La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle





télécharger 182.11 Kb.
titreLa propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle
page2/7
date de publication29.10.2016
taille182.11 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
1   2   3   4   5   6   7

La propagande sous le principat

« Cette propagande n’a lieu vraiment que sous le principat et au début de l’Empire (jusque vers 100 apr. J.-C.). Par la suite, elle n’est plus vraiment une force, il n’y a plus d’initiative, ce qui avait été une invention au début devient un rituel. On retrouvera cependant une certaine vigueur de propagande avec Constantin puis avec Julien. A ce moment c’est le phénomène religieux qui sera à la fois l’occasion et le moyen de la propagande, mais ce sera une réapparition de brève durée. La propagande a pour but l’unification de l’Empire. Elle ne cherche plus à obtenir une majorité, à emporter une décision, mais à provoquer une adhésion. Elle se différencie considérablement de la propagande de la fin de la République dans ses moyens, elle est plus idéologique et agit moins par le fait. Enfin cette propagande est unitaire et centralisée : c’est une propagande officielle, liée à la création d’un Empire que l’on proclame universel, et d’un Etat centralisé. »

« En dehors du problème du culte de l’empereur, on peut relever trois formes principales de la propagande impériale : le mythe, l’information, les méthodes démagogiques.

« C’est à cette époque que se confirme, se répand et prend substance le mythe de Rome (…). Le contenu du mythe est celui de l’origine divine de Rome de son caractère invincible (…), de son caractère démocratique et de sa passion de la liberté : Rome est toujours libératrice, elle est destructrice des tyrannies, elle a pour but de rendre les peuples responsables d’eux-mêmes, et Auguste a aboli les dictatures. Enfin c’est le mythe du vieux Romain : vertueux, sobre, courageux, dévoué au bien public, désintéressé, ayant le culte de la patrie. En tout cela nous sommes vraiment en présence d’un mythe : c’est une image populaire, crue, reçue, à partir d’un fait réel servant de fondement (la puissance de Rome), construit pour servir de justification et de modèle d’action. Il est important de noter que c’est justement à l’époque où les vertus romaines et la liberté disparaissent, que le mythe se répand (…). Mais le problème le plus intéressant est celui de l’histoire : celle-ci est conçue comme exemplaire, et par conséquent contient une large part d’interprétation, et peut servir à la propagande. Or, à ce moment se développait contre Rome une double philosophie de l’histoire : celle de l’évolutionnisme d’après laquelle Rome entrait, avec la fin de la République, dans la phase de vieillesse (donc du déclin) et celle des cycles, d’après laquelle les Empires se succèdent les uns aux autres nécessairement (…). Pour répondre, il fallait mobiliser des historiens affirmant d’une part que Auguste n’avait fait que restaurer la République, qu’il n’y avait aucune innovation, d’autre part que l’Empire de Rome était différent de tous les autres parce que universel. Cette propagande semble avoir été efficace. »

« Mais à côté de la création de l’image grandiose de Rome et du Romain, l’Empire va utiliser (…) l’information comme moyen de propagande. On développe au moment de principat un système probablement inventé par César, celui des Acta Diurna. Le gouvernement fait rédiger des affiches contenant des éléments très divers d’information (…) mais surtout des nouvelles politiques, des résumés de lois, de discours, des travaux du Sénat. Ces placards sont installés aux carrefours, sous les portiques, dans les lieux publics de Rome, ils sont distribués dans les armées et les principales administrations. Ils peuvent parfois être lus publiquement et aussi envoyés par la poste impériale dans les principales villes de l’Empire. Ce système d’information fut très sérieux sous Auguste, mais bien entendu, sous une objectivité réelle, résidait l’intention de propagande : faire participer le peuple par la connaissance, et le faire adhérer, par l’accession à la liberté d’être informé. Sous les empereurs suivants, le caractère changera, on tombera dans une propagande vulgaire, de l’ordre de la flatterie, de la louange envers l’empereur, sans base sérieuse d’information.

