La propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle





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La Ligue et la Fronde

« Les deux mouvements de date et de motifs différents doivent être rapprochés sur le plan de la propagande parce qu’ils sont dans ce domaine absolument comparables. Le type de propagande inauguré au début de la Réforme se reproduit ici : nous avons également ici un mouvement d’idées, sans institution de départ. Et cela deviendra la règle pour les propagandes d’agitation et d’opposition. On retrouve l’usage des mêmes moyens : la chanson, le pamphlet, le théâtre. C’est une des époques où la chanson politique aura le plus de force de propagande (…). Mais également la prédication populaire, d’un type très différent de celle de la Réforme. Celle de la Réforme avait généralement un contenu doctrinal très dense, et ne fait pas vraiment partie de la propagande. Alors que la prédication, lors de la Ligue, (…) a un objectif de soulèvement et pousse non à la conversion mais à une action politique. »

« Les poèmes également eurent une grande influence populaire […] Il semble que, plus qu’à d’autres périodes, la propagande de la Ligue et de la Fronde ait des résultats rapides, provoquant une émotion populaire dès le début, mais sans résultats profonds. Nous commençons alors à voir paraître ici un type relativement nouveau : la propagande d’actualité cherchant à atteindre des objectifs proches. Cette propagande s’adresse au jugement populaire, essaie d’obtenir la décision par l’intervention du peuple (…). »

« D’autre part cette propagande présente une autre caractéristique qui annonce elle aussi un nouveau type : les doctrines ne sont plus à part de la propagande […] Avec la Ligue, la doctrine est en elle-même, de par son contenu un élément de la propagande ; la doctrine est faite soit à titre de justification de l’action, soit construite à partir de formules destinées à atteindre le peuple (…). Mais ces mouvements montrent en même temps la fragilité de cette propagande : sitôt que le mouvement politique lui-même s’effondre, l’opinion publique retombe, ce que la propagande avait provoqué se dissipe (…). »

L’Eglise catholique

« L’action des gouvernements contre les protestants, l’usage de la violence n’est pas la propagande. Il s’installe au contraire lorsque la propagande elle-même a échoué. De même la législation fixant un statut particulier aux protestants entre dans l’action politique matérielle. Ne nous paraît pas être non plus de la propagande le développement de l’enseignement sous l’impulsion du Concile de Trente (…). »

  1. La « Congregatio de Propaganda Fide ». Il s’agit expressément d’un organisme d’Eglise destiné à répandre la foi par la mission et implicitement à combattre l’action de la Réforme (…). »

  2. La propagande contre les protestants sous Louis XIII. En dehors des entreprises d’ordre militaire, on assiste entre 1625 et 1643 à une action de propagande concertée pour détruire l’influence protestante. Les principaux facteurs de cette propagande sont représentés par des institutions : la Compagnie du Très Saint-Sacrement de l’Autel (…). Elle accomplit des œuvres de secours, mais, en même temps et à cette occasion, elle entreprend une propagande secrète contre les protestants : intervenant dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les galères au titre de la charité, les représentants entreprennent une action psychologique auprès des protestants qui y sont. Ils possèdent des moyens effectifs de pression, par leur possibilité d’agir auprès des administrations pour adoucir ou empirer la situation de ces protestants. Mais bien les activités de la Compagnie deviennent de plus en plus de propagande, et de moins en moins de charité. On y établit un véritable fichier de tous les hérétiques. On inaugure le système des pensions (pension versée au protestant qui se convertit). Puis l’on s’attaque aux grands seigneurs protestants : ce sera l’objectif suprême de la Compagnie, tous les moyens de pression politique y sont employés. »

La propagande de la monarchie

« A partir de la moitié du 17ème siècle, paraissent des intérêts de groupe et de classe qui s’expriment en direction du pouvoir central. Celui-ci est obligé de tenir compte d’une opinion qui se forme, et de nombreux groupes de pression. Les divers groupes de la nation entrent davantage en contact les uns avec les autres. Une décision gouvernementale doit alors être préparée au niveau de l’opinion. On commence à ressentir le besoin d’une propagande plus systématique, pour influencer la vie intellectuelle des sujets et ruiner le moral des adversaires. Louis XIV commencera à développer une véritable propagande, mais surtout orientée vers l’étranger. »

