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Bob trouve aussi un ami.


La conduite de Bob m’intriguait. Parfois il rapportait des objets qu’il semblait heureux de posséder et dont il ne se servait pourtant pas. Une après-midi, par exemple, il tira de sa poche un joli foulard bleu à pois blancs ; mais en dépit du froid, il ne songea pas à se l’attacher autour du cou. Deux ou trois jours après, je fus surpris de l’air satisfait avec lequel il montra à son frère une petite boîte de métal blanc qui contenait une poudre noire. Il n’y avait vraiment pas de quoi se réjouir ! Cette poudre ne se mange pas ; car Bob la répandit par terre, et lorsque je m’approchai de l’endroit où elle était tombée, son odeur pénétrante me fit éternuer à diverses reprises. Bélisaire, toujours bienveillant et poli, se contenta de me dire : « Dieu te bénisse » ; mais il m’apprit plus tard que c’est là une poussière que l’homme fabrique avec une plante et qu’il se fourre dans le nez afin de se donner un semblant de rhume de cerveau. Il faut avouer que le roi de la création se distingue par la bizarrerie de ses goûts et de ses inventions !

Billy, du reste, ne se montra pas plus enchanté que moi à la vue du contenu de la boîte en question ; je devinai à sa mine qu’il aurait préféré un morceau de pain. Seulement, je ne compris pas pourquoi il demanda à voix basse à son frère :

« Oh ! Bob, est-ce que tu n’as pas peur ?

– Peur ? répéta Bob. Oui, j’ai souvent peur... Ah ! si je savais, si je pouvais travailler ! Mais que veux-tu que je fasse ? Quand on a faim on ne recule devant rien, on ne songe plus à la peur, mais à l’estomac qui crie. Ça me fait mal aussi de penser à toi qui n’as pas mangé non plus, et je me dis : « Faut pas que Billy meure de faim ! » Peut-être que pour moi tout seul, il y a des choses que je n’oserais pas.

Billy ne répondit pas ; il jeta les bras autour du cou de son frère et tous deux demeurèrent silencieux, l’air si morne, si abattu, si désolé, que je restai convaincu que le plus misérable des rats était un être heureux en en comparaison de ces deux pauvres enfants abandonnés. Ils n’avaient rien mangé ce soir-là, et j’aurais bien voulu leur porter quelques miettes, surtout lorsque Bob dit à son frère :

« Dors, petit, tu as vu ? demain nous aurons de quoi manger ; mais ce soir il aurait été trop tard pour... pour faire argent de ce bibelot.

– Mon Dieu ! Mon Dieu ! » s’écria Billy.

En effet, le lendemain Bob sortit, presque dès l’aube, emportant la boîte qu’il avait cachée avec soin la veille, – comme si nous songions à y toucher ! Et il revint au bout d’une heure ou deux avec des provisions.

Durant les absences de son frère, Billy restait toujours en proie à une vive inquiétude et se tenait sans cesse aux aguets. Quand la faim et le froid ne le tourmentaient pas trop, il finissait par trouver l’oubli dans le sommeil. Un soir, il veillait avec plus d’impatience que de coutume, car la neige pénétrait dans l’appentis par mainte fissure et il jeûnait depuis la veille ; « il ne reviendra jamais ! » s’écriait le pauvre petit qui ne s’habituait pas à la solitude.

Tout à coup la silhouette de Bob se dessina sur le seuil. Grâce à la neige qui formait au dehors un épais tapis, nous n’avions pas entendu le bruit de ses pas. Sans se donner la peine de secouer les flocons qui couvraient ses loques et ses cheveux, il se jeta à côté de son frère.

« Mon pauvre Billy, j’ai cru que je ne te reverrais plus ! » s’écria-t-il, et il fondit en larmes. Moi, je m’imaginai qu’il pleurait parce qu’il rentrait les mains vides ; mais pas du tout !

« Un pain entier ! Quelle chance ! dit le petit boiteux qui, sans plus de cérémonie, se mit à mordre dans la croûte, tant il était affamé.

– Et que dis-tu de ça ? » demanda Bob en jetant un manteau sur les épaules de son frère.

