Avertissement





télécharger 428.68 Kb.
titreAvertissement
page7/25
date de publication29.10.2016
taille428.68 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   25

Je rends visite à quelques-uns de mes parents.


Il me serait difficile de dire combien de temps dura le sommeil des deux frères ; car le même soir j’entrepris, en compagnie de mon ami Moustache, une excursion qui devait durer plusieurs semaines.

« Connais-tu Temple-Bar, Hyde Park, l’abbaye de Westminster ? me demanda-t-il.

– Je ne connais rien, lui répondis-je, que ce magasin où je suis né ; ainsi mène-moi où tu voudras, tout sera nouveau pour moi.

– En route alors ! »

J’avais engagé Caramel à partir avec nous ; mais il aimait trop ses aises pour s’éloigner de l’entrepôt où notre couvert se trouvait toujours mis. D’ailleurs, il s’était donné pour mission de veiller sur le pauvre Bélisaire.

Si je ne me trompe, les goûts sédentaires de Caramel et la pitié que lui inspiraient les infirmités croissantes du vieil aveugle n’étaient pas les seuls motifs de ce refus. Mon excellent frère préférait la société des rats noirs à celle de Moustache, qui lui causait une terreur que rien ne justifiait. Quoi qu’il en soit, nous dûmes nous mettre en route sans lui.

De peur de retomber dans des redites monotones, je m’abstiendrai de décrire notre voyage souterrain, nos tours et nos détours à travers le merveilleux labyrinthe de couloirs dont le réseau s’étend dans toutes les directions sous les rues de la belle ville de Londres. Dans ce sombre dédale j’ai vu des milliers de milliers de rats. Je ne croyais pas qu’il en existât autant dans l’univers entier. Seul j’aurais hésité à m’aventurer sur le territoire de telle ou telle famille hanovrienne dont les membres semblaient prêts à écharper un intrus. Mais Moustache avait l’air si résolu que nul n’osait lui chercher querelle. J’avoue néanmoins que ce fut avec plaisir que je revis la lueur des étoiles ; car ce fut au milieu de la nuit que nous sortîmes des entrailles de la terre, non loin d’un des plus beaux parcs de Londres. La vue de l’herbe et des plantes à feuilles persistantes, spectacle inconnu pour moi, excitait mon enthousiasme.

« Il y a vraiment bien de quoi s’émerveiller ! dit Moustache, qui sourit de ma simplicité. C’est au printemps qu’il faut contempler la nature ; alors tous les arbres sont chargés de feuilles d’un vert tendre, les fleurs brillent de tout leur éclat et l’herbe est dans toute la fraîcheur de sa jeune nouveauté. J’admets pourtant que, même en cette saison peu propice, la surface de la terre est d’un aspect plus réjouissant que la vue des galeries que nous venons de parcourir. C’est égal, ne nous arrêtons pas trop longtemps ici. Ce square serait sans doute un charmant séjour s’il n’était fréquenté par des chats qui rôdent la nuit sous les arbres »

De ma vie je n’avais vu un chat, mais le nom seul de cette bête féroce me donnait le frisson.

« Mène-moi où tu voudras, m’écriai-je, pourvu que ce soit dans des régions où je ne risque pas de rencontrer un de ces terribles animaux. »

– Poltron ! répliqua Moustache. Mon intention justement est de te conduire là où il y a des chats assez gros pour tenir dans leur gueule la tête de ton ami Bob et assez forts pour tuer un homme d’un seul coup de patte.

– Hélas ! me dis-je en soupirant, pourquoi ai-je quitté ma paisible demeure ? Quelle idée m’a pris de planter là le sage Bélisaire et le doux Caramel pour courir le monde en compagnie d’un guide aussi téméraire que Moustache ? »

Mon héroïque camarade devina sans doute à l’expression de ma physionomie les pensées qui m’agitaient, car il s’empressa de me rassurer.

« Ne tremble pas, me dit-il, les gros chats, vulgairement nommés tigres, et qui ont des robes tachetées dans le genre de celle de Caramel, ne sauraient nous faire le moindre mal. Ils vivent dans de grandes trappes où l’homme a la sagesse de les tenir enfermés et où ils n’ont pas même la triste consolation de croquer une souris pour leur souper. Allons, en route ! Il s’agit de gagner le Jardin zoologique avant le lever du soleil. »

Depuis que Moustache m’avait parlé des chats, je n’admirais plus autant les arbres et les plantes. J’avais hâte de me réfugier dans un endroit où la race féline ne jouît pas d’une dangereuse liberté.

Le jour commençait à poindre tandis que nous traversions Hyde-Park pour gagner le Jardin zoologique où nous pénétrâmes sans payer de droit d’entrée et sans attirer l’attention des gardiens qui, du reste, dormaient comme des marmottes.

« Vois donc ! s’écria Moustache d’un ton de mauvaise humeur, pendant que nous longions un bassin entouré d’un grillage en fil de fer. Quel déjeuner délicat une de ces poules d’eau nous aurait fourni sans la précaution absurde que l’on a prise pour nous barrer le passage ! Rien, il est vrai, ne nous empêche de contempler cet aimable gibier ; mais les canards ne remuent pas seulement une plume, tant ils sont certains que nous ne pouvons arriver jusqu’à eux. »

Vu la rigueur de la saison, il nous fallut renoncer à rendre visite à beaucoup d’animaux originaires des tropiques et qui seraient morts si on les eût laissés exposés au froid. Par compensation je vis l’ours blanc qui avait l’air de se plaindre de la chaleur et secouait sa fourrure comme un individu qui cherche à se débarrasser d’un vêtement trop lourd ; je m’arrêtai devant la cage d’un loup qui arpentait sa prison avec une ardeur fiévreuse ; j’admirai les oiseaux qui lissaient leurs plumes à la lueur rougeâtre du jour naissant, tandis que les singes criards réveillaient autour de leur palais les échos endormis. C’est Moustache qui naturellement me nommait chaque chose et chaque animal. Je lui demandai ce que c’était qu’un singe. Il se tira la moustache, et, après quelques minutes de réflexion : « Les singes, me dit-il, sont des hommes ! »

« Des hommes ? lui dis-je ; alors pourquoi les appelle-t-on des singes ?

