La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle





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L’Inquisition. Le système de l’Inquisition n’est pas seulement un système répressif – on néglige souvent l’aspect que nous pouvons qualifier de propagande, car l’Inquisition ne vise pas seulement à détruire matériellement des hérétiques, mais, plus encore à préserver de l’hérésie ceux qui sont tentés. Il y a un effort très particulier d’action psychologique.

Le secret. Les juges restent secrets, on a même soutenu que parfois ils ignoraient eux-mêmes le nom de l’accusé. Il n’y a pas d’avocat, l’accusé ne sait souvent pas qui l’accuse (…) ni même parfois de quoi on l’accuse. Les arrestations frappent sans avis (…). Cette atmosphère de secret fut accentuée par la diffusion de légendes qui sont répandues dans le public, peut-être volontairement : le but du secret est de créer une ambiance de terreur, qui est un puissant moyen d’action psychologique.

L’incertitude. Le deuxième élément dérive du précédent sans être identique. L’incertitude porte sur la possibilité où chacun se trouve d’entrer dans la sphère d’action de l’inquisition (…). Or, il est bien connu que l’incertitude est un des facteurs importants de ce que l’on appelle la propagande de terreur.

La publicité des châtiments qui est savamment graduée : les croix marquant d’infamie le condamné, et destinées à le mettre à part de la communauté civile et religieuse (…).

Les autodafés qui ont lieu en grand apparat, et qui sont destinés à marquer l’imagination du peuple et qui s’accompagnent du célèbre sermon des inquisiteurs pour expliquer au peuple et le convaincre à l’occasion de cet exemple (…).

Et nous avons de nombreux exemples attestant que le peuple adhérait à l’action de l’Inquisition, et qu’il exigeait sous l’effet de cette propagande une répression sévère de l’hérésie. A ceci s’ajoutent des légendes, des rumeurs, des anecdotes qui arrivent à créer une véritable aversion du peuple contre les hérétiques.

L’aveu et la rétractation. C’était un des éléments essentiels de cette action. Il s’agissait de conduire progressivement l’accusé (…), à reconnaître ses torts et à les proclamer en public. L’aveu obtenu en secret n’était pas important, il devait être confirmé par une rétractation devant le peuple, accompagné d’une abjuration des erreurs, d’une confession de la foi orthodoxe et d’une dénonciation des complices (…). Cette confession n’empêchait pas l’exécution de la peine.

Il était évident qu’une telle auto-accusation devait être un puissant élément de justification de l’Inquisition, comme la confession de foi orthodoxe était un facteur de force pour l’Eglise (…). »

La propagande royale et les légistes

« Il y avait longtemps, dès le 12ème siècle, que les pouvoirs politiques avaient compris l’importance de l’attitude effective des peuples envers le gouvernement. Les princes anglo-normands utiliseront à cette époque l’histoire, qu’ils font écrire à leur avantage, comme un moyen d’influencer l’opinion (…). A partir de moment l’utilisation de l’histoire à des fins de propagande reprendra partout la place qu’elle avait connue à Rome. Elle jouera un grand rôle dans la propagande royale contre l’Eglise. A côté de cette propagande intellectuelle et démonstrative, on voit se développer des méthodes populaires : les jongleurs avec des chansons politiques, les pèlerins récitant des poèmes orientés, atteignent l’opinion (…). Parfois enfin de grands poètes deviennent agents de la propagande royale (…). »

« Mais les principaux agents de la propagande royale furent ensuite les légistes. 