  1. La propagande orale. Il est bien connu que les premières gazettes furent orales. Les gazetiers (…) [étaient] des spécialistes qui recueillaient, colportaient et commentaient des nouvelles de tous ordres. Très rapidement Louis XIV les utilisa, à double fin : d’une part comme agent d’information pour lui-même (…). D’autre part, pour sa propagande, les utilisant pour répandre les informations qu’il estimait nécessaires. Leur activité fut centralisée (…). Bien entendu ce système de propagande n’atteignait que le peuple de Paris.

  2. La presse. De nombreux bulletins imprimés existaient dans toute l’Europe. Les premiers journaux naissent à peu près au même moment aux Pays-Bas, en France, en Angleterre, en Allemagne. En 1631, paraît la Gazette de Théophraste Renaudot. Mais sitôt que la presse paraît, elle est soumise à l’influence du pouvoir. Richelieu agit de suite pour accaparer cette puissance. Il fait agir la censure, accorde des primes et des subventions, essaie d’organiser un monopole, et, par les bulletins, de répandre des informations favorables, fussent-elles fausses […] On peut avancer que la Gazette de Renaudot a bien été fondée comme moyen d’action de la Monarchie. Il reçoit un privilège officiel dès 1631 et la Gazette ayant eu un grand succès, elle devient un recueil quasi officiel d’informations et d’articles de propagande. Louis XIII et Richelieu y apportent sous des pseudonymes leur collaboration personnelle. La Gazette a reçu en réalité un double monopole : celui des informations politiques et celui de la publicité (…). Louis XIV utilisera peu cet instrument. Dans le domaine de la propagande écrite, il préfère utiliser les brochures, les libelles, les tracts. 

Cependant la presse périodique commençait sa carrière comme étant associée à la propagande : c’est un fait. C’est que dès le début, il apparaît que la presse périodique ne peut vivre de ses propres moyens, qu’elle a peu de public (donc peu de ressources), si elle se contente de nouvelles privées, d’information de culture générale. Sauf appui du pouvoir, on assiste à l’échec de la presse intellectuelle ou de pure information. Pour avoir un public suffisant(…), il faut apporter des informations politiques. Mais celles-ci ne peuvent être indépendantes : elles se heurtent à la censure. La presse régulière ne peut fonctionner qu’avec l’appui du gouvernement qui s’en sert.

On retrouve d’ailleurs ce même lien entre presse et propagande à l’étranger : la presse hollandaise est aussitôt un instrument actif de propagande contre l’Espagne puis contre Louis XIV. De même en Angleterre, les premiers périodiques sont lancés pour influencer l’opinion, par exemple en faveur du divorce de Henri VIII. Il faut d’ailleurs souligner que la propagande effectuée par l’intermédiaire de la presse présente dans tous les pays le même caractère : elle est surtout à base d’information. La polémique pure, les commentaires, les explications idéologiques sont faibles et peu nombreux. On cherche principalement à influencer l’opinion en lui transmettant des nouvelles brutes, et en empêchant les nouvelles défavorables de passer (…).

  1. La propagande intérieure. Dans l’ensemble Louis XIV a fait peu de propagande idéologique à l’intérieur du royaume, sauf l’appui qu’il donne à la propagande contre les protestants. Il se sent assez assuré de l’adhésion populaire. Il est convaincu de faire l’unanimité. Il ne cherche pas d’ailleurs à s’appuyer sur la masse, dont il se défie (suppression des états généraux). Par contre il utilise un moyen de propagande, classique de l’absolutisme : le prestige. Toute son action (…) est guidée par le problème du prestige. L’étiquette de la Cour, la construction de Versailles, la protection des artistes, les cérémonies et fêtes, le luxe, les médailles commémoratives. Tout cela, qui n’est pas en soi de l’ordre de la propagande, est transformé en propagande par l’utilisation qui en est faire, selon la pensée de Louis XIV, pour magnifier le règne, et modifier l’opinion. Il est d’ailleurs remarquable de constater que l’on a finalement enregistré trois des plus grandes périodes de propagande, en qualifiant le siècle de Périclès, le siècle d’Auguste, le siècle de Louis XIV : ces dénominations montrent la réussite de la propagande globale de prestige à l’égard de l’opinion.