« En dehors de ces méthodes essentiellement psychologiques, on retrouve des moyens d’action démagogiques que l’on a résumés dans la formule Panem et circenses (…). Certaines années il y eut jusqu’à 175 jours de fête dans l’année (…). Or il y a très rapidement une sorte de surenchère qui se produit : chaque empereur est tenu de faire mieux que son prédécesseur. L’inauguration du Colisée fut l’occasion d’une fête contenue de 100 jours sous Titus (…). C’était de vraies entreprises de popularité, mais aussi de diversion : il fallait satisfaire le peuple par-là, pour l’empêcher de réagir en face du problème politique et militaire. D’autre part à l’occasion des fêtes, l’empereur entretenait un contact avec le peuple, il se faisait connaître, et en même temps il pouvait ressentir le niveau de sa popularité. »

Le culte de l’empereur

« Cette création systématique, très souple et apparemment spontanée sous Auguste, devenue progressivement rigide et institutionnelle pour finir dans un pur formalisme a pour but de créer une unité spirituelle dans l’Empire. L’action juridique et administrative ne suffisait pas. Le moyen le plus accessible était d’ordre religieux. Et il faut bien dire que la religion prenait souvent un aspect idéologique, et réciproquement. »

« Tout empereur est associé au culte des empereurs précédents : c’est là que réside l’unité de cette religion, avec d’ailleurs des diversités d’interprétation. Peu à peu le culte de Rome tend à s’effacer. »

« Ce culte impliquait évidemment une organisation (…) : on trouve un culte municipal et un culte provincial (…). Par ce réseau culturel, cet encadrement idéologique, on essaie de rattacher chaque corps politique ou social à l’empereur par un lien à la fois personnel et institutionnel. Cette propagande a certainement réussi pendant les premiers siècles, mais s’est affaiblie au fur et à mesure que les bienfaits impériaux devenaient moins visibles et que l’organisation du culte fut plus formelle et institutionnelle. »

La propagande sous l’Empire

« Nous trouvons d’abord la suite du « conflit historique ». Des historiens continuent à attaquer l’Empire (…) et le tyran en idéalisant la liberté républicaine, en affirmant que la décadence des arts tient à la perte de la liberté. En face le plus grand propagandiste défenseur de l’Empire sera Velleius Paterculus. Il écrit une histoire sous Tibère destinée à montrer que tout le mouvement de l’histoire universelle aboutit à Tibère qui en est le couronnement. L’histoire sert à la fois de plaidoyer et, d’occasion pour démontrer l’excellence du règne. »

« Les thèmes principaux sont le dénigrement des anciennes grandes familles (opposants au nouveau régime), la louange pour les « hommes nouveaux » (conformément à la politique de Tibère), le triomphe de Rome sur les Parthes, la légitimité de l’Empire parce que celui-ci est fondé sur la Fortuna qui est un don des dieux et sur la Virtus dont ont fait preuve les fondateurs de l’Empire (César, Auguste, Tibère). Enfin il est peut être un des premiers à lancer le thème de la Pax Romana en soutenant que l’idéal de Tibère est la paix intérieure et extérieure. Cette utilisation de l’histoire pour la propagande était réalisée très habilement par Velleius, avec beaucoup d’allusions, relativement peu de falsifications, des interprétations plausibles, des insinuations plus que des arguments directs. »

« Mais les empereurs ont aussi, et de plus en plus sévèrement, utilisé la censure (…). On condamne fréquemment les œuvres des écrivains de l’opposition au bûcher. »

« Sous les empereurs chrétiens ce sont les œuvres des écrivains païens qui seront brûlées. Il y eut alors une épuration considérable (…) ou bien on fait faire des « révisions » des œuvres des auteurs classiques. Il existe une autre forme de propagande impériale continuant une forme déjà rencontrée mais dont il est difficile d’apprécier l’importance : ce sont les monnaies. Celles-ci frappées à l’effigie de l’empereur, rappelant tel fait glorieux de son règne, ou bien portant une devise, pouvaient être en effet un instrument de propagande populaire : on faisait connaissance avec l’aspect de l’empereur, on recevait une forme de programme politique (…). Les inscriptions monétaires rappelaient la Virtus Principis ou la Diva Roma. »

« Pour atteindre les milieux populaires les empereurs transformèrent les acclamations spontanées en acclamations rythmées, disciplinées que la foule devait reprendre à partir d’un véritable « chœur », qui avait été créé par Néron. »

« Il semble que, après le 3ème siècle, la propagande s’essouffle sensiblement : on en retrouve toujours les mêmes formes, devenues institutionnelles, et qui ont dû perdre beaucoup de leur efficacité. On peut douter que les panégyristes (…) aient eu un grand poids (…). Toutefois, plus important que la forme de propagande du panégyrique se pose le problème d’une propagande païenne (…). Après la « conversion » de Constantin, cette propagande païenne sera le fait d’intellectuels et de la classe sénatoriale (…). Mais cet effort de propagande reste dans le cadre des débats intellectuels (en dehors des décisions matérielles politiques) et ne semble pas avoir transformé la situation. »

