L’Histoire du badminton est souvent l’affaire de mythes et de légendes. Un historien du sport français, Jean-Yves Guillain, s’est penché sur la question d’un peu plus près et a fait paraître un livre sur les origines de notre sport. En voici un petit résumé





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date de publication28.10.2016
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L’Histoire du badminton est souvent l’affaire de mythes et de légendes. Un historien du sport français, Jean-Yves Guillain, s’est penché sur la question d’un peu plus près et a fait paraître un livre sur les origines de notre sport. En voici un petit résumé (à partir de l’ouvrage : Histoire du badminton, du jeu de volant au sport olympique).
Des racines exotiques :

Le badminton s’inscrit dans le droit fil d’une pratique très ancienne puisqu’on en trouve trace en Asie ainsi qu’en Amérique du Nord et du Sud. Par exemple, le « jeu de volant » se pratique depuis des siècles en Chine (206 avant JC) sous une forme proche de notre football moderne, puisque le volant y est renvoyé avec le pied. La pratique du jeu de volant au Japon, tout aussi ancienne, se caractérise par l’emploi d’un battoir. Des battoirs sont aussi utilisés en Amérique du Nord par les tribus indiennes qui ont fait du jeu de volant une de leurs distractions préférées avec la course à pied et les jeux avec crosse. Certaines tribus ont adopté des battoirs en bois pour s’échanger un volant composé d’une petite branche à laquelle trois plumes sont attachées mais d’autres Indiens, ont préféré la paume de la main pour frapper le volant. Il en est de même sur le continent sud-américain, où les joueurs s’échangent de façon identique, à titre de volant, une petite boule de feuilles de maïs étroitement nouées et piquées de quelques plumes. Ces exemples témoignent du fait que la pratique de jeux avec pour accessoire un volant est une activité universelle.


En Europe, un jeu prisé par toutes les classes sociales :

L’Europe n’est pas en reste, qu’il s’agisse du « jeu de volant » en France ou en Angleterre. Le spécialiste des jeux anciens Joseph Strutt rapporte l’existence d’une miniature datant du 14ème siècle où l’on voit clairement deux jeunes paysans se renvoyant un volant à l’aide d’une raquette. Le jeu est si populaire qu’à Leicester le Mardi Gras a été baptisé « journée du volant ». Il se répand largement au sein de l’aristocratie ; de nombreux témoignages montrent qu’il est un des passe-temps privilégiés de François Ier, de Charles IX, de la marquise de Sévigné ou de Louis XIV. Au tournant du 18ème siècle, le jeu de volant est recommandé par les pédagogues et philosophes en raison de ses vertus physiques. Il devient aussi un jeu très répandu chez les enfants comme le montrent les oeuvres du 18ème siècle.

Naissance indo-britannique du badminton « moderne »:

C’est pourtant en Inde que le badminton moderne va voir le jour, avec un rôle déterminant joué par les officiers britanniques en place qui vont à fois modifier les caractéristiques d’un jeu de balle indigène, puis l’importer en Angleterre pour définitivement codifier et institutionnaliser le badminton que nous connaissons aujourd’hui. En 1873, dans le célèbre magazine londonien The Field, d’anciens officiers britanniques vont présenter aux lecteurs les règles utilisées pour jouer au badminton dans l’empire des Indes. Trois ans plus tard, le journaliste anglais Henry Jones publie un ouvrage de cinq pages pour tenter d’imposer un corpus de règles uniques. Le jeu se pratique alors en 15 points sur un terrain dont la forme est celle d’un sablier. En septembre 1893, la fédération anglaise de badminton est créée, rendant alors inéluctable l’essor de ce nouveau sport de raquette, avec explosion du nombre de clubs, officialisation des règles et développement des rencontres internationales avant même la première guerre mondiale. En 1899 est organisé le premier All-England Championships (AEC), équivalent pour le badminton au tournoi de Wimbledon.
L’apparition du badminton en France :

Le premier ouvrage entièrement consacré au badminton paraît en 1911 sous la plume de S.M. Massey. Il cite l’année 1898 comme année fondatrice. A l’instigation de J.E. Jones, répétiteur dans l'armée britannique, la grande école de Saint-Servan semble avoir été le premier foyer du Badminton en France et comportait quatre courts couverts de Badminton pour ses élèves.
Si les premières traces avérées de l’introduction du badminton en France se situent en Bretagne, c’est à Dieppe que le jeu va pourtant prendre de l’envergure et imposer sa notoriété sur l’ensemble de l’Europe continentale au début du 20ème siècle. Le 31 octobre 1907, est créée l’association « Covered Lawn-tennis and Badminton Club ». Après quelques tournois confidentiels, le club décide d’organiser les premiers « Internationaux » continentaux en novembre 1908. Le premier vainqueur des « Internationaux de France » de badminton est l’Anglais Chesterton qui bat son compatriote Comyn en finale. Pourtant, malgré le succès remporté par ce premier tournoi international organisé hors des Iles britanniques, le badminton ne va pas réussir à s’implanter en France. A l’inverse, pendant l’entre-deux-guerres, il va conquérir de nouveaux territoires (Danemark, Canada, Etats-Unis, Etats Malais…).


