Le coup de grâce’’

(1939)
Nouvelle

En 1939, dans le buffet de la gare de Pise où il attend le train qui le ramènera en Allemagne, Eric von Lhomond, aristocrate aventurier qui a été blessé devant Saragosse et soigné à bord d'un navire-hôpital italien, raconte comment, en 1919, au cours de la guerre civile qui a suivi la révolution russe, il s’est retrouvé avec un corps franc de jeunes Allemands de Courlande, au centre des combats entre les armées rouge et blanche dans le château de son ami d’enfance, Conrad von Reval, bien décidé à défendre le système féodal dépassé même si la situation dans les régions baltes était sans issue : il « préférait défendre les positions perdues », car il ne serait qu'une pâle figure dans la vie de tous les jours. Éric faisait très peu de cas des femmes, Konrad l'attirant plus que sa soeur, Sophie, dont il avait déjà repoussé l'amour, ce qui ne l'empêchait pas d'être jaloux quand elle se lança dans des aventures avec plusieurs de ses compagnons d'armes. Une scène éclata le soir de Noël. Éric gifla Sophie devant la tante et les officiers parce qu'elle avait accordé un baiser au jeune Volkmar von Plessen qui voulait l'épouser. Sur ce, elle lui déclara de nouveau son amour. Éric lui ordonna d'attendre son retour de mission contre les bolcheviques. Entre-temps, elle comprit qu’Éric l'utilisait pour se rapprocher de son frère, elle apprit la nature de la relation entre les deux hommes. Après un entretien cinglant avec l'homme aimé, elle quitta le château pour se joindre aux rouges, car elle partageait les opinions de leur chef, Gregori Loew, le fils de la couturière juive du village, sans avoir eu jusque-là la force de se détacher de son milieu. Après la mort de Conrad, le groupe commandé par Éric avait réussi à prendre une position bolchevique à l’issue d’une bataiile où Gregori Loew a été tué, Sophie et ses amis étant faits prisonniers. Comme les autres, elle devait être exécutée. Mais, à sa demande, c'est Éric qui avait dû lui infliger le coup de grâce.
Commentaire
Dans cette narration élégante et implacable, la relation problématique entre les femmes et les hommes se détache sur l’arrière-plan des problèmes socio-historiques de la lutte entre les défenseurs de l'ordre traditionnel et les représentants de nouvelles idées sociales. La guerre civile russe est beaucoup plus qu'un simple cadre : elle donne les ressorts et les noeuds de cette tragédie moderne, vécue par des aristocrates traversant les conflits de l'entre-deux-guerres, et qui propose un point de vue antithétique de celui de Malraux dans ‘’La condition humaine’’ : celui des blancs et non des rouges. Dans cette histoire d'une humiliation qui finit par une révolte, ce n'est pas seulement la froideur d'Éric qui pousse Sophie à rejoindre le camp des rebelles : femme émancipée, elle ressent le dégoût de la guerre, de la colère devant la folie guerrière des hommes, la solidarité virile des officiers et la découverte qu'ils ont besoin de combat pour trouver un exutoire et satisfaire leurs désirs secrets. Plus encore que dans Alexis, se déploie la cruauté du narrateur pour la femme qu'il ne peut aimer, pris qu'il est par le goût des garçons et de la solitude, mais dont il ne peut non plus se détacher. La nouvelle, écrite entre Capri et Sorrente à l'aube du grand déferlement de la Seconde Guerre mondiale, permit à Marguerite Yourcenar de régler ses comptes et d'exprimer toute la violence qui couvait en elle et dans l'époque. Enfin, la technique du récit à la première personne atteint à une perfection transparente qui cache des profondeurs assez vertigineuses. Marguerite Yourcenar a elle-même défini les effets de ce point de vue : « Il dépend de l'auteur d'un récit de ce genre d'y mettre tout un être avec ses qualités et ses défauts exprimés par ses propres tics de langage, ses jugements justes ou faux, et les préjugés qu'il ne sait pas qu'il a, ses mensonges qui avouent ou ses aveux qui sont des mensonges, ses réticences et même ses oublis. Mais une telle forme littéraire a le défaut de demander plus que toute autre la collaboration du lecteur : elle l'oblige à redresser les événements et les êtres vus à travers le personnage qui dit "je" comme des objets vus à travers l'eau. Dans la plupart des cas, ce biais du récit à la première personne favorise l'individu qui est ainsi censé s'exprimer ; dans "Le coup de grâce", c'est au contraire au détriment du narrateur que s'exerce cette déformation inévitable quand on parle de soi. » De fait, le lecteur se trouve ici en situation d'interprète ou de juge, au terme de cette confession implacable.

La nouvelle a été adaptée au cinéma par Volker Schloendorff : Der Fangschuß (1977) avec Margarethe von Trotta, Matthieu Carrière, Matthias Habich, Veleska Gert.

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La Seconde Guerre mondiale ayant été déclenchée, à la fin de 1939, le «carambolage des hasards et des choix» fit basculer la vie de Marguerite Yourcenar, à l'image de l'Europe qui s'embrasait. Comme elle n'avait plus d'argent, elle répondit à l'invitation de Grace Frick, s'embarquant pour, croyait-elle une seule saison aux États-Unis. Or elle enseigna la littérature française à New-York, traduisit ‘’What Maisie knew’’ d'Henry James, devint en 1947 citoyenne américaine sous son pseudonyme, s’installa en 1949, avec son amie, sur l’île des Monts-Déserts, dans le Maine, compagnonnage ponctué par l'alternance de «vie immobile» dans cette solitude et de voyages qu'elle attendait avec impatience. Après une période de quasi-stérilité littéraire due à l'adaptation et aussi à la douleur de ces années noires vécues dans l'exil, elle se décida à vivre en anglais dans une certaine réclusion monastique et à écrire dans ce qui serait désormais sa vraie patrie, la langue française. Elle mit alors la dernière main à une grande oeuvre à laquelle elle travaillait depuis de nombreuses années, l’ayant entreprise dès l'âge de dix-huit ans (toutefois elle ne reconnut pas son manuscrit quand elle le reprit), ayant entretenu une grande familiarité avec l’Antiquité romaine, produit et détruit plusieurs ébauches de ce roman ambitieux dont ne subsistait en 1949 qu'un fragment :

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