L’Eglise au Moyen Age

« En Occident la propagande disparaît à peu près totalement lors du Bas-Empire romain, puis au cours de l’implantation des royaumes germaniques et pendant la période mérovingienne et carolingienne. On ne peut en effet ranger sous ce nom des tentatives éparses d’influence réciproque des Romains et des Barbares. Et dans la société féodale, le caractère mouvant, instable des centres politiques, le caractère peu intellectuel de la vie politique sont également défavorables à l’usage de la propagande. Celle-ci reparaîtra sur le plan politique lorsqu’un pouvoir royal assez vigoureux se manifestera. Mais entre-temps se pose le problème difficile de la propagande chrétienne. »

« C’est un lieu commun de présenter la diffusion du christianisme dans le monde occidental du 1er au 11ème siècle comme une opération comparable à celle de la propagande. En réalité il faut bien distinguer (…). Le christianisme dans les premiers siècles s’est répandu par le témoignage de croyants, ce qui est par nature l’inverse de la propagande. Lorsque l’Eglise a été reconnue puis associée à l’Empire romain, puis byzantin, elle a pu servir, temporairement, la propagande de l’Etat, elle s’est fait son alliée et a été utilisée pour renforcer le pouvoir de l’Etat par les moyens qu’elle avait à sa disposition, qui sont bien de l’ordre de l’influence psychologique. Mais il ne s’agissait pas vraiment d’une propagande de l’Eglise et concernant le christianisme (…). »

« N’entrent pas non plus dans le domaine de la propagande des faits comme l’appui accordé par le pouvoir politique à l’Eglise : l’action administrative en faveur du christianisme (comme celle de Constantin) ou l’action violente pour contraindre à l’adhésion (comme celle de Charlemagne) ne sont pas de la propagande chrétienne : dans la mesure où il s’agit d’une pure contrainte extérieure, c’est même l’inverse. N’est pas davantage de cette catégorie, l’action des moines (…) : leur influence très profonde, dans le domaine social ou économique n’a pas été de propagande : il ne s’agissait pas d’influencer, de christianiser, ou encore moins d’assurer leur puissance (en tout cas jusqu’au 12ème siècle) (…). C’est également une vie simpliste de considérer que la liturgie fut un instrument de propagande, et que les églises et cathédrales ont été le fruit d’une contrainte sur le peuple asservi pour faire ces constructions (…). On peut donc écarter tout un ensemble d’activités chrétiennes de la catégorie de propagande. 

  1. Sans doute la papauté, à partir du moment où elle est devenue une puissance politique a été amenée à agir par des moyens d’ordre psychologique en face des pouvoirs temporels. Souvent en effet, la papauté n’avait pas de moyens matériels comparables à ceux des rois ou des empereurs. Au contraire, elle se trouvait remarquablement armée pour agir au point de vue psychosocial : l’Eglise agit sur la foi des individus, et à partir de là obtient leur adhésion à tel de ses ordres ou de ses entreprises. Ainsi dans les conflits entre les rois et les papes la grande arme de la papauté sera la propagande : la pape cherche par exemple à détacher le peuple de sa fidélité au pouvoir politique : soit en excommuniant le roi, soit en jetant l’interdit sur le royaume, soit en décidant de délier expressément les sujets de leur devoir d’obéissance : le peuple, parce qu’il croit à la valeur de vérité et de salut des ordres ecclésiastiques et des cérémonies, est obligé de suivre la décision du peuple : et par sa révolte contre le pouvoir, il oblige celui-ci à céder. A cette action directe de la papauté s’associe l’intervention de la hiérarchie. Les évêques, et mêmes les curés, deviennent, dans une certaine mesure les agents de propagande. Non pas dans la mesure où ils diffusent la foi chrétienne (…) mais dans la mesure où ils l’utilisent au service d’une politique. Ils détiennent des instruments psychologiques de pression (…), ils ont une autorité préalable admise, incontestée et incontrôlable sur le peuple. Mais ils emploient ces moyens psychologiques en vue d’une action délibérée tendant à des fins temporelles, poursuivies par une institution.

Le but du pape fût-il de faire triompher la vérité chrétienne, cela n’empêche pas que l’institution dotée d’une puissance temporelle poursuit à ce moment des objectifs de puissance, qui ne peuvent être confondus avec la foi chrétienne.

On rencontre ici un autre aspect de la propagande : l’usage de faux (…).

Cet usage de faux a le plus souvent eu pour but de donner antiquité et par conséquent autorité à une décision ou une institution nouvelles.