Après Louis XIV la propagande décline rapidement en France. La presse officielle toujours sous régime du monopole cesse d’avoir de l’influence, les intellectuels la méprisent. La Gazette devient un recueil de renseignements, terne et impersonnel, à un moment où une autre littérature, d’opinion et d’opposition influençait le public. Choiseul en 1761, essaie de lui rendre vie. Il en fait un véritable journal officiel, il tente de regrouper des informations plus sérieuses, venant des intendants et des ambassadeurs. Puis avec Vergennes, en 1775, et jusqu’en 1788, la presse gouvernementale retrouve une certaine autorité : lorsque l’on voudra préparer l’opinion publique à la guerre d’Amérique, on assiste à une campagne très bien menée. C’est le ministre des Affaires étrangères qui dirige la presse, tous les journaux sont finalement obligés de s’aligner sur l’orientation qui est donnée.

  1. La propagande extérieure. Pendant toute cette période, les divers chefs d’Etats essayèrent d’agir sur l’opinion publique des pays étrangers. Les uns ont agi sur une échelle réduite : Frédéric II a surtout essayé d’intervenir dans le cadre des autres Etats allemands, par l’intermédiaire de la presse. D’autres au contraire ont tenté une propagande étrangère de grande envergure. On peut citer deux exemples : d’abord celui de Louis XIV. La politique de prestige dont nous parlions plus haut était évidemment orientée aussi vers l’étranger : il s’agissait de faire reconnaître à l’étranger que le roi de France soit en réalité le Roi (…). Mais sa grandeur étant identifiée à celle de la France, c’était en même temps la diffusion de la pensée, de la culture, de la langue, des arts français qui assuraient cette propagande. Le français devient langue internationale et diplomatique. Nos architectes, nos peintres sont « exportés » dans toute l’Europe. Nous sommes dont en présence d’une propagande de type sociologique. Mais Louis XIV agit aussi d’une façon plus précise, plus exactement politique. Il s’agit sur l’opinion publique des Etats étrangers, de l’intérieur : soit par la corruption, en achetant des hommes d’Etat qui agiront en sa faveur, beaucoup moins dans le domaine de l’action politique proprement dite que dans celui de la propagande : ils essaient d’affaiblir la résistance à l’influence française, soit par les agents secrets : ceux-ci se mêlent au peuple, et font courir des faux bruits, des rumeurs, pour provoquer des troubles, ou pour orienter l’opinion dans un sens favorable à la France, soit enfin par la presse : Louis XIV conçoit la presse surtout comme un moyen d’action orienté vers l’étranger.

Il semble vraisemblable qu’il ait soudoyé plusieurs journalistes ou directeurs de journaux étrangers (…).

D’ailleurs, en face de la propagande extérieure menée par Louis XIV, il faut noter un effort du même genre, en Hollande depuis 1640 environ. Les Hollandais ont reçu un très grand nombre de réfugiés protestants français. Ceux-ci ont créé des gazettes en français (…). La diffusion de ces journaux fut considérable, ainsi que leur influence. Le gouvernement français les avait interdits, mais il n’arrivait pas à les empêcher de circuler. Il protestait alors fréquemment (…). Ces gazettes semblent avoir une influence réelle sur l’opinion, et Louis XIV lui-même éprouvait le besoin d’y chercher des informations que l’on ne trouvait nulle part ailleurs (…). Dans la mesure d’ailleurs où ces journaux contenaient surtout des faits exacts (…), ils apportaient des informations. Et c’est à ce titre que les hommes d’Etat les suivaient. »

La propagande hostile au pouvoir

« C’est à partir du second tiers du 18ème siècle que se développe une propagande hostile à la société monarchique et au pouvoir, une propagande idéologique (…).