  1. Les légistes. A la fin du 13ème et au 14ème siècle paraît le corps des légistes dans divers royaumes et principautés de l’Occident. Nous sommes là, pour la première fois en présence d’un véritable corps de propagandistes (…). Ce sont des juristes et des hommes politiques, des romanistes qui puisent dans le droit romain un modèle et des arguments. Leur grand objectif est de justifier et d’expliquer devant le peuple et les autres pouvoirs, la légitimité et les actes de cet organisme politique nouveau qu’est une monarchie centralisée. Ils apparaissent lorsque l’Etat devient conscient de lui-même et cherche à s’affirmer comme pouvoir centralisateur unique, et seul légitime […] Il s’agit également de prouver que seul le roi est souverain légitime par lui-même. Ils seront alors habiles en droit canon pour lutter contre l’Eglise, en droit féodal pour lutter contre les seigneurs. Ce sont les grands constructeurs de l’Etat centralisé. Les légistes réussissent remarquablement en ce qu’ils sont d’excellents connaisseurs de la mentalité populaire de leur temps (…). D’autre part ils sont déjà acquis à ce que l’on peut appeler une nouvelle conception de la vie (essentiellement pragmatique, orientée vers l’efficacité plus que vers la morale) et de l’Etat (organisateur de la société, national et centralisateur) (…). Leur cynisme consiste à utiliser la morale et le droit commun comme système de justification, et c’est une opération de pure propagande (…). Ils suivent de très près le courant politique, les événements, et à l’occasion d’une situation déterminée, ils inventent un principe (en utilisant la morale, le droit romain, le droit canon, la doctrine de l’Eglise) destiné à expliquer, et fonder l’action du roi dans cette situation (…).

  2. Les procédés. Pour réussir leur travail de propagandistes, ils utilisent des procédés diversifiés. Envers les grands, pape, évêques, empereurs, ils rédigent des mémoires, des consultations juridiques ou politiques contenant un habile amalgame de faits et d’interprétations : ces mémoires correspondent un peu à ce que nous appelons aujourd’hui un Livre blanc sur une question. Mais ils sont très fortement orientés. Ils sont envoyés à tous les intéressés.

Puis ils utilisent de grandes cérémonies – débats publics. Ils provoquent leurs adversaires, sur un thème d’actualité, et, devant un public composite, (…) ils essaient d’emporter une victoire idéologique (…).

Mais le moyen de propagande le plus spécifique des légistes fut ce que l’on peut appeler le slogan. Pour faire pénétrer dans la pensée populaire les idées politiques qu’ils estiment utiles, les légistes eurent le génie de la « formule », de la phrase brève facile à répandre et à retenir. Ils partent évidemment de l’idée qu’il est impossible d’expliquer une doctrine politique au peuple, de la faire comprendre – mais que, résumée en slogan, cette doctrine devient une sorte de vérité, acceptée sans esprit critique ; il suffit de répandre le slogan de façon assez continue, avec des moyens assez vastes pour le transformer en élément de croyance. Et, lorsque dans une circonstance donnée, les légistes invoquent l’idée contenue dans la formule, ils trouvent une opinion tout prête à adhérer, un peuple prêt à suivre le mouvement. Les plus importants de ces slogans furent : le roi de France est souverain en son royaume (contre l’empereur). Toute justice émane du roi (contre les féodaux) (…). Que veut le roi, si veut la loi (…). Leur travail d’opinion par ces slogans a manifestement « assis » le pouvoir royal au 14ème siècle. 

Enfin la propagande des légistes est toujours accompagnée de certains éléments de faits, d’une action politique. Ce n’est pas une propagande purement verbale, purement idéologique : leur action apparaît presque toujours comme le support ou le tremplin de leur propagande. Et, en même temps, cette action apparaît aux yeux du peuple, comme une démonstration, une vérification de la vérité de ce qui était énoncé.

La doctrine justifie l’action, l’action vérifie la propagande aux yeux du peuple. Et cela fut la grande habileté de ces légistes en tant que propagandistes (…).

