Des marins-pêcheurs sur l’Adour…





télécharger 11.21 Kb.
titreDes marins-pêcheurs sur l’Adour…
date de publication29.10.2016
taille11.21 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
Histoire
Des marins-pêcheurs sur l’Adour…
Cela fait plusieurs siècles que la pêche se perpétue sur l’Adour grâce à des marins pêcheurs qui sillonnent le fleuve à la recherche de poissons nobles. Ils sont aujourd’hui soixante-dix à vivre de leur pêche contre un millier il y a encore un siècle. Et pourtant, la profession ne semble pas être menacée.
Ils sont parfois appelés pêcheurs d’eau douce pour les différencier des pêcheurs d’eau salée, mais ont tous suivi une formation de patron, apte à piloter un chalutier de dix matelots en mer. Sur les flots de l’Adour, ils sont seuls sur leurs couralins, ces bateaux à fond plat adaptés à la navigation fluviale. Leur appellation de marin remonte au XVIIe siècle, du temps où Colbert, contrôleur général des Finances et contrôleur d’Etat à la Marine, a crée l’Inscription maritime pour enrôler des hommes sur les navires du roi.

L’on sait avec une quasi-certitude que l’activité de pêche sur l’Adour a toujours été importante. Les premières traces écrites remontent au XIe siècle et figurent dans le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jean-de-Sorde. « Elles recensent des parts que possédaient les moines dans certaines pêcheries sur le gave d’Oloron, le gave de Pau, l’Adour et fixent la redevance des pêcheurs d’Urt », commente François-Xavier Cuendé*. « Le port d’Urt, lui, est connu dès 1020 pour ses pêcheurs et ses pêcheries ; au XIe siècle, il donne au vicomte de Labourd le lard du premier esturgeon que prend tout pêcheur. » Des témoignages plus anciens existent aussi, bien que moins scientifiques, tels qu’un poème du poète Sidoine Apollinaire (Ve siècle) qui vante la saveur des poissons pris à Bayonne ou tels que des mosaïques gallo-romaines ornant des « villae » construites sur les bords des gaves et représentant des brochets, lamproies, aloses, truites et saumons. 

La pêche dans l’estuaire de l’Adour est connue au fil des siècles de manière indirecte, à travers des textes réglementaires que prend la Ville de Bayonne pour assurer son monopole sur la pêche et le marché du poisson, par exemple. L’on sait aussi qu’au XIVe siècle, les « pêcheurs de mer douce » approvisionnent le marché de Bayonne en divers poissons migrateurs (voir encadré), traduisant une certaine abondance.
Une corporation de marins

Au XVe siècle, les pêcheurs s’organisent en une corporation des marins, qui leur assure une protection sociale et édite un règlement de pêche, dont les statuts sont si détaillés qu’ils semblent approuver des pratiques antérieures. L’activité fleurit et elle est souvent source de conflits entre les pêcheurs et les bateliers par exemple, le transport fluvial étant très abondant jusqu’au XIXe siècle. Ces nombreux contentieux traduits en justice, dont on trouve trace dans les Archives municipales de Bayonne, confirment là encore la considération accordée à la profession. Les statistiques de l’Inscription maritime de Bayonne révèlent que, entre 1870 et 1940, elle est la source de revenu d’un millier de familles, soit le même nombre qu’à Saint-Jean-de-Luz, qui est alors le premier port sardinier de France. Si ce chiffre est à l’aube du XXIe siècle descendu à soixante-dix, dont trente à en vivre exclusivement, il n’est pourtant pas si inquiétant. Car, après les craintes émises il y a quelques années, depuis six à sept ans, le tonnage et le calibrage des poissons ont retrouvé une certaine normalité. Aujourd’hui, les marins pêcheurs sont organisés en Comité de gestion de poissons migrateurs (COGEPOMI), qui rassemble les administrations, les élus du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, des scientifiques et eux-mêmes (en plus des pêcheurs amateurs). Aussitôt qu’une menace survient sur le patrimoine piscicole, le COGEPOMI intervient et discute des réglementations. C’est ce qui s’est passé en 1999 alors que l’espèce saumon était fortement menacée par la dégradation des frayères, due à la multiplication des sites de pompage et à une qualité de l’eau amoindrie. Les 45 pêcheurs au saumon de l’Adour ont alors proposé de mener une étude sur trois ans : pêchés au niveau de la Barre, cent saumons ont été appareillés d’un radar avant d’être rejetés à l’eau. Les scientifiques ont ainsi pu suivre leur parcours de la Barre à Peyrehorade, sur 40 km : le plus rapide a mis un jour, le plus lent quatre jours. Avec une moyenne de deux, le comité a pu, à l’issue de cette expérience, rédiger un nouveau règlement en faveur d’une suspension hebdomadaire de la pêche au saumon. Grâce à lui, la capture de saumons a été multipliée par deux en cinq ans et sa population par quatre ! Etonnant calcul arithmétique qui permet la capture d’un saumon sur cinq, venant frayer dans leur fleuve d’origine.
*Extrait d’un chapitre consacré aux pêches commerciales dans le bassin de l’Adour et paru dans L’Adour maritime de Dax à Bayonne, édité par la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine.