  1. Les campagnes d’opinion en France. Les intellectuels de ce moment méprisent la presse officielle, et ne se servent pas eux-mêmes beaucoup de la presse. Il suffit de lire l’article « Gazette », fait par Voltaire dans l’Encyclopédie pour se convaincre de son mépris envers ce mode d’expression. Les intellectuels conservent la conviction que l’attaque contre le régime et la société doit s’effectuer à un niveau plus profond – et avec des moyens plus durables. Ils cherchent alors à créer une opinion publique stable, et non pas mouvante au gré des informations. Ils préfèrent alors utiliser les brochures, libelles et pamphlets. Les Lettres persanes de Montesquieu, les Lettres anglaises de Voltaire, ont beaucoup plus d’importance que les journaux. Mais elles s’adressent évidemment à une élite. Une fois encore, la propagande cherche à atteindre d’une part les opinion leaders, d’autre part les milieux directement concernés par la politique. Toutefois, ils profitent de ce que la bourgeoisie devient plus largement capable de lire ces textes, et tend à devenir une classe dirigeante. Voltaire sera un maître de propagande par son habileté à monter une campagne : chaque fois qu’une occasion lui est offerte (…), sous l’apparence d’un combat pour la justice et la liberté, il organise une vaste propagande progressive, et jouant sur plusieurs éléments (institutionnel, psychologique, moral, esthétique). Dans ce développement de la propagande par les intellectuels, les arts se trouvent directement impliqués : la poésie, le théâtre, la chanson (Barbier et Vernillat), prennent un contenu politique ou de critique sociale ; il est alors difficile de discerner si la propagande est insérée dans l’œuvre d’art de façon accessoire, si le problème politique ou social n’est qu’un prétexte, ou inversement si l’œuvre d’art n’est plus qu’un moyen de faire passer une attaque de façon indirecte.

Dans la même ligne s’inscrit l’Encyclopédie, remarquable propagande intellectuelle, en ce qu’elle est une utilisation de connaissances véritables à des fins polémiques. L’Encyclopédie fut vraiment un acte de propagande, par sa vulgarisation du rationalisme appliqué dans le domaine politique et social. Mais là encore, elle vise et atteint un cercle restreint, malgré sa diffusion considérable pour l’époque (…). Toutefois ce vaste effort de propagande, ne crée pas une opinion publique (…).

La propagande par contre réussit dans la classe bourgeoise, parce qu’elle correspond exactement à sa situation. Il est alors difficile de dire si ces idées sont nées de la situation même de la bourgeoisie, qu’elles se bornent à exprimer, ou si elles forment une véritables propagande, créée par des meneurs et trouvant un terrain favorable (…).

  1. La presse. Il est assez remarquable de constater que dans la propagande d’opposition, la presse joue un rôle assez faible, sauf en Angleterre (…). Les adversaires des philosophes et des encyclopédistes ont, eux, utilisé la presse. Ainsi Desfontaines et Fréron. Ce sont des polémistes qui attaquent le courant nouveau, défendent le régime, les idées traditionnelles (…).

  2. Il faut enfin souligner l’explosion de propagande provoquée en France en 1788 par l’arrêt du Conseil d’Etat du 5 juillet 1788 invitant les personnes instruites à fournir au ministère des avis et des suggestions en vue de faire des réformes. Cet arrêt était l’équivalent de la suppression de la censure préalable, et immédiatement la France fut submergée de brochures, de pamphlets. Il y eut approximativement 2 500 libelles répandus dans toute la France, et transportant dans tous les milieux et sur tout le territoire les idées qui, jusqu’ici, avaient été cultivées dans des cercles relativement restreints : la plupart de ces brochures ont en effet pour thème les idées de souveraineté nationale, de liberté, de suppression des ordres, des inégalités et des privilèges. Il est certain que leur diffusion a caractérisé la période préélectorale des états généraux. Toutefois on peut hésiter quant au terme de propagande : il semble en effet qu’il s’agisse ici d’un mouvement d’expression spontanée de l’opinion d’un certain milieu, sans qu’il y ait une action concertée. »
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