  1. Machiavel. On peut dire que dans une grande mesure Machiavel reprend l’expérience des légistes, et en fait la théorie. Il y a d’abord chez lui toute la théorie du paraître : le prince peut être infidèle à ses engagements mais il doit paraître fidèle. Il n’est pas nécessaire qu’il ait toutes les qualités mais il est indispensable de paraître les avoir (…). Il y a ensuite chez Machiavel la théorie du prestige et de la diversion (…). Le prince doit avant tout assurer son prestige par des moyens psychologiques, et d’autre part il doit attirer l’attention de ses adversaires ou de ses sujets sur des questions qui les passionneront cependant que lui-même agit dans un autre domaine (ainsi utilisation des fêtes, des spectacles, des fausses questions politiques). Quoique Machiavel n’ait pas consacré un chapitre spécial à la propagande, on peut dire qu’elle est partout dans son œuvre, qu’il est le premier théoricien de la propagande, et qu’en somme sa théorie se résume dans le fameux « gouverner, c’est faire croire » ».

Caractères généraux de la propagande pendant cette période

« Le phénomène de la propagande malgré sa grande diversité pendant cette très longue période présente un certain nombre de caractères communs que l’on peut essayer de synthétiser.

  1. La propagande est un phénomène sporadique et localisé. Elle n’est pas un moyen constant d’action au cours de l’histoire. Elle n’est ni permanente ni nécessaire (…). Il semble que l’on puisse dire qu’elle apparaît surtout lorsqu’il y a dans un groupe social une tendance à un pouvoir structuré et centralisateur. La propagande est toujours l’expression d’un pouvoir qui cherche à s’imposer pour grouper autour de lui toutes les forces de la société, les éléments de l’opinion. Et normalement ce pouvoir a un caractère politique (…). De plus il semble qu’il y ait propagande lorsque ce pouvoir politique centralisateur est personnalisé (…).

La propagande est localisée géographiquement (…) : elle n’atteint qu’une aire géographique très limitée (…).

La propagande est enfin localisée socialement : elle n’atteint pas toutes les classes d’individus, et très rarement l’opinion publique (…). Les essais pour atteindre des populations globales sont, quand on les analyse, beaucoup plus réduits qu’on ne les imagine (…). Mais en réalité, elles atteignent effectivement les cadres (…), et c’est seulement au travers de ces cadres, de ces opinion leaders que le peuple est éventuellement atteint (…).

  1. La propagande est non scientifique. D’une part, il est évident, que pendant toute cette période, on manque de moyens matériels d’action. Les possibilités techniques de propagande sont très réduites (…). De plus dans ses méthodes, elle n’est jamais systématisée : les expériences de propagande faites à un moment ne sont pas conservées, imitées et perfectionnées (…). Cela tient essentiellement à ce qu’elle n’est pas considérée comme un phénomène spécifique. La propagande n’existe pas en tant que telle aux yeux des hommes politiques de cette époque. Elle fait partie d’une action politique (…). Accidentellement et selon les circonstances, on redécouvre et utilise ce moyen parce qu’il semble adapté au but recherché. Elle reste alors ce qu’on peut appeler un art avec deux conséquences de ceci. Tout d’abord elle dépend du génie particulier d’un homme (…). Enfin, la propagande dépend de l’orientation du peuple lui-même, de son génie particulier (…).

  2. La propagande est généralement, mais non toujours, fondée sur des sentiments religieux. Même chez le peuple le plus laïcisé de cette période, le peuple romain, on ne conçoit guère une propagande qui ne s’appuie pas sur un sentiment religieux, soit spontané, soit créé artificiellement. Ce sentiment paraît à la fois comme plus facile à utiliser pour convaincre l’homme (…) et comme le plus profond (…). L’utilisation du religieux présente encore deux aspects qui caractérisent bien la propagande : c’est d’abord le moyen pour avoir une action à la fois individualisée et collective (…). C’est ensuite la relation entre le religieux et le sentiment de terreur sacrée (…). »

La propagande du 16ème siècle à 1789

« Cette période constitue l’époque intermédiaire pendant laquelle la propagande conserve un grand nombre des caractères qu’elle avait eus antérieurement, mais elle se transforme par la suite de l’apparition de moyens nouveaux, essentiellement la presse. »

La Réforme

« La diffusion des idées de la Réforme fut en grande partie fondée sur une propagande assez systématique, comportant l’utilisation de l’imprimerie. 