Billy ouvrit les yeux avec une expression de surprise qui se transforma en joie lorsqu’il sentit une chaleur bienfaisante se répandre dans tous ses membres. Mais sa joie fut de courte durée ; sa figure s’était tout à coup assombrie ; il avait réfléchi, et faisant le geste de rejeter le petit manteau :

« Où as-tu pris ce manteau ! dit-il, la bouche à moitié pleine. Est-ce que tu l’as... volé ? »

Bob tressaillit ; il regarda autour de lui avec crainte, passa la main sur son front et s’écria, les yeux pleins de larmes :

« Non, Billy ; non, je n’ai pas volé ce que je t’apporte aujourd’hui, et même, grâce au ciel, je ne volerai plus jamais ! »

– Ah ! s’écria Billy les yeux subitement illuminés, ah ! Bob, si c’était... si c’était possible ! »

Bob semblait incapable de pouvoir achever son récit, tant il sanglotait. C’était la première fois que je le voyais pleurer, et sa douleur m’émut.

« Si tu pleures, dit Billy s’arrêtant de manger, c’est que, pour me faire plaisir, tu ne m’as pas dit la vérité ; je n’ai plus faim.

– Je t’ai dit la vérité, reprit Bob, la vraie vérité. Je pleure parce que c’est plus fort que moi ; mais cette fois ce n’est pas de chagrin.

– Alors, reprit Billy bien étonné, alors console-toi, mon Bob, essuie tes yeux et raconte-moi ce qui a pu t’arriver. »

Bob se calma peu à peu ; mais ce ne fut qu’au bout de quelques instants qu’il répondit :

« C’était là-bas, au coin de la place, devant la boutique de gravures, tu sais ? Il y avait un monsieur qui regardait... je me suis placé derrière lui et j’ai glissé la main dans sa poche. Il n’a pas bougé. Je croyais qu’il ne s’apercevait de rien ; mais voilà qu’au moment où je pensais tenir le mouchoir, il m’empoigne le bras et se retourne.

– Et il a crié au voleur, ajouta Billy d’un air effrayé.

– Non ; il m’a serré un peu fort en disant : « Petit malheureux ! » Alors il m’a regardé comme si sa colère fondait dans la pitié, et ses yeux devenaient si doux, que je n’osais plus le regarder. Il m’entraîna doucement vers un endroit où il n’y avait personne, et je le suivis sans me débattre. « Voyons, me dit-il, sois franc, pourquoi voles-tu ? – Pour manger, ai-je répondu, et surtout ; monsieur, pour faire manger mon frère Billy. Est-ce que je volerais jamais si nous avions, Billy et moi, un morceau de pain ou le moyen de le gagner ?

« Tout de suite alors il m’a parlé avec bonté. Ô Billy, personne ne m’a jamais parlé de cette façon. Il m’a demandé pourquoi mes parents me laissaient courir les rues à mon âge, et beaucoup d’autres choses. Je lui ai tout raconté – que je n’ai plus que toi et que tu ne peux pas marcher loin, à cause de ton pied... C’est drôle, je l’avais volé, j’étais pris et il ne me faisait pas peur, ce monsieur. Sais-tu pourquoi ? C’est que pour la première fois j’étais en face de quelqu’un qui me croyait. Et en effet, il voyait que je ne mentais pas, puisqu’il m’a mené tout droit non pas à la police comme un autre l’aurait fait, mais chez le boulanger...

– C’est lui qui t’a donné le pain ! s’écria Billy, lui que tu avais voulu voler !

– Oui, et après il est entré dans une autre boutique pour acheter le manteau, et en me le remettant il m’a dit : « C’est pour ton petit frère, puisque tu dis qu’il est encore plus mal vêtu que toi. » Ce n’est pas tout ; en sortant de là, il m’a mis la main sur l’épaule et m’a dit : « Voyons, est-ce que tu ne voudrais pas apprendre un métier et savoir gagner honnêtement ta vie ? » J’étais si interdit, si hébété, que je ne trouvais pas un mot à lui répondre ; mais il a deviné que je ne demandais pas mieux, car il a dit tout de suite, après m’avoir regardé en face : « Allons, viens avec moi, nous allons essayer, et si tu me trompes, tant pis pour toi. » Et le voilà qui part en me tenant par la main. Il marchait si vite que j’ai été presque obligé de courir pour suivre ses grandes enjambées. Il m’a fait passer sous le viaduc d’Holborn et nous ne nous sommes arrêtés que près du marché, à l’école des Déguenillés...

– Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Billy.

– Une grande salle où il y a des tables et des bancs, avec des images et d’autres machines destinées à l’instruction accrochées aux murs. C’est là qu’on vous montre à lire et à écrire. Vois-tu, Billy, savoir lire et écrire, c’est le commencement de tout, le monsieur me l’a bien dit, et je l’avais déjà entendu dire par d’autres. Cela aide à tout, et surtout à mieux comprendre le bon Dieu.

– Et tu es entré ? et il y avait du monde ? Je n’aurais jamais osé, Bob.

– Moi non plus, je n’aurais pas osé sans le monsieur qui ne me lâchait pas. Il me mena du côté d’un grand en cravate blanche qui était debout devant un tas de petits enfants assis sur des bancs. Tous les yeux s’étaient levés sur moi ; mais, pour avoir du courage, je regardais surtout le monsieur qui m’avait amené. Je voyais bien qu’il parlait pour moi, seulement je n’ai pas bien entendu ce qu’il disait à l’autre grand monsieur. Ils se parlaient très bas. À la fin il m’a dit : « C’est convenu, tu viendras ici tous les soirs et tu apprendras ce qu’on ne t’a jamais appris, à connaître tes devoirs envers toi-même, envers les autres et envers Dieu. Je suis obligé de quitter Londres : mais je serai bientôt de retour et je saurai comment tu t’es conduit. Si tes maîtres sont contents de toi, je ne te perdrai pas de vue, mon pauvre garçon. »

– Quoi ! le monsieur t’a appelé son pauvre garçon ?

– C’est étonnant, n’est-ce pas ? Vois-tu, je ne me rappelle pas la moitié de ce qu’il m’a dit. Mais ça reviendra et je te le raconterai. Il parle si doucement et semble si bon ! Quand il a su que nous avons toujours froid et souvent faim, cela a paru lui faire de la peine. Je crois qu’il ne me trouve pas trop méchant, après tout.

– Ah ! si tout le monde était comme cela, dit le petit boiteux. Mais l’autre, celui avec la cravate blanche ? Est-ce que... est-ce qu’il était bien méchant ?

– Pas du tout... Tiens, j’oubliais une chose... Il y a aussi de jolies dames, des jeunes, qui montrent à lire aux plus petits. Une d’elles, qui s’appelle miss Madeleine, a causé avec moi ; elle m’a dit que si je voulais être bon et docile, elle se chargerait elle-même de mon instruction, et ce qui m’a fait le plus de plaisir, c’est qu’elle a ajouté qu’il faudrait t’amener aussitôt que ton pied irait mieux.

– Tu y retourneras donc ?

– Si j’y retournerai ! répliqua Bob avec une énergie que je ne lui connaissais pas, je crois bien ! Ne t’ai-je pas dit que je ne veux plus voler ? Oh ! ne plus voler, ne plus se cacher, ne plus avoir peur, ne plus se dire qu’on a tout le monde pour ennemi, et justement ! Ne plus chercher les coins sombres, avoir son droit d’être au milieu de la rue, de regarder les gens sans rougir et sans pâlir, de ne pas trembler à la vue d’un policeman, de pouvoir chercher le bon soleil, sans trouble, sans inquiétude, sans remords ! De pouvoir t’y mener, t’y réchauffer, t’y laisser avec la certitude de t’y rejoindre ! Billy, mon petit Billy, ce serait être trop heureux ! »

De grosses larmes coulaient des yeux de Billy, mais on voyait qu’elles étaient douces ; car sa pauvre petite figure avait l’expression anticipée du bonheur rêvé par son frère.

Bob reprit :

« Et puis, si je n’y retournais pas, je ne reverrais plus miss Madeleine, je ne reverrais plus le monsieur qui est si bon que je l’aime déjà.

– Oh ! moi je l’aime aussi, dit le petit Billy. Et si je peux marcher, j’irai avec toi ?

– Certainement.

– Bien sûr ?

– Bien sûr, répondit Bob, qui embrassa son frère. Je t’y porterais plutôt ! »

Là-dessus, ils s’endormirent.

Ça m’a fait plaisir de leur voir ce premier bon sommeil-là.

Évidemment, les pauvres enfants le devaient à leur conscience, enfin plus tranquille.

VI



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