(Encadré)

La pêche aux poissons migrateurs

Tous les poissons pêchés dans l’Adour sont des poissons migrateurs. Certains, comme le saumon, frayent dans les gaves de Pau et d’Oloron avant de partir pour les mers froides, du Groenland ou d’Ecosse, où ils se nourrissent de crevettes pendant un an, deux pour certains. Leur mémoire sensitive leur permet ensuite de revenir vers leur fleuve d’origine, où ils viennent se reproduire. Très peu d’entre eux survivent à ce long voyage ; la plupart meurent leur devoir accompli ou bien sont pêchés dès leur entrée dans l’estuaire et jusqu’à l’entrée des gaves, du second week-end de mars au 31 juillet.

Le phénomène migratoire est inversé pour la pibale (ou civelle), qui naît dans les eaux chaudes des Caraïbes, l’anguille ayant migré du fleuve vers l’océan, et se laisse porter par les courants jusqu’aux côtes africaines et plus haut vers le golf de Gascogne. Leur entrée dans un estuaire est alors tout à fait aléatoire, en fonction des conditions météorologiques, la pibale n’ayant pas la force de lutter contre les courants. Une fois entrée dans le fleuve, elle se laisse porter par la marée, dont les effets se font sentir jusqu’au pont d’Urt sur l’Adour, et se plaque dans le lit du fleuve dès qu’elle sent le mouvement s’inverser. Elle est pêchée du 1er novembre au 31 mars et représente 70 % des revenus d’un marin pêcheur tant sa valeur marchande est élevée.
(Légende grande photo pêcheur)

Jean-Claude Acebes est le seul marin pêcheur bayonnais, vivant exclusivement du produit de sa pêche. Dans la famille, les hommes sont pêcheurs de père en fils.
(Légende diapo)

Détail d’une Vue depuis l’allée de Boufflers, gravure du peintre joseph Vernet, montrant l’activité de pêche sur l’Adour. Collection du musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

similaire:

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconProgramme de Recherche et d'échange / Santé des Ecosystèmes marins

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconDéclaration du comité départemental des Pyrénées Atlantiques (codep...
«bon état écologique» qui est imposé aux états membres d’ici 2020 et sur le respect de la démarche Natura 2000 mer et littoral qui...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconLorsque les marins aperçoivent la tour à feu de l’île de Pharos,...
«Philadelphe», met sur pied un sanctuaire en l’honneur des Muses ou Mouseîon (Museum en latin), où IL regroupe les chercheurs, mais...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconFonds Albert Lebasch (sous-marins)

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconMobile : +33 (0)6 61 45 84 72
«d’émulsions numériques» spécifiques pour équiper les caissons sous-marins. Élaboration avec hdsystems, Sony France et Digimage de...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconRecherche de nouveaux établissements partenaires. Présentation
«exemplaires» sur le carnet hypothèse de Rue des facs se fait au rythme de 2 à 4 articles par semaine. Ces publications sont relayées...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… icon[Du pib au rnb] en milliards d’euros et en %
«Stiglitz» sur la mesure des performances économiques et du progrès social a recommandé de mettre l’accent sur le revenu national...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconGestion des ressources humaines
«étendues» font coexister plusieurs catégories de salariés, les siens et ceux des fournisseurs et des ses sous-traitants, souvent...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconLes laboratoires du département des Sciences de l’homme et de la...
«Chine» dans une perspective qui soit érudite et spécialisée en même temps que pluridisciplinaire et ouverte aux comparaisons. Chacun...

Des marins-pêcheurs sur l’Adour… iconCet essai sur l’Etat, ses causes, son développement, son influence...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com