  1. Les croisades. Ici encore il faut être prudent et distinguer ce qui peut être de la propagande et ce qui n’en est sûrement pas. Certaines croisades n’ont pas été le fruit d’une propagande. Elles n’étaient des instruments de propagande, mais bien l’expression de la foi spontanée, d’une volonté religieuse (…). Des seigneurs partent assurément aussi dans un espoir de conquête ou d’enrichissement. Ce n’est pas encore de la propagande. Nous trouvons celle-ci par contre à deux niveaux : dans le déclenchement de certaines croisades d’une part, et parfois dans la croisade elle-même en tant qu’entreprise d’autre part.

Pour un certain nombre de croisades (par exemple la première), les moyens employés pour provoquer l’adhésion et la mise en mouvement des foules relèvent assurément de la propagande. Il s’agissait, sur un public non averti, de provoquer un choc émotionnel, de créer de toute pièce une opinion publique, et de faire passer une masse de l’émotion à l’action. La prédication des envoyés d’Urbain II, celle de Pierre l’Ermite, ne sont plus de l’ordre du témoignage mais de celui de la propagande.

Même si le but est religieux, la méthode est bien celle d’une action psychologique venant de l’extérieur, ayant un caractère massif, et orientée vers des fins qui ne sont pas celles expressément indiquées au public. De plus cette prédication s’appuie sur tout un système institutionnel : non pas seulement l’organisation du clergé (…), mais aussi l’institution de la croisade, telle qu’elle paraît très rapidement avec tout un système de récompenses et de sollicitations, les privilèges temporels et spirituels des croisés. De même, on emploiera des fausses nouvelles destinées à faire davantage impression sur le peuple (…). Par la suite, lorsque la croisade devint une institution connue, admise et hautement évaluée dans l’opinion publique, il était nécessaire d’user d’incitations beaucoup moins fortes pour remettre en mouvement les foules. D’autant plus qu’elles étaient encore préparées par de faux récits de croisades (…).

Parfois à la prédication de la croisade, s’ajoutent des interventions de personnalités, d’écrivains (…).

La méthode de propagande pour déclencher une croisade et provoquer l’opinion est alors tellement bien étudiée que, à cette époque, le dominicain Humbert de Romans (…) écrit un Manuel de propagande des croisades.

Mais d’un autre côté, la croisade elle-même peut être, en soi, une action de propagande. Et ceci à divers points de vue : propagande au profit de l’empereur d’Allemagne s’affirmant comme chef des princes d’Occident, propagande au profit de la culture et de la noblesse française avec l’institution du royaume latin de Jérusalem. Mais surtout la croisade a pu être un instrument de propagande délibérément utilisé, ou créé, par le pape : on peut le dire principalement de la 4ème croisade (1198) qui semble avoir été entreprise pour faire reconnaître l’autorité du pape sur les rois, en vue de l’unification de la chrétienté, et aussi pour provoquer une dérivation des oppositions qui se manifestaient contre le pape, vers un objectif commun : nous sommes ici en présence d’une opération de propagande de très grande style (…).
1   2   3   4   5   6   7

similaire:

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconRechercher et recopier les définitions de constitution, parlement
Dans les années de la fin du 19° siècle et du début du 20° siècle jusqu’à l’éclatement de la Grande Guerre, le monde a pu apparaître...

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconPensée de l’homme Histoire des idées dans le monde occidental Alain Blondy

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle icon1 Documents informatifs: La Grande Guerre 1914 – 1918
«la guerre et la propagande à travers le xxème siècle». Ta classe a été chargée d’élaborer un panneau évoquant la première guerre...

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle icon" La propagande à travers les affiches politiques du xxème siècle "

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle icon«L’enceinte servienne dans l’histoire urbaine de Rome»1
«servienne» est un ouvrage architectural construit et retouché du vie jusqu’au Ier siècle avant jc. La majeure partie de l’œuvre...

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconUne propagande belliqueuse
«classes dangereuses», hostiles à la démocratie. Ni royaume, ni empire et pas encore république démocratique, qu’était la France...

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconProgramme : Histoire : Le monde au xxe siècle et au début du xxie siècle

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconL’héritage de la Révolution française
«le siècle qui va de 1789 jusqu’aux années 1880 pourrait s’appeler le siècle de la Révolution française»

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconPalestine du Jourdain à la mer. Nous nous battrons jusqu’à la dernière...
«Nous ferons de la Palestine le cimetière des juifs» sans que ça émeuve le monde

La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle iconComposition sur l’évolution générale politique, économique et sociale...
«d’abord» pour la prospérité de tous, doit être combattue par les politiques publiques, tant nationales (politiques de redistribution)...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com