  1. L’imprimerie permet de répandre les idées dans des masses beaucoup plus considérables que le discours, d’agir à distance, de créer une opinion publique et de tenir beaucoup moins compte des mœurs. Il faut évidemment considérer qu’à cette époque l’imprimé avait beaucoup plus d’autorité sur le lecteur que de nos jours, il était encore un objet assez rare et ne pouvait contenir, aux yeux du lecteur, que la vérité. Mais il fallait savoir lire. Or, la Réforme qui se présente, partiellement, comme un retour à la source écrite de la foi, à la Bible, implique pour cela que le lecteur sache lire. Mais de ce fait même, cet homme qui sait lire devient plus accessible à la propagande imprimée. La grande force la Réforme sera d’influencer l’opinion par la circulation de brochures portées en tous lieux par des colporteurs. En même temps, les réformés tentent un essai de conversion presque systématique des maîtres d’écoles, ouvrent des écoles et des académies pour diffuser le minimum de connaissance nécessaire, à la fois à la lecture biblique et à la lecture des écrits de propagande. Il est important de souligner le rapport existant entre l’instruction et le développement de la propagande.

  2. On peut suivre de façon précise l’évolution de cette littérature de propagande : il y eut d’abord des pamphlets (…). Mais ces écrits n’ont qu’un public limité (…). Bientôt Luther veut persuader le simple fidèle pour le rendre juge de la querelle, il s’adresse alors au peuple tout entier dans des écrits théologiques rédigés dans une langue simple, usant d’expressions populaires, d’un style courant et d’une méthode d’exposition très élémentaire (…).

Une troisième étape se caractérise par la multiplicité des moyens de propagande : d’un côté, nous trouvons un ensemble d’œuvres polémiques (…), qui sont publiés et s’adressent évidemment surtout aux intellectuels. Mais ceci sera accompagné de créations très neuves : des fantaisies dramatiques (…), des chansons avec des paroles de propagande composées sur des airs populaires, des comédies continuant la tradition médiévale mais avec un contenu différent. Et bien entendu, les pamphlets continuent (…).

Dans une quatrième étape, on voit paraître une nouvelle propagande : (…) la propagande par diffusion d’un programme : ce sont les XII articles, contenant et résumant les réformes exigées par les paysans et qui furent diffusés dans tout l’Empire. Après la fin de la guerre des paysans, le grand élan de propagande systématique en Allemagne s’arrête brusquement : la partie est gagnée pour Luther, il n’a plus besoin d’agiter l’opinion, de faire la polémique ; au contraire il doit essayer plutôt de calmer les esprits (…). Luther s’oriente vers l’organisation, la stabilisation : ses brochures continuent à être répandues, mais elles changement de caractère, elles deviennent des brochures d’enseignement et d’édification. La propagande continue donc, mais beaucoup moins intensive, plus routinière.

Pendant cette période de crise la propagande luthérienne avait pris des caractères nouveaux : elle vise la totalité du peuple, et cherche à le soulever. Elle a une forme nettement intellectuelle, même dans les tracts les plus simples : elle se fonde sur une doctrine qui est ensuite vulgarisée. Elle s’adresse à la conviction, au bon sens, au jugement d’évidence. Donc, à la « conscience claire » : elle est beaucoup plus rationnelle que la propagande des périodes antérieures (sauf celle des légistes), elle s’adresse moins au sentiment religieux, ne cherche pas à utiliser la terreur sacrée. D’autre part, cette propagande ne s’appuie pas sur une organisation préalable, elle n’a pas pour point de départ une institution (…). »
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