– Je n’en sais, ma foi, rien, car quant à moi je ne vois pas grande différence entre ces deux espèces. Ce sont des hommes plus petits, plus agiles, plus drôles, moins forts et moins méchants, à en juger par l’apparence, voilà ce qu’un rat impartial en peut dire.

– Est-ce qu’ils ont des habits ?

– Pas aussi habituellement que les autres hommes, répondit Moustache, mais seulement quand on leur en met.

– On leur en met donc quelquefois !

– Mais oui, pour que la ressemblance soit plus grande ; j’en ai vu dans les rues qui avaient des costumes de toute sorte. C’était à ne pas les distinguer de leurs maîtres. Je te parle là des singes qui jouent la comédie, et qui appartiennent à des troupes de saltimbanques.

– À te parler franchement, Moustache, dis-je à mon guide, je me soucie fort peu de trop me rapprocher, soit d’un homme, soit d’un singe, soit surtout d’un chat, quelle que soit sa taille et si bien enfermé qu’il puisse être ; mais si ce jardin est habité par des étrangers appartenant à la race des mus, – puisque c’est là le nom générique de notre famille, – oserai-je te prier de me présenter à eux ? »

Mon ami tourna le museau du côté d’un bâtiment situé à peu de distance.

« Tu trouveras là-bas, répliqua-t-il, des représentants de quelques-unes des quarante-six espèces qui composent notre famille et dont la parenté est reconnaissable à leurs dents. Pour le moment, je vais me rendre au palais des singes, où je suis à peu près sûr de découvrir le déjeuner que mon estomac réclame. La porte est fermée ; mais j’entrerai sans éveiller le concierge, sois tranquille. »

À ces mots il se mit à grimper avec une agilité merveilleuse le long d’un treillage et disparut bientôt par un trou du toit.

La question des vivres m’intéressait pour le moins autant que Moustache, et la faim imposa silence à ma curiosité. Je me hâtai donc de suivre mon compagnon et, arrivé dans les combles, j’eus la chance de découvrir une moitié de baba lancée là par un visiteur vigoureux. Plus loin, une demi-douzaine de noix et d’autres friandises nous tombèrent sous la patte. De toutes ces bonnes choses une seule me déplut : c’était un gâteau à la rhubarbe. « Ça ne vaut pas ce que ça coûte, me dit Moustache, mais les Anglais aiment ça. C’est hygiénique. Les Anglais n’oublient jamais l’hygiène.

– L’hygiène, qu’est-ce que c’est que cela ? Est-ce une bête ? »

Moustache se mit à rire : « La bête, c’est toi ; l’hygiène, c’est ce que les hommes appellent un régime ; ce régime se compose de l’ensemble de précautions et de drogues dont les hommes s’entourent pour mêler à toutes leurs actions et à leur nourriture quelque chose d’utile à leur santé. C’est de la médecine à l’usage de chaque individu.

Les Anglais sont forts sur l’hygiène. J’en ai vu qui se grisaient à se rendre malades, par hygiène. »

Je ne compris qu’une chose à ce que me disait Moustache, c’est qu’en mangeant, puisque c’était nécessaire à ma santé, je faisais de l’hygiène, moi aussi, et je m’en donnai à si haute dose pendant tout son discours, que je me sentis tout alourdi. J’en conclus qu’il ne fallait abuser de rien, pas même des meilleures choses, et je me secouai un peu pour résister au besoin de repos qui suit les trop copieux repas.

Ainsi restauré, je quittai à la suite de Moustache cette demeure hospitalière, et nous prîmes le chemin du petit édifice qui servait d’asile aux parents dont je tenais à faire la connaissance. Examinant avec soin les murs, je finis par découvrir l’entrée d’une galerie creusée par un ingénieur de ces parages et qui nous conduisit dans l’intérieur du logis. Nous nous dirigeâmes aussitôt vers un compartiment grillé d’où s’échappaient des plaintes lamentables : la voix d’un captif nous avait révélé la présence d’un frère.

VII



1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   25

similaire:

Avertissement iconAvertissement

Avertissement iconAvertissement de la première édition

Avertissement iconAvertissement
«collégiens d’Europe» décerné aux cinq collèges ayant fourni un compte rendu particulièrement bien illustré de leur échange

Avertissement icon1. Avertissement
«Innovations didactiques dans l’enseignement‐apprentissage de l’espagnol de spécialité grâce aux ressources technologiques», Université...

Avertissement iconPremière partie : la grammaire des futurs urbains 14
«Préambule» ou un «Avertissement» à l’adresse du lecteur, exercice convenu mais qui importe particulièrement ici pour nous

Avertissement iconAvertissement au lecteur1
«Mein Kampf» est une édition intégrale ne comportant ni choix ni coupures pouvant masquer certains aspects de l’œuvre de Hitler et...

Avertissement iconLa manipulation des tachygraphes est désormais de l’histoire ancienne
«Le message d’avertissement déclenché reste visible même en refermant le scellé avec précision», explique André Siebeneicher, du...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com