Un développement plus rapide en Amérique du Nord qu’en Asie :

Au Canada, la Canadian Badminton Association est établie en 1921. Cette fédération entérine un essor ancien et rapide du badminton : formation du plus ancien club en 1907 (le Ladies Montréal Tennis and Badminton Club), premier tournoi open de badminton en 1914. Aux Etats-Unis, l’histoire du badminton débute à New-York en 1878. A partir des années 20, le badminton s’étend à travers tout le pays. Le badminton américain cherche rapidement à nouer des contacts avec d’autres nations. L’essor national du badminton aux USA est aussi le fruit des nombreuses démonstrations du joueur professionnel George Jess Willard, particulièrement appréciées par la communauté d’Hollywood. Aux Internationaux de 1939, un jeune joueur de 18 ans fait sensation. David G. Freeman, de Pasadena, s’impose à la surprise des observateurs sur le tenant du titre Walter Kramer. Sa suprématie mondiale va s’étendre sur une décennie, entravée par la seconde guerre mondiale, mais couronnée par le titre obtenu en simple au AEC en 1949.


Création tardive d’une fédération internationale (IBF) :

Bien tardivement par rapport à d’autres sports (tennis, football), ce n’est que le 5 juillet 1934 que des représentants des différentes associations nationales se réunissent à Londres dans le but de former une fédération internationale. Les pays pionniers sont l’Angleterre, le Canada, le Danemark, les Pays-Bas, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, l’Ecosse, le Pays de Galles et la France.


L’hégémonie malaise au plan international :

Au niveau mondial, l’Asie va bientôt affirmer sa domination sur le continent européen, aussi bien face aux Anglais que face aux maîtres danois. Cette domination asiatique va d’abord être celle des joueurs malais pendant les années 50. Wong Peng Soon (4 titres en simple au AEC) et Eddy Choong (4 titres également, en photo ci-contre) vont impressionner tous les observateurs par leur vitesse et leur dextérité. La suprématie malaise va se confirmer avec l’organisation du premier championnat du monde par équipes. L’Indonésie et la Malaisie chez les hommes, le Japon et l’Indonésie chez les femmes, sont les nations dominantes du badminton dans les années 60 et 70.


Le badminton aux Jeux Olympiques :

Le succès des grandes compétitions internationales (coupes Thomas, Uber, Sudirman, championnat du monde, etc.), la conquête de nouveaux «territoires» (Chine, Thaïlande, Corée du Sud), le nombre croissant de pratiquants dans le monde, pouvaient laisser présager une introduction rapide du badminton aux Jeux Olympiques d’été. Mais après quelques tentatives infructueuses, il faudra attendre les Jeux de Barcelone en 1992 pour que la maturité du badminton soit reconnue par le CIO et que la première médaille d’or soit enfin décernée. Au début des années 1990, la domination asiatique à Barcelone est déjà totale : seul Thomas Stuer Lauridsen, du Danemark, sauve l’honneur pour le continent européen en obtenant une médaille de bronze en simple. En 1996, c’est le Danois Poul Erik Hoyer Larsen qui remporte la médaille d’or du simple messieurs. Victoire surprenante dans la mesure où les Asiatiques, et notamment les Chinois, sont au sommet de la hiérarchie mondiale depuis des années. Cette seconde participation du badminton aux Olympiades est un immense succès, notamment médiatique. Plus d’un milliard de téléspectateurs assistent ainsi aux finales du tournoi de badminton. Pour les jeux de Sydney de l’an 2000, 172 joueurs provenant de 20 associations nationales différentes sont sélectionnés. Parmi les participants, la présence du Danois Peter Gade Christensen est particulièrement attendue dans la mesure où il apparaît au premier rang du classement mondial. Mais le Danois est battu en demi-finale par le Chinois Ji Xinpeng qui gagne l’or en finale contre l’Indonésien Hendrawan. La bonne nouvelle pour l’Europe vient des Anglais Simon Archer et Joanne Goode qui donnent à leur pays une première médaille olympique en badminton, longtemps attendue, pour le pays inventeur du badminton.

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